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Le Mamba

Photo du rédacteur: Anne
Anne
il y a 5 heures
8 min de lecture




Autres noms : Dendroaspis polylepis - Mamba noir -

Dendroaspis angusticeps - Mamba vert -




Zoologie :


Emmanuelle Pouydebat, autrice de Quand les animaux et les végétaux nous inspirent (Éditions Odile Jacob, 2019) s'intéresse notamment au potentiel inspirant des mambas :


"Du venin mortel du mamba noir vers de puissants analgésiques. Certains des animaux actuels les plus venimeux de la planète sont une source d’inspiration pour créer de nouveaux médicaments ! En effet, les caractéristiques des venins ont parfois des pouvoirs thérapeutiques. Quel paradoxe ! Des poisons qui se révèlent de puissants médicaments, c’est possible ? Oui, tout est possible dans la nature. Prenons trois exemples pour illustrer ce nouveau prodige et commençons par un serpent qui fait peur, très peur. J’ai nommé le mamba !

Le mamba noir (Dendroaspis polylepis), cousin du sublime mamba vert (Dendroaspis angusticeps), est considéré comme l’un des serpents les plus dangereux du monde. À juste titre d’ailleurs du fait de sa capacité à frapper rapidement et de manière répétée, de la puissance de son venin et, enfin, de la gravité et de l’apparition rapide des manifestations cliniques. Cela fait froid dans le dos, n’est-ce pas ? Attendez, lisez plutôt. Le venin complexe de ce serpent constitue un véritable arsenal toxique, composé essentiellement de puissantes neurotoxines au pouvoir paralysant qui, pour simplifier, entraînent la mort par asphyxie, après douleurs, fourmillements, transpiration, perte de contrôle des muscles et, donc, suffocation, etc.. Tout un programme ! Surtout quand on sait que ce serpent peut injecter jusqu’à 400 mg de venin et que 10 mg suffisent pour tuer un humain adulte… Pour finir de vous convaincre sur l’efficacité de cette merveilleuse substance, sachez qu’en vingt minutes environ la personne touchée perd la capacité de parler, qu’en une heure elle est potentiellement dans le coma et que la mort survient entre six et quinze heures après la morsure. De quoi avoir peur des serpents… Mais non, ne vous arrêtez surtout pas là ! Car ce venin recèle d’autres propriétés surprenantes. Figurez-vous qu’il contient des substances antidouleur capables de rivaliser avec la morphine, le tout avec beaucoup moins d’effets secondaires, s’il vous plaît ! Incroyable, non ? Des chercheuses françaises, Sylvie Diochot et Anne Baron pour ne pas les nommer, en quête d’antalgiques de nouvelle génération, ont étudié la composition du venin du mamba noir et ont isolé des protéines courtes capables de supprimer la sensation de douleur ! Baptisées « mambalgines », ces protéines ne sont pas toxiques chez les souris et démontrent un effet analgésique aussi puissant que la morphine, tant au niveau local que sur le système nerveux central. Les effets secondaires seraient beaucoup moins importants que ceux induits par l’utilisation des opiacés, avec notamment un phénomène d’accoutumance bien moindre . À quand l’application de la mambalgine chez les humains ? Pas pour tout de suite malheureusement, car les études cliniques coûtent très cher et nécessitent l’implication de compagnies pharmaceutiques. En attendant, il faut poursuivre les études précliniques, qui sont passionnantes et montrent des effets contre des douleurs inflammatoires, neuropathiques et migraineuses. La mambalgine présente donc de très nombreuses applications thérapeutiques et il serait dommageable que les humains se privent de cette incroyable solution du mamba noir pour des raisons uniquement financières. Cela étant, les études précliniques valident fortement les canaux ioniques ASIC des neurones sensoriels comme de nouvelles cibles thérapeutiques d’intérêt contre la douleur, et d’autres inhibiteurs de ces canaux pourraient à l’avenir être développés, ce qui supporte et élargit le champ d’action thérapeutique potentiel de la mambalgine."

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Symbolisme :


Michel Fromaget, auteur d'un article intitulé "Aperçu sur la thérapeutique du conjoint invisible chez les Myéné du Gabon." (In : Journal des africanistes, 1986, tome 56, fascicule 1. pp. 105-112) définit le génie de la naissance dans les croyances d'un peuple gabonais :


"Le mbumba-yiyano : L'expression de mbumba-yiyano, qui veut dire textuellement «génie de la naissance», a un sens très proche du mot genius latin qui désigne avant tout le fond du caractère, la nature profonde, ce qui vient à la naissance, puis, par delà, une sorte d'esprit tutélaire, inspirateur du moi et de- la conscience, qui se manifeste avec l'individu et disparaît avec lui. En ce sens, le mbumba-yiyano est aussi un daimon comme l'entendaient les anciens Grecs. Il est aussi un principe tout à fait comparable à ceux que l'on retrouve à la clé des modèles de la personnalité négro-africaine : à la manière de Vif à (destinée) des Yoruba, il dicte des interdits et demande à faire alliance avec le moi ; à la manière de meleke (l'âme-ange) des Bobo, il s'exprime principalement en rêve ; comme certains kikinu des Dogon, il vit à la fois dans l'homme et dans l'eau, pour n'être pas nuisible, qu'on lui offre des sacrifices ; comme tous les « conjoints invisibles », il est essentiellement et ostensiblement sexué, son sexe étant bien sûr opposé à celui de la personne réelle.

