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La Forêt d'Orléans

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 8 heures
  • 13 min de lecture

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Caractéristiques :


Xavier Laverne., dans un article intitulé "La forêt domaniale d’Orléans." (In : Revue forestière française, 1968, 10, pp. 653-66)


Les conditions du milieu : La forêt d'Orléans est une forêt de plaine coupée, dans sa plus grande longueur, par un léger seuil qui sépare le bassin de la Seine de celui de la Loire. L'altitude y varie de 116 mètres à 170 mètres.

Treize étangs domaniaux ou particuliers, d'un e surface totale de 283 hectares, sont enclavés ou semi-enclavés en forêt et servent à l'alimen tation en eau du Canal d'Orléans.

Le climat est du type ligérien, soumis aux influences océaniques et continentales . La température moyenne annuelle est de 10°5 environ et on note une soixantaine de jours de gel par an, parfois jusqu'à la fin du mois de mai (18 mai 1968, par exemple) . La pluviosité annuelle est de 700 mm, assez bien répartie, mais des sécheresses d'été assez fréquentes limitent l'emploi de certaines essences résineuses exotiques à croissance rapide.

La majeure partie de la forêt repose sur les sables et argiles de l'Orléanais, formation tertiaire de l'étage Burdigalien, très voisine des sables et argiles de Sologne. Cette formation comprend des sables argileux et des argiles mélangées de sables grossiers et présenta à une profondeur variable un niveau imperméable dont les effets sont encore accentués par l'absence de relief. Outre le mauvais drainage naturel, et l'absence quasi-totale de calcaire, il convient de noter l'extrême sensibilité des sols de la forêt à une évolution pédologique régressive sous l'influence du pin sylvestre.


Arbres et peuplements : Les essences principales de la forêt sont le pin sylvestre (6/10) et le chêne, rouvre ou pédonculé (3/10) . Le charme et le bouleau sont assez abondants, le hêtre est rare et localisé. Les peuplements se présentent sous la forme d'une mosaïque très hétérogène et peuvent se répartir en trois types principaux :


— La futaie régulière de pins sylvestres, qui occupe environ 14500 hectares. Le pin sylvestre est d'introduction récente (premières plantations en 1823) et plus de 10 000 hectares ont été reboisés avec cette essence entre 1860 et 1900, d'où un mauvais équilibre des classes d'âge, une grande partie des peuplements étant actuellement à maturité.

— La futaie régulière de chênes (3500 hectares environ), surtout visible dans le massif d'Ingrannes et au Nord-Est du massif d'Orléans, pratiquement absente dans le massif de Lorris.

— Les peuplements mixtes plus ou moins dégradés, mélangés de chênes et de pins sylvestres et les taillis-sous-futaie de charmes et de chênes, occupent 16500 hectares et sont répartis dans toute la forêt.


Arbrisseaux et autres plantes : Le mort-bois le plus caractéristique de la forêt d'Orléans est la bourdaine (Rhamnus frangula) qui était encore exploitée il y a quelques années pour la fabrication de la poudre à fusil. Outre le genêt à balais (Sarothamnus scoparius) qui se montre parfois envahissant dans les plantations après travail du sol, la couverture vivante comprend principalement la fougère aigle (Pteridium aquilinum) et la callune (Calluna vulgaris) sur sols dégradés . On peut y observer, par ailleurs, trois autres espèces de bruyères : la bruyère cendrée (Erica cinerea) sur sols sableux et secs, la bruyère quaternée (Erica tetralix) sur sol très asphyxiant et la bruyère à balais (Erica scoparia) espèce océanique qui se trouve à la limite orientale de son aire.

Les botanistes avertis peuvent découvrir, avec surprise, l'Arnica (A. montana) très visible en juin sur les bords des routes forestières, plus particulièrement dans les régions de Lorris et de Chatenoy.

Les touristes amateurs de bouquets trouvent des jonquilles au nord d'Orléans, dans la région de Cercottes et du muguet disséminé dans les massifs d'Orléans et d'Ingrannes.

Quant aux mycologues, ils seront peut-être déçus par la rareté relative des cèpes, girolles, pied-de-moutons et autres, trompettes de la mort, car ces champignons ne sont nulle part très abondants.

