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Le Pua de Tahiti




Autres noms : Fagraea berteroana ; Arbre tabou ; Bijouin ; Bois à tabous ; Bois de pétrole ; Bois pétrole ; Bois tabou ; Faux houp ; Médégo ; Poirier ; Puakenikeni ; Tiaré canaque ; Tiaré étrangleur ;




Botanique :


Henry Teuira, auteur de Tahiti aux temps anciens. (No. 1, Société des Océanistes, 2015) nous propose une brève description du Pua :


Le Pua (Fagraea berteriana) est un bel arbre de taille moyenne qui pousse sur les collines, mais se laisse cultiver dans les terres basses. Ses feuilles sont épaisses et brillantes, ses fleurs sont tiliacées avec des pétales simples qui s'incurvent vers la tige. Elles sont d'abord couleur crème puis jaune, et demeurent plusieurs jours sans tomber. Après leur chute elles sont remplacées par des baies d'une belle couleur orange, qui durent plusieurs semaines. Le bois est brun clair, d'un grain serré et se polit bien ; on en fait des meubles. On raconte que le premier pua fut apporté sur la Terre par le dieu Tane qui l'avait pris dans son dixième ciel, aussi cet arbre lui était-il sacré et ses images étaient toujours taillées dans ce bois.

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Usages traditionnels :


Morgane Noullet, dans un mémoire intitulé "Valorisation de la Forêt Sèche de Nouvelle-Calédonie." (université de Montpellier II, 2007) mentionne des usages traditionnels de cet arbre :

 

Nicolas Lormée, Pierre Cabalion et Édouard Hnawia, auteurs de Hommes et plantes de Maré. (IRD Éditions, 2011) précisent ces usages :


Son tronc est utilisé pour faire des poteaux de case ou de barrière. On fait des colliers avec ses fleurs parfumées.

Ses vertus médicinales sont très appréciées. Le jus exprimé des feuilles jaunies et passées à la flamme est un traitement populaire pour les otalgies. L'écorce, amère, est très utilisée pour ses propriétés tonifiantes et purgatives. On la boit en décoction, encore chaude. Elle est aussi utilisée pour les purges à l'eau de mer et pour les purges des jeunes filles au moment de la puberté.

[...]

Parmi ces traitements, la purge à l'eau de mer a une place à part, car étant particulièrement laxative et émétisante, elle joue un rôle purificateur supérieur. Elle peut être pratiquée n'importe quand pourvu qu'on en exprime le besoin, mais la saison de la récolte des ignames, qui marque une nouvelle année, est un moment de prédilection pour aller se purger. [...] L'eau de mer est le seul médicament qui ne soit pas issu du règne végétal. On la boit avec un mélange d'écorces et de feuilles. La préparation est contenue dans un étui en feuille de cocotier ou plus simplement dans une bassine.

[...]

La purge à l'eau de mer des jeunes filles : Le rite initiatique de passage à l'âge adulte des jeunes filles est une purge à l'eau de mer qui suit les premières menstrues. Les filles sont amenées en ligne et on leur fait boire avec de l'eau de mer un mélange d'écorce dans un étui en feuille de cocotier. Quand elles commencent à avoir la diarrhée, elles mangent du coco sec et de la canne à sucre brûlée.

Si le choix des plantes utilisées est très large, il n'est pas pour autant le fruit du hasard. On utilise exclusivement des écorces d'arbre (éventuellement de grosses lianes ligneuses), en évitant celles qui sont généralement administrées aux enfants [...].

Cette pratique a un rôle purificateur non dissimulé, elle s'intègre bien dans la croissance de l'individu qui s'accompagne à chaque étape de la vie de la consommation de remèdes spécifiques.

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Symbolisme :


Selon Catherine Orliac, autrice de "Des arbres et des dieux : matériaux de sculpture en Polynésie." (In : Journal de la Société des océanistes, 90, 1990-1. pp. 35-42) :


Le Pua, Fagraea berteriana (Potaliacée) est un bel arbre qui peut atteindre 15 m de hauteur et pousse depuis le rivage jusqu'à 900 m d'altitude ; les Tahitiens le connaissent surtout pour ses fleurs au parfum odorant, très appréciées pour la fabrication des couronnes ; les propriétés de son bois de couleur jaune doré sont mal connues car cette matière première n'est plus du tout utilisée de nos jours ; pourtant le bois de pua était autrefois apprécié des sculpteurs ; il fut utilisé pour façonner trois ti'i simples (MTI 15 n° 5692-n° 5693-n° 5694A) un ti'i double (MTI n° 5694B) découverts dans une grotte funéraire à Moorea et pour la fabrication d'un pilier (ou fata) de plate-forme d'offrande retrouvé dans un marécage à Papara (MTI n° 1802).

La tradition rapporte que le pua fut apporté sur terre par le dieu Tane qui l'avait pris dans son dixième ciel ; lors de la querelle puis de la réconciliation du Ciel et de la Terre, Tane et « Grand Ro'o » le messager, descendirent en volant sur terre et plantèrent en témoignage de paix le premier arbre pua dans ce monde ; « c'était un arbre sacré de Tane planté à Puna'auia à Tahiti. Hau'ou (garantie de paix) était le nom du pua dans les temps anciens » 19. C'est peut-être pour cette raison que le Fagraea était planté sur les lieux de culte notamment sur les marae royaux où son bois servait à fabriquer les tambours et de petites statuettes anthropomorphes, les ti'i, effigies de divinités ou d'ancêtres tutélaires ; les représentations du dieu Tane auraient toujours été taillées dans ce bois. Un marae royal de Tahiti et d'autres monuments cultuels de Bora-Bora et Maupiti portent le nom de « Fare-pua » (maison-pua). Nous ne possédons pas d'autre information sur l'usage de cette matière première et les traditions ne le mentionnent que dans un contexte religieux ; son emploi pour la fabrication de quatre ti'i (effigies du dieu Tane ?) et d'un pilier de plate-forme d'offrande ne doit donc pas surprendre.

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