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  • Anne

Le Sassafras




Étymologie :

  • SASSAFRAS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1590 arbres de sassafras (Brieve description de Virginia, 24 ds Delb. Notes mss) ; 1612 sassafras (M. Lescarbot, Hist. de la Nouv. France, éd. Tross, t. 2, p. 468 ds Gdf. Compl.). Empr., comme l'angl. sassafras et le port. sassafrás, à l'esp. sasafras (1595, sarsafras, Fr. A. de San Miguel ds Fried.), d'orig. incertaine, peut-être issu d'une forme mozar. de saxifraga « saxifrage » (v. NED et Cor.-Pasc., s.v. saxifraga) ; l'écorce de cet arbre est utilisée, comme la saxifrage, en infusion contre certaines maladies.


Lire également la définition du nom sassafras afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sassafras albidum ; Laurier des Iroquois ;

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Botanique :


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Symbolisme :


Madame de Renneville, autrice d'une Galerie des femmes vertueuses, ou, Leçons de morale à l'usage des demoiselles. (Le Prieur Libraire à Paris, 1809) raconte une allégorie qui met le sassafras à l'honneur :


Allégorie

Hortence. voilà un tableau tout-à-fait insignifiant pour moi. Veuillez me dire, je vous prie, Madame, ce que ce peut être. Je vois un homme qui tient une petite fille par la main ; puis un arbre et un cep de vigne.


Émilianne. Il n'y a rien de plus aimable, Hortence. Ce tableau est allégorique. Je vais essayer de vous rendre les propres paroles de l'homme que vous remarquez ici. Cet homme est un riche habitant du Brésil ; l'enfant qu'il tient par la main est sa fille. C'est lui-même qui va parler.

Un jour, dit-il, que j'étais dans les bois de ma plantation, avec ma fille Fanny, j'aperçus un jeune sassafras, de trois pouces de circonférence et de huit pieds de haut ; il était frais et vigoureux. Une faible vigne s'était entrelacée autour de sa tige, et commençait déjà à mêler ses branches à celles du sassafras. Quelle singulière union, me dis-je à moi-même ! Quel jeu du hasard ! Le premier semble avoir été planté pour supporter le second ; qu'aurait fait cette faible vigne, sans l'assistance et l'appui du sassafras ? Toutes ces idées m'en suscitèrent une autre, et ce fut une des plus agréables et des plus douces qui depuis longtemps eussent saisi mon cœur. J'ordonnai au nègre d'aller chercher les outils convenables, et dès qu'il fut revenu, nous déracinâmes ce phénomène intéressant avec toute l'attention imaginable.

- Que veux-tu donc faire de ce sassafras, mon père ? Nous en avons déjà tant dans nos champs et dans nos haies ! Ma mère rira quand je lui dirai toute la peine que tu viens de prendre.

- Non, non, ma fille, elle n'en rira point j'en suis sûr. C'est pour toi que je travaille ; ne me quitte point, tu verras à quoi je destine cet arbre protecteur.

Je le transportai dans l'intersection de deux grandes allées de mon jardin. J'y appelai toute ma famille. Bientôt le trou fut fait et le sassafras planté. Aussitôt que cette opération fut terminée, viens, ma fille, lui dis-je en la prenant dans mes bras, écoute bien ce que ton père va te dire ; c'est à toi particulièrement que je m'adresse. Grave mes paroles profondément dans ton petit cœur, afin que tu puisses te les rappeler toute ta vie. Ecoute ; j'ai transporté ces deux arbres où tu les vois, afin qu'ils deviennent un monument vivant de l'amitié que je te porte ; puissent-ils reprendre racine, et pousser le printemps prochain plus vigoureusement que jamais. Tu vois ce sassafras, chargé de cette jeune vigne ? c'est moi, ton père, qui t'ai si souvent assise sur ma charrue, qui t'ai tant de fois portée à l'école et où tu désirais d'aller, et qui te porte encore si souvent sur mes genoux. Tu vois bien cette jeune vigne, dont la tige et les branches sont si heureusement supportées par ce sassafras ? c'est toi , ma fille ; comme toi quand tu m'embrasses, quand tu dis que tu m'aimes, quand tu mets tes bras autour de mon cou ; de même elle étend ses rameaux tortueux elle les attache par une multitude de petits liens aux branches de son ami, de son protecteur. Observe, Fanny, tous les deux tirent leur subsistance du même terrain et du même endroit ; le ciel ne saurait verser ses rosées sur l'un sans faire fructifier l'autre. Leur union a commencé dès leurs racines, qui, comme tu l'as vu, sont mêlées les unes avec les autres ; elle est devenue plus intime encore par leur accroissement ; elle est parvenue du pied vers la tige, de la tige vers les branches. L'été prochain, tu verras comme leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits, seront entremêlés et confondus ensemble ! Ce sera alors que le parfum de la vigne, uni avec l'odeur aromatique du sassafras, deviendront un symbole plus frappant encore à tes sens, de notre union et de l'indissolubilité de notre amitié. Elle ne finira qu'à la mort, comme ce mélange odoriférant ne périra que par l'évaporation. Tel est l'objet de méditation que t'offrira chaque printemps.

