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  • Anne

Le Béryl




Étymologie :

  • BÉRYL, BÉRIL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1125 beril « pierre précieuse » (Marbode, Lapidaire, éd. Beckmann, 111 dans T.-L. : Beril est en Inde trovee, E par sis angles est formee) ; xiie s. bericle (Lai du Cor, éd. Wulff, 39, ibid. : Li cors esteit d'ivoire Entailliez de trifoire. Pieres i ont assises Qui en l'or furent mises) : bericles e sardoines E riches calcedoines ; 1606 béryl (Nicot). Empr. au lat. beryllus (Maecenas, Carm. frg. 1, 2 dans TLL s.v., 1930, 15), empr. au gr. β η ́ ρ υ λ λ ο ς; pour la forme bericle v. besicles.


Lire également la définition du nom Béryl afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Jean Wyart, à l'occasion de son article sur le Traité des gemmes, par Marbode (1035-1123). Traduction (texte latin en regard), introduction, notes et index, par G. Bouillet-Roy. (In : Bulletin de Minéralogie, 1979, vol. 102, no 4, pp. 447-447) évoque quelques particularité du Béryl :


Les soixante deux « gemmes » que décrit Marbode ne sont pas des espèces minérales distinctes, au sens moderne de la notion d'espèce minérale. Ainsi, les variétés de l'espèce quartz (cristal de roche, agate, améthyste, calcédoine, jaspe...) sont, pour Marbode, autant de minéraux différents et certains, parmi ceux qu'il décrit, ne peuvent être identifiés avec sécurité.

Car ses descriptions, si elles sont pittoresques, ne sont pas précises. C'est l'énoncé qualitatif de certaines propriétés physiques (les béryls sont remarquables par leur forme hexagonale les plus beaux ont la couleur de l'eau de mer) ; de leur origine (les béryls sont venus des Indes) ; et surtout de leurs « vertus », soit magiques (les béryls suscitent l'amour conjugal), soit médicales (l'eau dans laquelle a baigné le béryl guérit les yeux malades et l'asthme).

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Cette pierre précieuse dont le nom est issu du grec beryllos (brillant) peut être incolore ou colorée. L'émeraude est du béryl coloré en vert, l'aigue-marine colorée en bleu-vert, la morganite en rose et l'héliodore en jaune doré. L'héliodore, gemme rare, passe aux yeux des indigènes d'Afrique du Sud pour être un « don que le soleil nous aurait fait sous forme d'une puissante averse de météorites ».

Symbole de l'intelligence, de l'habileté et de la confiance en soi, le béryl, qi procure lucidité et persévérance, favorise les travaux intellectuels. Selon une ancienne croyance, il « rend aussi les enfants doués dans les matières littéraires ». Le béryl conduit également à la réconciliation en cas de querelle, protège des dangers et des défaites et assure le succès dans un procès ou un problème juridique. Jaune, il procure courage, force et santé ; rose, il est un symbole de pureté.

Au XVIIe siècle, la pierre servait à une opération de divination : « Une bague sertie d'un béryl était suspendue au-dessus d'un bassin rempli d'eau sur les bords duquel on avait inscrit les lettres de l'alphabet. L'anneau tournoyait à la manière d'un pendule et, s'arrêtant sur certaines lettres, donnait au consultant les réponses souhaitées ». La « pierre de voyance » ou boule de cristal était autrefois en béryl. Le béryl servait d'ailleurs à la divination appelée cristallomancie.

Un béryl sur lequel on a gravé une huppe contemplant un pied d'estragon permet d'évoquer les esprits et les morts.

La pierre guérit la néphrite et les maladies oculaires, remédie aux spasmes, aux crises d'asthme et aux convulsions. Elle favorise encore le rétablissement et la convalescence des malades.

Ancienne gemmme de Vvulcain, dieu du Feu, elle est aussi la pierre des forgerons. Grégoire le Grand a associé le béryl à la hiérarchie angélique des Puissances. On le consacre également à l'ange Humiel et à saint Thomas.

