top of page

Blog

Le Bernard-l'Hermite

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 16 févr.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 févr.



Étymologie :


PAGURE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1552 (J. Massé, L'OEuvre de Galien des choses nutrit., fo248 vo). Empr. au lat. pagurus « sorte de crabe », du gr. π α ́ γ ο υ ρ ο ς « id. » (de π α ́ γ ο ς « ce qui est fiché ou comme fiché » et ο υ ̓ ρ α ́ « queue »), cet animal étant ainsi nommé parce qu'il utilise une coquille vide pour loger sa queue.


Lire également la définition de pagure afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Pagurus bernhardus - Bernard-l'ermite - Pagure - Pagure commun -




Zoologie :


P.-J. Van Beneden, auteur de Les commensaux et les parasites dans le règne animal. (Vol. 9. Baillière, 1878) présente les pagures en termes si imagés qu'ils préparent déjà l'interprétation symbolique de ces petits crabes :


"Parmi les diverses associations aucune n'est plus remarquable que celle des Pagures, si abondants sur nos côtes, et appelés communément Bernards-l'Hermite et Kakerlots par les pêcheurs d'Ostende. On sait que ces Pagures sont des crustacés décapodes, assez semblables à des homards en miniature, qui se logent dans des coquilles abandonnées et qui, à mesure qu'ils grandissent, changent de demeure. Les jeunes se contentent de toutes petites habitations. Les coquillages qui les abritent sont des épaves, qu'ils trouvent au fond de la mer, et dans lesquelles ils cachent leur faiblesse et leur misère. Ces animaux ont l'abdomen trop mou pour affronter les dangers qu'ils courent sans cesse en guerroyant, et pour être moins exposés à la dent de leurs nombreux ennemis, ils se réfugient dans une coquille qui leur sert à la fois de loge et de bouclier. Armés de pied en cap, les Pagures marchent fièrement à l'ennemi et ne connaissent point de dangers car ils ont toujours leur retraite assurée.

Mais cet animal ne loge pas seul sous cet abri. Il n'est pas aussi anachorète qu'il en a l'air ! En effet, à côté de lui s'installe communément un annélide, à titre de commensal, et qui forme, avec le Pagure, une des associations les plus redoutables que l'on connaisse. Cet annélide est un ver allongé comme toutes les Néréides, et dont le corps, souple et ondulé, est armé, le long des flancs, de faisceaux, de lances, de piques et de poignards dont les blessures sont toutes dangereuses. C'est une panoplie vivante qui se glisse furtivement dans le camp ennemi sans éveiller l'attention.

Quand un Pagure se met en marche, il représente une nichée de pirates, qui ne cesse ses exploits qu'au moment où tout est ravagé autour d'elle. Cette coquille est d'apparence tellement innocente qu'elle s'introduit partout sans provoquer le moindre soupçon. Elle est ordinairement recouverte d'une colonie d'Hydractinies et, dans l'intérieur, s'établissent très souvent des Peltogaster, des Lyriopes et d'autres crustacés. Les Pagures ne sont pas des commensaux ordinaires, car ils n'habitent qu'une coquille abandonnée. Ils sont répandus dans toutes les mers. On en trouve dans la Méditerranée, dans la mer du Nord, sur la côte du Pacifique, à la Nouvelle-Zélande et aux Indes orientales ; trente espèces et même davantage sont inscrites au catalogue des crustacés.

[...]

Le Bernard-l'Hermite des pêcheurs marseillais, le Pyade, devient le commensal d'une Anémone, que Dugès a désignée sous le nom d'Actinie parasite. D'après les observations du savant professeur de Montpellier, la bouche de cette Anémone est toujours située vis-à-vis de celle du crustacé, pour profiter sans doute des débris qu'il laisse échapper de ses pinces. Tous les deux profitent de cette association, et l'embouchure de la coquille est prolongée par une expansion cornée fournie par le pied de l'actinie.