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André Brack, donne le programme d'une "Balade découverte en Forêt d’Orléans." dans lequel figure l'exposé de Pierre Bonnaire, intitulé "La forêt d’Orléans, forêt des libertés" :


"La forêt d’Orléans, contournée par le canal du même nom reliant la Loire au Loing, épouse la rive nord de la Loire dernier fleuve sauvage français inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Avec ses 70 000 ha de futaies, taillis, étangs et voies, la grande forêt de plaine occupe 15% du département du Loiret. L’État dispose de 34 000 ha, comprenant d’est en ouest les massifs de Lorris, Châteauneuf, Ingrannes et Orléans, constituant de ce fait la plus grande forêt domaniale de la métropole. Les collectivités et les organismes publics possèdent quelques 1000 ha. De très nombreux propriétaires privés se partagent la surface complémentaire. Héritière de la forêt des Carnutes, elle deviendra pour longtemps la forêt des seigneurs, des rois et des apanagistes, des ecclésiastiques, et depuis toujours des populations laborieuses domiciliées entre Gien et Orléans, jusqu’aux limites de la Beauce et du Gâtinais.

Plus méconnue qu’il y paraît, la forêt ne fut cependant pas épargnée par les invasions. Si Attila fut arrêté par Saint Aignan, les Romains et les Anglais en firent un abri pour les populations des villes proches saccagées. Avec le temps elle devint une source de droits et de revenus partagés entre les rois et les autres propriétaires à l’intérieur de la ligne de gruerie. Bassin d’emploi, espace pour les spéculations forestières productrices de la seule source d’énergie pour la mise en œuvre de matériaux et le développement de l’artisanat (verrerie, tuilerie, etc.) elle est ruinée par le pâturage et les prélèvements excessifs interrompus avec la politique des territoires de la IIIe République et la mise en œuvre du Code forestier de 1827. L’heure est alors à la conversion des taillis en futaie et des reboisements conduits avec détermination par les « hussards forestiers ».

Actuellement réputée forêt productrice de « chênes à grain fin » la grande forêt n’a rien perdu de sa vocation cynégétique. Ici, les veneurs savent que les cerfs ont « du jarret ». A Gien un très beau musée témoigne de cette immanence. Tout autant, Pithiviers reste fidèle à la mémoire de Henri Louis Duhamel du Monceau, inspecteur général de la Marine et fondateur de la sylviculture moderne. Les efforts humains et les sacrifices financiers à long terme ont porté leurs fruits. La Forêt d’Orléans n’a jamais été aussi étendue, productive, touristique et depuis peu aussi réputée pour ses caractéristiques naturalistes, ses espèces et ses habitats la hissant parmi les places d’excellence de l’inventaire européen des zones de biodiversité.

Enfin, si les vestiges y sont peu nombreux et les paysages privés des variations de relief comparées à d’autres forêts ligériennes et du Grand bassin parisien aux noms prestigieux, des villes et des villages gardent jalousement depuis de longue date à la rencontre des croix, des sources, des carrefours et des lieux de la Résistance face à l’ennemi.

Les gens de pouvoir et d’argent venus de Paris et d’ailleurs ont implantée sans vergogne des demeures, des parcs et des jardins sur des sols pourtant réputés médiocres et « mouilleux ». Ils leur sont restés fidèles depuis que les Rois préférèrent d’autres bords de la Loire à ceux de l’Abbaye de Fleury pour d’autres « reposoirs » chers à Péguy. Réformes après Réformes, la forêt paysanne secrète des parties de la Loi forestière nationale exportée plus tard aux quatre coins du monde. Les méthodes d’aménagement et les techniques sylvicoles auront un même sort. Les centres de recherches sur la préservation et la production des arbres installés depuis cinquante ans y contribuent.

Voici, en quelques mots, brossé un tableau de la forêt d’Orléans si chère au cœur de Jacques Henri Bauchy qui fut aussi notre confrère du temps de la dernière guerre et auteur du livre « La Forêt d’Orléans, forêt des libertés."

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Histoire :


André Brack, donne le programme d'une "Balade découverte en Forêt d’Orléans." dans lequel figure l'exposé de Danièle Michaux, intitulé "Le patrimoine historique des ecclésiastiques de la Forêt d’Orléans" :


"[...] 2 ‒ L’Antiquité religieuse de la Forêt. Si Curie Dei ‘Le domaine/sanctuaire du dieu’, était bien un lieu consacré avant l’installation des moines, et que son nom se référait à un lieu-dit ancien, il se pourrait que des rites païens s’y pratiquaient encore, que l’Évêque aurait souhaité éradiquer. La Charte évoque un milieu prturbatione auquel on demandait aux moines de mettre fin.