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Selon Valérie Gontero, autrice de « Un syncrétisme pagano-chrétien : la glose du Pectoral d’Aaron dans le Lapidaire chrétien », (in : Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2006) :


Le lapidaire mixte est consacré aux douze gemmes les plus célèbres de La Bible : celles du Pectoral d’Aaron, reprises en partie par la Jérusalem Céleste. L’Exode décrit deux fois le gigantesque pendentif qui orne la poitrine du Grand Prêtre, élaboré selon les directives divines : « Ils le garnirent de quatre rangs de pierres précieuses : première rangée : une sardoine, une topaze, une émeraude ; deuxième rangée : un rubis, un saphir, un jaspe ; troisième rangée : une pierre d’ambre, une agate et une améthyste ; quatrième rangée : une chrysolite, un onyx et un béryl ; elles étaient serties d'or dans leurs montures (1). »

À la fin de la Bible, L’Apocalypse de saint Jean dépeint la Jérusalem céleste, dont les piliers sont taillés dans les mêmes gemmes, à quelques exceptions près : « Les soubassements du mur de la ville sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses ; le premier est de jaspe ; le deuxième de saphir ; le troisième de calcédoine ; le quatrième d'émeraude ; le cinquième de sardonyx ; le sixième de sardoine ; le septième de chrysolithe ; le huitième de béryl, le neuvième de topaze ; le dixième de chrysoprase ; le onzième d’hyacinthe ; le douzième d'améthyste (XXI, 19-20). »

[...] Dans le lapidaire, l’exégèse s’effectue à plusieurs niveaux, de la partie au tout, du microcosme au macrocosme. Ainsi une senefiance est dévolue à chaque gemme, à chaque rangée (parfois même au rang de la gemme sur la rangée) et enfin à l’ensemble des douze pierres du Pectoral. Le texte considère les qualités physiques et la disposition des gemmes pour établir des correspondances avec les qualités morales et les expériences spirituelles des chrétiens, comme l’illustre le tableau suivant, récapitulant les données de la seconde partie du lapidaire.

​Gemme

​Rang sur le Pectoral d'Aaron et dans la Jérusalem céleste

Symbolique des nombres

Couleur

Symbolique religieuse et mystique

Béryl

12e/8e

​Les 12 Apôtres Le 8e âge, celui de la Résurrection (2)

​gouttes d'eau

​Il brûle la main qui le tient = les premiers Chrétiens ; la flamme de la charité qui brûle les saints et ceux qui se joignent à eux.

4e rangée

La tempérance

[...] Le raisonnement analogique, qui sous-tend l’ensemble du texte, s’appuie systématiquement sur le nombre et sur la couleur, mais reprend aussi des propriétés décrites dans la partie païenne du lapidaire. L’analogie principale, aux ramifications variées, s’enrichit parfois d’analogies secondaires, qui étoffent et complexifient la glose.

L’analogie par le nombre, véritable mode de pensée au Moyen Âge, est la plus marquante dans le lapidaire. Les clercs accréditent l’exégèse biblique des nombres en se fondant notamment sur le verset suivant : « Mais vous réglez toutes choses avec mesure, avec nombre et avec poids » (Sagesse, XI, 21).

Dans son versant numérique, la glose s’attache au rang de la gemme, sur le pectoral d’Aaron (rang parmi les douze gemmes, rangée, place sur la rangée) et dans la Jérusalem céleste (rang parmi les piliers de gemmes). Pourquoi douze gemmes ? Le douze représente le syncrétisme du nombre matériel 4 et du nombre spirituel 3, et fait écho au 7, qui incarne la perfection. Les gemmes matérialisent les douze tribus d’Israël – comme il est dit dans L’Exode et rappelé dans le lapidaire (v. 601-608) – mais aussi les douze apôtres (v. 662-667).

