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La Septaria

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 16 nov. 2024
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours





Minéralogie :


Dans À la découverte des minéraux et pierres précieuses : Minéraux et gemmes, sachez les reconnaître. (Éditions Dunod, 2022) François Farges présente la Septaria :


Des nodules à minéraux : Les septarias, ou nodules septariens, sont des roches sédimentaires concrétionnées souvent annoncées comme minéraux et rarement décrites dans les guides. Après ouverture et / ou sciage, leur texture cloisonnée apparaît, plus ou moins minéralisée, le plus souvent en calcite plus claire. Leur formation reste débattue : une lente dessication induit des fentes de retrait pouvant ensuite être minéralisées avec divers cristaux secondaires. Mais l'influence de séismes a aussi été mise en évidence dans certains nodules.


Classification chimique : Roches sédimentaires (concrétions)

Formule chimique : Calcite, argiles, oxydes de fer (hématite, goethite...)

Densité : environ 2,6

Dureté : environ 3


Couleur -Transparence - Éclat : Jaune, rouge, brun à presque noir à l'extérieur, blanc, beige à jaune à l'intérieur. - Translucide à sub-opaque. - Éclat terne à vitreux.


Morphologies - Système cristallin : Nodules polychromes devant être sciés et polis pour révéler leur texture interne.


Clivage - Cassure : Aucun clivage visible. Cassure irrégulière.


Gisements : Dans les bassins sédimentaires : Madagascar, Maroc, Espagne, États-Unis, etc. En France, les septaria de Condorcet et de Rémusat (Drôme) sont réputées pour leurs géodes remplies de cristaux de calcite, quartz célestine, barytine... On en trouve également en Belgique, à Boom dans la région d'Anvers, avec des critaux de chalcopyrite.


Étymologie : du latin septarius, cloisonné.

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Vertus médicinales :


J.L. Soubeiran, auteur de La matière médicale chez les Chinois (1874) :


SEPTARIA, shih-pieh, F. P. S., 1215 ; che-pie, Pen-tsao. Concrétions nodulaires de Septaria importées du Hou-pe, dont on pense que la poudre a une action efficace dans les affections urinaires.




Symbolisme :


Roger Caillois, auteur de L'Écriture des pierres (Éditions d'Art Albert Skira, 1970) écrit à propos des septarias :

Si je désire alors trouver un objet naturel — quelque pierre comparable à un tableau — ce n’est plus sur une ressemblance éventuelle que je puis compter, mais sur l’équivalent des effets qui font l’objet des recherches nouvelles et qui sont d'ordre exclusivement plastique, sans référence aucune aux figures qui meublent l'univers visible. Aussi choisirai-je, pour les confronter à ces œuvres d’un autre style, des minéraux d’une autre espèce, où affleurent des cicatrices également éloignées de la géométrie et de la signification, aux dessins moins linéaires que les veines des marbres, moins circulaires que les méandres des agates. Hiéroglyphes sans message, la plupart du temps, ils n’évoquent dans la mémoire le souvenir d'aucune apparence. Je veux parler des dessins des septaria.


Septaria : On appelle septaria des nodules siliceux constellés d’infiltrations de calcite. Ils semblent à peu près inconnus, alors qu’on n'aperçoit guère les raisons de les supposer rares. Les dictionnaires les ignorent et je ne les ai vu mentionner que par une seule des grandes encyclopédies, encore était-ce de la façon la plus laconique.

Les septaria sont très variées, parce qu'elles ne correspondent pas à une espèce minérale déterminée, mais à une structure qui peut en informer plusieurs. Celles d'Espagne et celles du Dakota sont les seules courantes sur le marché. Je les décrirai de préférence. Celles d'Angleterre présentent des dessins gras, parfois massifs, sinon confus. Elles sont rondes ou de forme allongée presque rectangulaire. Alors, leurs dessins sont mutuellement indépendants et ressemblent à des runes. Celles des environs de Saint-Wendel, en Allemagne, ont les dessins les plus fins, les lignes les plus maigres. Leur contour est volontiers rose. De la Bohême du Nord, où abondent de menues agates à allure et coloris de jaspes, j’en ai reçu une qui présente la structure écartelée caractéristique des septaria : un chrysanthème aux courtes flammes incarnates cernées de bleu, qui se nouent sur fond blanc. À l’autre extrémité, parmi les roches tendres, de larges craquelures dessinent des motifs analogues dans certaines marnes cloisonnées.

D'une façon générale et quelles que soient leur provenance et leur composition, les septaria ne contiennent jamais deux fois le même dessin. Il serait assurément vain d'essayer de grouper ceux-ci en familles. En effet, un nodule unique en renferme virtuellement de nombreux et de très divers qui varient avec les axes selon lesquels il peut être coupé. La section, longitudinale, transversale, diagonale ou équatoriale pratiquée dans un disque plus ou moins allongé et aplati, décide de l'aspect que prendra le dédale des crevasses qui le hante. En outre, les dessins, même pris dans le même axe, se transforment si vite que souvent l’avers et le revers d’une plaque de peu d'épaisseur ou les motifs de deux tranches successives n’ont plus grand-chose de commun au premier abord, encore que l'œil reconstitue sans peine le jeu des transformations qui permettent de passer d’un dessin à l’autre.