La Curie Ludn de Vienne-en-Val, un domaine religieux, avait 4 dieux Gallo-Romains (DEBAL, 1983, 156). Avec des sources miraculeuses les rites populaires perdurent. À l’Est du cloître coulait celle de Saint Hüe, dont on ignore l’origine. Mais son culte jouissait de pèlerinages locaux (JARRY, 1864, 161).

L’histoire écrite de la Forêt d’Orléans débute en 51 av. n.e., lors de la Guerre des trois Gaules menée par Jules César qui s’empare d’Orléans, nommée alors Cenabum. Il note que "Chaque année, à date fixe, ils (les Druides) tiennent leurs assises en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule". La capitale Lyon, était alors nommée Lugdunum = l’enceinte fortifiée de Lug, dieu panceltique, connu aussi à Argentorate près de Sens. On connaît 24 Lug-dunum = des places fortes du dieu Lug (LACROIX, 2007, 158). Au Haut Moyen Âge, les théonymes composés avec Leo/Lion/Lug sont courants comme Leodebod, Abbé de Saint Aignan et fondateur de Fleury en 651. Près de Périgueux, le théonyme Lugu-selva, Forêt de Lug (DELAMARE, 2007, 121) prouve un lien avec la forêt. Aux IXe -Xe siècles, celle d’Orléans se nommait Silva Leodia (DEBAL, 1983, 200) signifiant la Forêt (du) dieu-Leo, un vestige toponymique, dérivé de LUG/LEO, qui deviendra par la suite Forêt des Loges>LUG.

Comme l’a très justement constaté LACROIX (2007, 5, 129) "La Gaule est la Gaule des dieux, dont les noms et épithètes sont cristallisés dans la plupart des noms de lieux anciens ou proches de sites gaulois". La religiosité a perduré longtemps dans notre forêt, l’omphalos des Druides, un locus consecratus, par essence et tradition. Après la Guerre des Gaules et la Pax Romana qui en résulta, la Forêt d’Orléans a subi des invasions successives de Francs, Germains et Huns (253 à 451) favorisant le développement en milieu forestier de colonies de cénobites (religieux vivant en communauté) liées à l’évêque. La notion de forêt consacrée semble avoir perdurée dans la culture populaire : "Un pieux solitaire s’installait dans une vague au milieu des bois ; des néophytes, attirés par son renom de sainteté, accouraient ; une chapelle, des cellules, des maisons s’élevaient, et l’ermitage était remplacé par un petit monastère qui devenait un centre agricole " (DOMET, 1893, 24-25). C’est le temps des Anachorètes, Saint Pipe à Beaune-la-Rolande, Saint Lyé à SaintLyé-la-Forêt etc… Ensuite le monachisme des Carolingiens, fut porté à son apogée sous les Capétiens. En gros, entre la fin des Druides et l’effondrement social de la Guerre de Cent Ans, le divin a dominé les lieux pendant près d’un millénaire et demi.

L’impact des monastères est prépondérant, surtout à l’époque des Capétiens, qui est celle d’un bouillonnement spirituel sans précédent. La scolastique cherche les codes des moteurs de l’Histoire. Car, l’histoire proprement dite et l’histoire religieuse sont étroitement imbriquées. Tout se tient sous la clé de voûte de l’intercession des moines pour espérer le paradis, une source de revenus."

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L'image de la forêt :


Bernard Kalaora, auteur de "Le génie d'un lieu. Etude de deux cas : la forêt d'Orléans et la forêt de Fontainebleau." (In : Norois, n°120, Octobre-Décembre 1983. pp. 583-590) montre le peu d'investissement symbolique de la forêt d'Orléans par les élites :


"La Forêt d'Orléans, un territoire sans qualité


La forêt d'Orléans à la différence de Fontainebleau, mais surtout de ses voisines, les forêts solognotes, est totalement désinvestie par la bourgeoisie régionale. Ce phénomène n'est pas récent et remonte au 19e siècle. A la suite de Napoléon III, la Sologne est devenue un lieu de plaisance incontesté, et tout bourgeois Orléanais étant mis en demeure de ne pas déroger à son rang se devait d'y avoir une résidence de chasse.

