La Forêt de Saoû
- Anne

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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Etymologie :

Description :
Louis Perroud, auteur d'un article intitulé "Herborisation dans la forêt de Saou et ses environs." (In : Annales de la Société botanique de Lyon, tome 8, Notes et Mémoires – 1879-1880. 1881. pp. 127-136) nous donne les précisions topographiques que l'on peut lire ici :
"Il n'est pas de voyageur qui, pendant le trajet de Lyon à Marseille, n'ait remarqué, à l'est de la voie ferrée, entre Livron et Montélimar, une petite chaîne de montagnes aussi curieuse par l'altitude de ses sommets que par la façon pittoresque et bizarre dont ils sont découpés ; c'est le massif de la forêt de Saou.
Situé dans le département de la Drôme, dans l'ancien Diois, à quelques kilomètres au sud-est de Crest, ce massif appartient aux étages crétacés inférieurs. Il est constitué par des rochers calcaires, compactes sur certains points, mais se délitant en certains les eaux. endroits en débris marneux profondément ravinés par les eaux.
C'est une sorte de bassin elliptique orienté à peu près de l'est à l'ouest sur une longueur de 12 à 13 kilomètres et sur 5 à 6 kilomètres environ de largeur. Les crêtes rocheuses qui délimitent et entourent de toutes parts cette sorte de cirque, que l'on a très-justement comparé à une corbeille, présentent des murailles taillées à pic en dehors et des pentes inclinées et plus ou moins ravinées à l'intérieur.
Les bords de cette immense corbeille rocheuse forment une arête démantelée et hérissée de pics nombreux et bizarrement découpés, simulant des tours gigantesques, des dents ou des becs de formes variées dans lesquels les habitants du pays voient la reproduction de figures et objets divers. C'est ainsi que, dans lés découpures étranges qui surmontent la paroi sud du massif, couché sur les habitants le dos. de Saou reconnaissent le profil de Louis XVI.
Tous ces sommets ont des altitudes différentes. Les plus élevés sont : Roche-Colombe (1400 mètres) qui termine le massif à l'ouest, au-dessus de Crest, et les rochers de Roche-Courbe ou les Trois-Becs (1622 mètres), situés à l'extrémité orientale du massif. Entre ces deux points culminants, la carte de l'état-major signale les altitudes suivantes : sur la paroi septentrionale, 743, 908, 1058, 1223 mètres ; et sur la paroi méridionale, 991, 1122 et 1385 mètres.
Ajoutons, pour compléter cet aperçu géographique, que deux portes principales donnent accès dans l'intérieur de cette gigantesque citadelle rocheuse : d'abord le Pas-de-Lausun ou Lausens, défilé étroit et élevé par lequel on peut franchir la paroi nord du massif, et, en second lieu, un défilé des plus pittoresques ouvert dans la muraille sud, sorte d'écluse à l'entrée de laquelle se trouve situé le petit village de Saou et qui porte le nom de Pertuis de la forêt de Saou ; c'est par cette cassure étroite que s'écoulent les eaux de la forêt pour se réunir à la Vèbre, au-dessous ruisseau-torrent de Saou. qui se jette dans le Roubion un peu au-dessous de Saou.
Un autre col plus élevé et d'un accès plus difficile que le Pas-de-Lausens donne accès dans la forêt : c'est le Pas-de-la-Chaudière, qui franchit Roche-Courbe vers les Trois-Becs et fait communiquer Saillant avec l'intérieur du cirque."
Félix Lenoble auteur de "La légende du déboisement des Alpes". (In : Revue de géographie alpine, tome 11, n°1, 1923. pp. 5-116) exlique la qualité médiocre des bois drômois :
"En même temps que la sécheresse du climat et du sol, avec ses maxima et ses minima capricieux, se combinant avec les grandes inégalités d'insolation, trouble profondément la nutrition et provoque, quand ce n'est pas la mort, la diminution de la taille des arbres, elle a encore pour effet de donner à leur croissance une irrégularité d'où résultent des troncs noueux et tortueux et un bois dur et cassant, L'expérience est concluante sur ce point : la qualité et la valeur des bois d'œuvre diminuent à mesure qu'on s'avance du Nord très arrosé au Sud très sec : les Sapins, les Epicéas et les Hêtres du Jura sont supérieurs à ceux de la Chartreuse ; ceux-ci valent mieux que ceux du Vercors ; dès qu'on passe la Drôme, la qualité devient extrêmement médiocre ; les Hêtres de la forêt de Saou, peu éloignée cependant du Vercors, ne peuvent servir qu'à faire des traverses de chemin de fer, de petites pièces pour la chaiserie ou du bois de chauffage.
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Sur le site de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, on peut lire la présentation de la forêt actuelle :
Une autre fiche réalisée en 2009 par la DREAL la présente de manière assez poétique :
"C'est Rochecolombe (886m), où d'après la légende, la colombe de l'Arche de Noé se serait posée après le Déluge, qui ferme à l'Ouest la vallée elliptique suspendue, appelée "Forêt de Saoû". C'est une sorte de vaste vaisseau, vert de forêt (hêtres, sapins, pins noirs d'Autriche, mélèzes, cèdres, douglas, chênes pubescents, platanes) formé de hautes falaises, où l'on ne pénètre que par le pas de Laussenson au nord (416m), ou Le Pertuis de la Forêt au sud (385m), communiquant avec le village de Saou.
Cette vaste vallée allongée parallèlement à la Drôme, de 13km de long sur 2km de large est drainée par la Vèbre, dans laquelle les mères gauloises trempaient leurs nouveaux-nés pour leur assurer force et santé. La masse de cette conque domine toute la région et se devine de loin, fort escarpé à l'extérieur, culminant à l'est à Rochecourbe (1545m), Le Signal (1559m) et le Veyou (1589m), communément nommés les "Trois Becs".
