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  • Anne

La Vulvaire



Étymologie :

  • VULVAIRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1664 bot. (Guyon, Cours de méd. en françois, livre V, chap. X, t. I, p. 356). Empr. au lat. sc. vulvaria, dér. du lat. class. vulva, v. vulve, cette plante ayant été empl. en gynécologie.


Autres noms : Chenopodium vulvaria ; Ansérine puante ; Arroche puante ; Chénopode à odeur de poisson pourri ; Chénopode à odeur de vulve ; Chénopode fétide ; Chénopode puant ; Chénopode vulvaire ; Herbe de bouc ; Taouit ;

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Botanique :





Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Pour guérir les chutes de matrice, les femmes se font des fumigations d'ansérine puante, Chenopodium vulvaria, cuites avec de la fiente de corbeau dans de l'urine d'enfant !

 

M. Gast, F. Gaudin-Harding et M. Ould-Aoudia, auteurs de" Céréales et Pseudo-Céréales de cueillette du Sahara Central (Ahaggar)." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 19, n°1-3, Janvier-février-mars 1972. pp. 50-58) nous renseigne sur l'usage de cette plante en Afrique du Nord :


Les nomades du Sahara central, comme ceux du Sahara soudanais, ont gardé encore aujourd'hui des habitudes de tradition néolithique dans leur alimentation.

Ils cueillent au printemps et à l'automne toutes les graines et les fruits que la Nature leur accorde. Dans les riches zones tropicales, ces récoltes sont suffisamment importantes pour apparaître sur les marchés locaux. Mais au Sahara ce mode de subsistance, autrefois normal et suffisant, se réduit bien souvent à un dérisoire moyen de survie. [...]

Toute différente est la TAOUIT, Chenopodium vulvaria (Chénopodiacées) récoltée dans le massif montagneux de l'Ahaggar entre 1 000 et 2 700 m d'altitude, sur les pentes rocailleuses, le long des oueds et dans les cultures.

Les années 1862, 1905, 1906 ont été appelées « année de la TAOUIT » par les tribus de l'Ahaggar, tant cette plante fut abondante sur les pentes de l'Ataikôr et celles de l'Adrar des Iforas. Les tribus des Dag Rali et Agouh n tahlé nomadisant en montagne en font d'abondantes récoltes qu'elles réservent dans des sacs de cuir entreposés dans des grottes ou dans les magasins des centres de cultures. Si ces récoltes se renouvellent durant plusieurs années successives en couvrant largement les besoins des hommes, les graines les plus anciennes sont parfois semées dans la nature.

La plante, pourvue de graines à maturité, est arrachée, mise à sécher et battue sur une toile. Les petites graines noires, rondes et brillantes sont ensuite soumises au pilon dans un mortier de bois. Cette opération les débarrasse de leurs enveloppes et des poussières que l'on élimine ensuite grâce au van de paille circulaire. Les graines peuvent alors être broyées à la meule dormante. Elles sont souvent mélangées au moment du broyage à des grains de Blé qui améliorent la consistance et la qualité de la mouture obtenue. La farine, très noire, sert à confectionner des galettes cuites sous le sable chaud. Agrémentée d'un peu de beurre fondu ces galettes ne sont pas désagréables à consommer malgré leur couleur peu appétissante. Elles n'ont pas l'odeur repoussante qui affecte la feuille verte de Chenopodium. On peut aussi préparer des bouillies avec la TAOUIT. Mais comme beaucoup de produits de cueillette ces graines servent surtout à « rallonger » le plat de céréales ordinairement utilisées : Mil ou Blé, et sont rarement consommées seules, quelle que soit leur abondance. Les graines de TAOUIT sont aussi considérées bonnes contre les fièvres que les nomades sahariens contractent en territoire soudanais. Les caravaniers en emportent souvent une petite quantité à cet effet.

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GAST, M. Cueillette.(voir «Alimentation», EB VI, A 164, p. 472-529). Encyclopédie berbère, 1994, no 14, p. 2140-2144.


On a longtemps négligé de prendre en considération au Maghreb et au Sahara l’appoint alimentaire des cueillettes. Or, depuis les temps préhistoriques les populations berbères n’ont cessé de tirer parti des produits naturels du tapis végétal : graines, feuilles, fleurs, tiges, racines, baies, gommes, manne, truffes, etc. Les récoltes demeurent saisonnières, régionales, mais sont aussi liées à l’état d’abondance ou de pénurie alimentaire. Pratiquées collectivement pour certains produits (graines, baies) elles restent le plus souvent l’apanage d’individus isolés, plus pauvres, qui monnaient ensuite une partie de leur récolte. Enfin, la cueillette de produits « sauvages » est parfois pour les ruraux et les urbains une aventure, une partie de plaisir qui permet de retrouver un savoir collectif, des réflexes anciens et les phantasmes de médecines naturelles, des vertus magico-religieuses de telle plante, cueillie au clair de lune ou au coucher du soleil. [...]

