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Les Cavares

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    Anne
  • 4 mars
  • 17 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours




Sources antiques :


François Féraud, auteur d'un article intitulé "Le peuple gaulois des Cavares, Aeria, Vindalium" (In : Revue Archéologie en Hérault Languedoc, 2009-2010- n°1, pp. 113-166) énumère différentes sources mentionnant les Cavares :


Polybe (-208/-126), évoque les Cavares au moment de la traversée du Rhône par Hannibal en -218. Alliés à Marseille et Rome, ils s'opposaient au passage du f1euve par les carthaginois.

« Tite Live [plus tardivement] précise que les Volques habitent sur les deux rives du fleuve (Histoires, 21, 26)... la ville [d'Avignon] aurait été volque avant de devenir cavare, comme l'attestent les textes à partir du milieu du 1er s. (Pomponius Mela, IL 75 ; Pline IIL 36 ; Ptolémée IL 10, 14). L es Cavares semblent en effet avoir exercé une certaine suprématie sur la région, si l'on en croit Strabon selon lequel leur nom l'emporte sur celui des Salyens (IV, 1, 12) assertion confirmée par Pomponius Mela pour qui le Rhône se jette entre Volques et Cavares (II, 79). Il semble que ceux-ci prennent de l'importance après la conquête romaine, à la suite d'une progressive perte d'indépendance des Salyens. » (Verdin 2000, p. 140).

Nous verrons plus avant que le modèle présent est conforme avec des Volques dont le territoire « [...] débordait alors sur les deux rives du fleuve » (Garcia 2004, p. 183).

« A la fin du IIe s. av. J.-C., Artémidore d'Ephèse, dont le témoignage est repris par Etienne de Byzance, fait état de villes « de Massalie » parmi lesquelles sont citées Avignon et Cavaillon. La signification de ce terme a suscité de nombreuses interrogations et l 'existence de liens fédératifs avec Marseille a été envisagé (Brunei 1945 ; Goudineau Christian 1976) [...] » (Verdin 2000, p. 147).

Strabon (né en 50 av. J.-C.) apporte des précisions : « [...] Avançons nous à partir de Massalia dans le pays compris entre les Alpes et le Rhône, nous y trouvons d'abord les Salyens, dont le territoire mesure 500 stades jusqu'au Druentias [Durance] ; puis le bac nous passe à Cavallion [Cavaillon], et là nous mettons le pied sur le territoire des Cavares, qui s'étend à son tour jusqu'au confluent de l'Isar et du Rhône, c'est-à-dire jusqu'au point où le Mont Cemmène [Cévennes] vient en quelque sorte rejoindre le Rhône. Depuis le Druentias jusqu'ici, la distance parcourue est de 700 stades [...] » (Géographie, livre IV, 1, Il) (cf. annexe 1).

Pline l'Ancien, mort en 79 apr. J.-C. : « [...] Dans l'intérieur des terres, des colonies : Arles de la sixième légion, Béziers de la septième, Orange de la seconde ; dans le territoire des Cavares, Valence, dans celui des Allobroges Vienne [...] » (Histoire Naturelle, III, V, 36). Cette description est en accord avec Strabon puisque la confluence Isère/Rhône est juste au nord de Valence. Orange, explicitement Cavare pour Strabon, est ici absente mais elle a déjà été citée dans le cadre de l'énumération des légions. Allait-il la répéter ?


En ce qui concerne la limite sud du territoire: « Au delà, les fossés qui partent du Rhône, travail célèbre de C. Marius, et qui porte son nom ; l'étang Mastromela ; Maritime, ville des Avatiques [Martigues ?], et, au dessus, des champs de pierres [La Crau], qui gardent la mémoire des combats d'Hercule; la région des Anaiiliens, et, dans l'intérieur, celle des Dexivates et des Cavares. » (id. 34).

Dans la région comprise entre le bas-Rhône, l'Etang de Berre, la Crau et jusqu'à la Durance trois peuples se succèdent. Leurs territoires sont donc assez restreints po ur correspondre à des peuples d'origine : les Anatiliens et les Dexivates. Ils semblent en conformité avec notre approche.

