top of page

Blog

Les Morins

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 9 heures
  • 12 min de lecture


Sources antiques :





Localisation :


Hubert Le Bourdellès, auteur de Boulogne et Thérouanne au temps de César : Approche toponymique de la cité des Morins (Éditions Presses universitaires du Septentrion, 2009) développe davantage nos connaissances sur ce peuple maritime :


"Les Morins tels que nous les connaissons. La situation des peuples Belges à l'arrivée de César apparaît comme suit. A l'Est une zone de peuples considérés comme plus ou moins germaniques d'origine, mais celtisés : Trévires, Nerviens, Eburons et les petits peuples des Ardennes. Les Rèmes, qui se distinguent par leur alliance avec les Romains, sont un vieux peuple qui est passé des résidences des chefs au Ve siècle aux oppida urbains. Au Nord-Ouest nous trouvons des peuples fortement organisés avec des oppida, des sanctuaires, où l'on frappe des monnaies.

Reste à situer les Morins et les Ménapiens parmi les Belges. Ils n'avaient pas d'oppida, en dehors du Mont Kemmel, qui est un oppidum archaïque, pas de sanctuaires connus. Les émissions monétaires des Morins sont tardives, et celles des Ménapiens nulles.

On comprendrait bien cette situation en considérant ces deux peuples comme issus d'une vague marginale des migrations belges, occupant une Gaule une position marginale. Les éléments de la civilisation celte dans son dernier état avant la conquête romaine ne les ont guère atteints. En particulier leur monnayage était celui de leurs voisins ou, s'il y eut des frappes locales, une imitation de celui de leurs voisins. Bien entendu la position géographique respective des Morins et Ménapiens comparée à leur participation respective à la civilisation gauloise apparaîtra comme un argument pour notre affirmation, puisque les Ménapiens étaient plus loin des grands centres belges et directement soumis au danger germanique, tandis que les Morins vivaient au contact de peuples majeurs de Gaule au temps de César.

Cependant on ne saurait aller trop loin dans l'exposé des différences entre les Morins et le centre de la Gaule. Nous avons dit quelles questions se posaient sur la vie maritime des Morins, la diffusion de leur monnayage dans le Kent, leur participation à la thalassocratie vénète. D'autre part ce peuple que l'on considérerait comme inférieur aux autres était capable de lever des contingents importants contre l'envahisseur romain.

[...]

Les limites du territoire morin, telles du moins qu'elles étaient fixées au temps de César, ne peuvent plus guère aujourd'hui faire controverse. De manière bien différente, si l'on regarde les voisins du Nord, on discute encore la question de la frontière Nord des Ménapiens, sans doute évolutive en raison de la poussée germanique. Nous rappellerons le problème morin rapidement, qui a été traité par A. Longnon, puis réglé presque définitivement par R. Delmaire. Au contraire, la division de ce territoire en pagi nous montrera un problème sans solution.

Nous admettrons, en raison du manque d'indication contraire, que les limites du territoire morin à l'époque de César étaient les mêmes que celles que nous entrevoyons pour l'époque gallo-romaine. Ce sont donc, probablement, celles que le diocèse médiéval de Thérouanne ou des Morins nous permet de reconstituer, avec cependant une difficulté au Nord-Ouest.

Au Sud, la séparation du diocèse d'Amiens et de Thérouanne était la Canche, et l'on peut rappeler ici que le port mérovingien et carolingien Quentovic, le vicus de la Quantia, était situé, selon ses monnaies, in Pontio, donc en Ponthieu, partie du diocèse d'Amiens, limité par la Canche.

À l'Est les frontières entre les diocèses de Thérouanne et d'Arras sont encore aujourd'hui marquées par des villages dits en Artois ou en Ternois. Il est donc légitime d'indiquer une limite sur la rivière Clarence qui les sépare.

