top of page

Blog

L'Homme sauvage

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 18 heures
  • 11 min de lecture


Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article au Basa Jaun :


"Basa Jaun

Homme sauvage – Béarn


Au Pays basque, Basa Jaun, ou Basa Jauna, est une sorte d’homme sauvage sur lequel Jean-François Cerquand collecte une série de récits qu’il publie en 1875 et 1876. « Lorsqu’on interroge les paysans sur ces personnages, écrit-il, on s’aperçoit qu’ils n’en possèdent que des notions obscures, contradictoires, où se confondent toutes leurs superstitions. Pour eux, Basa Jauna ne diffère pas sensiblement d’une bête sauvage. Il est couvert de poils, comme un ours ; il se nourrit d’herbes ou de gibier ; il ne quitte pas les montagnes ou les forêts ; il est cruel, il est voleur. Quand on leur demande des faits justificatifs, ils hésitent. Toutefois les notions qu’ils se sont faites ne sont pas toutes à dédaigner. Celles-ci, par exemple, sont bien conformes aux légendes : “Basa Jauna n’est pas sujet aux infirmités : il conserve toujours une force sans pareille : il est insensible aux intempéries des saisons ; il marche jour et nuit ; il se venge de ceux qui parlent mal de lui.” »

Les Basa Jaun vivent généralement dans les galeries souterraines des montagnes qui débouchent par un trou circulaire ; on les nomme « citernes ».

Les légendes qui mettent en scène Basa Jaun sont souvent proches du conte. Par exemple, dans l’histoire qui suit, recueillie auprès d’une veuve « plus que septuagénaire », il vit avec sa femme, Basa Andere, se conduit comme un ogre et franchit en quelques sauts des distances importantes, comme s’il possédait des bottes de sept lieues : « Il y a sept ou huit cents ans que Mendive ne possédait que les maisons Lohibarria (vallée de boue) et Miquelaberroa (haie des Miquels). Un jour, le valet de ferme de Lohibarria, surnommé Hacherihargaix (renard difficile à prendre), alla chercher des vaches à Galharbeco Photcha (rocher de Galharbe). Là, il rencontra une dame sauvage (Basa Andere), qui avait nettoyé le chandelier et se peignait avec un peigne d’or. Il se dit qu’il devait ravir ce beau chandelier. Deux fois il le prit ; mais la dame sauvage l’ayant aperçu, il dut le laisser deux fois. La troisième fois, il la trompa et partit en emportant le chandelier. La dame sauvage, aussitôt qu’elle s’en aperçut, appela son père à grands cris. Basa Jauna était à la noce à Béhorléguy Mendi (montagne de Béhorléguy) ; il arrive en deux sauts et poursuit Hacherihargaix jusqu’à Saint-Sauveur. En arrivant à Saint-Sauveur, Hacherihargaix s’écria : “Saint-Sauveur ! je vous apporte un beau cadeau.” Aussitôt la cloche de Saint-Sauveur commença à sonner d’elle-même. Alors le seigneur sauvage dit à Hargaix : “Bien te prend que cette mauvaise sonnaille ait sonné, sans quoi je t’aurais dévoré. La première fois que je te rencontrerai à jeun, je te dévorerai.” A quelque temps de là, après avoir battu du froment, Hacherihargaix alla un matin à jeun chercher ses vaches. En arrivant à la broussaille de Sohachipia (petite prairie), il aperçut le seigneur sauvage et se rappela sa menace. En se grattant la tête, il trouva quatre grains de froment dans ses cheveux. Il les mit aussitôt dans sa bouche et les mangea. Le seigneur sauvage disparut et il ne le vit plus. Depuis ce jour, il ne sortait jamais de chez lui sans avoir mangé. Le chandelier qu’Hacherihargaix avait ravi à la dame et porté à Saint-Sauveur était jaune comme l’or. Il a été terni dans un incendie allumé par les Espagnols. Alors on voulut le porter à Mendive, mais on n’a jamais pu le faire passer au-delà du col Haritz Kurutche (croix de chêne). »

Dans ce récit, le son de la cloche, qui a partout en France la vertu d’éloigner les mauvais esprits et le tonnerre, fait fuir le Basa Jaun. Ailleurs, on l’exorcise : « Lorsque le village de Larrau fut fondé, le pays était couvert de forêts vierges, et le seigneur sauvage venait inquiéter les habitants, leur causant beaucoup de dommages en leurs biens. Alors le curé de Larrau établit l’usage de dire tous les samedis un Salve Regina à l’entrée de la nuit, et par ce moyen on parvint à éloigner le seigneur sauvage. »