Sur la côte d'Angleterre vit une autre espèce de Pagure (Pagurus Prideauxii) qui a pour commensal principal une Anémone de mer appelée Adamsia et que M. Greeff a trouvée à l'île de Madère. Ce Pagure est surtout remarquable par la bonne entente qui règne entre lui et son acolyte : c'est un modèle d'amphitryon. Le lieutenant colonel Stuart Wartly s'est fait le spectateur indiscret de sa vie intime et raconte ainsi le résultat de ses observations : cet animal ne manque jamais d'offrir après la pêche les meilleurs morceaux à sa voisine, et s'assure très souvent dans la journée, si elle n'a pas faim. Mais c'est surtout quand il s'agit de changer de demeure, qu'il redouble de soins et d'attentions. Il manœuvre avec toute la délicatesse dont il est capable pour faire changer l'anémone de coquille ; il vient à son aide pour la détacher, et si par hasard la nouvelle demeure n'est pas goûtée, il en cherche une autre, jusqu'à ce que l'Adamsia soit complétement satisfaite. Cette association ne se borne pas à la réunion d'un décapode à une néréide et à une actinie ; sur le corps du Pagure s'établit souvent un cirrhipède singulier, et à l'extérieur de la coquille on voit ordinairement une colonie de polypes, de couleur rose ou jaune, qui s'étend comme un tapis vivant autour de cette habitation. Nous avons donné, il y a trente-cinq ans, le nom d'Hydractinie à ces polypes qui étaient alors complétement inconnus aux naturalistes, et qui forment habituellement un double paletot aux Pagures, pour me servir de l'expression de mon savant confrère M. Ch. Desmoulins."

Selon Sylvie Berthier et Georges Chapouthier, auteurs de [Conscience des animaux] Des savoirs qui mènent à des devoirs. (In : Sesame, 2019, vol. 6, no 2, pp. 28-29) :


"Et puis, il y a les invertébrés, un groupe pas homogène du tout, au sein duquel au moins le sous-groupe des mollusques céphalopodes (les pieuvres, très étudiées ces dernières années) a atteint des niveaux d’intelligence et de conscience assez comparables à ceux des vertébrés. Ces animaux sont des escargots transformés qui, bien qu’ayant une origine très différente de la nôtre, réalisent des choses remarquables, comme l’utilisation d’outils ou la capacité de faire des détours. Certaines parties de leur cerveau ressemblent d’ailleurs un peu au cortex des vertébrés. C’est pourquoi des législations comme celle qui contrôle la recherche scientifique et une directive européenne (directive 2010/63/EU relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques) protègent maintenant les vertébrés et les céphalopodes. Restent les autres, comme certains crustacés dits décapodes (homards, crabes, bernard-l’hermite) et des insectes, comme les abeilles, pour lesquels se pose la question de certaines formes de conscience. Deux exemples : Robert Elwood a montré qu’un bernard-l’hermite ne quitte pas, dans un acte réflexe, une coquille qu’il affectionne particulièrement et sur laquelle on appose un petit choc électrique. Ce chercheur a en effet montré que l’animal met en balance le besoin d’un abri de qualité et la nécessité d’éviter les décharges. En quelque sorte, il arbitre l’intérêt versus le non-intérêt, l’avantage versus la punition. Il aurait donc une certaine forme de conscience."

*

*



Vertus médicinales :


Dans "Les Crustacés dans la matière médicale européenne au XVI e siècle" (in : Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, Vol. 18, No. 1, janvier-mars 1965, pp. 55-71) Mirko D. Grmek et Danièle Guinot s'intéressent aux croyances relatives aux crustacés :


" [...] Notons, à ce propos, qu'au XVIIIe siècle une huile préparée à base d'un Pagure de la Martinique était recherchée dans les pays de l'Europe contre le rhumatisme."




Symbolisme :


Sabina Pettitt, autrice de Médecine vibratoire - La Guérison par les essences de la nature (Édition originale, 1999 - Traduction française Ariane Éditions Inc., 2007) propose des remèdes censés transmettre l'essence des Esprits de la Nature :


"L’essence est la manifestation de Esprit dans chaque forme physique. Elle se révèle comme une vibration ou fréquence unique dans chaque être vivant. C’est le schéma énergétique distinguant la rose de Nootka de la grande marguerite, ou l’escargot lunaire de l'étoile de mer. C’est l’infini prenant corps dans le fini. Une essence c’est, par définition et par sa nature même, la valeur intrinsèque d’un être, son état inhérent.

Entre le « sans-forme » et la forme, il existe un écart où le spectre entier de la différentiation s’exprime en nuances subtiles. C’est dans cet espace que repose le schème qui sous-tend la manifestation physique. Tel le plan d'ADN qui détermine la réalité physique, il contient le code qui différencie tous les êtres vivants. C’est là où réside l'interface entre le monde tridimensionnel et l'Esprit.

[...]

Bernard-l’hermite - Pagurus granosimanus


Contentement.

Je me rappelle de qui je suis et, ainsi, je suis partout chez moi.

Je suis heureux en ma propre compagnie et, ainsi, je ne suis jamais seul.

Mon âme chante un hymne de louange à la Nature divine de toute la création.


Rend apte à apprécier la solitude - Procure le contentement et la sensibilité.