Pour le style, les motifs sont dépouillés ou redondants, schématiques ou inextricables, symétriques ou désordonnés, formés de lignes minces ou de taches étalées, monochromes ou multipliant sur une même pierre les nuances du bistre, de l’ocre, du blanc laiteux et, dans les parties métallisées, de l’acier bruni. Parfois, ils dépassent la croûte du nodule et s’y hérissent en un relief de crêtes aiguës qui prolonge à l’extérieur la structure du dessin caché.

La plus petite, la plus sommaire des septaria que j'ai eues entre les mains présente au centre d’une pastille de la dimension d’un cachet d’aspirine une minuscule étoile à quatre branches, ou plutôt la corolle de certaines crucifères naines de montagnes d’un bleu intense et aux pétales effilés, presque filiformes. Ici, l'extrémité des pétales est noire, bordée du même blanc qui colore le cœur de la fleur. Ce sont déjà rayons qui fuient et s’exténuent, ébauchant la plus simple des figures. Bientôt, celles-ci se compliquent. Les fourches se terminent en crochets ou en cisailles. Les branches sont reliées par des haubans presque imperceptibles. Des débuts de réseaux ou de gréements s'organisent et se ramifient sur de plus vastes étendues. Les plus légers sont aussi fins que les défauts appelés cheveux qui, à peine visibles, disqualifient cependant les porcelaines précieuses. Leur tracé est tantôt plus clair, tantôt plus foncé que la pierre où il est inscrit. Plus rarement, il est couleur de rouille.

Il arrive que les lignes s’élargissent et s’ouvrent en ravines tapissées de menus cristaux. Elles dessinent des figures qui éclatent, des proliférations de cellules polygonales, des développements de dodécaèdres sur un plan, des nervures irrégulières qui s'étendent en tous sens et qui s’interrompent brusquement atrophiées, des leviers de balances romaines avec, à leur extrémité, une charge volumineuse et pourtant si légère qu’elle n’incline pas le fléau, des toiles tissées dans le vide, qui n’aboutissent à aucune aspérité et où aucune araignée n'est à l'affût, des coupes transversales de murex, spirale au centre et toute épine dehors, des projections d’anémones de mer avec leurs tentacules ondulants, des filaments de méduses qui s’achèvent en mèches de fouet. Entre les flammes d’un astre incandescent, resurgissent dans la nuit de la pierre des épis lumineux, barbelés, des semences flottantes échappées du chardon central, fixées à l'instant de leur envol et qui font comme une gloire au capitule originel.

Il s’agit toujours dans ces premières espèces d’une géométrie à la fois capricieuse et harmonique, qui conjugue en se jouant rigueur et désinvolture. La composition semble avoir pour foyer le centre du nodule, s’en éloigner en tumulte, s’évanouir enfin et disparaître avant d’avoir atteint la périphérie du boulet. Mais elle a procédé à un partage inégal de l’espace qui obéit à un rythme aisément perceptible. Les lignes souples et vivantes impriment dans le silex incoercible l’idée, la formule d’un mouvement plus complexe et plus libre que celui des ondes qui, à la surface d’un fluide, s’éloignent du point où celui-ci fut ému. Ici, ce sont des craquelures aux angles vifs qui se propagent dans un milieu coagulé et qu'amortit vite la fermeté du minéral.

Dans certains échantillons de taille exceptionnelle, l’irradiation des fissures semble s’être effectuée autour de deux centres affrontés. Les filets à larges mailles s’approchent sans se chevaucher, s’explorent sans se nouer, se frôlent comme antennes, comme palpes en tâtons voluptueux ou inquiets. Tout se passe comme si ces étendues cloisonnées réparties en alvéoles clos ou qui cherchent, au contraire, à ne pas se clore, étaient en réalité des organismes sensibles qui se renseignent l’un sur l’autre par de craintifs attouchements. Ils ne sont encore que diagrammes, plus près de l’épure que de la vie, mais un obscur frémissement anime leur gelée polarisée. On dirait qu'avant de se combattre ou de s’accoupler, ces amibes en train de proliférer, mais fragiles, peut-être solubles, éprouvent le besoin de se reconnaître tout en appréhendant les périls d’un premier contact, peut-être corrosif.

Jusqu'ici, le dessin reste à l’état d'étoile, de rosace, de lignes et de courbes articulées en structures semi-régulières qui se développent selon une raison secrète, mais qu'il est sans doute possible de calculer. D’autres nodules sont affranchis de toute cadence. Aucune arithmétique ne s’y laisse plus deviner. Maintenant, de larges taches s’évasent en plages scintillantes ou lustrées : profils d’alevins ou de têtards, de salamandres, de cornues d’alchimistes au bec démesuré, d'algues dont les rubans sont soudain distendus par d'énormes vessies quasi rectangulaires ou par des profils de bombes volcaniques que terminent des torsades et où halète un souffle d’éruption. Elles affectent des formes tantôt de dragons tels qu’on en voit déployés sur les soies d'Asie, tantôt de spectres acrobates faisant des entrechats ou s'essayant au grand écart. Des prêtresses dans des fourreaux d'étincelles, amples et fermés sur le mystère de leur corps, procèdent à de lentes cérémonies, participent à des processions presque immobiles.

