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La Gentiane pneumonanthe

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 4 heures
  • 6 min de lecture



Étymologie :


Élém. tiré du gr. π ν ε υ ̃ μ α, -α τ ο ς « souffle, air », entrant dans la construction de termes savants ou techniques du domaine des sciences médicales.


Élément suff. tiré du gr. α ́ ν θ ο ς « fleur » entrant dans la composition de termes de botanique.


Autres noms : Gentiana pneumonanthe - Gentiane des marais -




Botanique :


Danielle Caménen et Lucien Kerdouédan, auteurs d'un article intitulé "Stratégies incroyables de la nature, la Gentiane et l’Azuré." (In : Ar Gaouenn, 2020, pp. 57-61) explique la co-dépendance de la fleur, du papillon et de la fourmi :


"[...] La Gentiane pneumonanthe, de la famille des Gentianaceae, est une herbe vivace glabre, tige dressée ascendante de 10 à 40 cm, simple ou un peu rameuse. Les feuilles inférieures sont petites, écailleuses, les moyennes et supérieures lancéolées-linéaires, de 1 à 5 cm, obtuses, à une nervure principale et à bords roulés en dessous, un peu connées (soudées) à la base. Les fleurs pentamères (les divisions de l’enveloppe florale vont par cinq ou multiple de cinq), bleu azuré, grandes d’environ 4 cm, peu nombreuses, axillaires et terminales, courtement pédonculées ; calice à divisions linéaires, corolle campanulée à 5 lobes ovales-aigus (ph. 1), souvent accompagnés dans les intervalles d’un lobule aigu ; étamines à anthères soudées ; stigmates roulés en dehors. Capsule longuement stipitée, plus longue que la corolle (Des Abbayes et al. 2012). Elle affectionne les landes humides ou mésophiles et les prés tourbeux, fleurit de juillet à septembre.


La gentiane est encore présente sur quelques sites en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor, dans le Finistère et également dans le Morbihan. C’est dans le sud ouest de ce département que nous avons observé la Gentiane pneumonanthe ou Gentiane des marais. Pour des raisons de protection de cette plante vulnérable, nous resterons discrets sur la localisation de la réserve.

Géologiquement, la réserve se situe sur un socle profond pré-cambrien, au-dessus une couche de granite calco-alcalin à biotite du carbonifère, puis des sables argileux formés par l’érosion, la sédimentation et l’altération de la roche et à la surface les humus acides qui sont le plus souvent peu développés du fait de l’exploitation de la lande, par contre certains secteurs inondables montrent l’accumulation accentuée d’humus para-tourbeux. Nous ne relevons aucun affleurement rocheux. La Gentiane pneumonanthe est très surveillée sur ce site. En 2002, une convention est signée entre le propriétaire de la parcelle et l’association Bretagne Vivante.

Depuis 2006, la gestion de la réserve est quadripartite : le propriétaire, l’agriculteur qui exploite le site, le Conservatoire Botanique National de Brest et Bretagne vivante. Une fauche de la lande est réalisée en 2006. Deux mares sont creusées en 2007 et quelques ligneux éliminés. En octobre 2009, la lande est fauchée en partie. Actuellement la fauche se fait tous les trois ans et les ligneux ont tous été éliminés. La parcelle a récemment été étendue.

La Gentiane pneumonanthe est la plante hôte d’un papillon, l’Azuré des mouillères Maculinea alcon alcon [...].

L’Azuré des mouillères est un petit papillon de la famille des Lycaenidae, d’environ 4 cm, qui présente un dimorphisme sexuel. Le dessus est bleu chez le mâle avec une bordure brun-noir étroite et brun grisâtre chez la femelle. Le revers quant à lui est gris avec des points noirs cerclés de blanc chez le mâle et gris plus sombre chez la femelle avec les mêmes points noirs (Haahtela et al. 2017). Ce papillon classé sur la liste rouge des espèces menacées en France a un statut quasi menacé (NT) au niveau national et en danger critique (CR) en Bretagne (M.N.H.N. b)

La rareté de l’Azuré des mouillères est due à un cycle de vie très complexe. Son existence dépend de son interaction avec deux autres espèces : La Gentiane pneumonanthe et les fourmis du genre Myrmica. La femelle Azuré pond ses œufs en été sur les inflorescences et les feuilles de la Gentiane.