Le thème du Basa Jaun qui enlève une jeune fille fait l’objet de plusieurs versions à peu près semblables. Celle qui suit fut recueillie à Mendive et met en scène le Basa Jaun Ancho : « La fille de la maison Ithurburu, de Béhorléguy, menait paître des brebis sur la montagne, dans le quartier d’Elhorta. Il y avait alors en cet endroit, comme il y en a maintenant, beaucoup de citernes. Un jour, pendant qu’elle gardait son troupeau, un seigneur sauvage, Ancho, parut et l’emporta dans une citerne, où elle resta quelque temps avec lui. On la vit plus tard, au trou d’Ancho, qui termine la citerne, à deux lieues d’Elhorta. Les gens de Béhorléguy remarquaient qu’elle était toujours occupée à arranger les cheveux du seigneur sauvage, et cherchaient comment la sauver de là. A la fin, ils se rendirent au trou avec la croix et les autres choses saintes, et la retirèrent des mains du seigneur sauvage. Au moment où elle s’éloignait, le seigneur sauvage lui dit de tourner la tête et de regarder derrière elle quand elle

arriverait à la maison. Elle le fit et tomba morte aussitôt. Le trou s’appelle encore le trou d’Ancho. »

Dans une autre version, relevée à Arhansus, des bergers sauvent la fille, et Basa Jaun, fou de chagrin, déracine des arbres et parcourt toute la terre pour retrouver sa dame. Il finit par en mourir.


Les hommes des bois

Paul Sébillot fait état en 1899, parmi les personnages qui hantent les forêts, d’une catégorie d’entités qui ne sont a priori ni des lutins, ni des esprits, ni des revenants : « Faute de mieux, je les range sous la rubrique “hommes” par laquelle le peuple les désigne », dit-il. C’est le cas des Hommes Blancs de la forêt d’Hunaudaye (Côtes-d’Armor) dont les gens du coin parlaient avec terreur lorsqu’il était enfant. Ils portaient des vêtements blancs, avaient un visage blafard et apparaissaient à la lisière du bois, surtout aux femmes. Tels sont les seuls éléments qu’il a pu relever sur ces personnages.

Les « hommes » de ce type sont parfois repérés par le bruit qu’ils produisent. George Sand consacre un chapitre de ses Légendes rustiques au « Casseu’ de Bois » qu’elle associe à l’espèce des « hommes de feu » auxquels on attribue les incendies de forêt. Elle ajoute cependant : « Disons, en passant, que la chute des aérolites peut expliquer bien des choses et que le paysan de nos jours commence à s’en rendre compte. » Le Casseu, que l’on appelle aussi dans certaines localités le Coupeu ou le Batteu, et qui n’est pas toujours incendiaire, fait surtout entendre les coups qu’il assène aux arbres. Les gardes forestiers, pensant qu’il s’agit de voleurs de bois, se dirigent vers l’endroit d’où vient le bruit, mais ne voient jamais personne, ni aucun arbre entaillé. Certains racontent que c’est le génie protecteur de la forêt et qu’il ne faut surtout pas toucher aux arbres qu’il a frappés (1858). A Morlaix (Finistère), le Casseur de pierres de Penanru produit un bruit qui ressemble à celui d’un marteau sur une pierre sonore (J. Boucher de Perthes, 1831). Dans le Livradois (Puy-de-Dôme), les bois de la Couasse sont fréquentés par l’Homme de fer qui passe à travers les chênes et les sapins et les brise « comme des allumettes » (P. Sébillot, 1898).

D’autres « hommes » apparaissent aux humains. Près de Choisey (Jura), dans le bois de la Fau (ou de la Fée), sévit un homme étrange : « Tantôt c’est un personnage sérieux, mélancolique, vénérable comme un druide qui se livre à la méditation ; tantôt c‘est un homme grave en apparence, mais libertin en effet, qui guette à ce poste l’occasion d’enlever des femmes, pour les entraîner dans le bois de la Fau. » (D. Monnier, 1854.) A Lunery (Cher), la fée qui se montrait au sommet de la Motte-de-la-Guerne était accompagnée d’un homme à longue barbe qui poursuivait les bergers qui s’approchaient de ce vieux rempart : « Aujourd’hui, homme et fée ont disparu ; mais toutes les nuits le chant du coq se fait entendre en haut, sur la colline abrupte. » (L. Martinet, 1878.)

