Les Vénelles
- Anne

- 23 févr.
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Dernière mise à jour : 11 mars
Sources antiques :
Pierre Flobert, auteur d'un article intitulé "Le site de la capitale des Venelli / Vnelli : Carentan ou Saint-Côme-du-Mont ?." (In : Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 2002, 2008. pp. 316-323) fait le point sur ce qu'on sait des Unelles grâce à Jules César :
"[...] César mentionne quatre fois la cité gauloise des Vnelli dans le De bello Gallico, d'abord en 57 av. J.-C., dans la liste des cités maritimes, maritimae ciuitates, qui touchent à l'Océan, Oceanum attingunt, où il énumère les Venetos, Vnellos, Osismos, Coriosolitas, Esuuios (= Lexouios ?), Aulercos, Redones, qui constituent l'objectif d'une entreprise de pacification, puis en 56 à propos de la campagne confiée à Q. Titurius Sabinus, avec trois légions, contre les Vnellos, Coriosolitas Lexouiosque, lequel installe son camp dans le territoire des Unelles, in fines Vnellorum. L'attaque désordonnée du camp romain par les troupes indisciplinées de Viridouix aboutit à un carnage des Gaulois. (1) Enfin, en 52, les Unelles envoient un contingent au secours d'Alésia.
On constatera que le terme Vnelli de César est partout corrigé en Venelli dans l'édition récente de Wolfgang Hering. La question est en effet délicate, puisque Pline emploie la forme pleine Venelli (2), de même que les géographes et historiens grecs (3). Les éditeurs de César, on le voit, ont parfois préféré l'orthographe de Pline, à charge de revanche, quand c'est Pline qui est corrigé : tout cela est vain. H. Bannert, en 1978 dans l'article Venelli, renvoie opportunément à une observation de G. Dottin sur les syncopes gauloises après v, Vriconium, Vriaticum (Vir-), qui ont entraîné le cas échéant une syllabification en u : Vrbigenus (Ver-). Vbisci (Vi-). Vrdouix (Vir-). La forme Vnelli est donc plus récente, celle des Gaulois contemporains de César, alors que Venelli remonte plus haut. Les géographes latins ou grecs du 1er et du IIe s. ap. J.C. ont recours à des témoignages plus anciens, tel celui de Poseidonios, 1er s. av. J.-C. Donc avant César il convient de parler des Venelles gaulois, après la conquête des Unelles gallo-romains.
Ce qui confirme l'authenticité des Venelli, c'est le rapprochement avec les Vénètes du Morbihan dont ils sont les alliés (4), ce qui n'entraîne pas César à renoncer à la forme usuelle Vnelli. Une hypothèse de Carl Pauli qui part de *Venet(u)li (j'ajoute l'astérisque ; * Wenetloi, moins latin, serait meilleur), inclut les Vénelles du Cotentin dans la série bien connue des peuples appelés « Vénètes » occupant un large espace géographique, de la Baltique (les Wendes de Tacite) à la Paphlagonie (Homère) en passant par le lac de Saint-Gall (Venetus lacus), la Vénétie et le Latium (Venetulani), sans que cela implique, bien entendu, une identité linguistique. Le latin uenetus « bleu », appliqué à une faction des courses de chevaux, dérive probablement des Vénètes de Vénétie 17 ; on ajoutera peut-être à la liste le nom des Vandales.
Comme on sait, les Vnelli du Cotentin ont disparu de l'histoire et de la toponymie. Deux traces en subsistent cependant. D'une part, dans les Notes Tironiennes, 87, 66, où les Vnelli figurent à côté d'autres cités gauloises, d'autre part le dérivé Vnellicus se trouve dans le manuscrit de Wissembourg du Martyrologe hiéronymien (VIe siècle), à la date du 1er mai, jour de la fête de saint Marcouf : in Onellico Nanto monasterio depositio Marculfi abbati (sic) : « mise au tombeau de l'abbé Marcouf dans le monastère ». Le monastère unelle de Nantus a été complètement détruit par les Normands et le site semble postuler un « vallon » dont le nom gaulois ne subsiste plus que dans les dialectes (nant). Ce n'est pas le lieu d'évoquer la carrière de saint Marcouf, natif de Bayeux, protégé de Childebert 1er et d'Ultrogothe, au VIe siècle, puis installé à Saint-Marcouf et aux Iles Saint-Marcouf : après une longue errance ses reliques sous le nom de saint Marcoul arrivèrent à Corbeny, près de Reims, et jouèrent un rôle capital lors du sacre des rois de France, à propos du toucher des écrouelles que le saint passait pour guérir, tandis qu'il transmettait son pouvoir au nouveau roi.