La petite chenille dévore les étamines, le pistil, puis l’ovaire. Elle demeure ainsi cachée dans la fleur pendant 2 à 3 semaines. Ensuite, elle perce un trou pour se laisser tomber au sol (ph. 5) et attend d’être adoptée par la fourmi (pour se faire prendre en charge, la chenille qui ne peut se déplacer utilise un biomimétisme olfactif, en sécrétant la même phéromone que la fourmi). Emportée dans la fourmilière, la jeune chenille change alors de régime alimentaire, elle se nourrit dans un premier temps des larves et des œufs de fourmis, puis elle est alimentée par les ouvrières d’une bouillie destinée aux larves de la colonie (Lafranchis et al. 2015). Le miellat produit par la larve est la petite récompense de la fourmi.

La chenille hiverne dans la fourmilière, puis se chrysalide. Une fois parvenue à maturité, le papillon à peine éclos sort, non sans mal, de la fourmilière pour rejoindre l’air libre et se reproduire. Il vole de mi-juin à mi-août (Haahtela et al. 2017).

Il faut que la plante hôte soit en début de floraison à l’époque de la ponte des papillons et que la densité des fourmilières soit suffisamment élevée pour permettre aux chenilles d’être « adoptées » par les fourmis Myrmica. Ce mode de vie complexe rend l’espèce très vulnérable. L’absence d’un des deux hôtes du papillon peut conduire à sa disparition sur la zone. Actuellement, sur cette réserve, il est en régression constante.

Un Arrêté préfectoral pour la Préservation du Biotope (APPB) protège le site depuis 2019. Il faut noter aussi que l’entretien de la réserve participe à la présence d’une flore et d’une faune très diversifiée."

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Symbolisme :


Marie Gevers, autrice de L'herbier légendaire. (Éditions Stock, 1991) raconte une histoire qui nous permet d'"appréhender la dimension symbolique de la gentiane pneumonanthe :


"La gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe)


Qui que tu sois, voici ton maître,

Il l'est, le fut, ou le doit être.


Naître et grandir au château des Bruyères, aussi drue que les sapins des terres stériles, le cœur et l'âme aussi vierges qu'une dune de sable blanc à midi; galoper de toute la vitesse d'un beau cheval sur la bruyère en fleur et, un soir d'été, trouver son père debout devant le grand âtre où brûle de la tourbe, et le père dit :

« Il est temps de te marier. Je t'ai choisi un chevalier, tu le suivras en épouse soumise.

Non, non et non ! » crient le cœur, le corps et l'âme de la jeune fille...

Mais les lèvres se taisent, et la tête s'incline et semble répondre : « Oui, mon père. »

- Il viendra demain, du château d'Occident », ajoute le père.

Demain... La jeune fille monte à sa chambre, et passe une nuit sans sommeil. A l'aube, elle se lève pour une dernière course dans les bruyères, à pied, cette fois, afin de sentir encore le sable froid à travers ses sandales, et pendant que le vent caressera son front, et le soleil levant, son cœur.

Son futur époux doit venir de l'Occident ? Elle s'en ira donc en sens inverse, libre, aujourd'hui encore, comme la lumière.

Or, ce matin, un chevalier d'Orient s'est aussi mis en marche par amour de l'aube d'été.

Il chevauche et, parmi les bruyères roses et rouges, il aperçoit une fleur bleue en forme de calice profond, d'un bleu aussi incandescent que le ciel de juillet, à midi.

Le chevalier d'Orient descend de sa monture, cueille la belle fleur, passe la tige dans l'anneau d'or qu'il porte au doigt et reprend sa libre course. Libre ?... Il se croit libre ; déjà, il ne l'est plus, car la gentiane qu'il vient de cueillir est un charme d'amour.

Le chevalier d'Orient va vers le couchant, il rencontrera la jeune fille. Elle, la fière, la rebelle, en le voyant, s'arrête comme un jeune animal sauvage, et ses jambes tremblent sous elle, car elle voudrait fuir et ne peut.

L'homme surpris la regarde. Elle soudain s'avance, prend la main qui porte l'anneau et la gentiane, et la baise : « Tu es mon maître », dit-elle.

Ainsi, selon que l'amour en décide, le chevalier d'Orient prend le cœur destiné au chevalier d'Occident.

Qu'en dit le père ? On ne sait.

Vive le roi ! Alléluia."

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