Pour Ptolémée (90/168), géographe d'Alexandrie : (Géographie II, 10, 15) « [...] Au dessous des Segalaunes [région de Valence] les Cavares : colonie d'Acusio [Ancône, nord-est de Montélimar, nommée Acunum (Table de Peutinger)] : 23°/44°40 ; colonie d'Avenio [Avignon] 23°/44° ; colonie d'Arausio [Orange] 24°/44°30 ; colonie de Cabellio [Cavaillon] 24°/44° ; et en dessous d'eux les Salyens dont les cités sont : Tarusco [Tarascon] 23°/43°40 ; Glanum [site de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence] 23°40/43°20 ; colonie d'Arelatum [Arles] 22°45/43°20 "Aquae Sextiae [Aix-en-Provence] 24°30/43°20 ; Ernaginum [site de Saint-Gabriel à l'extrémité ouest des Alpilles] 24°/43°45 [...] »

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Localisation :


Claude Brenot, propose un article intitulé "Les monnaies à légendes en alphabet lépontien et la « Confédération cavare »." (In : Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1998, 2002. pp. 34-44) pose le problème de la territorialité cavare :


"La définition des limites du domaine des Cavares se heurte d'emblée à la difficulté que soulève l'apparente discordance des textes. En effet, pour Strabon ce domaine s'étend, du sud au nord, de confluent la Durance, du Rhône après et de avoir l'Isère, passé là où le bac finissent à Cavaillon, les Cévennes jusqu'au : au-delà s'ouvre le domaine des Allobroges. Il précise qu'à l'est, il est bordé par les territoires des Voconces, des Tricorii, des Iconni et des Méduli. Mais, pour Ptolémée, comme pour Pline, entre les Allobroges et les Voconces on rencontre les Ségovellauni, et le premier souligne qu'ils ont Valence pour chef-lieu, alors que le second indique, de façon apparemment contradictoire, que la colonie de Valence est « in agro Cavarorum ».

Selon Guy Barruol, les choses sont moins confuses qu'il n'y paraît. l'Isère, Pour lui, le vaste territoire qui s'étendait de la Durance à l'Isère, formait une confédération. Celle-ci, écrit-il, « rassemblait en effet d'autres communautés ou tribus secondaires, unies entre elles par des liens fédératifs ; comme au sein des confédérations des Saluvii, des Vocontii ou des Volcae, d'autres peuplades moins importantes se développèrent sous le patronage des Cavares proprement dits, dont l'influence s'étendit sur toute la moyenne vallée du Rhône où leur nom finit par s'imposer : ce sont du sud au nord les Memini, vraisemblablement les Tricastini et les Segovellauni ». Cette définition laisse implicitement entendre que l'hégémonie Cavare sur ces peuples ne s'est imposée que progressivement mais son auteur affirme immédiatement après que « très tôt la confédération rhodanienne des Cavares devint une fidèle alliée de Marseille ». Il se fonde pour cela sur les témoignages de Polybe et de Tite-Live qui rapportent comment les barbares établis sur la rive gauche du Rhône, en face des Volques, fournirent des éclaireurs et s'opposèrent par les armes à Hannibal sur le point de franchir le fleuve. Il convient ici de faire remarquer que ces deux textes ne renvoient d'aucune manière à « la confédération rhodanienne des Cavares » mais au peuple Cavare, établi à l'ouest du Rhône, en face des Volques, depuis la Durance jusqu'au massif d'Uchaux, entre l'Aigues et le Lez, peuple qui, en l'occurrence, se comporta assurément en allié de Marseille et de Rome, mais dont l'attitude fut bien de celle que, peu après, manifesteront les Segovellauni accueillant dans l'« Ile » le chef carthaginois. Il paraît donc parfaitement impossible de faire remonter à l'époque de la deuxième guerre punique l'existence d'une confédération des peuples de la rive gauche du Rhône, sous l'autorité des Cavares.

Il y eut donc un temps où les Segovellauni était parfaitement indépendants des Cavares mais la question demeure de savoir quand et dans quelles circonstances leur territoire fut englobé dans celui des Cavares, comme Strabon et Tite-Live le suggèrent.

[...]