Notes : 1) 3, 17-18. L'attentisme de Sabinus, enfermé dans son camp, est récompensé par la ruée des Gaulois, chargés de fagots et hors d'haleine qui, après une course de deux milles à travers les défenses romaines, étaient physiquement incapables de combattre (César s'amuse !). Dion Cassius, 39, 45, 4 ajoute qu'ils étaient gorgés de nourriture et de boisson ; César indique seulement 3, 18 , 6 que les vivres commençaient à manquer : les Gaulois, en attendant le pillage du camp romain, avaient donc liquidé leurs provisions. L'arrière-plan social est indiqué par le massacre des sénateurs lexoviens qui s'opposaient à la guerre 3, 17, 3 et par la participation des brigands, 3, 17, 4. On sait que Sabinus, en capitulant honteusement devant les Eburons d'Ambiorix, entraîna un désastre militaire en 54 (5, 37, 2). On situe généralement, sans preuve, le camp de Sabinus au Mont Castre, dont le nom évoque un camp romain, forcément plus récent.
2) Histoire Naturelle, 4, 107.
3) Ptolémée, Géographie, 2, 8, 5 ; Dion Cassius, 39, 45, 1.
4) Les deux peuples se suivent dans le de bello Gallico, 2, 34."
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Étymologie :
Selon Jean Loicq, auteur d'un article intitulé "Sur les peuples de nom « vénète » ou assimilé dans l’Occident européen." (In : Etudes Celtiques, vol. 35, 2003. pp. 133-165) :
"[...] En somme, le groupe appelé à former à l’époque laténienne l’élément dominant de la nation vénète, et à lui donner son nom, paraît avoir été porteur de traditions archaïques ; parmi celles-ci pouvait figurer, en plus de son nom, inconnu du vocabulaire celtique insulaire, un mot « paléo-européen » comme *salâ-, attesté ici sans suffixe comme dans le nom de la Saale allemande. La relative marginalité et le conservatisme de la péninsule armoricaine vis-à-vis du reste de la Gaule, dont témoignent les traits fortement originaux de la culture régionale de La Tène, auront contribué à maintenir ces traditions. Et l’histoire ultérieure de la Bretagne montre assez qu’elle est une terre de traditions.
Les populations passées en revue jusqu’ici ont en commun, dans la tradition antique, de porter un nom dont le prototype *Wenetô- (parfois thème en -â-en Europe du Nord) se laisse aisément reconstituer et n’a subi avec le temps aucune modification, sauf, pour les « Vénètes » de la Vistule, la mutation t > Ö (secondairement p) attri¬ buée à l’intermédiaire germanique, source de Tacite et de Ptolémée.
[...]
On a en effet parfois rapproché de l’ensemble « vénète » le peuple des Unelles ou, mieux, des Venelles du Cotentin, nommés Vnelli dans la tradition manuscrite de César. Les sources littéraires connaissent en effet une variante Venelli (entre autres Pline l’Ancien), Ούένελοΐ chez Ptolémée. Sans parler d’une forme à degré zéro de la racine *wen-, théoriquement plausible mais guère attestée, une observation de G. Dottin fait apparaître comme probable l’authenticité de la forme en Ve-, initiale qui, avec Vi-, semble s’être réduite en u-dans la prononciation gauloise : ainsi dans plusieurs cas : VerbigenusÆrbigenns, Viroconium/Vriconium, etc. Il pourrait s’agir alors d’une formation en -elo-(cf. Ούένελοΐ de Ptolémée), doublet de -eto-, et assimilée en latin à la finale commune -ello-, en raison du fait que -elo-n’est pas conforme à la phonétique latine101. Plus probablement, ce suffixe peut avoir reçu sa gémination en gaulois même, ce dont le celtique comme le germanique offre de nombreux exemples : ainsi dans l’adjectif uxello-, fréquent en toponymie, et dans les noms d’hommes Oxsello (monnaies), Celtillus (litt.), Μεθθίλλος (inscr.), etc.
Il va de soi que, même si l’hypothèse d’une poussée « belge » vers l’Armorique devait prendre corps dans l’avenir, l’idée que les Vénelles pourraient en représenter un autre témoin deviendrait plausible. Et la rencontre entre les Vénètes du Morbihan et les Vénelles du Cotentin, péninsule qui est géologiquement une sorte d’Armorique normande, on le sait, demeure curieuse. De toute façon, la situation écartée du Cotentin rend compte à elle seule de la conservation de ce nom archaïque.
[...]
En revanche, l’éloignement géographique, le parallélisme entre les Veneti du Morbihan et les Venelli du Cotentin, l’orientation atlantique persistante des faciès culturels qui se sont succédé au cours de la protohistoire bretonne suggèrent, en dépit de concordances dans l’activité maritime ou l’exploitation de salines, la possibilité de créations onomastiques indépendantes, faites en un temps où elles étaient encore comprises. [...]