Au Nord-Ouest, les choses sont moins simples. Doit-on retirer pour retrouver l'ancienne Morinie une partie du diocèse médiéval de Thérouanne, un archidiaconé de Flandre entre Aa et Yser, situation qui pouvait découler de l'éparpillement des Ménapiens à la fin de l'Antiquité ? Certes on doit tirer argument de ce que Sithiu - Saint-Omer était en Morinie comme le montre la Vie de Saint Omer, évêque de Thérouanne du VIIe siècle, tandis que Cassel était au temps gallo-romain capitale des Ménapiens : Castellum Menapiorum. Dans ces conditions apparaît une frontière sur l'Aa. Était elle continue jusqu'à la mer ? Bien sûr, on s'étonnera de ce que Marck ait été rangé dans l'archidiaconé de Flandre, mais peut-on projeter loin en arrière la totalité de ces rangements médiévaux ? En effet Cassel, pourtant ménapien dans l'Antiquité, appartenait à cet archidiaconé de Flandre, dépendant de l'évêque des Morins. Ces divisions médiévales ne peuvent donc être projetées en arrière. En conséquence nous garderons la conviction d'une frontière antique sur l'Aa. Bien entendu on se gardera de regarder le cours actuel de l'Aa comme une détermination totalement valable pour l'Antiquité, puisque ce cours dans la plaine côtière a probablement beaucoup varié.

Il faut ajouter pour rejoindre la Clarence une petite partie de la Lys et, entre Lys et Aa, le petit courant de la Melde qui, encore aujourd'hui, fait frontière entre les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Nous voyons là un territoire très contrasté avec la région boulonnaise au relief accidenté avec la fameuse « boutonnière », aujourd'hui encore boisée sur une grande partie, et la région de Thérouanne, faiblement vallonnée, plutôt plate, se prêtant à l'agriculture, encore que l'on ne puisse juger de l'étendue cultivée à l'époque gauloise. Une troisième région est formée des marécages autour du réseau hydraulique de l'Aa. Deux de ces régions correspondent à la situation résumée par César pour les Morins et Ménapiens (BG 3, 28, 2) : ils avaient des forêts et des marais ininterrompus (continentes) qui leur servaient de refuges.


*




Étymologie :


Pierre Gastal, dans Sous le français, le gaulois - Histoire, vocabulaire, étymologie, toponymie (Éditions Le Sureau, 2003) présente succinctement les Morins :


"MORE : « mer » (Endlicher : mare).

  • Morbihan, Armorique. Morini (« Ceux de la me r»), peuple du Pas-de-Calais actuel.

  • Cf breton mor.


MORINS : Belgique.

  • Peuple établi entre les Arnbiens et les Ménapes, depuis les collines de l'Artois jusqu'à la Flandre belge.

  • Capitale : Tarvenna (Thérouanne, Pas-de-Calais).

  • Gesoriacum (Boulogne), d'où César s'embarqua pour la Bretagne, était sur le territoire des Morins, de même que Portus Itius (Calais ?)."

Jacques Lacroix, auteur d'un ouvrage intitulé Les Noms d'origine gauloise - tome II : La Gaule des activités économiques (Éditions Errance, 2005) explique l'étymologie de la capitale des Morins :


"Le taureau était particulièrement précieux pour la reproduction du troupeau ( on compte qu'un taureau peut saillir 25 à 30 vaches) (Frémy, 1997, 1945). Son nom gaulois tarvos paraît se retrouver dans le nom de localités : TERVES, dans les Deux-Sèvres (Tarva, en 1189), et THÉROUANNE, dans le Pas-de-Calais (Tarouanna, au Ile siècle, Tarvenna, au IV' siècle) (Dauzat et Rostaing, 1978, 670 ; Nègre, 1990, 231). Doit-on s'en remettre à une explication qui voit à la base de ces toponymes un nom d'homme ? On note que les localités citées se trouvent en des régions traditionnellement réputées pour l'élevage. Les Deux-Sèvres, où se situe TERVES, sont renommées pour la race parthenaise (TERVES est à 25 km de Parthenay et à quelques kilomètres de Bressuire, qui a un marché de bœufs célèbre). Mais ces lieux connaissaient-ils déjà à l'époque gauloise l'élevage bovin ? THÉROUANNE, près de Saint-Omer, était jadis la capitale des Morins. César mentionne l'existence de troupeaux chez ce peuple (Guerre des Gaules, 111/29). Aujourd'hui, la petite région environnante, le TERNOIS (jadis pagus Tarvanensis) élève toujours les bovins (Frémy, 1997, 985)."