Une faune exceptionnelle y prolifère, constituée de sangliers, renards, lièvres bruns, putois, blaireaux, chamois, aigles bruns, faucons pèlerins, faucons crécerelles, tétras-lyres, grands ducs et grands et petits hiboux, elle accueille également toutes les espèces provenant des migrations et du passage. Au Pertuis, au Pas de Lauzun, la D 70 départage les versants Vèbre et Drôme. Ce défilé très pittoresque avec routes en corniche, possède de nombreuses cascades.
Au terme de la route, on pénètre soudain dans un univers étrange où s'élève un bien curieux château. Près d'un étang à demi asséché où naguère vivaient encore quelques cygnes noirs, près d'anciens jardins, se dresse encore en très bon état de conservation, une réplique du petit Trianon, construite en 1930 par Burrus, le magnat alsacien du tabac."
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Histoire :
Marie Gadoud, autrice de "Les forêts du Haut-Dauphiné à la fin du XVIIe siècle et de nos jours." (In : Recueil des travaux de l'institut de géographie alpine, tome 5, n°1, 1917. pp. 1-113) relate un moment de l'histoire de la forêt de Saou :
"... dans les bassins de Die et de la basse Drôme, nous ne trouverons plus de véritables forêts.
La région de Saou cependant doit être exceptée. Autour d'elle les communes qui possèdent toutes aujourd'hui plusieurs centaines jd'hectares de bois n'en déclarent que quelques sétérées, très, rarement une centaine ; [...] Entre le bassin de la Brette, si dépouillé, où Ancel, Pennes, Petit-Paris n'ont d'arbres épars que dans leurs fonds, où Saint-Nazaire et Rochefourchat, Brette, Pradelle et les Glaizaules, Aucelon n'ont que des étendues insignifiantes, et la haute vallée du Roubion dont les plus riches communautés, Bourdeaux et Bouvières, déclaraient moins de 40 hectares, le synclinal de Saou s'allongeait comme une surprenante oasis Déjà, sur la rive droite de la Drôme, Blacons, avec ses 250 sétérées et un commerce actif de bois et de charbon, présage cette vigueur végétale plus grande; Divajeu et Piégros, avec près de 600 hectares, l'annoncent véritablement. Certes, la forêt de Saou n'était pas alors en bon état, et c'est pour enrayer le pillage excessif des riverains que, quatre ans après la réformation (1734), un jugement la réunit au domaine du roi. L'arpentage de détail fait pour ce jugement donne, sur les 2.080 hectares de contenance totale de la forêt, 1.650 hectares seulement de vrais bois en futaie ou taillis, une quarantaine en pâturage ; le reste a été défriché. Les réformateurs constatent que vingt-huit maisons sont installées dans le vallon qui défrichent et brûlent les essarts pour engraisser la terre; malgré les difficultés d'accès et d'extraction, on vend le bois, à Crest surtout ; enfin, comme il n'y a pas d'eau pour actionner des artifices, on y fait « des pesles et peslons qu'ils portent vendre non seulement dans la province, mais encore dans les étrangères ». Saou possède aujourd'hui 1.950 hectares, mais l'étendue totale de la forêt particulière de Rochecourbe est 2.460 ; sa reconstitution a donc été très sensible depuis le XVIIe siècle."
Monique Coulet, Philippe Lebreton et Daniel Ariagno, auteurs d' Une histoire de la FRAPNA - 1971-2018 (oct 2017-mai 2019 ; 260 p.) en racontent une autre :
"1981-2003 - Protection de la Forêt de Saou, opposition à un projet de chasse privée.
Cette forêt de 2500 ha, véritable joyau du patrimoine rhônalpin pour sa richesse biologique, est menacée par les propriétaires : la Société Générale, les AGF et le Groupe Drouot décidés à consacrer l'ensemble de la forêt à une chasse privée (dont 1000 ha engrillagés), interdisant tout accès au public.
Type d'action : information et mobilisation du public.
Initiateur et responsable de l'action : Roger MATHIEU.
Partenaires : 35 associations.
Etapes et issue du dossier : 1981, achat de la forêt par les trois organismes. 1986, incendie d'origine criminelle détruisant 80 ha. Bail de 18 ans signé entre la FRAPNA-Drôme et les propriétaires pour créer une station biologique dans les locaux existants. 1987, ouverture de la station au public. 1989, les propriétaires présentent leur projet de chasse privée à la municipalité : il est prévu de diviser la forêt en trois parties (un tiers destiné à une chasse privée, un tiers (1000 ha) grillagé avec élevage de grand gibier, chasse ouverte toute l'année, 3ème tiers en partie chassé pour le petit gibier), le tout interdit au public toute l'année. La FRAPNA-Drôme crée le Collectif "Forêt de Saou, forêt liberté" qui rassemble 35 associations. Mobilisation du public et proposition d'une alternative par la création d'une Réserve Naturelle. 1989, le Collectif lance une pétition qui réunira en quelques mois 40 000 signatures. La pétition est remise au président du Conseil Général de la Drôme. Une fête est organisée sur le site qui rassemble 2000 participants. 1990, financement par le collectif d'un bureau d'études (AKEN de Grenoble) pour réaliser un contre-projet de tourisme doux. Deux des propriétaires abandonnent le projet en 1991. Les AGF restent les seuls propriétaires et vendront la forêt au Département en 2001. Création de l'association "Forêt de Saou, forêt pour tous". La forêt sera classée Espace Naturel Sensible. La FRAPNA-Drôme participera à la gestion.
Archives : AD 69."
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