La polysémie de la racine *wen- est telle qu’on a parfois été tenté d’en répartir les catégories d’emploi sur plusieurs lexèmes homophones. Cette question ne saurait être à nouveau étudiée ici. Mais on doit rappeler que la racine existe en celtique, spécialisée pour désigner la parenté au sein du groupe familial ou social ; cette orientation sémantique ressort clairement de noms comme gaul. Ουευι- τooυτα (fém.) ou comme Veni-carus. Le plomb du Larzac a toutefois livré (1 b, 3) uenusco (lire uenus co ?) où, d’après le contexte, il semble qu’on ait affaire à la notion de « souhait » (sens connu entre autres en sanscrit et en germanique), ce qui tendrait à indiquer qu’en celtique cette famille lexicale ne s’est pas toujours confinée dans le domaine des institutions.
Il semble donc qu’il faille renoncer à l’interprétation ancienne par « geliebt », encore défendue par J. Pokomy, et opter résolument pour des valeurs plus conformes à une éthique « barbare ». Les nombreuses formations ethnonymiques de signification « sociative » (type des noms en *swe-, etc.) ont suggéré à A. Nehring l’interprétation « amis, compagnons ». Toutefois, devant la valeur éminemment active de la formation -eí-o-/-eí-ñ-155, on verra plutôt en eux, avec G. Devoto et Mme F. Bader, des « avides de conquête », des « conquistadores » ; mais on peut aussi comprendre des « gagnants » (germ, winnen ) ou des gens « qui se souhaitent (wünschen) mutuellement pour compagnons ». Héritage, certes, d’un commun patrimoine lexical, élaboré au sein de ce consortium « paléo-européen » du 2e millénaire, ces qualifications flatteuses, véritables slogans, ont pu être adoptées par des groupes divers et dans des circonstances diverses, durant la longue période où les modèles lexicaux qu’on vient de passer en revue avaient encore toute la souplesse, toute la fluidité du langage vivant et où son contenu gardait toute sa valeur symbolique."
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Localisation de la capitale des Vénelles :
Élisabeth Deniaux, autrice de « Viducasses et Unelles. Recherches sur la municipalisation de l’Ouest de la Gaule ». (In Cités, municipes, colonies, édité par Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2009) pose les termes de la question de la capitale des Unelles :
"[...] Quel choix fut fait pour la capitale des Unelles ? Il semble que l’implantation de la capitale a varié au cours des siècles.
La péninsule du Cotentin constitue une avancée profonde entre deux côtes, en face de la Bretagne romaine. La presqu’île elle-même est isolée par une série de marais ou de pays inondables qui n’est guère interrompue que par un massif de collines entre la Sée et l’Ay à l’Ouest. La hauteur de cette ligne de collines atteint 130 mètres. Ces collines contrôlent l’accès à la côte occidentale par ces deux rivières. Elles permettent aussi de surveiller l’accès à la côte orientale et particulièrement à la grande baie des Veys, débouché de la vallée de la Douve, qui prend sa source au Sud de Cherbourg et traverse toute la péninsule avant de se jeter dans la baie, ainsi que celle de la Taute qui vient du Sud et rejoint la Douve dans la baie des Veys. C’est dans cette zone, naturellement défendue par des collines abruptes, qu’est situé l’oppidum du Mont Castre, éminence stratégique permettant de surveiller l’entrée de la presqu’île à l’endroit où celle-ci est resserrée ainsi que le marais, obstacle séparant les deux rives du Cotentin mais aussi canal naturel qui peut unir celles-ci en fournissant un passage par voie d’eau plus aisé que le contournement par la mer de la presqu’île du Cotentin. L’écoulement des eaux ainsi que la circulation sur les fleuves était d’ailleurs sensible au régime des marées qui envahissaient les estuaires.
[...]
Les témoignages antiques concernant les noms de « villes-étapes » chez les Unelles sont au nombre de quatre sur la table de Peutinger, Crouciatonum, Alauna, Coriallo, Cosedia, mais c’est Crouciatonum ou Crociatonum qui est citée comme capitale des Unelles chez Ptolémée, au IIe siècle après J.-C., et c’est la seule attestation littéraire d’un nom de capitale pour ce peuple avant le Bas Empire. La Notitia Dignitatum mentionne Constantia, ville dans laquelle fut installée une garnison. Un examen de la table de Peutinger montre des symboles différents en fonction de la nature des relais. Un chef-lieu de cité est indiqué par deux tours au toit pointu. C’est, par exemple, le cas de Ratumagus, Rouen, chez les Véliocasses, Condate, Rennes, chez les Riedones, et Araegenuae chez les Viducasses. Or non seulement Crouciatonum n’apparaît pas avec ce symbole (pas plus qu’Augustodurum chez les Bajocasses), mais c’est Cosedia qui apparaît avec le symbole le plus visible d’une ville fortifiée, avec deux tours au toit pointu entourées d’une sorte d’enceinte circulaire très rare (dans l’Ouest, ce signe est seulement associé au nom de Juliomagus, Angers) qui marque sans doute une nuance dans l’importance de la ville. Peut-on imaginer qu’avant même de changer de nom, sous l’influence de Constance ou de Constantin, Cosedia ait déjà été la ville la plus importante des Unelles ? Sur la table de Peutinger, elle est, avec son symbole particulier, une étape de la route qui longe la côte Ouest du Cotentin en venant, semble-t-il de Coriallo (la carte, abîmée, ne permet pas de voir la ligne de la route) et qui se dirige vers Condate (Rennes). Enfin, l’Itinéraire d’Antonin. indique Cosedia comme première étape sur une route partant d’Alauna et se dirigeant vers Condate (Rennes).