Des infiltrations en partie métallisées évoquent des chasseurs sous-marins, casqués et harnachés, brandissant leurs proies encore fichées sur le harpon de pêche, des larves à la dérive, des démons funambules aux yeux pédonculés, tout un sabbat glacé de lémures, de harpies, de vibrions. D'étroits fuseaux dressés sur leur pointe, parfois distants, parfois accolés au plus renflé de leur ventre, sont bifurqués au sommet comme oiseaux bicéphales sur bannière d’Empire. Ils s’écartent à mi-hauteur comme des mandragores exhibant leur sexe. Ils semblent soudés et extensibles, tels les éléments d’un soufflet d’accordéon. On les imagine sur le point de se dilater, comme s'ils étaient peints sur une substance élastique qu’on étirerait brusquement. Des cordons relient et nourrissent ces sacs allongés, que gonfle une sève granuleuse.

Des obstacles, des remous ont souvent déchiqueté les crevasses de calcite. Elles ont été contraintes de rebrousser chemin à l’improviste. Des crocs, des cornes, des flammèches, des faucilles les complètent ou les estropient, les écorchent ou les prolongent. Par miracle, les effigies torturées demeurent d’une parfaite élégance. Ces supplices raffinés donnent des scènes de carrousel, de tauromachies, de cortèges, des panathénées élémentaires de chromosomes, d’infusoires, de scolopendres.

Plusieurs de ces simulacres rappellent, le hasard, la fantaisie aidant, des silhouettes plus familières, plus précises. Elles attendent moins de l'imagination. Elles font écho aux images de la mémoire, elles en procurent des calques subits. Ici, un taureau irrécusable, le mufle tourné pour guetter l'attaque de l'ennemi, sexe turgescent, cornes agressives et orbites évidées, puits noirs et jumeaux annonçant le bucrane sous le masque de la bête vive. Là, un poisson-chat, les moustaches en alerte, la nageoire dorsale large comme un couperet, est si bien ramassé dans sa tête boursouflée qu’il paraît n'avoir pour corps qu’un appendice misérable. En guise de queue, il fait ondoyer deux oriflammes divergents, dont l’un, de la façon la plus absurde et comme dans une image de rêve, se métamorphose en une sorte d'oiseau que prolonge à son tour une trompe démesurée de sphinx, de macroglosse.

Presque toujours, ces animaux, ces spectres, ces personnages dégingandés ou hiératiques n'ont rien que de conjectural. On pourrait aussi bien identifier dans les mêmes taches, comme sur les dessins des onyx, les pleins et les déliés d’une calligraphie très étudiée ou un subtil semblant d'écriture, conçu par quelque scribe dément, dédaigneux de rien signifier et amoureux des formes. Celles-ci, en effet, à quelque catégorie qu'elles appartiennent, que l'imagination les interprète ou les accepte comme elles sont, qu'elles présentent ou non des symétries, des rythmes, des répétitions, demeurent formes essentiellement, et d’une harmonie qu’on dirait inévitable. En outre, elles occupent le centre des nodules, dont la croûte fait le cadre, comme le peintre compose son sujet autour du centre de la toile, qu’il a soin de séparer bien visiblement de l’espace extérieur.

Les dessins des septaria constituent des équilibres strictement plastiques, où rien n’est régulier et dont chacun est aussi original et, pour ainsi dire, aussi personnel qu’un ouvrage volontaire. Si, au temps de la peinture figurative, des amateurs ont encadré des marbres-ruines et des marbres-paysages pour en faire les pendants des tableaux authentiques, aujourd’hui ce sont assurément les septaria qu'il leur conviendrait d’élire dans le répertoire des formes naturelles pour les mettre en regard de maintes démarches de l’art contemporain.

Selon Johann Chevillard et Isabelle Cerf, auteurs de S'ouvrir à l'énergie des pierres-Une approche claire et pratique de la lithothérapie. (Éditions Exergue, 2020) :


Tenir une septaria noire entre nos mains, c'est nous installer et visiter nos racines, redécouvrir nos fondations dans la tranquillité. De formation sédimentaire, son énergie est calmante et stabilisante. Les veines qu'elle contient sont comme des racines fluides qui s'ouvrent vers le sol en douceur pour installer et densifier notre énergie des hanches jusqu'aux pieds. La sensation de lien qu'elle laisse avec la terre s'installe alors de manière durable ainsi qu'un sentiment profond de sécurité.


Purification : eau ou sel indirect uniquement.

Rechargement : soleil - géode de quartz.

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