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  • Anne

La Morue




Étymologie :

  • CABILLAUD, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1250 ichtyol. cabellau (Arch. comm. Lille, AA 155 n°2858 dans IGLF Litt.) ; 1278 cabillau (Chirogr., A. Tournai dans Gdf. Compl.) ; 1762 cabillaud (Ac.) Empr. au m. néerl. cab(b)eliau [néerl. kabeljauw], De Vries, Nederl., attesté dans un doc. flam. sous la forme cabellauwus (1163, Charte de Philippe comte de Flandre, Chambre des Comptes de Lille, Cartulaire de Flandre, 1 ch. 325 dans Du Cange t. 2, p. 8a).

  • MORUE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. a) 1260 ichtyol. morue (Etienne Boileau, Métiers, 271 ds T.-L.) ; b) xve s. [éd.] mollue (Viandier Taillevent, éd. J. Pichon et G. Vicaire, p. 95) ; 2. 1849 « prostituée » (Esn.). Peut-être issu d'un type prélittér. *molus ou *morlus, composé du celt. mor «mer» et de l'a. fr. lus, luz « brochet », v. merlu (FEW t. 5, pp. 436-437). Cf. aussi moruel, dimin. de morue, att. dès le xiie s. (Glossaire de Tours, 328 ds T.-L.), muluel (ca 1140, Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, 443, ibid.). L'ex. de 1036 de moluel, dér. de molu(e), gén. avancé pour étayer cette étymol., est tiré du cartulaire de Saint-Vaast d'Arras, éd. Van Drival (cité ds Fagniez t. 1, p. 57), publié d'après une copie du xvie s. (v. H. Stein, Bbg. gén. des cartulaires fr., n°208 bis).


Lire également les définitions des mots cabillaud et morue afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Maïa Guillot, dans un article intitulé « « Axé Ilê Portugal » : parcours migratoires et religions afro-brésiliennes au Portugal », ( paru dans la revue Autrepart, vol. 56, n°4, 2010, pp. 57-74) s'interroge sur l'empreinte portugaise dans les religions du candomblé et de l'umbanda :


[...] Bien plus, cet imaginaire transnational a des conséquences dans la pratique rituelle des religions afro-brésiliennes, dont la logique et la plasticité intrinsèques sont intelligemment révélées par l’analyse suivante de Pai Nando. S’étonnant qu’il n’y ait pas d’esprits portugais prenant possession du corps des médiums dans les terreiros au Portugal, il exposa pour son argumentation les réalités suivantes : « Les esprits présents dans le candomblé et l’umbanda ont un lien avec le Brésil, ils y sont nés et/ou y sont morts. Les pretos-velhos sont des esclaves en terre brésilienne ; les caboclos sont des Indiens brésiliens. Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir d’esprits portugais dans les terreiros du Portugal ? Chaque Portugais devrait avoir un guide spirituel qui soit de sa terre, un ancêtre. Par exemple, un homme de la région Alentejo (campagnard typiquement portugais selon lui) qui équivaudrait au boiadeiro brésilien (vacher, homme gardant les troupeaux de bêtes). D’ailleurs, les marinheiros (marins et navigateurs), ne pourraient-ils pas être portugais ? Et les pombas-giras (femmes manipulatrices des forces magiques divisées en « familles » dont l’une est tzigane), ne pourraient-elles pas être des Tziganes de l’Espagne limitrophe ou même du Portugal ? 19 »

Cette plasticité et cette logique se sont trouvées réalisées dans les faits puisqu’Ismael Pordeus Jr. [2009, p. 141-145] a publié l’histoire de la « première » entité portugaise. Présente dans le terreiro de Pai Cláudio, cette entité symbolise pour l’auteur une « transnationalisation du panthéon luso-afro-brésilien » [ibid., p. 105]. Il s’agit du marinheiro Agostinho. Les marinheiros sont dans l’umbanda des esprits de marins, navigateurs, pêcheurs et hommes ayant découvert de nouvelles terres et eu une relation forte à la mer. Agostinho naquit au Portugal en 1874. Il travailla dans un premier temps comme pêcheur sur la côte portugaise puis s’en alla dans les mers du Nord pour pêcher la morue (bacalhau). La mention de ce poisson ne va pas sans rappeler sa consommation traditionnelle au Portugal. Enfin, Agostinho pécha sur la côte brésilienne et, transportant le poisson du Nord vers le Sudeste du Brésil, connut des terreiros. Il est mort en mer, « naufragé dans l’alcool ». Les marinheiros sont des esprits qui boivent beaucoup de whisky, vin ou cachaça brésilienne lors des rituels, et Agostinho n’échappe pas à la règle, à l’exception près que lui boit de la bagaceira, fameux spiritueux portugais. Ce qu’il faut donc retenir de ce récit, c’est qu’Agostinho est une production de l’imaginaire portugais : un marin aventurier, un « Portugais historique » [ibid., p. 144], un homme qui a voyagé, émigré et dont les artefacts, bacalhau et bagaceira, sont des symboles puissants de « portugalité ».