Rang

Pectoral d'Aaron

​Apôtre

Tribu d'Israël

​12

​Béryl

​Thomas

​Manassé

Note : 1) Voir aussi Exode, XXXIX, 8-13.

2) Plusieurs découpages des âges (ou règnes) du monde coexistent au Moyen Age. On distingue parfois trois âges : ante gratiam ; sub gratia ; sub ampliori gratia, c'est-à-dire Γ âge du Père, puis du Fils, et enfin de l'Esprit. Voir Hervé Martin, Mentalités médiévales. Représentations collectives du xf au XVe siècle, Paris, PUF, 2001 (Nouvelle Clio), p. 180. Le temps est souvent découpé en six âges du monde, suivi d'un âge du repos, puis du huitième âge, celui de la Résurrection. Les six âges sont les suivants : 1) de la création au déluge, 2) du déluge à Abraham, 3) d'Abraham à David, 4) de David à la captivité de Babylone, 5) de la captivité de Babylone à la naissance du Christ, 6) la nouvelle ère qui naît avec Jésus, (d'après M.-M. Davy, Initiation à la symbolique romane (XIIe siècle). Nouvelle édition de l'« Essai sur la symbolique romane », Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1977, p. 140.

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Joëlle Ricordel, dans un article initutlé "Des vertus et couleurs de quelques minéraux dans les écrits des médecins de langue arabe (IXe-XIIIe siècle). (In : Pallas. Revue d'études antiques, 2021, no 117, pp. 219-233) explique les principes à l'origine de la médecine arabe :


[...] Comme l’écrit le médecin d’Al-Andalus, Ibn Biklāriš, « la qualité de tout médicament ou aliment parvenant au corps ne manque pas d’influer sur lui », ce qui oblige à définir les qualités et la force du médicament. Il indique  : « Les Anciens ont eu connaissance de la force des médicaments et ont déduit leurs degrés de trois façons  : la première par leur goût, la deuxième par leur odeur et la troisième par leurs effets sur un corps équilibré. Par ces trois critères, ils ont aussi déterminé la nature des aliments. Selon eux, les façons de procéder qui relèvent d’une découverte par le goût et l’odeur sont les moins fiables. Cette découverte est - disent-ils – connue par analogie. » L’auteur développe ensuite dans un long chapitre, la façon de procéder à l’attribution des qualités.

Les méthodes qu’il décrit ont pour but de déterminer les qualités premières (froid, chaud…) et secondaires (amer, sucré, doux, aigre…) des substances simples et leur degré de qualité. Les médecins arabes, suivant ces modèles, ont rendu systématique la recherche de ces critères pour tous les simples employés et ont proposé, dès le IXe siècle, une méthode fondée sur des calculs arithmétiques afin d’estimer la force d’un médicament composé.

Cependant, certaines vertus accordées aux simples se distinguent des qualités premières et secondaires. Elles sont liées à des qualités particulières, al-ḫawaṣṣ, qui ne peuvent être expliquées. Parmi ces ḫawaṣṣ, certains agissent par une apparente analogie entre la substance médicinale et la maladie ou l’organe à traiter. C’est ce qui sera appelé le principe de signature porté, plus tard, à son paroxysme par Paracelse et Giambattista della Porta. On l’évoque surtout à propos des végétaux et de certaines parties des animaux mais qu’en est-il des minéraux  ?

À côté des méthodes d’évaluation des vertus thérapeutiques des simples qui se fondent sur le raisonnement et réfléchissent sur les effets produits, le principe de signature a des origines floues remontant à des pratiques magico-astrologiques ou alchimiques. Ce principe met en évidence des particularités de conformation, des similitudes de forme, de contour ou de coloration entre les organes humains, les affections à traiter et les médicaments simples. Il accrédite l’idée que ces particularités externes rendent une substance apte à traiter telle ou telle maladie. Ces critères servent alors d’indicateur pour la vertu thérapeutique agissant selon les principes des contraires ou des semblables.

