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La Forêt de Rhonne

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 15 heures
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures





Étymologie :


Selon le journal numérique Le Messager (dans un article daté du 12 juillet 2023 non signé) :


"Rien à voir avec le fleuve, le mot Rhonne serait une variante romane du latin « ruina » signifiant ruine et dont l’évolution est « roina », puis « ronna »."


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Localisation :


Chantal Maistre et Gilbert Maistre, auteurs de Conflans : promenade historique (Éditions La Fontaine de Siloé, 1999) évoquent un hameau aujourd'hui disparu qui porte le même nom que la forêt :


"Le magnifique panorama du bourg de Conflans et de son environnement, vu des premières pentes de Mercury, est un dessin du XVIIIe siècle conservé à la Bibliothèque Nationale.

Au premier plan, apparaissent les maisons des villages de Saint-Sigismond et de l'Hôpital, le pont sur l'Arly qui conduit au petit faubourg des Adoubes, sur lequel se greffe, à gauche, le chemin muletier de Beaufort.

A droite des Adoubes, le chemin s'élève vers le faubourg de l'Hospitalliet, qui porte ce nom en raison de la présence d'un « Hôtel-Dieu », l'hospice de Conflans. Ce faubourg est en grande partie détruit par un incendie en 1738, qui brûle 25 petites maisons qui ne seront pas reconstruites. Ainsi, cette gravure serait postérieure à cet incendie, mais antérieure à la construction des Salines de 1752, qui n'apparaissent pas à la confluence de l'Isère et de l'Arly.

Hors les murs de Conflans, le château de Manuel de Locatel, la chapelle et les bâtiments du couvent des Capucins, et sur les hauts de Conflans, le hameau de Farette, sont aisément repérables.

Sur la rive gauche de l'Isère, les maisons du hameau de Rhonne, dépendant de Conflans, ont été dessinées, de même que la passerelle du pont des Chèvres.

Dans la Cité, la tour Sarrasine, le clocher de l'église, et au plus haut de l'enceinte, la tour du Châtel dominent la ville.

Sur la plaine de Saint-Sigismond on remarque un campement militaire avec des tentes, des charrois, des pièces d'artillerie, des chevaux. Des fantassins semblent déployés dans une manœuvre autour de Conflans."

La forêt de Rhonne est délimitée par le cours de l'Isère au Nord, à l'Est et à l'Ouest et au sud par deux forêts aux noms évocateurs : la Forêt de Gaulia et la Forêt des Carrés ainsi qu'un bois : celui des Revers.




Particularités :


Benoît Dodelin propose un "Compte rendu de la prospection entomologique en Savoie. (4 décembre 2004). (In : Publications de la Société Linnéenne de Lyon, 2005, vol. 74, no 3, pp. 64-66.) qui permet d'en savoir un peu sur la forêt de Rhonne, notamment concernant le peuplement en insectes :


"En Savoie, à la confluence de l'Arly et de l'Isère, Albertville est une localité de fond de vallée (environ 350 m d'altitude), entourée des montagnes des Bauges à l'ouest, du Beaufortin à l'est et au nord, et de l'Arc au sud. Les contrastes climatiques importants entre les différents versants permettent de passer d'un ubac à un versant chaud en quelques centaines de mètres et parcourir ainsi des végétations et des ambiances très variées.

[...] La forêt de Rhonne couvre un versant nord et se compose de hêtre, de sapin et d'épicéa. II s'y rencontre aussi, dans le bas du versant, des espèces comme le châtaigner, le chêne ainsi que des essences introduites comme de mélèze ou le pin sylvestre. Facilement accessible, elle était déjà exploitée à l'époque des excursions entomologiques de PERRIER et DE MANUEL (1855). La découverte, dans cette forêt, des premiers Derodontus macularis de France (DODELIN, 2004) a particulièrement motivé cette destination pour une sortie entomologique automnale.

[...]