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Selon Bernard Saladin D’Anglure, auteur d'un article intitulé “Pijariurniq. Performances et rituels inuit de la première fois”. (publié dans la revue ÉTUDES/INUIT/STUDIES, 24, n°2, 2000, pp. 89-113, Québec : Département d'anthropologie de l'Université Laval) :


[...] La seconde période rituelle dans la vie de l'enfant allait des premiers petits services que garçonnets et fillettes pouvaient rendre à leurs proches, comme chercher de l'eau ou des broussailles pour le feu, ainsi que du tuage du premier petit animal, à la capture d'un animal de toutes les petites espèces d'oiseaux (bruant des neige, perdrix des neiges, etc.), de mammifères (lemming, marmotte de toundra, etc.) ou de poissons (chabot, morue, etc.).

[....]

Je voudrais souligner deux traits importants des rites de cette étape de vie : tout d'abord leur connotation sexuelle. C'est comme si les adultes, encouragés par l'accoucheuse, considéraient le petit garçon et la petite fille aptes au mariage et les poussaient à choisir un partenaire sexuel. Il s'agit en fait d'une préfiguration des rites de l'étape suivante, ceux qui ponctuent le passage du statut d'adolescent improductif à celui de producteur ou de reproductrice reconnus. Je reviendrai plus loin sur la distribution de cadeaux à la volée (parlaniq), qui dans la plupart des régions du Nunavik et du Nunavut est plutôt associée à la capture du premier gros gibier. Le second trait important est l'amplification d'une performance somme toute mineure, en faisant comme s'il s'agissait d'une performance majeure. Markusi Ijaittuq précise en effet :

Taima aqiggiriurmat, taitsumanialuk tuttuqarpatuviniummat [...] taima iqaluttuviniuppat taima ujuviniq, suurlu isumannguaq.

Ainsi lorsque quelqu'un avait tué une perdrix des neiges pour la première fois, autrefois, on disait qu'il avait tué un caribou [...] de la même façon s'il avait pêché un omble arctique pour la première fois, on disait qu'il avait attrapé un phoque barbu, on faisait semblant de penser cela.

Ces changements d'échelle pouvaient varier d'un groupe à l'autre, d'une région à l'autre. Ainsi pour Dalasi Taqqiapik, de Kangirsuk, c'était pour un lemming qu'on parlait de caribou ; à Igloolik, la prise d'un chabot de mer était considérée comme la capture d'un morse. Pour Davidialuk Alasuaq, de Povungnituk, la prise d'une morue était considérée comme celle d'un béluga. Et l'on partageait alors le petit animal comme on aurait partagé le gros animal. En fait, ces équivalences entre animaux de tailles différentes faisaient partie de l'univers ludique de l'enfant.

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Littérature :


Dans La Citrouille a besoin de vous (Anatolia Editions, 1994 pour la traduction française) P. G. Wodehouse dépeint un Lord anglais dont le sentiment paternel est quelque peu étrange :


Un brusque froncement de sourcils vint plisser le front serein de Lord Emsworth. Il en était généralement ainsi chaque fois qu'il apercevait Freddie, car au fil des années le jouvenceau en question était devenu un fardeau de plus en plus lourd à porter pour un père que tenaillait l'angoisse.

A la différence du cabillaud qui, lorsqu'il se trouve à la tête d'une belle famille de trois millions cinq cent mille petits cabillauds, prend joyeusement la résolution de les chérir tous, l'aristocratie britannique a tendance à regarder ses fils cadets d'un œil plutôt torve. Et Freddie était de ces fils cadets qui semblent inviter tout particulièrement les regards réprobateurs.

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