Il est possible qu’en fonction des circonstances historiques, des phases de la consolidation de la conquête ou de la défense du littoral, les Romains aient choisi d’imposer une capitale sur la côte Ouest ou sur la côte Est du Cotentin. Coutances et Carentan (vraisemblablement Crouciatonum) ne sont situées qu’à une trentaine de kilomètres l’une de l’autre. À la base de la presqu’île du Cotentin, à une dizaine de kilomètres de la mer, sur un site facile à fortifier dominant la vallée de la Soulle, au cours orienté Est-Ouest, peu avant son confluent avec la Sienne qui vient du Sud, Coutances semble avoir été un des lieux privilégiés des débuts de l’implantation romaine en Normandie. Sa situation permet de contrôler les routes qui vont vers le Nord du Cotentin, mais aussi vers le Sud et vers l’Est et de surveiller la mer et l’accès aux îles britanniques. Le port le plus proche de Coutances est aujourd’hui un havre ensablé à l’embouchure de la Sienne, Régnéville. Les témoignages littéraires de ses relations avec le golfe de Gascogne et les îles britanniques remontent au XIIIe siècle. La richesse du site de Coutances en témoignages archéologiques précoces de ses relations avec le monde méditerranéen est remarquable, fragments de céramique d’Arezzo, de La Graufesenque, fragments d’amphores républicaines Dressel I et augustéennes Pascual I, abondance d’amphores à huile de Bétique précoces. Tout ceci permet d’affirmer l’importance de la position privilégiée de Coutances au début de l’implantation romaine dans la future Normandie. L’importance de cette ville diminua quand la romanisation progressa à l’intérieur des terres, mais son intérêt stratégique parut à nouveau évident à la fin du IIIe siècle, quand des menaces venues de la mer firent naître l’insécurité dans la Manche et sur son littoral. Constance, qui donna peut-être à Coutances son nouveau nom, est l’empereur qui mit fin à l’usurpation de Carausius en Bretagne. Or Carausius contrôla un moment une partie de la Manche et de ses deux rives puisqu’il établit un atelier monétaire à Rouen. Il faut noter que Coutances ne semble pas avoir été entourée de murs et avoir été dépourvue de la parure monumentale traditionnelle des villes romaines.
L’utilisation du site de Crouciatonum comme capitale au coeur de toutes les voies d’accès au Cotentin ne peut se concevoir qu’avec la période de la paix romaine, lorsqu’il n’y a aucune menace sur la sécurité de la circulation dans la Manche occidentale. Contrôlant la baie des Veys à l’Est, Crouciatonum permet de maîtriser l’accès, par les marais et la voie fluviale, aux havres de la côte Ouest et à Coutances. L’attestation de Crouciatonum comme capitale de civitas est confirmée par l’existence d’une borne milliaire portant ce nom dont le texte a été lu récemment. Au centre du village de Sainte-Mère-Église se dresse une croix composée de différents éléments dont un fût de colonne qui est vraisemblablement un milliaire christianisé. Quelques lettres avaient été reconnues au XIXe siècle ; le relevé du milliaire avait été publié par G. Walser en 1986. P. Vipard a donné une restitution satisfaisante de cette pierre très abîmée où l’on pourrait lire quelques mots très lacunaires d’une titulature impériale (sans nom d’empereur conservé) et d’une ligne portant A CROUC(iatonum) M(ilia) P(assuum) IX.