*

*




Histoire :


P. Leclercq, auteur d'un article intitulé "Le trésor gaulois de Ledringhem. Essai d'interprétation." (In : Revue du Nord, tome 60, n°239, Octobre-décembre 1978. pp. 753-759) rappelle les faits suivants :


"Les Morins commencèrent à émettre des statères de cl. IV en 57 avant J.-C. lorsque leurs alliés de la coalition belge abandonnent la lutte contre César. Ce dernier essaie de pacifier la Gaule avant son départ. Une campagne en 56 chez les Morins et les Ménapes, les seuls "qui fussent en armes" ne donne pas les résultats escomptés, les Gaulois se réfugiant dans les marécages et les forêts. En 55, c'est l'expédition de Bretagne. Au retour, à la fin de l'été, -des vaisseaux romains isolés sont attaqués par les Morins. César "(envoie) son légat Titus Labiénus, avec, les légions qu'il avait ramenées de Bretagne, chez les Morins qui s'étaient révoltés. Ceux-ci, les marais étant à sec, ne pouvaient s'y réfugier comme ils l'avaient fait l'année précédente ; ils tombèrent presque tous entre les mains de Labiénus" (César, Guerre des Gaules, IV, 38). C'est que César désirait des bases de départ sûres pour ses futures expéditions en Bretagne. La répression dut être brutale et impitoyable, il ne sera plus question des Morins, ensuite, dans la Guerre des Gaules.

La guerre d'extermination conduite par T. Labiénus eut probablement lieu dans la région de Ledringhem qui faisait partie de la Morinie. A cette époque, les Ménapes occupaient toujours les deux rives du Rhin (César, IV, 4). Les Morins n'avaient donc pas de voisins en bordure du littoral. La vallée de FAa et la Flandre Maritime étaient encore marécageuses à la suite de la première transgression dunkerquienne. Il est logique que les Morins irréductibles se soient éloignés au maximum de la région de Boulogne où l'activité militaire devait être intense, et réfugiés dans celle de Ledringhem proche des marais. Selon toute probabilité, l'enfouissement du trésor daterait de l'année 55, ceux qui en connaissaient l'existence ayant succombé à la fin de l'été, face aux légions de Labiénus.

*

*




Vie des Morins :


Jacques Lacroix, dans Les Noms d'origine gauloise - tome II : La Gaule des activités économiques (Éditions Errance, 2005) mentionne une activité agricole des Morins :


Si la culture du chanvre ne paraît s'être développée qu'assez tardivement en Gaule, le lin y était par contre une plante très courante, au témoignage de Pline : cultivée aussi bien dans le Nord du pays (chez les Morins et les Calètes) que dans le Centre (chez les Bituriges) ou dans le Sud (chez les Rutènes et les Cadurques) (Roche-Bernard, 1993, 42). 11 servait à fabriquer des tissus, appréciés pour leur solidité et leur pouvoir d'absorption de l'humidité (même réf., 43). "Toute la Gaule tisse des toiles de lin", souligne l'auteur d'Histoire Naturelle (XIX, 2, 8, cité par Malrain et autres auteurs, 2002, 62 ; GuiIlaumet, 1996, 75 ; Roche-Bernard, 1993, 42).

Selon Olivier Blamangin, Angélique Demon et Christine Hoët-van Cauwenberghe, auteurs de "De la Gaule belgique à la Bretagne romaine, interface maritime et liens entre le continent et l’île à l’époque romaine : pour un état de la question." (In : Mélanges de la Casa de Velázquez. Nouvelle série, 2025, no 55-2, pp. 117-141)