L’Homme rouge de la forêt d’Ardenne était une sorte d’ogre, avatar du diable : « Il y a de cela longtemps, bien longtemps, une jeune fille d’une beauté merveilleuse, nommée Marie Dufour, avait, malheureusement, quelques dartres vives sur la figure. Elle résolut d’aller à Attigny implorer saint Méen et se mit en route avec son amie préférée, la Garotte. En traversant la forêt, elles se perdirent. Très inquiètes, cherchant leur chemin, elles virent venir à elles un homme tout de rouge habillé et lisant “dans un livre sans lettres”. “Vous êtes égarées, mes belles, leur dit-il, suivez-moi.” Et, suivant l’homme rouge, elles marchèrent deux heures et arrivèrent enfin à une maison que cachaient de grands rochers et des arbres épais. Elles entrent et voient, devant une haute cheminée, un autre homme rouge faisant cuire, dans un immense chaudron, des pieds, des mains, des bras et des jambes d’hommes et de femmes. Elles veulent fuir, mais la porte s’est refermée, impossible de sortir. “Où iriez-vous, d’ailleurs, leur dit l’Homme rouge, il fait noir, il pleut, vous vous perdriez encore dans les bois, montez vous coucher.” C’est ce qu’elles firent, mais ne s’endormirent pas et entendirent, à peine dans le lit, des bruits d’assiettes, de couteaux, des voix et des rires. Puis, le repas terminé, ce fut un bruit de couteaux qu’on aiguisait. Heureusement que Marie Dufour et la Garotte purent s’échapper par une lucarne à l’instant même où l’Homme rouge entrait dans la chambre pour les égorger. Elles rentrèrent chez leurs parents, ne songeant plus à leur pèlerinage d’Attigny et, depuis ce jour, on ne revit jamais plus l’Homme rouge de la forêt. » (A. Meyrac, 1890.)

Dans la vallée de Barèges (Hautes-Pyrénées), on craint celui que l’on appelle l’Homme sauvage : « C’est un monstre à face humaine, d’une haute taille, d’une force prodigieuse. Il marche toujours un bâton à la main. Il habite les forêts, les rocs inaccessibles. Il prévoit les tempêtes et en avertit le berger. Il sait tout, mais il ne veut rien dire : il pique seulement la curiosité humaine. Des paysans réussirent un jour à s’emparer par surprise du fils d’un Homme sauvage. Le père lui cria : “Quoi qu’on te fasse, ne dis jamais à quoi peut servir l’écorce de la fougère.” Initié, comme les fées, aux secrets de la nature, il connaît aussi les secrets de l’art ; mais il ne les dit pas : c’est par la ruse qu’il faut les lui dérober. On ne savait pas souder le fer. Un forgeron, au moment où l’Homme sauvage passait, s’écria : “Maintenant il a pris ! — Tu y as mis de la terre ou du sable”, dit le sauvage [les forgerons faisaient une sorte de pâte pour entourer les deux pièces à souder et éviter ainsi qu’elles ne se déforment sous l’effet de la chaleur du feu]. Il venait ainsi, sans le vouloir, de dévoiler le secret que l’on tenait à connaître. Au reste, le sauvage aimant les retraites profondes et les lieux solitaires, à mesure que les Pyrénées sont plus fréquentées, il s’y montre moins souvent. Le jour n’est pas loin où il disparaîtra tout à fait, car l’instruction qui se répand a pour les monstres de l’imagination de puissantes vertus d’exorcisme. » (P. Rondou, 1904.)"

*

*




Symbolisme celte :


Selon John Matthews, auteur de L'Oracle celtique, exploration des mondes intérieurs (Ixos Press, 2005 ; Guy Trédaniel Éditeur, 2006), Merlin est une incarnation particulière de l'Homme Sauvage :


L'Homme Sauvage (Suibbne Geilt)


"Description : La tête ailée, emplumée, de l'homme sauvage apparaît, entourée de lumière. Deux griffons gardent son énergie, tandis que des flammes d'inspiration brûlent de chaque côté de sa tête.


Clé : Fureur.


L'Homme Sauvage cherche une sorte de vision si inspirée qu'elle semble folle. Il représente un pouvoir chamanique singulier - celui de franchir la mince frontière entre les mondes et revenir avec la connaissance de ce lieu. A la différence des autres Motionneurs déjà décrits, il (ou elle, car la Femme Sauvage jour un rôle identique) se rapproche de la nature autant qu'il est possible, pour absorber son pouvoir et être médiateur de cette force merveilleuse, qu'il dirige vers le monde extérieur. Ce faisant, ces personnages expriment ce qui est parfois appelé « sagesse folle », un genre de folie inspirée. Cette qualité de sagesse folle signifie que leurs paroles ou leurs actions peuvent sembler perverses ou trompeuses ; mais leurs perceptions sont profondes, et fidèles.