Dans l'Orléanais central, l'absence d'investissement par la bourgeoisie locale est sans doute le fruit de nombreux facteurs. Le fait que la forêt d'Orléans fut une forêt donnée en apanage et non le domaine réservé du Roi, a sans doute entraîné l'éclosion et le maintien aujourd'hui d'une aristocratie de vieille souche peu ouverte aux influences extérieures et soucieuse de protéger son patrimoine, donc de le camoufler aux regards indiscrets de l'étranger.

Par ailleurs, la forêt d'Orléans n'a jamais entretenu de relation avec les œuvres d'art. L'Orléanais central ne fut pas un lieu d'investissement pour les touristes, savants, artistes ou littéraires, à la découverte de sites pittoresques. Cette région apparaît dans l'imaginaire social comme un « territoire sans qualité » pour citer Musil (18). Hors des célébrités touristiques, des forces économiques et de l'aménagement du territoire, la forêt d'Orléans et les communes qui la bordent font actuellement partie, pour reprendre l'expression de Marié, de « ces espaces paradoxaux et insignifiants ». Nous avons montré dans une étude collective que le « sens » du territoire est d'autant plus difficile à trouver qu'il n'existe aucune force sociale suffisamment cohérente pour en assumer la paternité. Territoire sans population, population sans territoire tel est le titre d'un des chapitres de cet ouvrage, titre évocateur d'une perte d'identité, culturelle, économique et topologique. Mettre en relation la déterritorialisation et l'image négative de la forêt d'Orléans dans tous les récits de voyageurs du 18e siècle jusqu'à nos jours nous paraît être une démarche explicative de cette absence d'identité.

Ainsi, Arthur Young, puis Léonce de Lavergne, dans leur voyage « scientifique », sont à un siècle d'intervalle toujours frappé par la misère et la pauvreté de la contrée. Ils recommandent le défrichement de la forêt pour valoriser les terres incultes.

Plus tard, les voyageurs pourtant de plus en plus nombreux au 19e siècle évitent dans leur parcours la forêt d'Orléans. Certains mêmes ne la mentionnent pas : Abel Hugo, qui consacre un chapitre entier au département du Loiret n'en dit mot. Quant à George Sand, Ardouin Dumazet, A. Joanne ils sont avant tout « frappés par la désolation », « la tristesse », le caractère « maussade » de la forêt. George Sand parle de « désolation de la région dont se moquent les peintres ». Forêt « barrage », « barrière », « frontière », tels sont les termes qui reviennent le plus souvent dans les récits des voyageurs du 19e siècle. La forêt d'Orléans est un pôle négatif, un obstacle entre la France méridionale et septentrionale, sans intérêt pour quiconque, à l'exception des beaucerons pour qui elle représente « la terre des merveilles, comparée à la platitude monotone de la Beauce » (Ardouin Dumazet). Maigre compensation...

La forêt d'Orléans n'est pas « pittoresque » d'après Joanne (géographe et éditeur chez Hachette). Les seules promenades dignes d'intérêt qu'il recommande dans son guide sont « le village de Cercottes et les sources du Loiret ». La littérature contemporaine est tout autant sévère à l'égard de la forêt d'Orléans.

Roger Dion, dans sa thèse célèbre sur le Val de Loire, considère l'Orléanais central comme une « zone tampon », ligne de séparation du partage des eaux entre le versant séquanien et ligérien, région turbulente où s'affrontent des civilisations et des cultures différentes dont aucune ne peut l'emporter sur l'autre. L'intensité des contrastes, tant physiques que culturels, qui résulte de la position frontière de cette région en fait un lieu sans personnalité, sans identité ou qualité propre. La forêt d'Orléans est un espace « intersticiel, « résiduel » « fragmenté », éclaté » qui pour le géographe célèbre ne présente ni « unité » ni « chevauchement » ou « empiétement ». C'est un territoire diffus et sans consistance soumis à de nombreuses pressions antagonistes du Nord et du Sud de la France.

L'historien, F. Le Brun, spécialiste des Pays de la Loire (Histoire des pays de la Loire, 1980) ignore superbement la forêt d'Orléans, car nous dit-il « elle ne participe pas de la vie de l'esprit de la Loire » et constitue ce qu'il appelle « un monde à part ». Dans cette collection d'auteurs, on ne saurait oublier Maurice Genevoix qui, bien que littérateur régional et résident sur le versant nord de la Loire, donc du côté de la forêt d'Orléans, s'est tourné davantage vers la Sologne. Ce que l'auteur nous laisse ce sont les images d'une Sologne prestigieuse et tourmentée, les descriptions enchanteresses des rives de la Loire (Tendre Bestiaire, La Dernière Harde, Raboliot).