"B. Cunliffe, Ph. De Jersey ou R. Delmaire ont, depuis de nombreuses années, démontré l’ancienneté des relations commerciales entre la Grande Bretagne et le continent, tout en discutant l’intensité de ces échanges dans les décennies qui précèdent la conquête. Bretons et Morins « vivaient en bonne intelligence », si on en croit Dion Cassius, et dans son récit de la Guerre des Gaules, Jules César évoque à plusieurs reprises les mercatores qui, seuls, se hasardaient à aborder les côtes britanniques. Il les « fait venir de tous côtés » pour tenter d’en apprendre davantage sur l’étendue de l’île, sur ses habitants, leur manière de faire la guerre ou les ports susceptibles d’accueillir ses vaisseaux. L’échec de la conquête césarienne et l’intégration des provinces de Gaule septentrionale à l’empire ne met pas fin au commerce avec les « royaumes clients » qui s’imposent outre-manche. Strabon souligne au contraire les « lourdes taxes » que les souverains alliés de Rome « acceptent si facilement de payer […] sur les marchandises qu’ils exportent en Celtique et sur celles qu’ils en importent ».

Dès le 1er siècle av. J.-C., les voies du commerce avec la Bretagne insulaire sont multiples. L’étroitesse du passage entre la Morinie et le sud-est de l’île en fait la route la plus courte, la plus commode également selon César, où l’on pouvait naviguer à vue par beau temps. Mais le Proconsul souligne également la puissance maritime des Vénètes, dont un grand nombre de vaisseaux « serv[ai]ent à communiquer avec la Bretagne ». Strabon explique qu’il existait en fait « quatre points sur le continent d’où s’effectue habituellement la traversée dans l’île de Bretagne [qui] sont les bouches du Rhin, du Sequanas [la Seine], du Liger [la Loire] et du Garounas [la Garonne] », tout en précisant que, « quand on part des provinces rhénanes, ce n’est pas aux bouches mêmes du Rhin qu’on s’embarque, mais sur la côte de Morinie ». Il insiste également sur les routes fluviales, notamment la Seine, que les marchandises empruntent jusqu’aux « pays des Lexoviens et des Calètes, sur les côtes mêmes de l’Océan, d’où elles gagnent ensuite la Bretagne en moins d’une journée ». Sans doute est-ce là un des principaux handicaps de la route transmanche par Boulogne-sur-Mer et la Morinie : elle est l’aboutissement d’un large réseau routier qui relie le détroit aux provinces méridionales et de Germanie, mais elle n’est connectée à aucun réseau fluvial pénétrant amplement dans les terres. C’est donc par ces différents itinéraires qu’étaient acheminées les marchandises exportées Outre-Manche, « gourmettes et colliers d’ivoire, gemmes d’ambre jaune, ustensiles de verre et autres menus objets du même genre ». En retour, la Bretagne exportait « du blé, du bétail, de l’or, de l’argent, du fer […] joints à des cuirs, à des esclaves et à d’excellents chiens de chasse ». Il faut y ajouter, selon Diodore de Sicile, l’étain expédié en Gaule depuis l’île d’Ictis, que les marchands chargeaient ensuite « sur des chevaux [pour] travers[er] la Gaule à pied, dans l’espace de trente jours, jusqu’à l’embouchure du Rhône ».

[...]

Enfin, si les échanges entre les deux rives du détroit sont intenses, l’économie de la Morinie n’est pas toute entière tournée vers la Britannia. De nombreux ateliers de sauniers de l’Âge du Fer ou de la période romaine ont été fouillés sur le littoral des Ambiens, des Morins et des Ménapiens, parfois même dans l’intérieur des terres. Deux inscriptions d’Ariminum (Rimini), en hommage à un centurion L. Lepidius Proculus, qui a été stationné à Nouaesium (Neuß), le camp sur le Rhin au début de l’époque flavienne (70-75), sont réalisées par les salinatores de la cité des Morins et des Ménapiens. Ils remercient ce centurion de la légion VI Victrix chargé de l’achat et de la distribution du sel pour les troupes du limes. Ils sont sans doute responsables de la gestion du salarium, du stock de sel, dans leur cité, à charge pour eux d’écouler la production et sans doute aussi de reverser l’impôt dû au fisc sous cette forme. Du côté de la Bretagne, la production de sel a également été intense au point de rougir des collines entières (Red Hills) dans l’Essex des déchets céramiques issus de l’exploitation. L’intensification de la production est également perçue dans le nord de l’île. En tout cas, des modes d’exploitation assez comparables sont observés de part et d’autre de la Manche, comme par exemple les sites de Morton et de Looberghe. Les commerçants en sel et salaisons se retrouvaient aux bouches du Rhin pour faire des affaires et entre leurs traversées, s’assuraient la faveur de Dea Nehalennia, déjà évoquée, sorte de « Vénus du Nord », qui gardait les navigateurs et leur cargaison sous sa protection.