Cependant/ au sein de la pluralité des éléments composants les grandes conceptions de la personne ayant cours en Afrique noire, le mbumba-yiyano parait présenter une physionomie qui lui est propre. Un des principaux traits de cette physionomie est que le mbumba-yiyano doit-être considéré comme instance virtuellement pathogène,, c'est-à-dire comme principe susceptible d'engendrer des maladies chez la majorité voire la totalité des humains.

Les Myéné comprennent le mbumba-yiyano comme une composante de la personne et plus précisément comme une instance psychique au sens, freudien du terme : c'est-à-dire comme une partie essentiellement du psychisme, organisée, douée d'autonomie et possédant? un dynamisme qui lui est propre.

Dans toute la psychologie myéné le mbumba-yiyano est une instance de la plus grande importance : il est rien moins qu'un des quatre principes fondamentaux composant l'être, humain. Ces quatre principes sont (Ayamine-Anguilet 1980, Ogoula-M'Beye 1978) :

— okuwa : le corps, par essence périssable ;

— ombwiokura : principe vital, vitalité, force qui se manifeste dans le corps, la santé, le charme, etc. ;

— inina : l'ombre, principe qui donne sa forme à la personne morale, comme le principe vital la donne au corps ; principe immortel, comparable à l'âme ;

— mbumba-yiyano : génie de la naissance, principe inné, de sexe opposé, qui apparaît et disparaît avec le sujet.

Il faut cependant savoir que cette typologie des composantes de l'homme (onaga) ne fait pas l'unanimité. Il existe des divergences, vraisemblablement interethniques, mais ceci demande à être précisé. Ainsi certains considèrent un autre principe, abambo, le génie du corps, comme instance fondamentale. D'autres; comme Ogoula-M'beye, paraissent ne pas devoir accorder une importance première au mbumba-yiyano. D'autres enfin pensent que certains individus seulement possèdent un mbumba-yiyano ; ce ne serait pas le cas de tous. Je crois cependant que cette dernière théorie vise le génie de la naissance considéré dans sa manifestation, non pas dans son existence. Auquel cas, cette théorie serait en accord avec la conception générale, uniforme pour affirmer que le mbumba-yiyano existe chez chacun, mais ne se manifeste pas chez tout le monde, et que ses manifestations sont fondamentalement pathologiques.

Très fréquemment ce mbumba-yiyano est défini en terme de force, d'énergie : de lui rayonne une vitalité, une puissance, d'ordinaire dangereuse, qu'il convient de maîtriser, de canaliser. Certains vont même jusqu'à préciser que le mbumba-yiyano est cette force même et que Yombwiri portant ce nom est seulement l'expression de cette force.

Cette saisie en termes de force, de foyer d'énergie permet de comprendre le fait que le mot mbumba, pour les Myéné ne désigne pas seulement un ombwiri, mais aussi un fétiche, un talisman particulier (voir Ogoula-M'Beye op. cit. : 159, Walker et Sillans 1962 : 85, Gollnhofer et Sillans 1978 :449).

[...]

On voit apparaître dans cette acception du mbumba qu'il s'agit d'une réalité puissante et dangereuse/portant l'estampille du mal — il a fallu tuer un homme pour réaliser le talisman — mais qui, convenablement » traitée, peut devenir bénéfique et aider efficacement celui qui fait le nécessaire. Encore qu'il ne faille certainement pas pousser le parallèle trop loin, ce sont là des particularités que l'on retrouve dans le mbumba-yiyano : il est en effet très souvent défini comme un être impur, d'où rayonne une force négative (voir le mbumba-yiyano comme démon), laquelle peut cependant être transformée, grâce à un traitement rituel approprié, en puissance bénéfique et protectrice.

Comment se manifeste le génie de la naissance à l'attention de son possesseur, si l'on excepte les maladies, plus exactement certaines maladies (voir infra), qui d'ailleurs témoignent seulement du pouvoir du mbumba-yiyano, sans proposer aucune représentation de ce dernier ?