Cette idée s’est appliquée depuis l’Antiquité. Entre les IXe et XIIIe siècles, chez les médecins arabes, ces notions ne sont pas clairement énoncées. Elles participent d’un ensemble de connaissances véhiculées par des savoirs ancestraux, traditionnels et pragmatiques qu’ils proviennent d’une médecine populaire pratiquée par des chamans ou des guérisseurs ou qu’ils s’inspirent de médecines déjà plus élaborées comme celles de l’Égypte ancienne ou de la Perse. Ces notions ont également leurs sources dans des médecines étrangères. Ce sont, par exemple, les pratiques médicales indiennes car les contacts avec l’Inde sont nombreux. En effet, certains médecins arabo-musulmans y acquièrent leur formation professionnelle tandis que certains médecins indiens viennent pratiquer leur art dans les pays d’Islam, notamment sous le règne du calife Hārūn al-Rašīd (786-809) et facilitent la traduction en arabe des traités en sanscrit. Cependant, les sources les plus importantes restent le matériel plus conséquent et mieux structuré fourni par le monde grec.

L’analogie en tant que recours possible semble pouvoir être justifiée par le fait que, dans le système général fondateur, il existe un rapport étroit entre le macrocosme (l’univers) et le microcosme (l’homme). On relève la trace de cette théorie dans l’introduction d’Al-Risāla al-Hārūniyya, l’épître à Hārūn al-Rašīd rédigée par Masīḥ al-Dimašqī, médecin du calife. On y voit que les conceptions sont alors de considérer que, dans toutes ses composantes, l’univers-macrocosme est contenu dans l’homme-microcosme. L’auteur formule ainsi sa conclusion : « Dans l’univers entier en résonance avec les êtres corporels et spirituels, rien qui soit du domaine de l’analogie, de la parenté, des signes, de la ressemblance des natures…, rien de tout cela n’existe qui ne soit présent en l’homme. »

Masīḥ reconnaît tirer ses références de l’enseignement des Grecs Hippocrate et Galien et de l’Indien Falaṭīs. Les théories concernent, tout à la fois, les êtres animés et les êtres inanimés. Masīḥ écrit encore, quelques lignes plus loin, à propos du monde minéral que : « Tous les minéraux de la terre, chauds ou froids, or ou argent, fer ou cuivre, plomb ou étain, tous les autres minerais et gemmes, les goûts et les couleurs, tout est dans l’homme. Le minerai d’or est son sang, le minerai d’argent son phlegme, le cuivre est la bile jaune et le fer est la bile noire… ».

Déjà dans ces notions, on voit apparaître un rapport étroit de couleur entre les quatre humeurs fondamentales chez l’homme et les minéraux et l’imbrication de toute chose peut alors justifier le principe de la signature. À ces conceptions sur le système général fondateur viennent s’ajouter les pratiques magiques et talismaniques.

[...]

Le vert est donc une couleur plutôt favorable dans la civilisation arabo-musulmane et l’on peut s’attendre à ce que les gemmes de couleur vertes soient dotées de vertus bénéfiques pour la santé. Si le béryl et la malachite sont cités dans les manuels de thérapeutique, c’est l’émeraude qui tient véritablement la vedette dans cette catégorie malgré la confusion faite fréquemment avec le béryl.

L’émeraude (زمرّد) et le béryl (زبرجد) . Il règne, en effet, une grande confusion à leur propos dans le vocabulaire. On les appelle respectivement zumrrud et zabarjad mais ce dernier terme est fréquemment devenu synonyme de zumrrud, émeraude. Le béryl, d’un degré inférieur à l’émeraude, ne serait doté d’aucune propriété médicinale. On peut donc penser que l’émeraude est des deux pierres, celle qui est la plupart du temps employée pour ses vertus même lorsque la terminologie zabarjad est utilisée

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