Mais où est situé Crouciatonum ? Nous n’entrerons pas dans le détail de la polémique ancienne qui oppose deux villes, Saint-Côme-du-Mont et Carentan et même trois, puisqu’une hypothèse fantaisiste proposait une identification avec Beuzeville-au-Plain. Les IX milles romains (13,3 km environ) de Crouciatonum à Sainte-Mère-Église conduisent plutôt à identifier la capitale des Unelles avec Carentan (située à 13,25 km alors que Saint-Côme-du-Mont est située à 8,75 km). C’est la localisation à la base de la presqu’île du Cotentin qui présente pour nous le plus grand intérêt, au débouché de la baie des Veys, dans un lieu de carrefour, au débouché de la Douve, orientée NO-SE et de la Taute, orientée SO-NE. Carentan est située sur un affleurement de calcaire, haut de 8 mètres, entre la Douve et la Taute ; entouré par la mer, le site, au Moyen Âge, est un îlot isolé 8 mois par an. Vauban y construisit un fort au XVIIe siècle. Saint-Côme-du-Mont est situé sur une hauteur qui domine la vallée de la Douve. Les deux sites tout proches constituent les pièces d’un même ensemble qui contrôle le verrou du seuil du Cotentin. Ces deux villes n’ont pas conservé de traces de murs ni de monuments caractéristiques des villes romaines.
Sur la carte de Peutinger, la route qui longe la côte Est du Cotentin en venant d’Augustodurum a comme étapes Crouciatonum et Alauna. 28 kilomètres séparent Carentan de Valognes. D’autre part, l’Itinéraire d’Antonin indique aussi l’existence d’une voie partant d’Alauna et se dirigeant vers l’Ouest, vers Cosedia, qui aboutit à Condate (Rennes). Valognes apparaît ainsi comme un point de convergence des deux grandes voies romaines de la région. Or Valognes est la seule ville du Cotentin qui présente encore aujourd’hui les traces d’une parure monumentale romaine, avec un théâtre dont seul subsiste le mur extérieur de la cavea et des thermes. Cet ensemble monumental est situé dans le faubourg d’Alleaume dont le nom a conservé celui d’Alauna. Les thermes de Valognes avec leur symétrie axiale, les restes de leur système de chauffage et leurs murs impressionnants constituent aujourd’hui les seuls témoignages apparents de la présence romaine dans le Cotentin. L’intendant N. J. Foucault s’y était intéressé dès 1692 ; il avait fait entreprendre des excavations et dessiner des relevés. Des fouilles récentes, reprises par Th. Lepert, attestent que la construction des thermes remonte à l’époque néronienne et flavienne. Ne pourrait-on pas penser qu’Alauna aurait été choisie à l’époque julio-claudienne comme site de la future capitale des Unelles ?
La conquête de la Bretagne par Claude imposait de consolider la présence romaine sur la côte Sud de la Manche, spécialement en face de l’île qu’il était en train de conquérir. C’est sous Claude que se renforça aussi l’infrastructure militaire de cette région puisque le premier milliaire trouvé en Normandie remonte à Claude et qu’il jalonnait une route partant de Bayeux vers la mer. Une fondation d’une ville par Claude dans le nord du Cotentin est une hypothèse qui permettrait d’intégrer toutes les données dont nous disposons. Nous pourrions ainsi proposer, dans ce territoire large dont le contrôle imposait des choix géostratégiques, une histoire des capitales des Unelles qui commencerait par Coutances (alors Cosedia) au moment de la conquête ; c’est là que se trouvent les premiers témoignages d’une implantation romaine qui fut maintenue pendant tout le Haut Empire. Valognes (Alauna) serait choisie ensuite comme capitale au moment de la plus grande extension de la puissance romaine et d’une ambitieuse politique d’urbanisation. Une troisième étape verrait le repli prudent de la capitale à la base de la presqu’île, contrôlant le verrou du seuil du Cotentin, avec Crouciatonum (et l’ensemble site de hauteur/site de plaine de Saint-Côme-du-Mont et Carentan) à une époque que l’on pourrait dater du IIIe siècle (Coutances est appelée Cosedia sur la table de Peutinger et sur l’Itinéraire d’Antonin). Puis, après que les empereurs eurent réussi à reprendre le contrôle des deux rives de la Manche, la nécessité de défendre l’Empire aurait imposé de nouveaux choix ; une surveillance continue de la côte Ouest du Cotentin fut marquée par l’imposition d’une garnison à Coutances devenue Constantia. La Notitia Dignitatum la mentionne et la Notitia Galliarum signale Constantia comme civitas de la Lyonnaise seconde. Ces documents datent du Ve siècle. La ville de Coutances fut rebaptisée au Bas Empire à une date que nous ignorons ; son nom nouveau fut destiné à honorer un membre de la dynastie constantinienne et même, s’il est possible de croire Orderic Vital, le fondateur de celle-ci, Constance Chlore qui avait lutté contre l’usurpateur breton Carausius. Cette nouvelle dénomination a-t-elle coïncidé avec la réorganisation administrative qui vit la création de nouvelles provinces et, particulièrement, de la Lyonnaise seconde ? Cette dénomination nouvelle a-t-elle été liée au choix de Constantia comme capitale des Unelles ? Nous n’en savons rien mais il est possible de le supposer."