La référence à deux époques différentes annule dans ces conditions la discordance qui semblait opposer le texte de Strabon, pour qui le territoire des Cavares s'étend de la Durance au confluent du Rhône et de l'Isère, et ceux de Ptolémée comme de Pline, pour qui le territoire des Segovellauni s'interpose entre celui des Allobroges et celui des Voconces. Mais il est en même temps parfaitement logique que Pline place la colonie de Valence « in agro Cavarorum » car telle était alors la situation. Si l'on peut penser que très tôt les Cavares devinrent de fidèles alliés de Marseille, la « confédération cavare », telle que l'envisage Guy Barruol, ne prit naissance au plus tôt qu'en 121, antérieurement donc à la situation que décrit la source à laquelle Ptolémée a recours. Il ne faut alors accorder aux Cavares que les monnaies qui portent, en caractères grecs, le nom de leur capitale, Avignon.

François Féraud, auteur d'un article intitulé "Le peuple gaulois des Cavares, Aeria, Vindalium" (In : Revue Archéologie en Hérault Languedoc, 2009-2010- n°1, pp. 113-166) tente de préciser les contours du territoire des Cavares :


 Le puissant peuple gaulois des Cavares était situé autour d'Avignon, Il avait la maîtrise du Rhône et de sa plaine alluviale. Cité par Polybe, Strabon, Ptolémée, T ite Live, Pline l'Ancien..., il existe en 218 avant J-c., au moment du passage d'Hannibal d'Espagne vers l'Italie.

Son territoire est un carrefour fondamental entre les mondes méditerranéen et celtique. Il fut notamment la scène d'évènements clés pour l'évolution de ce qui deviendra la Gaule avec les sites majeurs de la ville d'Aeria et de la bataille de Vindalium où la victoire romaine initiera la future occupation. Aujourd'hui, ils demeurent toujours sans localisation précise complètement satisfaisante...

[...]




Étymologie :


Albert Dauzat évoque dans "La toponymie gauloise de l'Auvergne et du Velay." (In : Revue des Études Anciennes. Tome 33, 1931, n°4. pp. 357-388) mentionne les Cavares :


Dans le Puy-de-Dôme, M. Skok a cité Chavarot (Saint- Jean-desOUières), qui pourrait bien représenter un composé roman chavaroc (creuse-roc) ou un sous-dérivé de cavus. Ce dernier cas est probablement celui de Chavaroux : en tout cas, la forme Chavaros du xme siècle (Chassaing, Spicilegium brwat., 52) postule un suffixe -osu-, et non -uscu-, adapté à une racine gauloise (cf. les Cavares) ou latine : la localité est au pied d'une butte rocheuse. Cf. l'ancien provençal cavarota, caverne, creux.

Pierre Gastal, dans Sous le français, le gaulois - Histoire, vocabulaire, étymologie, toponymie (Éditions le Sureau, 2003) ne peut pas proposer d'étymologie à cet ethnonyme :


CAVAROS : ?

  • Cavari, peuple de la vallée du Rhône. Avec un dim. : Cavarillus, chef éduen ; Cavarinus, roi des Sénons

  • A donné Chaveyriat/Ain, Chaveirac/Gard (Cavariaco, nom d'homme gaulois).


CAVARES : Province.

  • Peuple établi sur la rive gauche du Rhône, approximativement entre Bollène et Barbentane et jusqu'à Cavaillon à l'est (partie ouest du département du Vaucluse). Leur confédération incluait probablement les Tricastins et les Ségovellaunes, remontant jusqu'à l'Isère.

  • Capitale : Avenio (Avignon), fondée par les Marseillais vers 539 AC. Cela implique que les Cavares aient fait partie, avec les Volques, de la vague d'invasion du IVe siècle.

  • Villes principales : Cabellio (Cavaillon) et Arausio (Orange) dont les noms ne sont pas celtiques.

Dans  "Le peuple gaulois des Cavares, Aeria, Vindalium" (In : Revue Archéologie en Hérault Languedoc, 2009-2010- n°1, pp. 113-166) François Féraud cite la proposition de Clébert :


« Les avis sont partagés quant à l'étymologie de ce générique [cavare]. Les celtisants y voient une racine gauloise, les autres un terme méditerranéen. Les uns et les autres pourtant semblent se rencontrer quand ils nous disent que ce terme désigne proprement les Géants, la racine kar ayant le sens de gigas en celte, et la racine kab désignant dans le midi de la France une hauteur. .. » (Clébert 1966, p. 213). Le territoire de ce peuple s'appuie, à l'est, sur le Mont Ventoux, le « Géant de Provence » . Du haut de ses 1 841 m, il structure fortement la région.

