Le Pavot des Alpes
- Anne

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Étymologie :
PAVOT, subst. masc.
Étymol. et Hist. Mil. du xiiies. [ms.] plante (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 2408 [var. du ms. BN fr. 794, v. aussi éd. W. Foerster, 2412]). Issu, par substitution du suff. -ot* à la forme régulière -o b lat. -avu, de l'a. fr. pavo « id. » (déb. du xiiies., Chrétien de Troyes, loc. cit. [var. du ms. BN fr. 1376], v. aussi l'éd. I. Bekker, v. 2402 ds Zeitschrift für deutsches Alterthum, t. 10, 1856, p. 435, qui a pris ce ms. pour base) lui-même issu d'un lat. pop. *papavus, altér. du lat. class. papaver « id. ».
Lire également la définition du nom pavot afin d'amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Papaver alpinum - Joyau des Alpes - Pavot alpin - Pavot nain à fleur jaune - Pavot velu du Groenland -
Papaver alpinum subsp. rhaeticum (Leresche) - Papaver aurantiacum Loisel.) - Coquelicot d'or - Pavot doré - Pavot orangé -
Papaver alpinum subsp. suaveolens - Pavot de Lapeyrouse - Pavot des Pyrénées -
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Botanique :
Eugène Rambert, auteur de Les Alpes Suisses : études d'histoire naturelle (Librairie F. Rouge, Lausanne, 1888) nous rappelle l'origine du Pavot des Alpes :
"Je n'ai point à rappeler ici les caractères de cette flore alpine. Je puis supposer qu'elle n'est pas complétement inconnue de ceux qui auront pris la peine de me suivre. Comme pour la flore des Sous-Alpes, comme pour celle du plateau, je me borne à la question d'origine. D'où vient-elle ?
M. Christ répond : « Parmi les 294 espèces qui, en Suisse, habitent principalement la région supérieure des Alpes, 64 sont des espèces généralement répandues autour du pôle, dans les vastes territoires, américains ou asiatiques, de la zone arctique ; 36 autres sont également polaires, mais non circumpolaires ; elles sont spéciales à tel territoire particulier de la zone. Il y a donc environ un tiers de nos plantes alpines qui, à vingt degrés plus au nord, éclosent à une vie passagère sous les rayons obliques du soleil du pôle. »

Parmi ces cent espèces à la fois polaires et alpines, je mentionnerai, en commençant par les plus connues , l'Edelweiss, cher aux Tyroliens ; le charmant silène (S. acaulis) connu sous le nom de gazon rose, qui fait événement pour quiconque en est à sa première course de montagne ; la Dryade à huit pétales (D. octopetala) qui ferme chaque soir ses grandes fleurs de rosacée blanche pour les rouvrir chaque matin ; la petite Azalée inclinée (A. procumbens), un bijou, qui, vu à la loupe, égale en magnificence les grandes azalées de nos serres ; le Myosotis des Alpes, dont l'azur efface celui de tous les myosotis de la plaine ; deux jolies vergerettes (E. uniflorus et E. alpinus), modestes pâquerettes de montagne ; la plus répandue des androsaces (A. chamaejasme), aux petites corolles découpées d'un ciseau très fin et coloriées d'un pinceau encore plus délicat ; la plus originale des renoncules, la Renoncule des glaciers, aux tiges charnues et au calice velu ; les jolis saules (S. reticula et S. myrsinites) qui enlacent les pierres de leur feuillage luisant ou chagriné ; le Pavot blanc (P. alpinum) dont les corolles sortent capricieusement d'entre les cailloux entassés, et enfin l'humble Gentiane des glaciers (G. tenella), si habile à se cacher, si timide, et qui a si longtemps mis en défaut les yeux d'argus des botanistes.
Les deux dernières sont déjà presque des plantes rares ;"
Selon Erzsébet Mihalik, auteur d'un article intitulé "Taxonomie". (In : Coquelicot. Presse CRC, 1999, pp. 26-73) :
"Les fleurs d’une espèce, Papaver alpinum, dégagent un parfum de clou de girofle ;"
Cécile Lemoine, dans Les fleurs des montagnes. (Edtions Jean-Paul Gisserot, 2004) décrit la petite fleur alpine :
"Pavot des Alpes : Papaver alpinum - Papavéracées
Ce petit pavot rare est très localisé sur éboulis, moraines, pierriers assez fins entre 1700 et 2600 m, dans les Alpes et les Pyrénées.
Vivace c'est une plante naine haute de 5 à 20 cm, ressemblant à un coquelicot dont elle a le suc laiteux, les feuilles profondément découpées et plus ou moins poilues raides, les fleurs larges de 2 à 5 cm, penchées avant épanouissement, munies de 2 sépales et 4 pétales, et la capsule s'ouvrant par de nombreux pores pour disséminer de minuscules graines. La différence tient à la couleur des pétales, jaunes à rouge orangé, et bien sûr l'habitat. Très variable, il se présente en France sous plusieurs variétés, dont deux plus fréquentes, l'une à fleurs assez grandes, larges de plus de 1,5 cm, l'autre à fleurs plus petites que 1,5 cm.
Dans les Pyrénées et le Massif Central une espèce voisine, le pavot du Pays de Galles Meconopsis cambrica est assez rare dans un milieu tout autre, bois, lieux ombragés humides entre 400 et 1600 m d'altitude. Il atteint 30 à 60 cm de haut, avec des tiges rameuses, des fleurs grandes de 4 à 8 cm de diamètre, jaune soufre ou orangé, portées sur un long pédoncule. Une longue capsule s'ouvre par trois valves."
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Symbolisme :
Eugène Rambert, auteur de Les Alpes Suisses : études d'histoire naturelle (Librairie F. Rouge, Lausanne, 1888) décrit de manière très imagée le Pavot des Alpes :
"Que cueillerons-nous encore ? Des passerages, des linaires violettes à gueule safran , et si nous avons la bonne fortune de le rencontrer, nous ne négligerons pas le Pavot des Alpes. Mais le Pavot des Alpes est rare ; il en croît une espèce à fleurs orangées sur quelques points des Alpes orientales, à la Bernina, par exemple, et une autre espèce à fleurs légèrement soufrées au Pilate, à la Chaumény et ailleurs. Le Pavot des Alpes a les pétales plus petits que celui de nos moissons, mais il rachète ce désavantage en croissant en touffes plus fournies. Quant à la couleur, elle n'en est guère moins voyante. Au reste, comme celui de la plaine, il se plaît aux contrastes. Quelle splendide inutilité que ces grands pavots rouges dans les blés, et toute cette poésie improductive qui écarte les épis nourriciers ! Le Pavot des Alpes offre-t-il un contraste moins surprenant ? Ses fleurs délicates se refusent à briller ailleurs qu'au milieu des cailloux entassés. Il a pris à tâche de soutenir vaillamment une gageure impossible. Quelle est la profondeur de cette couche de gravier ? Trois doigts. Ce n'est pas assez. Il y a peu de mérite à croître dans les pierres lorsqu'on rencontre le sol à trois doigts de profondeur ! Mais si l'on enfonçait dans ce lit mouvant jusque bien au-dessus de la cheville, peut-être trouverait-il qu'il en vaut la peine et que le cas est digne de lui. Vous verriez alors sortir d'entre les pierres sa verdure grise, une feuille ci, une feuille là ; puis de feuille en feuille ce serait une touffe, qui pousserait bientôt des hampes effilées, du haut desquelles la gaze légère de ses pétales chiffonnés flotterait comme un étendard."
Dans la revue Treize étoiles, reflets du Valais (n°8 et 9, août-septembre 1957) on peut lire un article écrit en hommage à cette fleur alpine :