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Laurence Jeanne, Laurent Paez-Rezende, Caroline Duclos, Roger Sala, Helena Ortiz-Quintana et Pedro Rodríguez Simón, auteurs de « Valognes – Prospection au géoradar sur le site antique d’Alauna » [notice archéologique], (ADLFI. Archéologie de la France - Informations, Normandie, mis en ligne le 02 juin 2021) proposent deux candidates possibles :
"[...] Cette problématique renvoie à des recherches beaucoup plus larges menées actuellement sur le peuple des Unelles et qui spéculent sur l’existence de deux chefs-lieux : Cosedia/Constancia (Coutances) et Alauna (Alleaume/Valognes). Si la première est attestée au Bas-Empire, notamment par le biais de la Notitia, en tant que préfecture militaire et se voit figurer avec une vignette de chef-lieu sur la Table de Peutinger, la seconde est absente de la Notitia et représentée comme une simple agglomération sur ce même document. Cependant, les dernières recherches archéologiques sur Valognes démontrent que les 45 hectares d’emprise d'Alauna correspondent à peu près à toutes les dimensions des chefs-lieux de cité antiques de la Basse Normandie, qu’elle est dotée d’édifices publiques comparables (théâtre à arène, thermes, sanctuaires...), d’un schéma urbain aussi rigoureux que ceux d’Aregenua (Vieux), d’Augustodurum (Bayeux) ou d’Ingena /Legedia (Avranches), Ces éléments, enrichis par les données du radar, conduisent à soutenir l’hypothèse de statut de chef-lieu de civitas pour Alauna durant le Haut-Empire. Mais la coexistence de deux chefs-lieux pour un seul territoire, celui des Unelles attesté durant le Bas-Empire, est inconcevable. Il faut donc envisager que ce dernier soit en réalité le produit de la fusion de deux territoires distincts durant le Haut-Empire, administré par Constantia (Coutances) au sud et Alauna (Valognes) au nord."
Hubert Lepaumier (Dir.) propose un ouvrage intitulé Environnement archéologique d'une tombe à char. (Presses Universitaires de Rennes, 276 p., 2023) dont le résumé statue sur la capitale des Vénelles / Unelles :
"Les recherches archéologiques réalisées à l’occasion des différentes tranches d’aménagement du contournement de la ville de Coutances ont permis l’étude de nombreux sites archéologiques dont la plupart sont occupés au cours du second âge du Fer. De fait, l’occupation des campagnes diffère assez nettement de celle relevée jusqu’à présent sur le cœur de la ville de Coutances, la Cosedia antique, capitale des Unelles, dont l’occupation est essentiellement centrée sur le Ier siècle de notre ère. Perchée au sommet d’une colline, son origine gauloise a pourtant été mainte fois évoquée sans avoir pu être démontrée jusqu’à aujourd’hui. Côté campagne, la présence humaine est attestée de façon récurrente probablement dès le néolithique. Au second âge du Fer, le maillage des établissements enclos est important, témoignant d’un environnement largement anthropisé. Deux sites, fouillés aux extrémités de la dernière tranche d’aménagement de la rocade, illustrent bien la richesse de cette partie du Cotentin. À Bricqueville-la-Blouette, l’enclos de « La Roguerie » se distingue par les dimensions importantes de certains des fossés qui le structurent. La présence de sources, assurant un maintien constant de l’humidité au fond de certains d’entre eux, permet en outre d’esquisser l’environnement végétal dans lequel le site s’inscrit. À Orval, sur le site des « Pleines », la découverte inattendue d’une tombe à char et la fouille d’un puits ont permis la mise au jour de vestiges mobiliers assez exceptionnels qui montrent bien son intégration aux circuits d’échanges de l’art celte des IIIe et Ier siècle avant notre ère."
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Histoire :
Élisabeth Deniaux, autrice de « Viducasses et Unelles. Recherches sur la municipalisation de l’Ouest de la Gaule ». (In Cités, municipes, colonies, édité par Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2009) relate les quelques faits connus conernant les Unelles :
"Les sources concernant les Unelles sont encore plus rares. Le nom de Viridovix est le seul que celles-ci nous aient transmis. C’est celui du chef charismatique qui réussit à entraîner dans la lutte contre César en 56 une coalition de peuples de l’Ouest, Unelles, Lexovii, Aulerques Éburovices, Coriosolites, et de contingents hétérogènes venus de l’Ouest de la Gaule (1). Les Unelles apparaissent, en effet, comme le peuple qui mena cette coalition alors que César était retenu chez les Vénètes et que les peuples armoricains s’étaient tous révoltés. Il semble que ce peuple puissant ait frappé des monnaies dès le IIe siècle avant J.-C.