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Michel Bats, dans "Le pouvoir des chefs en Gaule méridionale protohistorique: entre onomastique, textes antiques et conquête romaine." (In : Les estructures socials protohistòriques a la Gàl· lia ia Ibèria, 2016, pp. 61-66) propose une étymologie différente :


"Dans ce dernier modèle, je ne retiendrai que deux exemples de noms composés contenant l’élément –rix, roi, pris volontairement chez les Cavares, ethnonyme gaulois par lequel ils se désignent eux-mêmes comme les “Héros”, les “Champions”, les “Plus Forts”.

À Cavaillon, le sol d’argile pure de la pièce d’une maison de la première moitié du Ier s. av. J.-C. était incrusté de petits cailloux blancs réalisant, sur 11 m2, un décor de motifs géométriques incorporant une inscription en gallo-grec sur 6 lignes. Les trois premières lignes présentent un nom complet, nom individuel et patronyme en -io- : [I]ouinkorix [V]eltuoselios. Iouinkorix est un composé de Iouinko-, “jeune” et -rix, “roi”.

À L’Isle-sur-la-Sorgue, une stèle funéraire en forme de colonne de 1,33 m de haut, supportant à l’origine un chapiteau, porte l’inscription “Pour Adgennorix, fils de Veretomaros”, soit, en traduction étymologique : « Pour “Super descendant de roi”, fils de “Grand secours” »

Les linguistes et historiens se sont interrogés sur le sens à donner à ces noms “parlant” à partir du moment où l’administration romaine aurait dû reléguer comme souvenir du passé ces velléités d’affirmer sa différence : mais c’était sans tenir compte de la complicité entre élites !

C’est ce qui explique, à l’évidence, la persistance des dénominations à caractère honorifique dans les sociétés gauloises du sud : ainsi le suffixe -rix prend, de titre princier à l’origine, une fonction intensive et/ou adjectivale, comparable à l’élément -maros, “grand”, signifiant “riche en, pourvu de”. D’où un sens différent selon les régions gauloises et les chronologies. Ainsi, le nom Iouinkorix de Cavaillon était déjà connu sous la forme Ioincorix, à une date plus tardive, en Germanie, sur une inscription sur pierre (CIL, XIII, 11689) et comme marque de potier (Osw. 146). “Dissolution de la tradition institutionnelle et linguistique de la Gaule après le conquête ou processus classique de délexicalisation d’un élément de nom composé” ? 5 En tout cas, l’élément rix est alors devenu l’élément le plus fréquent des noms composés gaulois, en général comme suffixe.

En résumé, l’exploration de l’onomastique des chefs de la Celtique méditerranéenne met en avant deux figures symboliques emblématiques : le chef, fort au combat, comme rempart, protection de son peuple, et le chef comme source de vie, garant de fécondité et de richesse."

Jacques Lacroix, auteur d'un article intitulé "Nommer les ports en Gaule et dans les pays celtes." (In : Nouvelle revue d'onomastique, n°64, 2022. pp. 7-56) explique l'origine de l'oppidum cavare de Cavaillon :


"Celtique *kapnos.

Dans son Dictionnaire des noms de lieux de la France, Pierre-Henri BILLY a fait appel, avec perspicacité, à un celtique kapnos “port”, d’un radical indo-européen kap- “contenir”, “enfermer”, “maintenir”, muni d’un suffixe nasal : le port est bien un endroit où les bateaux stationnent dans un lieu fermé, bien protégé. Appuyant la réalité de ce thème dans les pays celtes, on connaît effectivement, formé sur la même racine *kapno-, un irlandais ancien cúan, qui désignait un “port”, un “havre”. Utilisé en Gaule avec un double suffixe gaulois -ill-ono- ou -ell-ione, ce thème doit expliquer les noms des localités de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Cabillonum chez César, et de Cavaillon (Vaucluse), Cabellione sur un gobelet de Vicarello.

[...]

Cavaillon fut un oppidum gaulois des Cavares, établi sur une hauteur dominant la Durance, avant de devenir une cité gallo-romaine de commerce installée en contrebas. Elle a dû avoir un petit port, même s’il n’est pas archéologiquement avéré. La rivière était difficile à naviguer, mais elle a été utilisée jadis par des bateliers pour transporter, par radeaux, ou flotteurs sur outres ou bien barques, des marchandises vers Avignon et vers Arles. L’attestent plusieurs inscriptions antiques mentionnant l’existence de nautes de la Durance.