Signature : Comme son nom l’indique, le bernard-l’hermite mène une existence solitaire et passe d’une coquille vide à une autre sur la plage. L'on retrouve souvent ses pinces ou ses antennes sortant d’un bigorneau ou d’une coque. Il se caractérise aussi par ses déplacements en diagonale, esquivant les dangers et contournant les rencontres face à face.


Le bernard-l’hermite nous fait franchir ces nuits obscures de l’âme quand nous sommes accablés par la solitude. Il nous permet de retrouver notre âme, dont le parcours est forcément solitaire, individuel et unique. Comprendre cette vérité nous donne la liberté.

Aussi, cette liberté et une intégrité personnelle accrue nous rendent capables d’être à l’aise en diverses circonstances — matérielles, affectives ou mentales. À cet égard, ce remède est fort utile aux explorateurs de l’espace intérieur comme de l'espace géographique.

Il diminue la peur. En contrepoint de cette aptitude à savourer la solitude, ce schéma énergétique convient parfaitement à ceux qui évitent systématiquement les relations amoureuses, la vie, les progrès. Il est indiqué pour les personnes qui contournent les problèmes et qui souffrent d’un sentiment d’insécurité, si bien qu’elles sont incapables d’entamer et de maintenir des relations authentiques.

Le bernard-l’hermite permet de bien se sentir dans sa peau, peu importe où l’on se trouve. Il tranquillise l’esprit et permet d’apprécier la quiétude.


Chakra : Gorge.

Méridien : Estomac.

Mots clefs : Contentement - Aise - Bien dans sa peau.

Défis : Solitude - Évitement.

Affirmation : Je suis content et en paix avec ma solitude."

Alice Cuvelier, autrice d'nun article inititulé "Quelles représentations pour l’Océan ?." (In : Hybrid. Revue des arts et médiations humaines, 2024, no 11) évoque la polarité des représentations humaines des crétures marines :


"L’imagination humaine continue de peupler l’Océan de créatures effrayantes et redoutables, aussi dangereuses pour l’homme que la pieuvre géante de Victor Hugo, dessinée à l’encre par l’auteur de Travailleurs de la mer en marge du chapitre « Le monstre » (Hugo, 1866). La peur viscérale que provoquent certains animaux marins persiste, parfois en dépit de leur caractère inoffensif pour nous. Le terrible Alien de Ridley Scott emprunte ainsi sa morphologie à un amphipode des abysses, Phronima sedentaria, qui, s’iel est un·e carnivore qui parasite la carapace des salpes après s’en être nourrie, ne mesure pourtant que quelques centimètres. Sa stratégie de survie, que Ridley Scott a rendue célèbrement terrifiante, est la même que celle du bernard-l’ermite (ou pagure) qui, pour ne pas appartenir au monde sans lumière des profondeurs, est considéré comme un animal amusant et sympathique, comme en témoigne sa présence dans plusieurs dessins animés. (1)


Note : 1) Voir par exemple : la série télévisée d’animation Bob l’éponge (United Plankton Pictures & Nickelodeon Productions & Rough Draft Studios, épisode 11, saison 8, 2011-2012) ; le personnage de Sébastien dans le film d’animation La Petite Sirène (Walt Disney Pictures, 1989) ; le court-métrage d’animation Piper (Pixar Animation Studios & Walt Disney Pictures, 2016)."

*

*




Littérature :


Nicole Boulestreau, dans un article intitulé "« Nadja » d'André Breton : entre le livre du désir et le désir du livre." (In : Littérales, 1986, vol. 1, no 1, pp. 95-108) étudie notamment l'image du pagure :


"Les coquilles et coquillages sont des visions fantastiques qui renvoient aux cahiers d'écriture automatique : tel ce crustacé habitant des coquilles vides, le pagure des Champs magnétiques, héros porteur des voix de la fable et totem du livre, dont Philippe Audoin dans la préface de l'édition Poésie / Gallimard a relevé les anomalies : « On les juge sur un habit qui ne leur appartient pas » et « Il est relié par de fines antennes télégraphiques au sommeil des enfants ». Le présentateur fait du pagure l'image du discours automatique : puisque le pagure a pour caractéristique d'habiter une carapace qui n'est pas la sienne, lequel est je, lequel est l'autre ? On peut y voir aussi l'image du livre-carapace, plus kafkaïenne : « L'entrée de leur âme autrefois ouverte à tous vents est maintenant si bien obstruée qu'ils ne donnent plus prise au malheur » (1). Ainsi « l'âme » est enfermée dans un livre fossilisé et gravé de l'extérieur.


Note : 1) Ces citations viennent du chapitre Gants blancs. Les Champs magnétiques p. 90 (Poésie / Gallimard)"



*

bottom of page