Dans notre carte, l'ancien symbole picte de mesure et d'équilibre apparaît au-dessus de la tête de l'Homme Sauvage. Ce symbole signifie qu'il possède les qualités intérieures de folie contrôlée, d'où émane sa sagesse folle.


Arrière-plan : L'Homme Sauvage le plus fameux de la tradition celtique est Suibbne (prononcez Sounni) qui reçoit l'épithète de Geilt car il se met à courir, apparemment pris de folie après avoir vu un combat dans lequel beaucoup de ses parents ont été tués.

En cela, il est comme Myrdinn qui subit un semblable changement, après avoir été témoin du massacre de ses enfants et d'autres membres de sa famille.

  • Tous deux vivent dans des endroits sauvages, se nourrissent de baies.

  • Tous deux parlent aux quadrupèdes et aux oiseaux et leur sont très proches.

Suibbne, dont le nom peut signifier « fou » mais aussi « inspiré », a des ailes et niche en haut des arbres.

C'est une métaphore familière de la plupart des traditions chamaniques, où il est dit qu'au chaman pousse des ailes, pour qu'il vole aux mondes supérieurs.

Comme Myrdhin ou Taliesin, Suibbne est poète, et comme Taliesin, il rencontre une déesse ressemblant à une vieille sorcière ou une sage-femme qu'il poursuit dans la forêt et dont il vient à bout en sautant d'une falaise - un autre aspect souvent décrit du pouvoir chamanique.

Suibbne et Myrdhin finissent par recouvrer leur santé mentale : cependant, presque inévitablement, ils ne sont pas heureux dans le monde ordinaire. Tous deux repartent dans la forêt, menant leur vie de visionnaire fou et inspiré.


Voyage : Cherchez un bosquet d'arbres anciens dont la présence intérieure sera d'une grande force.

Trouvez le pouvoir en vous pour sauter très haut - au sommet du plus haut des arbres du bois.

Tenez-vous là-haut en équilibre et regardez la contrée de tous côtés. Quel que soit celui des trois mondes où vous êtes entré (e), regardez autour de vous, et regardez profondément au cœur de l'endroit.

Écoutez le chant des vents dans les branches et entendez ce qu'il a à vous dire."

Zochios Stamatios, auteur d'une thèse intitulée Le cauchemar mythique : Etude morphologique de l’oppression nocturne dans les textes médiévaux et les croyances populaires. (Littératures. Université de Grenoble, 2012) considère Merlin comme un archétype de l'homme des bois :


"Sa description comme homme sauvage des bois, aux propriétés sibyllines, est achevée dans d’autres documents : « La relation de Merlin et du loup est très directe dans plusieurs textes. La Vita Merlini de Geoffroy de Monmouth (v. 101- 104) présente Merlin accompagné d’un loup. Durant l’été, le devin est censé vivre avec un loup gris. Ce trait pourrait renvoyer probablement Merlin au chamanisme eurasiatique, si l’on en croit certains usages conservés par les peuples altaïques. Quelques traits chamaniques ont bien été repérés chez les Celtes ; on a pu ainsi comparer le barde gallois Taliesin (qui apparaît dans la Vie de Merlin) à un angakok esquimo, un chamane maître de l’entrée dans l’autre monde et maître des métamorphoses. Le personnage de Merlin lui-même supporte fort bien la comparaison avec les figures chamaniques des peuples altaïques. Chez les Toungouses, l’esprit de la forêt est un vieillard qui habite dans la forêt ; il est maître des bêtes sauvages. L’esprit de la forêt se montre généralement sur le dos d’une bête ou sous l’aspect d’un animal, exactement comme Merlin qui, dans la Vita Merlini, apparaît monté sur un cerf. Quelques tribus donnent à ce maitre de la forêt le nom d’ « esprit des ours », car il est censé avoir un rapport particulier avec cet animal si important par ailleurs dans le monde celtique. On sait en outre que, dans les textes français, Merlin naît velu comme un ours. Comme l’a aussi noté Uno Harva, sans opérer toutefois de rapprochement explicite avec Merlin, « un chamane bouriate chante que le loup gris est son messager ». On retrouve probablement la trace de cet héritage chamanique dans le monde indo-européen, et plus particulièrement dans l’Iliade où Dolon se revêt de la peau d’un loup gris »."

*

*

bottom of page