Cependant, le celtique *kapnos “port”, paraît ne s’être appliqué qu’à ces deux places de commerce. Comme pour les cas précédents, on ne saurait voir dans cette formation un véritable appellatif des établissements portuaires en Gaule."

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Histoire :


Bernard Liou et Myriame Morel-Deledalle, auteurs de "L'orge des Cavares : une amphorette à inscription peinte trouvée dans le port antique de Marseille." (In : Revue archéologique de Narbonnaise, tome 10, 1977. pp. 189-197) étudient la signification à donner une inscription concernant les Cavares :


"C'est bien, en effet, dans sa singularité, comme document d'histoire économique régionale, que notre inscription mérite surtout d'être considérée. On s'étonne d'abord de la mention des Cavares. Si le nom de ce peuple gaulois est fort bien attesté par les sources littéraires, c'est la première fois, semble-t-il, qu'il apparaît dans l'épigraphie. Il a ici, à n'en pas douter, une saveur archaïque et nous nous demandons pourquoi l'expression hordeum Cauarum a été préférée à l'indication précise — qu'en un sens nous regrettons — du point de départ de la cargaison. L'explication la plus vraisemblable est, croirions-nous volontiers, un souci d'ordre commercial : la moyenne vallée du Rhône est, à coup sûr, renommée pour sa fertilité et pour la qualité de ses produits (1) ; le nom des Cavares a d'autre part du prestige et s'est étendu fort anciennement, au-delà de la région de Cavaillon-Avignon-Orange, loin au Nord, le long du Rhône et jusqu'à son confluent avec l'Isère (2). Dirons-nous que ce prestige est peut-être particulièrement sensible pour des clients marseillais, étant donné les très anciennes relations économiques de leur cité avec les Gavares, dont les ports fluviaux de Cabellio et d'Avennio, considérés comme des « villes de Marseille », ont sans aucun doute joué un rôle essentiel dans son approvisionnement, tout particulièrement pour les céréales, que son territoire propre, trop aride, ne produisait pas ? L'« orge des Cavares », ce pourrait être, en somme, un label de qualité, quelque chose comme une « appellation contrôlée ».

Appellation en tout cas assez vague, qui ne nous permet pas de nous prononcer avec certitude sur le lieu où furent embarqués ces 1500 modii d'orge : nous devons penser naturellement aux ports, déjà mentionnés, du territoire proprement cavare, à Avignon et à Cavaillon ; mais ce peut être aussi un embarcadère situé plus en amont sur le Rhône. Nous n'en sommes pas moins en présence d'un témoignage tout à fait exceptionnel sur un commerce qui emprunte la voie fluviale du Rhône (et, peut-être en l'occurrence et pour le début du voyage, de la Durance (3), avant de gagner Marseille par la mer.


Notes : 1) Voir par exemple ce que dit Pline, N.H., 18, 2, du blé de qualité supérieure (siligo) récolté chez les Allobroges et, peut-être, chez les Memini (G. Barruol, op. cit., p. 91).

2) Strabon, 4, 1, 11, et aussi 12 : [...] (il s'agit des « barbares » de la rive gauche du Rhône) ; Pline, N.H., 3, 26, place Valence in agro Cauarum.

3) Nous rencontrons ici le problème de la navigabilité de la Durance, qui a fait couler beaucoup d'encre depuis Calvet, Dissertation sur un monument singulier des utriculaires de Cavaillon, Avignon, 1766. Il est discuté tout au long dans L. Bonnard, La navigation intérieure de la Gaule à l'époque gallo-romaine, Paris, 1913, p. 65-69. En fait, les documents antiques (utriculaires de Cavaillon, CIL, XII, 136, et surtout nautes de la Durance, ibid., 721, 731, 982) et médiévaux (notamment un acte de 1094 par lequel Raymond, comte de Provence, exempte de tout péage sur le Rhône et la Durance les bateaux de l'abbaye de Saint-Victor transportant du sel ou d'autres marchandises : Cartulaire de Saint-Victor, II, 686) ne nous permettent pas d'en douter. Cf. la mise au point très nette de G. Barruol, La Durance dans V Antiquité et au Moyen-Âge, dans la revue Delta, 13, 1965, p. 21-34 ; 14, 1965, p. 19-25 et 15, 1966, p. 24-32. Cette navigation toutefois devait être délicate et ne pouvoir s'accomplir qu'à certaines époques favorables.