L’Antiquité tardive amena une nouvelle structuration de l’espace dont les témoignages nous ont été laissés par le réseau des évêchés et des circonscriptions ecclésiastiques. [...] L’évêché de la cité des Unelles est l’évêché de Coutances ; Constantia apparut au Bas Empire comme capitale administrative des Unelles alors qu’elle ne l’était pas sous le Haut Empire.
Note : 1) Le prétexte de la révolte est décrit par César, B.G. 3, 7. Pendant l’hivernage de 57, Publius Crassus manquant de blé, envoie des officiers chercher des vivres dans les tribus de l’Ouest gaulois. Celles-ci retiennent les officiers romains comme otages, pensant recouvrer par ce moyen les otages qu’elles avaient elles-mêmes livrés à Crassus en signe de soumission. César intervint contre les Vénètes et confia à Q. Titurius Sabinus un grand commandement contre les Unelles et leurs alliés (B.G. 3, 17-19)."
Emmanuel Arbabe, dans sa thèse de doctorat intitulée Du peuple à la cité : vie politique et institutions en Gaule chevelue depuis l'indépendance jusqu'à la fin des Julio-Claudiens, (Université Panthéon-Sorbonne, 2013) synthétise les données historiques connues sur les Unelles :
Les Unelles. Leur participation aux combats de 56 av. J.-C. qui opposent les peuples armoricains à César et ses légats nous permet d’avoir quelques maigres renseignements :
« His praeerat Viridouix ac summam imperii tenebat earum omnium ciuitatum quae defecerant, ex quibus exercitum magnasque copias coegerat [...]. » BG, III, 17, 2.
Ceux-ci [les Unelles] avaient à leur tête Viridovix ; il commandait à toutes les cités révoltées, d’où il avait tiré une armée, et fort nombreuse [...]. » (édition et traduction L.-A. Constans).
« His rebus adducti non prius Viridouicem reliquosque duces ex concilio dimittunt quam ab his sit concessum arma uti capiant et ad castra contendant. » BG, III, 18, 7.
« Sous l’emprise de ces idées, ils ne laissent pas Viridovix et les autres chefs (duces) quitter l’assemblée qu’ils n’aient obtenu d’eux l’ordre de prendre les armes et d’attaquer le camp. » (édition et traduction L.-A. Constans).
Que Viridovix fût le chef militaire des Unelles ne fait guère de doute : le terme de dux lui est appliqué, les plus hautes responsabilités militaires dans le cadre de la coalition lui sont confiées, et l’on sait par le terme praeerat qu’il exerçait un commandement suprême chez les Unelles. L’incertitude tient en ce que l’on ne saurait déterminer si ses pouvoirs étaient équivalents dans le domaine civil, et donc si les Unelles étaient menés par un dirigeant unique (roi ou magistrat) ou bien plusieurs (qu’ils aient été deux ou plus).
Croyances des Unelles :
Jean Jacques Hatt, auteur de Mythes et dieux de la Gaule, tome II (Édition posthume, ouvrage inachevé, mis à disposition par la famille après 1997) s'intéresse aux différents cultes rendus en Gaule :
"Toutefois, si nous possédons actuellement l'image, datable de la période hallstattienne, de la divinité féminine celtique Epona assise sur son cheval, figurant sur un fragment de céramique peinte pseudo-ionienne du Pègue14, nous n'avons pas, ou pas encore, de représentations hallstattiennes identifiables avec celles d'un dieu au maillet sidéral et chtonien. Cependant, son existence même, ainsi que son alliance, voire même sa fusion, avec le Jupiter gaulois Taranis, nous est prouvée de façon formelle par un certain nombre d'images figurant sur des monnaies gauloises des IIIe et IIe siècles avant J.C. Sur une monnaie attribuée aux Unelli15, le maillet de Sucellus apparaît, lancé au bout d'un ruban ondulé, par le conducteur d'un cheval. Ce dernier domine lui-même un chaudron, qui est, comme nous le verrons, un attribut probable de Sucellus16. Cette image exprime, au revers d'une monnaie dont l'avers porte une tête humaine stylisée, assimilable à celle de Taranis, le lancer de la foudre par un auxiliaire du dieu sur la terre, afin d'en obtenir des effets bénéfiques, notamment par le jaillissement des sources, conséquence directe de la pluie fertilisante. Ailleurs, le signe du maillet est remplacé par un pavillon carré décoré d'une croix de Saint-André, qui doit être assimilé à l'un des signes principaux de Taranis17. De plus, sur les monnaies ALT 6927, 6928 des Unelli, le conducteur porte une maquette de vaisseau, décorée à la proue et à la poupe, d'une tête de bovidé, ornée sur son flanc du signe de Teutatès en forme de deux esses horizontaux symétriques, et dont le mât se termine en forme de motif trifide (fleur de lis), signe de Rigani. Ces différents symboles sont en rapport évident avec Sucellus-Dispater, protecteur, avec la déesse souveraine, du voyage maritime des Morts vers le paradis celtique. De plus, le cheval domine un poignard, symbole du Mars préceltique.