[...]

De multiples routes maritimes ont contribué à l’approvisionnement des troupes et des peuples insulaires en divers produits, elles ont en retour pourvu aux besoins de l’Empire et des populations littorales, tout en facilitant les transferts culturels entre les deux rives du détroit. Un espace militaire commun à la Britannia et aux côtes de la Gaule septentrionale s’est rapidement constitué dans les décennies suivant la conquête, espace au sein duquel la maîtrise des mers – et donc la flotte de Bretagne – joue un rôle essentiel. L’éphémère empire dissident de Carausius, avec sa tête de pont continentale boulonnaise, incarne finalement les liens qui unissent si fortement les deux rives de la Manche à la fin du IIIe siècle.

Cet espace militaire commun a naturellement contribué au développement des échanges, forts anciens, entre Morinie et Britannia, dont témoignent l’archéologie et l’épigraphie. Pour autant, les cultures matérielles des deux rives se distinguent tout au long de la période romaine et la complexité des routes commerciales ne semblent pas traduire la constitution d’un espace économique unifié, organisant la production et travail de part et d’autre du détroit."

*

*




Croyances :


Gaël Hily, auteur d'une thèse de doctorat intitulée Le dieu celtique Lugus. (Sciences de l’Homme et Société. Ecole pratique des hautes études - EPHE PARIS, 2007) mentionne une monnaie des Morins qui évoque Roudianos :


"En Gaule, deux monnaies peuvent indiquer que Mercure-Lugus était lui aussi armé d’un trident. La première est un double sesterce de Postume (IIIe siècle apr. J.-C.) évoqué plus haut. Il représente un personnage masculin imberbe, aux cheveux bouclés, aux très grandes mains, chaussé de bottes ; il tient dans sa main gauche un trident vertical et de la droite un oiseau retourné. Il nous faut toutefois signaler qu’il s’agit d’une imitation des doubles sesterces à l’effigie de Postume ; le motif d’origine représentait Neptune doté du trident qui est son attribut canonique. Dès lors, il nous faut envisager que la présence de cette arme est peut-être sans rapport direct avec le personnage celtique représenté.

La seconde monnaie a été frappée au tout début du Haut-Empire, dans la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C., et est attribuable au peuple belge des Morins. À l’avers figure un jeune homme imberbe et chevauchant à gauche ; il tient les rênes de la main droite et un trident de la main gauche. Devant et sous le cheval sont représentés un annelet et un foudre, à moins qu’il ne s’agisse d’un double trident stylisé. Au-dessus du dos du cavalier se trouve une inscription que l’on peut certainement rendre par RVPIOS ou RVDIOS. Ce terme s’explique sans doute par *roudos, l’un des mots celtiques désignant la couleur rouge. Nous connaissons justement en Gaule toute une série d’inscriptions dédiées à un dieu indigène dont le nom est formé sur cette racine : Rudianos et Rudiobo. Dans notre deuxième partie, nous avons évoqué ces divinités et les avons comparées à Rúad Rofesai (un autre nom du Dagda), ainsi qu’à Lugus.

Un autre élément vient renforcer notre hypothèse. Une des dédicaces à Rudiano a été découverte sur la commune de Saint-Michel-de-Valbonne (Var), dans un sanctuaire situé en hauteur. À cet endroit ont également été recueillis deux menhirs ; le plus grand porte en son sommet une gravure de cavalier. Ce lieu a été christianisé, comme beaucoup de sanctuaires de hauteur, par une chapelle dédiée à saint Michel. Or, il semblerait que le culte de saint Michel ait prolongé celui de Mercure-Lugus, lequel pourrait donc correspondre à Rudiano. Cette hypothèse inciterait à croire que le Rudianos de la monnaie des Morins est identifiable à Lugus. Toutefois, nous constatons une nouvelle fois la difficulté de trancher entre Lugus et son père."

*

*


bottom of page