 Michel Bats, auteur de "Les Gaulois à table : hiératisme et hiérarchie". (In : Mélanges Pierre Lévêque. Tome 7 : Anthropologie et société. Besançon : Université de Franche-Comté, 1993. pp. 15-20. - Annales littéraires de l'Université de Besançon, 491) mentionne une caractéristique du peuple cavare :


"Varron, au même moment, parle des dons exceptionnels des Gaulois pour l'élevage (II, 10, 4) et vante leurs quartiers de porc salé - particulièrement des Comaci et des Cavares - importés jusqu'à Rome. Détail que reprend Strabon (IV, 4, 3) après avoir indiqué que la nourriture des Gaulois "se compose de lait et de viandes de toutes sortes, surtout du porc, frais ou salé". Diodore de Sicile (V, 28), dans un passage où il paraît s'inspirer de Poseidonios, évoque la cuisson de quartiers entiers de viande dans des chaudrons ou sur des broches."

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Croyances :


Hervé Aliquot, auteur de La chronique d'Avignon. (Éditions Aubanel, 1990) présente un monstre surnaturel caractéristique de la culture cavare :


"C'est juste en face, de l'autre côté de la Durance, au Puech de Noves, que l'on a retrouvé en 1849 la Tarasque de Noves, conservée au Musée Lapidaire. C'est une des sculptures les plus extraordinaires que nous ait laissé l'art celto-ligure. Ce chef d'œuvre avignonnais a été enfoui sous un véritable monticule de cailloux. Ce sont les Cavares eux-mêmes qui ont mis leur dieu à l'abri de l'impiété ennemie, protégeant leurs croyances les plus précieuses.

La Tarasque de Noves est impressionnante. Le monstrueux quadrupède est en train de broyer un corps d'homme dont ne subsiste qu'un bras ; à la limite du corps avalé, on distingue un troque gaulois. La tête est terrible.  Il y a deux énormes rangées de dents sur cette mâchoire androphage, longue, distendue. Le corps est une statue cube de 1,18 m de haut sur 0,70 de large, taillée dans un bloc de calcaire des carrières de Glanum. L'animal est solidement campé sur ses pattes arrières. Les côtes sont creusées et mettent en évidence une respiration formidable. La force vitale est paroxysmique, marquée par le sexe en érection. La fourrure recouvre le dos d'un grand triangle de touffes hirsutes, et la queue de l'animal vient se ranger sur le côté droit. Les quatre pattes sont terminées par d'énormes griffes. L'animal est fantastique, inattendu.


D'autres tarasques ont été trouvées dans la région, aux Baux, à Mornas, aucune n'a cette puissance terrifiante. Pourtant, sous les pattes de devant sont sculptées deux têtes humaines, deux têtes coupées. Les yeux mi-clos n'indiquent aucune peur; les barbes longues montrent l'âge avancé. Elles portent le contraste d'une éclatante sérénité, face à la mort qui est sur le point de les engloutir. Ces hommes sont au-delà de l'inéluctable, prêts à franchir le passage terrible concrétisé par le monstre. Alors, ce qui était hideux et redoutable devient le symbole du dernier pas, celui qui conduira à l'éternité, celui qui amène à l'au-delà des bienheureux. Et la beauté se met à sourdre de cette sculpture pétrifiante.

La Tarasque de Noves s'inscrit dans le grand cercle religieux de la civilisation des "têtes coupées". Alors que les anciens Celto-Ligures mettent force et courage dans la tête, la Tarasque insiste et exalte le thème du passage de la vie vers la mort. Son étrange animation fait apparaître l'existence de la croyance en une autre vie. Loin d'être primitive elle montre une création originale plus celtique que méditerranéenne : le monstre n'est pas le lion gréco-latin, mais le loup gaulois.

De nombreuses monnaies gauloises magnifient le loup. Une pièce d'or des Umelli le représente avec une grande violence de mouvement, en train d'avaler le soleil et la lune. La scène évoque la légende celtique du temps des loups, le cataclysme de la fin du monde suivi par sa résurrection. L'eschatologie celtique montre le loup avalant le monde avant de le restituer.

Le loup, ce monstre quotidien, seul fauve que craigne l'homme d'Occident, prête ses machoires à la Tarasque de Noves dans un syncrétisme Celto-Ligure admirablement significatif. Les Cavares l'ont laissé enfouie. Il est vrai que soixante années de combats allaient se dérouler dans cette Provence qui va devenir Gallo-Romaine.