Que représentent ces monnaies, si ce n'est l'identification, ou plutôt l'association, de Taranis et de DispaterSucellus, dans le mythe du lancer de la foudre sur le sol pour produire les sources, et dans celui de la résurrection des morts et du voyage maritime vers l'au-delà. Le poignard sous le ventre du cheval associe à l'ensemble le Mars préceltique."
Brigitte Fischer, dans un article intitulé "De l'économie au sacré : des monnaies et des dieux" (In : Amis des études celtiques, ) nous éclaire un peu sur les croyances des Gaulois du Cotentin :
"[...] Les décors qui figurent sur les pièces celtiques en général, gauloises en particulier, sont extrêmement variés et nombreux sont ceux que nous ne sommes pas actuellement en mesure d'identifier ou d'interpréter. D'autres, en revanche, semblent correspondre à nos préoccupations. Il s'agit, par exemple, des croisettes, des triscèles, des chaudrons ou bassins, des haches, des glaives, des maillets ou encore de triangles perlés. Pour l'anecdote, ce thème mérite un peu d'attention. Il figure sur différentes pièces. Certaines ont été émises par les Ambiens, ce sont des statères d'or dits "au flan large". Ce thème se retrouve sur des hémistatères des Unelles du Cotentin et sur des bronzes de la Basse-Seine, "au personnage courant". Curieusement, un triangle bouleté à ses extrémités, a été recueilli avec de nombreuses monnaies de ce type. Un autre exemplaire identique a été signalé il y a une dizaine d'années (1). Avant ces découvertes, les triangles bouletés observés sur les pièces étaient considérés comme de simples ornements, désormais, il paraît légitime de les classer parmi les objets à caractère votif.
[...]
Les monnaies nous offrent bien d'autres éléments en rapport avec le sacré, en particulier des animaux et des monstres. Pour le cheval, son caractère solaire a souvent été évoqué. Quant au cheval à tête humaine, omniprésent dans les monnayages armoricains, il est probable qu'il était lié au domaine surnaturel.
[...]
Une autre légende celtique nous est parvenue grâce aux sagas scandinaves tardives (Xe -XIIIe s.). Elle nous apprend que les anciens Germains croyaient qu'un cataclysme anéantirait le monde et qu'il serait suivi de sa renaissance. Un loup monstrueux dévorerait la lune et le soleil, anéantissant ainsi toute vie, mais, plus tard, un monde nouveau surgirait. Certaines variantes du récit décrivent un aigle qui survole la mer, un terrible serpent qui en sort et est combattu par un rapace. Sur un hémistatère d'or du Cotentin, Paul-Marie Duval a identifié une scène qui paraît conforme à cette histoire en tous points (1).
Note : 1) P.-M. Duval, La fin du monde et sa renaissance sur une monnaie gauloise du Cotentin, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, avril-juin 1981, pp. 376-382 :
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Contes et légendes :
Lorànt Deutsch et Emmanuel Haymann, auteurs à quatre mains de Romanesque - La folle aventure de la langue française. (Éditions Michel Lafon, 2018) nous transmettent une légende qui fera la fortune de Goscinny et Uderzo :
"La potion magique de Viridorix
Viridorix, roi de la tribu des Unelles dans ce qui sera la Normandie, était un ennemi acharné de Jules César et de tous les Romains. A la tête de ses maigres troupes, il remporta tant de victoires qu'on finit par prétendre qu'il bénéficiait d'une intervention surnaturelle... Son secret, murmurait-on, c'était une mystérieuse potion magique à boire avant la bataille, et qui donnait force et courage aux soldats gaulois.
Ca ne vous rappelle rien ? En 1959, quand René Goscinny et Albert Uderzo créèrent leur personnage d'Astérix, ils empruntèrent largement à la légende du roi des Unelles pour imaginer leur potion magique capable de rendre les Gaulois invulnérables. Le scénariste et le dessinateur n'ont jamais livré le secret de leur propre boisson miraculeuse, mais heureusement l'entourage de Viridorix s'est montré plus bavard. La recette s'est transmise à travers les siècles : pour commencer, il faut des pommes sucrées, des pommes acidulées et des pommes amères (les proportions exactes font encore l'objet de débats). Les fruits pressés vous donneront un cidre à distiller jusqu'à obtenir une boisson fortement alcoolisée... A vrai dire, en procédant ainsi, on obtient juste un calvados et, s'il n'a peut-être pas les propriétés phénoménales de la potion magique, il donne tout de même du cœur au ventre des Normands depuis des générations. Voilà le secret : la potion magique, c'est une bonne rasade de calva !"
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