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  • Anne

Le Troène




Étymologie :

  • TROÈNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1269-78 coustel troine « couteau (à manche) en bois de troène » (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 11027), empl. isolé ; 2. 1374 tronne bot. (doc. ds Du Cange, s.v. tronus); 1538 troesne (Est. d'apr. FEW t. 17, p. 375a). Altér., peut-être d'apr. chêne, frêne, d'une forme non att., mais qui survit dialectalement (Chef-Boutonne trouille, Metz [tʀo:j], FEW loc. cit.), issue de l'a. b. frq. *trugil, de même sens, cf. l'a. h. all. harttrugil, all. Hartriegel « id. ».


Lire également la définition du nom troène afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ligustrum vulgare ; Troène commun ;

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Botanique :






Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cet arbuste commun :


Printemps - Mai.

TROËNE - DÉFENSE.

Pourquoi, disait une jeune mère de famille au vénérable pasteur de son village, n'avez-vous pas planté une forte palissade d'épines à la place de cette haie de troëne fleuri qui entoure votre jardin ? Le pasteur lui répondit : Lorsque vous dé fendez à votre fils un plaisir dangereux, la défense s'embellit sur vos lèvres d'un tendre sourire, votre regard le caresse ; et, s'il se mutine, votre main maternelle lui offre aussitôt un joujou qui le console : de même la haie du pasteur doit éloigner les indiscrets, ne blesser personne, et offrir des fleurs à ceux même qu'elle repousse.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


TROËNE – DÉFENSE.

Ne dépouillez pas le faible parce qu'il est sans défense ; ne brisez pas le pauvre à la porte de la ville ; car le Seigneur défendra lui-même leur cause et il tourmentera ceux qui les auront tourmentés.

- Proverbes : XXII, 23.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


TROENE - JEUNESSE.

Arbuste qui ressemble au lilas, très rameux et à fleurs blanches. On s'en sert pour former des haies odorantes.

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Roland Portères, auteur d'un article intitulé "Le caractère magique originel des haies vives et de leurs constituants (Europe et Afrique occidentale)." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 12, n°4-5, Avril-mai 1965. pp. 133-152) place le troène comme symbole même de la haie vive :


La Haie vive n'a pas le caractère d'une simple clôture ajourée ou non, se présentant comme un assemblage de pieux, ou de piquets, de bois morts épineux ou non, de ronces métalliques, de murettes ou de murs, de grilles et grillages, etc.

Elle est vivante, croît, s'exprime par sa vitalité, s'anime pour se représenter jamais semblable, s'image et nous parle en variant ses coloris; elle nous fait toujours penser à elle car se représentant à nous avec une animation que n'ont pas les autres formes de clôture.

Evidemment, il faut se clore pour être chez soi, pour manifester une occupation du sol ou une propriété. On clôt la cour et le jardin de l'habitation, le champ. C'est un isolement spatial pour être chez soi ; on s'isole par une ceinture qui enclôt votre vie, ses activités et ses rêves, pour que l'extérieur ne poursuive pas sa propre animation jusque chez vous. Le privet des Anglo-Saxons (notre « Troène », Ligustrum vulgare L.), indique bien par son nom ce caractère de protection de l'intimité, du home.

La clôture nous met en dehors des animaux, en dehors des hommes; elle protège un bien ou un usufruit et met en relief le fait de propriété. Elle inscrit sur le sol un paysage devenu humanisé, un aspect d'un stade de civilisation. [...]

Les espèces de nos haies du Nord de la France sont presque toutes, sinon toutes, d'anciennes plantes à caractère magique et utilisées probablement ainsi à l'origine. Il suffit de les citer : Houx, Chênes, If, Troène, Nerprun, Poiriers et Pommiers sauvage.

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Littérature :


Louis Zukofsky dans 80 fleurs (extraits). (in : Vacarme, 2005, no 1, pp. 78-80à propose un petit poème sur le troène :

Troène


Ligue us trône ovale folium

feuille bouclée nœuds joyau-glacé d’hiver

noyau-de-pierre platine vraies baies d’ébène

ajointées-gris persistant à-travers haie verte

ordre frêne-ou-olivier lourds panicules blancs

avec jonquille catin rouge sang pâle

règnent feuilles appariées sans dent

au bord trop-net trône troène

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Emilie Charbonnier-Massonnat, dans "Le jardin modinesque ou l'enfance retrouvée." (in Travaux de littérature, 2021) étudie les variants de l'œuvre de Modiano, le troène apparaît alors fugitivement :


On remarque en outre d’un récit à l’autre de nombreux éléments qui nourrissent l’imaginaire du jardin : la grille, les bruits naturels, le bruissement des feuilles, les parfums, les jeux de lumière, le lierre… Dans un désir d’ambiguïté généralisée dans l’œuvre, la grille pourrait tout à la fois représenter la clôture protectrice, mais également l’emprisonnement, ainsi que la difficulté d’accéder au lieu. Les senteurs se font volontiers plaisantes, comme la récurrence de l’odeur des troènes :


Des taches de soleil illuminaient les murs, les meubles et la moquette du salon. Les fins d’après-midi étaient belles et chaudes, ce printemps-là. Maillot ouvrait l’une des porte-fenêtres, et nous nous asseyions, nos verres à la main, sur la grande marche de pierre. Une rangée de tulipes blanches bordait la pelouse. Le buisson de troènes, contre la grille, exhalait son parfum d’été et d’enfance. (Patrick Modiano, Quartier perdu, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1984, p. 131)


[...] Cette progression sur les sentiers de la mémoire mène le narrateur jusqu’au « labyrinthe » :


Nous pénétrâmes dans le « labyrinthe » par une de ses entrées latérales et nous nous baissâmes, à cause de la voûte de verdure. Plusieurs allées s’entrecroisaient, il y avait des carrefours, des ronds-points, des virages circulaires ou en angle droit, des culs-de-sac, une charmille avec un banc de bois vert… Enfant, j’avais dû faire ici des parties de cache-cache en compagnie de mon grand-père ou d’amis de mon âge et au milieu de ce dédale magique qui sentait le troène et le pin, j’avais sans doute connu les plus beaux moments de ma vie. Quand nous sortîmes du labyrinthe, je ne pus m’empêcher de dire à mon guide : C’est drôle… Ce labyrinthe me rappelle quelque chose… (Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1978, p. 90.)


L’enchevêtrement du lieu, qui révèle son aspect microcosmique, son exiguïté, éveille des souvenirs d’enfance et symbolisent le cheminement heurté de la mémoire. L’ambiance euphorique se vérifie une nouvelle fois, associée aux parfums de troène et de pin, à la magie, et suggère un narrateur-Thésée, tel un personnage de conte.

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