En forêt de Rhonne, les premières découvertes furent celles de grands carabes, hivernants classiques dans les troncs en décomposition, parmi lesquels Carabus glabratus signalé, à proximité de Rhonne, de la Vanoise et du massif de l'Arc (COULON et al., 2000). Puis vinrent Ampedus poтоrum en loge dans la carie rouge et Otiorhynchus salicicola qui hiverne souvent dans le bois pourri. L'émiettage minutieux d'un tronc de mélèze très décomposé par une carie rouge a livré de très nombreux Prostomis mandibularis, espèce spectaculaire et nouvelle pour Rhonne. En fin de matinée, un grand carpophore d'Ischnoderma benzoinum fut découvert attaché à un tronc de résineux. Son inspection a révélé les espèces les plus rares de la journée: Mycetoma suturale et Derodontus macularis. Des adultes broutaient le champignon sur sa face inférieure ou se tenaient dans les replis du carpophore. A quelques mètres se trouvait le tronc de la première récolte française de D. macularis mais le mycélium n'y a pas produit de fructifications à l'automne 2004. M. suturale et D. macularis sont donc confirmés en forêt de Rhonne. Tout deux vivent exclusivement sur les fructifications des polypores lignicoles du genre Ischnoderma qui passent facilement inaperçues en forêt. Ainsi M. suturale vient tout juste d'être signalé dans les Alpes françaises tandis que D. macularis n'est encore connu en France que de deux stations (en forêt de Rhonne et en bordure ouest du massif de la Chartreuse) à plus de 700 km de leur plus proche station (Allgäu dans les Alpes allemandes). Un neuroptère fut récolté à Rhonne : Drepanopteryx phalaenoides."

Benoît Dodelin, auteur de "Les coléoptères saproxyliques, derniers maillons de la forêt." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, hors-série numéro 2, 2010. Évaluation de la biodiversité rhônalpine. pp. 159-166) propose une explication pour une découverte unique en forêt de Rhonne :


"Inversement, certaines faunes sont actuellement menacées [par les changements climatiques] comme les espèces des bois morts situés en zones inondables (bords des eaux, forêts humides) et les cavicoles des gros arbres. En forêt, les extinctions ont vraisemblablement eut lieu lors des déboisements massifs liés au charbonnage, principalement entre 1850 et 1914. Les victimes de cette époque furent les espèces liées aux vieilles forêts et les animaux des très gros bois pourris. Rhysodés sulcatus (Fabricius, 1787) illustre ce dernier cas. Sa disparition d'Europe commence avec les déboisements massifs du moyen âge pour actuellement se cantonner à quelques localités Pyrénéennes (Alonso-Zarazaga et Lopez-Colon, 2002) et un site d'Auvergne (Rousset et al., 2005). Dans les Alpes, le seul indice connu est une capture en forêt de Rhonne (Albertville, Savoie), avant 1920, par Grouvelle (Dajoz 1975, com. pers. 2005). Bien que cet exemplaire doive se trouver dans la collection Grouvelle du MNHN Paris, les recherches entreprises sur place par A. Mantilleri n'ont pas suffi à le retrouver. Rhysodes sulcatus est inféodé aux myxomycètes dont l'adulte et peut-être la larve, se nourrissent (Bell, 1994). Beaucoup de myxomycètes vivent dans les gros bois pourris très humides. En cela, la forêt de Rhonne fut, et reste, un site favorable aux Rhysodés. Malheureusement, tous les piégeages et prospections sont restés vains. Les exigences de climat humide impliqueraient-elles la disparition du Rhysodes lorsque l'exploitation ouvre la forêt et en retire les gros bois cariés et humides ? Faut-il conclure à l'extinction de R. sulcatus dans les Alpes françaises avant 1920 ?"

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Histoire :


Bruno David, auteur d'une "Carte écologique des Alpes : Feuille Albertville 1/50000 (Savoie) ; Analyse et transcription des facteurs décisifs" (In Documents de cartographie écologique , Vol XXI, pp. 95-125, 1979, Grenoble) mentionne incidemment la forêt de Rhonne et son état déplorable à la fin du XIXe siècle :


"Le Montagnard forestier : Jusqu'à la fin du 19e siècle, les bassins versants alimentent fréquemment de destructrices coulées de boue : ainsi l'Ire, en 1874 ; la Lavanche, actuellement périmètre RTM ; sur les versants du Grand-Arc : les torrents de Montsapey et du Nant-Bayet (MOUGIN, 1914). Cette situation est la conséquence d'une intense déforestation : la métallurgie a saigné à blanc la forêt bouju ; les salines de Conflans ont dès 1768, épuisé la forêt de Rhonne ; ovins et caprins, très nombreux, limitent toute régénération (pratique de la forêt pâturée).

Depuis le rattachement, ne se sont pas écoulés les 160 ans qui constituent, en moyenne, une révolution forestière, mais le bilan de l'intervention des Eaux et Forêts s'avère déjà positif, par la reconstitution d'un capital sylvicole garant du maintien des sols.

Les dernières années sont marquées par son insertion poussée dans le circuit économique. Le taillis communal et particulier est en régression constante, et la physionomie rejoint alors le proclimax."

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