Quand j'aurai vécu et que tu seras maîtresse de cette plantation, voici ce que tu diras à tes amis, à tes voisins, à tes enfants : Mon père planta cet arbre le 4 octobre 1774 ; il le consacra, devant ma mère et mes deux frères, comme un monument de son amitié paternelle envers moi. Il l'appela l'arbre de Fanny ; ce fut une idée favorite de son cœur. J'étais avec lui dans les bois, occupée à écouter ses leçons, lorsque le hasard lui fit découvrir ce sassafras et cette vigne que vous voyez au jourd'hui si grande, si élevée. Tiens, ma fille, me dit-il après les avoir transplantés ; de même que ce jeune sassafras supporte cette faible vigne, de même je t'ai chérie et supportée dès ta plus tendre enfance ; de même que cette vigne infructueuse et méprisée aurait toujours rampé sur la terre, de même aurais-tu été une femme sans talent , sans vertu, privée de ton appui journalier, et des soins que j'ai pris de ton éducatio . Puisses-tu, ô ma fille ! continua-t-il, croître et fleurir sous le toit paternel, comme ces deux arbres croîtront et fleuriront dans le nouveau terrain ! Te ressouviendras-tu de tout cela ? - Oh ! oui, mon père. Elle scella sa promesse avec ses larmes, auxquelles je ne pus m'empêcher de joindre les miennes ; et ce furent les plus douces que j'eusse versées depuis bien longtemps.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Sassafras (Sassafras albidum) a les caractéristiques suivantes :


Apparentés au laurier, les Sassafras restent des arbrisseaux au Canada et dans le Nord des États-Unis, alors qu'en Floride, au Texas, ils peuvent atteindre trente mètres. Leurs feuilles aromatiques ont les mêmes usages que celles du laurier. L'écorce et les racines renferment une huile essentielle qui faisait entrer, autrefois, cet arbre américain dans l'infusion dite des quatre bois sudorifiques : salsepareille, squine, gaïac, Sassafras.


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Elément : Feu

Pouvoirs : Guérison, gains matériels.


Utilisation magique : Une radicelle de Sassafras placée dans la bourse d'un homme, ou dans le sac à main d'une dame, empêche les dépenses inconsidérées.

Quel que soit l'endroit où vous cachez le « magot » dans la maison - coffre, huche, au-dessus de l'armoire, dans les piles de draps... -, une racine de Sassafras parmi les billets, ou les espèces sonnantes et trébuchantes, ne pourra faire que du bien. Certains vieux fermiers américains vous diront qu'autrefois, chez une cousine qui s'était mariée avec un gars du Nebraska, les sous, comme ça, avaient mystérieusement fait des petites grâces au Sassafras. Mais jamais l'homme ne vous dira qu'une telle manne du Bon Dieu est arrivée chez lui.

Pour les guérisons, il faut brûler l'écorce dans la chambre du malade.

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Dans le manuel Paterson de William Carlos Williams: Les Fiches de lecture d'Universalis, (Encyclopaedia Universalis, vol. 207, 2015) :


Le poète glorifie « le redoutable symbole du sexe carnivore », célèbre les « feuilles phalliques du sassafras » et confie dans son Autobiographie : « Le sexe est au fond de tout art. »

 

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