Il apparaît que le chemin d'accès à la conscience le plus couramment utilisé est le rêve. Là, le génie se montre sous forme d'une personne de sexe opposé, d'ordinaire désirable, et dotée d'attributs enviables : beauté, intelligence, puissance, richesse... Souvent le mbumba-yiyano apparaît sous les traits d'un blanc. Il est par nature grand amateur de rapports sexuels et apparaît fréquemment dans les rêves des adolescents et adolescentes.

Mais cet ombwiri peut aussi se manifester dans la vie diurne, en imagination, au fil de pseudo-hallucinations (hallucinations psychiques) ou, plus rarement, dans la réalité (hallucinations vraies, psychosensorielles), terrain sur lequel il affectionne — semble-t-il souvent — de se présenter sous forme d'un joli serpent, un mamba vert par exemple. (1)

Note : 1) On ne peut s'empêcher d'évoquer ici le démon qui a séduit Eve sous la forme d'un serpent. Il faut aussi rappeler que le symbole du genius romain était un serpent : à la mort de Plotin on a dit qu'un serpent s'était échaappé de la bouche du philosophe avec son dernier souffle (Chevalier et Gheerbrant, 1974, IV : 181)."

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Carine Plancke, autrice de "Rites, chants et danses de jumeaux chez les Punu du Congo-Brazzaville." (In : Journal des africanistes, 2009, no 79-1, pp. 177-208) :


"[...] Tout comme les génies de l’eau, les jumeaux ont des rapports étroits avec nombre d’animaux et semblent même y être assimilés. Les serpents, les grands surtout, figurent au premier rang. Certains génies se font accompagner de serpents ou en envoient. On a dit d’un jumeau, ayant été frappé à l’école, qu’il avait envoyé des serpents dans la maison de l’instituteur et n’accepta de les faire sortir qu’après avoir été supplié et avoir reçu une somme d’argent considérable. En l’absence de la mère, certains jumeaux font surveiller la maison par le mamba et le naja. L’un des signes les plus communs révélant le contact avec les génies est la vue de serpents qui ne semblent pas vouloir attaquer, qui regardent sans méchanceté, qui s’enroulent autour des pieds ou qui pénètrent dans le lit. Un coup porté à ces serpents est une atteinte aux génies eux-mêmes. Ainsi un homme, ignorant que son épouse était enceinte de jumeaux, tua deux serpents noirs en brousse et fut réprimandé la nuit en rêve par les serpents, se demandant tout indignés comment il avait pu tuer les jumeaux de son épouse. Et ces enfants moururent peu après leur naissance. [...]

Les noms spécifiques désignant les jumeaux et qu’eux-mêmes révèlent après leur naissance par l’intermédiaire des rêves sont pour la plupart significatifs du lien intime de ces êtres avec des animaux et des phénomènes naturels. Les noms Mudume et Mubambe se réfèrent respectivement au naja et au mamba.

[...]

Un certain nombre [de ces chants rituels] évoquent le monde des génies de l’eau et décrivent comment ces êtres et les enfants arrivent de là-bas en pirogue. D’autres évoquent les animaux liés aux génies de l’eau, tels les serpents, plus spécifiquement le mamba qui se dilate, bouge souplement et aime plaisanter avec l’écureuil,

[...]

De par leur position intermédiaire, les caractéristiques des génies de l’eau sont transmises aux jumeaux. Ils sont non seulement beaux, blancs et fiers mais aussi généreux et très capricieux. Ils ont le pouvoir de dons merveilleux et surprenants. Ils sont présents dans tous les éléments naturels liés aux génies, qui participent, eux aussi, à la nature des génies, comme le précisent les chants. La tortue et le crabe aiment l’eau comme les génies. Les serpents ont la même fierté. Le mamba plaisante avec l’écureuil comme les génies aiment le faire."

Selon César Cumbe, auteur de "La part humaine du bétail au Mozambique : pouvoirs, savoirs, leadership et noms discursifs du pasteur du coin." (In : Science et Esprit, volume 74, numéro 2-3, mai–décembre 2022, pp. 299–318) :


"Par ailleurs, les animaux trouvent un écho intrigant dans les média locaux où l’humanimalité évoque tantôt des dérives psychopathiques, tantôt des superstitions animistes, tantôt des pouvoirs de la sorcellerie. (1)


Note : 1) Plusieurs cas de lynchages sont rapportés à la radio, à la télévision, dans les journaux et surtout par le bouche-à- oreille, de personnes qui se transforment en animaux sauvages pour ensorceler leurs proies. Parmi ces animaux figurent: serpents, hiboux, lions, hyènes, léopards, etc. La chaîne mozambicaine « TV Sucesso » a rapporté le cas d’un serpent mamba retrouvé vivant dans le congélateur d’une résidence à Beira, dans le quartier de Chipangara. Journalistes, écrivains, spécialistes des sciences sociales et artistes s’inspirent de cette réalité avec des perspectives différentes et des approches complémentaires."

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