Si les cueillettes alimentaires, sont en général mal connues ou apparemment ignorées, c’est d’abord parce qu’elles sont aussi le souvenir d’un état « sauvage » de l’humanité ou d’époques de pauvreté dont on a honte d’évoquer l’existence et qu’on estime révolues. Les familles nécessiteuses auxquelles il arrive encore de faire des soupes de boutons de coquelicots, d’asperges et de poireaux sauvages, ou des ragoûts de cardes en attendant les récoltes de blé, gardent leur dignité en taisant leur faim (voir Brick Oussaïd, 1984).

Paradoxalement, c’est au Sahel et au Sahara, régions les plus démunies, que l’on connaît le mieux l’usage des plantes alimentaires d’appoint et utilisées systématiquement durant les grandes disettes. Alors que d’une façon générale, dans tous les massifs montagneux du Tell et des Atlas comme sur les Hautes Plaines, les populations ont une connaissance approfondie de la botanique locale, de ses valeurs alimentaires et médicinales, ce savoir collectif régional n’a guère fait l’objet d’études de fonds, hormis celles sur les plantes médicinales.

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Alors que dans les régions sahéliennes, l’Adrar des Iforas et les grandes vallées comme celles de l’Azawaq et autrefois la Saoura permettaient ou permettent encore de véritables moissons de graines sauvages (voir E. Bernus, 1981, p. 249), le Sahara central avec ses vallées étroites, son relief volcanique et son régime de pluie subsidiaire (franges de moussons tropicales) ne donne qu’exceptionnellement des récoltes abondantes. Cependant, rien n’est négligé pour permettre aux hommes de sauvegarder cette nourriture et d’y accéder.

Traditionnellement les chefs de tribus interdisaient l’accès des animaux aux pâturages tant que les graines n’avaient pas mûri. A leur maturité, les hommes étaient autorisés à les récolter. Une fois les cueillettes terminées, le terrain était déclaré libre d’accès et tous les troupeaux pouvaient en profiter. Cette politique intelligente de gestion du tapis végétal était le fait d’une organisation socio-politique régissant et protégeant les espaces sous l’autorité des responsables de clans ou de l’amenûkal en pays touareg. Toute infraction à cette règle était sanctionnée par des amendes décomptées en tête de bestiaux (chèvres, moutons chameaux) selon l’importance des dégâts. Les déprédations concernant les arbres (branches cassées, arbres abattus, etc.) étaient aussi sanctionnées ainsi que les délits de chasse.

Ces récoltes de graines sauvages permettaient à des clans entiers d’assurer leurs besoins alimentaires une bonne partie de l’année. Les lullemmeden Kel Dinnik arrivaient même, au siècle dernier, à se passer de céréales cultivées durant les bonnes années (E. Bernus, 1981, p. 250). Aux xie-xiie siècles les Arabes se distinguaient des Zénètes dans le Touat en se dénommant Mahboub (ceux qui sont pourvus de céréales cultivées) alors que les seconds étaient appelés Mahloul (ceux du loul qui désigne la graine d’Aristida pungens ou drinn en arabe). Car les récoltes de graines de drinn étaient si abondantes qu’elles nourrissaient des tribus entières sans appoint de céréales cultivées (voir A. G.P. Martin, 1908, p. 67).

Actuellement, au Sahara central, sur 17 familles botaniques, 30 plantes fournissent des graines valablement utilisées en alimentation humaine ; 12 de ces plantes font l’objet de récoltes manuelles parmi lesquelles trois peuvent donner des récoltes particulièrement abondantes. Ce sont Panicum turgidum Forsk. (afezu), Aristida pungens, Desf. (tullult, drinn) et Chenopodium vulvaria (tawit), les deux premières étant des graminées, la troisième une chénopodiacée.

11Il est intéressant de noter que pour ces trois plantes, trois techniques de récoltes différentes sont mises en œuvre. 1 – Arrachage de la plante toute entière pour Chenopodium vulvaria (tawit). Les fanes mises à sécher sur un vélum sont ensuite battues à l’aide d’un bâton de bois, les graines sont recueillies dans des vans de paille, épurées et bouillies telles quelles. Les fanes séchées sont données à manger aux animaux.

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Voir aussi : Chénopode bon-Henri ;


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