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Le Tou




Autres noms : Cordia subcordata ; Faux-ébène ; Noyer d'Océanie ; Porché ; Porcher ;




Botanique :


Edouard Butteaud, dans sa Flore tahitienne. (Imprimerie du gouvernement, 1891) propose une brève description du Tou :


FAMILLE DES CORDIACÉES.

Cette famille diffère des Borraginées par l'ovaire unique à 4 loges qui devient à la maturité un fruit charnu.


Cordia Sebestena (Porst.) ou Cordia Subcordata (Linné).

Dédié au botaniste allemand Cordier. Fleurs oranges disposées en grappes, calice vert, tubuleux à 3 dents, corolle monopétale in fundibuliforme, figure une étoile à 6 pointes 6 à 7 étamines, anthères sur filets oranges, style long, terminé par un stigmate bifide. Fruits entourés par le calice persistant, ovoïdes, renfermant un nucule très dur qui contient une ou deux amandes d'un gout très fin et agréable . Feuilles entières alternes et longuement pétiolées. Elles tombent en partie vers le mois de septembre ; à ce moment les fruits sont entièrement mûrs. L'écorce sert à la médecine tahitienne et le bois est très beau et peut servir à faire de jolis meubles.

 

Annie Walter, Sam Chanel et Alfreda Mabonlala auteurs de "L'arbre dans les îles : exploitation traditionnelle des arbres fruitiers à Vanuatu : rapport intermédiaire." (horizon.documentation.ird.fr, 1992) mentionnent la qualité alimentaire du Tou :


Arbre de cueillette du bord de mer, le Cordia subcordata porte de petits fruits dont les minuscules amandes sont grignotées par les enfants. Echantillons CSV837 (Malo) ; CSV406 (Pentecôte).

 






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Usages traditionnels :


R. Virot, auteur d'un article intitulé "XII. Les plantes indigènes utiles de la Nouvelle-Calédonie." (In : Revue internationale de botanique appliquée et d'agriculture tropicale, 31ᵉ année, bulletin n°339-340, Janvier-février 1951. Au souvenir de l'Amiral J. Dumont d'Urville. pp. 120- 131) recense les usages traditionnels du Kou :


Cordia subcordata Lam. (Cordiacées) . — Ebénisterie fine. Polynésie et Mélanésie. Rare en Nouvelle-Calédonie, cette espèce apparaît au contraire abondante à Tahiti, où elle entre dans la composition du groupement halophile dit des « arbres du bord de mer ». Son bois magnifique (Tou ou Kou en polynésien), jaune citrin veiné de brun et de noir, est largement utilisé par les artisans tahitiens aux fins de confection de curios : coupes sculptées, statuettes, petits meubles, etc..

 

Selon Catherine Orliac, autrice de "Des arbres et des dieux : matériaux de sculpture en Polynésie." (In : Journal de la Société des océanistes, 90, 1990-1. pp. 35-42) :


Le tou, Cordia subcordata (Borraginacée) est un bel arbre que ses fleurs oranges rendent très décoratif ; il peut atteindre 15m de haut et pousse près de la mer ; on le rencontre sur les atolls, les motu et sur les îles hautes jusqu'au fond des vallées. Le Cordia fournit un bois de première qualité très recherché de nos jours par les ébénistes et les sculpteurs ; de couleur jaune ou brune avec des veines allant du beige au marron foncé, il est dur, résistant, d'un bel aspect et se travaille facilement.

Cet arbre, qui fournit un excellent bois d'œuvre, est très peu cité dans la littérature ethnohistorique ; à l'opposé des autres ligneux étudiés ici, le Cordia n'étaient pas planté sur les lieux de culte et l'on ne sait rien de ses origines mythiques ; quelques rares auteurs le mentionnent dans son utilisation à Tahiti pour la confection des écopes et aux Marquises pour celle des tambours (pahu) et des plats (kooka). Depuis le fin du XIXe siècle et jusqu'à nos jours ce bois est très utilisé pour sculpter de petits objets destinés aux touristes notamment des statuettes diverses ; un tiki marquisien des collections du Musée de l'Homme (M.H. n° 87- 31-24) offert par Roland Bonaparte en 1887 est taillé dans ce bois ; cette statuette, qui repose sur un socle, paraît être le produit d'une forte acculturation.

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Sur l'encyclopédie en ligne Tahiti Héritage on peut glaner les informations suivantes (dont la source principale est le Service du développement rural. Foger) :


[...] Les vieux Tou jouent un rôle important dans de nombreux villages de Taumotu, puisque les habitants ont pris l’habitude de se rencontrer à l’ombre de ces arbres. La plupart ont été plantés en 1906, juste après le passage des cyclones qui ont ravagés les villages.


[...] Utilisations du tou : Le Tou est une des essences les plus appréciées en ébénisterie et en sculpture car son bois, de couleur brune avec des veines allant du beige au marron foncé, se travaille très facilement. Les objets réalisés en Tou sont des tambours (pahu), récipients (koka), tiki, chevalets de râpe à coco, et des meubles. Les feuilles fraîches mélangées avec des figues de Ficus tinctoria (Mati) développent une couleur rouge qui servait à teindre les tapa, le visage et le mono’ i. L’écorce, les feuilles et les fruits frais sont utilisés comme ingrédients dans de nombreuses préparations médicinales en pharmacopée traditionnelle.