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Laure Martin-Gousset, Jérémy Terracol & Jean-Pierre Roux, auteurs d'un article intitulé "Habitats et dynamiques de végétation en ubac du Mont-Ventoux – Étude de la Réserve biologique intégrale" in (Naturae, 2019 (5) : pp. 113-164) relie le Pavot des Alpes au Mont-Ventoux :
"Dans la partie sommitale de la RBI, l’intérêt floristique réside dans le fait que certaines espèces, rares dans les autres massifs, prennent une grande importance. Tel est le cas de l’espèce la plus emblématique du Mont-Ventoux, le Papaver alpinum subsp. alpinum L. (le Pavot velu du Groenland, appelé ainsi par J.-H. Fabre, et dont les guides touristiques perpétuent le nom), qui est très dynamique au point de se comporter en véritable espèce pionnière et de se retrouver à des altitudes relativement basses."
Littérature :
Henry Correvon, auteur d'une Flore coloriée de poche à l'usage du touriste dans les montagnes de la Suisse, de la Savoie, du Dauphiné, des Pyrénées, du Jura, des Vosges, etc. (Librairie des Sciences Naturelles, Paul Klincksieck, 1894) s'essaie maladroitement à la poésie :
"Ces petits Pavots alpins [Papaver alpinum et Papaver pyrenaicum Willd.] sont l'un des bijoux de la Haute Montagne et l'une des plantes les plus faciles à cultiver dans nos jardins.
Au Pavot des Alpes.
Au Docteur H. GOUDET.
Fille des noirs pierriers qui fleuris sur la pente
Au sein des blocs épars,
Bravant les froids autans, la neige, la tourmente
Et les sombres brouillards,
J'aime à voir au matin briller fraîche et joyeuse
Ta fleur d'or et d'argent,
A la voir frissonner sur l'arêté neigeuse
Et sous les coups du vent.
Est-il vrai que ta coupe, au fond de son calice
Cache un venin subtil ?
Que ton parfum produit une ivresse factice
Qui n'est pas sans péril !
Est-il vrai que ta fleur, perfide enchanteresse,
Contient dans son encens
Un narcotique obscur qui sait, avec adresse,
Engourdir tous nos sens ?
Quoi ! De toi sortirait un malfaisant génie ?
Ce sont de sots dictons !
Non, je t'aime et ne puis croire à ta perfidie
Petit pavot des Monts."
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