Jean Jacques Hatt, auteur de Mythes et dieux de la Gaule, tome II (Édition posthume, ouvrage inachevé, mis à disposition par la famille après 1997) s'intéresse aux différents cultes rendus en Gaule :


"L'association ou la fusion de Taranis avec Sucellus-Silvain est tout à fait conforme à ce que nous ont révélé les monnaies gauloises. En réalité, si Jupiter est parfois tout à fait assimilé à Sucellus, il arrive plus souvent que le couple Jupiter-Sucellus-Silvain ou Vulcain complète l'action sidérale venue d'en haut, par une action sur les sources, venue d'en bas. [...]

CIL XII 1025, près d'Avignon : Silvano familia urbana Atalici Firmani vslm (maillet) - Cavares

CIL XII 1225, Orange : Silvano Aug. Paternus Certuli filius vslm - Cavares [...]

Nous observons d'abord que la majorité des dédicaces [à Silvanus] provient de tribus peu celtisées [dont les Cavares], mais où les guerriers hallstattiens du VIIIe-VIIe siècles ont très probablement pénétré.

Eugène Warmenbol, auteur de « Les monstres chez les Celtes occidentaux : des gloses et une gauloiserie » (In : Odile Cavalier (dir.), La Tarasque de Noves. Réflexions sur un motif iconographique et sa postérité, Avignon, Musée Calvet, pp. 49-60. -2022) tente de donner du sens au monstre de Noves :


"Comme nous le faisait très justement remarquer Marine de Paul (communication personnelle), l’animal connu comme la Tarasque de Noves (Bouches-du-Rhône, FR) est de toute évidence la même bête que celle de Gundestrup sous étude, présentant exactement les mêmes caractéristiques, la crinière, présente des deux côtés, ne constituant pas un obstacle à cette identification, puisque les poils du loup se dessinent parfois en crinière. Il s’agit-là d’une particularité que nous pouvons même observer sur la célèbre louve du Capitole, dont l’authenticité est certes discutée. La Bête de Gévaudan d’avant la lettre, tenant un corps entre les crocs, et des têtes coupées sous les griffes, est par ailleurs représentée ithyphallique. Bitte schön…

Patrice Arcellin, qui l’a observée de près avance quant à lui que l’animal n’est pas un carnassier spécifique qui doit être identifié en tant que tel (un lion, un loup, un dragon… ?), mais nous nous permettrons de ne pas être d’accord avec lui. Par contre, nous le suivons dans sa lecture de l’œuvre, tant elle convient aussi à celle de Gundestrup : au-delà du message de la mort destructrice qui, pris isolément, serait un peu limité, l’œuvre en transmet un autre, plus transcendental dans ses fondements eschatologiques mais aussi sociologique dans ses implications : la mort est un passage vers une autre vie, non une fin (Arcellin 2004 : 51)."

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Sandrine Agusta-Boularot, autrice de "Quand naissent les dieux en transalpine." (In  S. Agusta-Boularot, S. Huber and W. Van Andringa (eds) Quand naissent les dieux. Fondation des sanctuaires antiques : motivations, agents, lieux (Collection de l’École française de Rome 534), 2015, pp. 299-336) évoque brièvement un syncrétisme gallo-grec :


"Néanmoins, un témoignage très évocateur, provenant de Cavaillon, à 80 kilomètres de Marseille, a été récemment publié : il s’agit d’un naïskos au type de la déesse assise, similaire à ceux retrouvés rue Négrel à Marseille. Ici l’objet est en calcaire local : il a donc été fabriqué sur place, en milieu indigène, selon un modèle bien connu dans la colonie phocéenne. L’objet, propriété d’un collectionneur, proviendrait selon toute vraisemblance de la colline Saint-Jacques, où la tribu des Cavares s’était établie à partir du VIe siècle avant notre ère. Même si son contexte cultuel nous échappe, cet autel témoigne de l’appropriation précoce, par une population locale, d’une iconographie religieuse typiquement grecque : mais quelle était la divinité représentée ? Quels rites se déroulaient autour de ce naïskos ? Rien n’assure que l’on puisse parler de la transposition d’un culte grec en milieu celtique car la divinité honorée pouvait très bien être cavare."

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