Pourtant Genevoix ne pouvait ignorer la forêt d'Orléans. Elle jouxtait sa demeure et il en parlait comme d'une « forêt voisine », mais en ne la nommant pas, il nous semble qu'il lui conférait un statut mineur par rapport aux forêts solognotes. Enfin, les guides actuels renforcent l'impression d'un « monde à part ». Libre au voyageur d'aller visiter la forêt d'Orléans et ses entours, mais il devra faire un détour, se mettre hors circuit des itinéraires propres. La forêt d'Orléans apparaît bel et bien comme un territoire sans nom, c'est-à-dire sans identité, inexprimable, sans consistance géographique, culturelle et économique ; territoire dépersonnalisé qui de ce fait ne peut être parlé et encore moins « mass-médiatisé ». La seule structure que l'on puisse reconnaître aujourd'hui est d'ordre administratif, le département. Ce dernier d'ailleurs essaie d'impulser la valorisation touristique du lieu, mais, dans son désir, il se heurte à l'absence de partenaires, ayant un projet collectif. L'aménagement récréatif dans ce contexte ne peut être que l'application standardisée de modèles techniques élaborés par les professionnels du tourisme. Le développement touristique de la forêt apparaît alors comme l'imposition d'équipements récréatifs dont l'utilisation répond à une logique instrumentale, mais ne repose sur aucune pratique de parcours, d'accumulation, de notations et de connaissances intimes de la forêt, fut-elle artistique. Forêt sans histoire, sans mémoire touristique, les parcours forestiers portent la marque de cette absence. On ne trouve pas traces d'itinéraires pédestres conçus pour la découverte et la promenade et plus généralement pas trace d'un « vécu touristique » qui puisse servir de fondement à un investissement de l'espace."

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la Bête d'Orléans qui hantait la forêt :


"Bête d’Orléans - Animal fantastique – Orléanais

« Venez, mes chers amis / Entendre les récits / De la bête sauvage / Qui courre par les champs / A l’entour d’Orléans / Fait un très grand carnage. » Tel est le début de la complainte qui contribua à la célébrité de la Bête d’Orléans dont les ravages se situent au tout début du XIXe siècle. A la fin de ce siècle, on continue de raconter son histoire dans les veillées : « Elle était de taille fabuleuse ; son corps était recouvert d’énormes écailles, si épaisses, si dures que les balles des chasseurs ne pouvaient la traverser. Personne n’osait approcher de cette cité [Orléans], car la bête monstrueuse, cachée dans les fourrés, poursuivait les voyageurs, les mettait en lambeaux et suçait leur sang jusqu’à la dernière goutte. […] Elle portait ses ravages à trente lieues de distance, entre le lever et le coucher du soleil. Les noms des victimes étaient cités : un jour, c’était la mère X de tel village qui, chargée de son fagot de bois, avait été emportée au fond de la forêt ; le lendemain, c’était le berger de maître Y qui, ramenant son troupeau, avait été dévoré au fond d’un ravin ; une autre fois, c’était une fillette surprise non loin du village. Vaches, cochons, moutons, tout lui était bon. Des battues étaient organisées ; mais sans résultat. Ou bien la Bête avait échappé aux recherches, ou bien quelque vantard l’avait tirée, presque à bout portant, sans pouvoir la blesser. Et les victimes se succédaient toujours. » (F. Chapiseau, 1902.)

Selon Félix Chapiseau, l’origine de cette croyance serait liée à une légende beauceronne, celle de l’amour impossible entre un homme attaché au service du baron de Péronville et la fille de celui-ci. Le baron ayant refusé leur union, les jeunes gens s’enfuirent dans la forêt, où ils finirent dévorés par un monstre qui gîtait dans la grotte où ils s’étaient réfugiés. Quant au baron, « il mourut, dit la chronique, dans l’impénitence finale. Son âme fut condamnée par le diable à revenir, deux fois par siècle, dans les environs de son château, sous la forme d’une bête monstrueuse, pour ravager les contrées avoisinantes ». Emile Maison, qui consacre à cette légende un petit livre (Le Sire de Péronville et la Bête d’Orléans, 1887), raconte qu’il a connu, dans son enfance, des vieillards qui « avaient frôlé de près ou de loin » la fameuse bête que l’on rendait responsable de toutes les calamités sanguinaires de la région, mais qui aurait disparu mystérieusement en 1807 (E. Maison, 1912)."

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