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Symbolisme :


Marie-Charlotte Laroche souligne dans "Tapa de Tahiti." (In): Journal de la Société des océanistes, n°65, tome 35, 1979. pp. 263-270) le rôle du tou dans les célèbres tapas :


Les récits des grands voyageurs du XVIIIe et XIXe siècle qui séjournèrent dans les archipels polynésiens sont unanimes à souligner l'importance d'une technique aux multiples utilisations : celle du tapa, étoffe végétale fabriquée à partir de l'écorce de certains arbres. Connu de la plupart des populations de l'Océanie et de l'Indonésie, ce trait commun de culture est un des éléments qui permet de considérer dans leur ensemble ces terres dispersées dans l'immensité du Pacifique.

[...]

La tradition tahitienne dans les légendes parvenues jusqu'à nous prônait la finesse et la blancheur du tapa. On les recherchait pour les cultes célébrés dans les marae ou les rituels funéraires. L'usage des tapa unis était donc important : pour de nombreuses utilisations le tapa n'était pas décoré mais seulement teint.


Les colorants. Parmi la grande variété des tapa parvenus jusqu'à nous, on peut identifier quatre teintes principales : le rouge et le jaune, couleurs importantes à Tahiti et qui avaient des significations sociales et religieuses, et le brun et le noir. Ces teintures, toutes d'origine végétale, étaient tirées de fruits ou d'arbustes qui poussaient dans les îles. La teinture rouge était obtenue à partir du jus laiteux du fruit de l'aoa (Ficus tinctoria), une variété de banyan. On en imbibait des feuilles de toa (Cordia subcordata) pour les rendre spongieuses. Ces feuilles étaient ensuite pressurées à l'aide d'une masse fibreuse pour en extraire le produit colorant, que l'on recueillait dans une feuille de bananier. [...]

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Marie-Claire Bataille-Benguigui fait un compte-rendu du livre de I. Jenkins, The Hawaiian Calabash. (In : L'Homme, 1992, tome 32 n°121. Anthropologie du proche. pp. 235-237) dans lequel elle cite le Tou :


[...] La première partie, de loin la plus importante, est consacrée aux récipients en bois. L'auteur commence par évoquer cet « Âge du Bois » qui suscitait déjà l'admiration de Cook. A cette époque, dans les familles aristocratiques des chefferies hawaiiennes, ces bols et plats en bois ont déjà supplanté ceux aménagés dans des fruits séchés qui demeurent le lot des gens du commun.

Sont décrites tout d'abord les formes classiques et dépouillées du registre de base de ces bols et plats fonctionnels qui sont aussi des insignes de pouvoir ; elles sont peu variées, à fonds ronds, inspirées de celles des calebasses/fruits, mais les tailles vont du gobelet d'enfant au récipient familial de grande contenance. Puis sont présentées des formes plus complexes et composites — à fonds plats ou sur pieds, avec des nervures extérieures ou des compartiments intérieurs — , toutes d'inspiration plus récente témoignant de l'influence occidentale, qui décorent les récipients réservés aux chefs et à leur entourage. C'est ainsi que des petits bols munis d'une poignée ou d'un anneau pour les suspendre servaient de rince-doigts ou étaient destinés à recueillir les déchets alimentaires pouvant être utilisés à des fins de sorcellerie contre celui qui avait consommé la nourriture. Certains sont incrustés de dents provenant d'ennemis tués à la guerre. Sir P. Buck nous laisse à ce propos un savoureux commentaire : « Ainsi le chef, alors qu'il utilisait ses dents bien vivantes, jetait ses déchets alimentaires en direction de celles dont il avait la satisfaction de savoir qu'elles ne mastiqueraient jamais plus » ! 1 II en va de même pour les crachoirs et les récipients pour les ongles et les cheveux qui, si ils n'étaient pas détruits, risquaient de tomber aux mains des ennemis. La catégorie suivante est celle des bols ornés de sculptures anthropomorphes, remarquables par leurs attitudes contorsionnées et leur puissance d'expression. On y buvait l'ava, boisson cérémonielle faite à partir de racine de poivrier. Il ne reste dans les musées que quatorze spécimens de ces bols, aujourd'hui assimilés à des sculptures.

I. Jenkins traite ensuite du choix des matériaux et des processus de fabrication. L'espèce ligneuse privilégiée était le kou, Cordia subcordata. Préférée pour son grain, ses teintes, sa solidité, ses qualités plastiques, elle était qualifiée de bois royal. Elle fut malheureusement anéantie par un insecte en 1860. [...] La technique de fabrication consistait à façonner la forme dans l'axe d'une bûche pour les récipients hauts, et perpendiculairement à celui-ci pour les bols bas. L'intérieur était ensuite creusé au feu et abrasé avec des pierres volcaniques. Une fois la forme obtenue, on faisait tremper le bol plusieurs jours dans l'eau de mer, puis on le remplissait de déchets de tubercules qui fermentaient et atténuaient l'amertume dégagée par le bois, après quoi on l'immergeait à nouveau dans l'eau douce. Ces opérations étaient répétées jusqu'à ce que disparaisse la saveur amère du bois. Le récipient était ensuite poli avec l'huile de la noix Aleurites moluccana. Les réparations des cassures ou des trous donnaient lieu à un travail d'art qui les transformait en motifs décoratifs : ceux-ci embellissaient la pièce tout en lui conservant son usage fonctionnel et patrimonial. L'auteur fournit peu d'informations sur les artisans spécialistes qui fabriquaient ces récipients, si ce n'est qu'ils construisaient aussi les pirogues.

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