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La Bélemnite

J'ai ramené du Maroc une petite bélemnite en pendentif pour Ali. Alors... un petit post s'impose !




Étymologie :


Étymol. et Hist. [Le mot, contrairement à ce qu'indique DG, ne paraît pas attesté en 1562 dans le Recueil de notes lexicol. de Delboulle] 1751 minér. (Encyclop. t. 2 : Bélemnite). Composé du rad. du gr. β ε ́ λ ε μ ν ο ν « trait, javeline » (Iliade, 22, 206 dans Liddell-Scott) à cause de la forme de cette pierre dont l'extrémité est semblable à une flèche ; suff. -ite*.


Lire également la définition du nom bélemnite afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Bougie d'elfes - Bougie de gnomes - Boulon des lutins - Doigts de sorcier - Fuseau de la Vierge -




Zoologie :





Croyances populaires :


Simon J. Honnorat, dans son Dictionnaire provençal-français ou Dictionnaire de la langue d'Oc (Tome premier (A-E), 1846) nous informe sur le mot provençal "Det-de-sourcier", c'est-à-dire "Doigt de sorcier", nom qu'on donne, à Sisteron et dans les environs, aux bélemnites pointues.


Dans le tome second (P-Z), on peut lire :


Peira de tounerro : "Pierre de foudre" ou "pierre de tonnerre", nom que le vulgaire donne aux bélemnites et aux pyrites de fer, croyant qu'elles ont été lancées par la foudre, mais les premières, qui ont en général la forme d'une quille appartiennent ou ont appartenu à un genre de mollusques dont on ne connaît plus d'analogue vivant et elles ne sont que les moules pétrifiés de l'une de leurs parties, les secondes sont des espèces de rognons de fer sulfuré, mêlé avec quelques autres métaux également étrangères au tonnerre.

 

Frédéric Mistral, dans Lou Tresor dou Felibrige ou Dictionnaire Provençal-Français (1878-1886), Tome II (G-Z), p. 522, dans le mot Pèiro (pierre), propose :


Pèiro de tron, dóu tron, del trou (l.g.) / 'pierre de foudre', aérolithe. On donne aussi ce nom aux haches celtiques en pierre dure, silex ou jade vert. Le peuple croit qu'elles tombent du ciel avec la foudre, dont il leur attribue les dégâts, et il prétend qu'elles prennent leur forme incisive en germant pour sortir de la terre. Dans les Pyrénées, on a soin d'en placer comme talismans dans les fondations des maisons, et les bergers de l'Ariège et de l'Aude, comme du reste des paysans greés, les suspendent au col des chèvres et des brebis pour les préserver des maladies. C'est pour cette raison que, dans le Cantal, on les nomme pèiro de verin.

On donne, encore, le nom de 'pèiro de tron' aux bélemnnites et aux pyrites de fer, v. 'quiho de sant Estève'.

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Depuis cette époque [1830], nul zoologiste ou paléontologiste n'a semble-t-il nié que les bélemnites aient été des céphalopodes à coquille interne. J. Thomasset a donné, il y a une cinquantaine d'années (1936 a et b) un résumé des différentes croyances sur la nature des bélemnites, de même que sur l'utilisation qui était encore faite de ces fossiles. Ainsi en Berry, des sorciers prétendent que ce sont les quilles avec lesquelles l'enfant Jésus s'est amusé. Ou bien encore on les dit « les fuseaux de la Vierge » (Thomasset, 1936a, p. 589). Il est à noter que l'illustre enfant n'a sans doute pas été le seul à jouer avec les bélemnites ; H. M. de Blainville écrivait en effet, à propos de Belemnites gigas que « d'après M. Roissy ... les enfants d'un village de Bourgogne s'en servent au lieu de quilles tant elles sont communes » (1827,p. 93).

Si l'on récapitule des différentes interprétations auxquelles la nature et l'origine des bélemnites ont donné lieu, nous trouvons :

  • stalactites, ambre, cornes, dents de crocodiles, de cétacés ou de poissons, radioles d'oursins, polypes, orthocères etc.., dans ce qui peut nous paraître rationnel ;

  • pierres de lynx, pierres de foudre, doigts du Mont Ida, doigts du diable, pierre de la circoncision, pierres de corbeaux, pierres d'incubes, chandelles des spectres, etc.., dans le domaine qui peut nous sembler comme relevant de la seule imagination.



 

Hugues Berton. auteur de Sorcellerie en Auvergne : sorciers, guérisseurs, médecines magiques et traditionnelles. (Éditions De Borée, 2004, (p. 155) :


Les Bélemnites sont des pierres de protection.

 

Selon Heraklès, universitaire espagnol qui communique sur Géoforum :


Plusieurs auteurs qui ont visité la Champagne, au cours du 19ème siècle et jusqu'en 1930, ont recueilli une croyance populaire largement répandue parmi les paysans vignerons, selon laquelle les fossiles des bélemnites (Belemnitella quadrata et B. mucronata) étaient des bienfaiteurs de la vigne tandis que les fossiles des micraster étaient des malfaiteurs des vignes.

Ils ignoraient ce qui est réellement influent pour le développement de la vigne, à savoir les différentes propriétés physico-chimiques des marnes du Crétacé supérieur, contenant chacune ces types de fossiles.

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Symbolisme :


Selon Elie-Charles Flamand, auteur de Les pierres magiques. (Éditions Le Courrier du Livre. Paris, 1981) :


LES BELEMNITES : II s'agit des restes de mollusques céphalopodes très nombreux dans les mers de l'ère secondaire. Ces fossiles en forme de pointe à section circulaire sont la partie terminale, le rostre d'une coquille friable qui ne s'est pas conservée. Les bélemnites sont les ancêtres des seiches actuelles dont les coquilles dites « os de seiche » présentent encore à leur extrémité un rudiment du cône cloisonné des bélemnites.

Jusqu'au XVIIIe siècle, on regardait les bélemnites comme des « pierres de foudre » ou bien comme de l'urine de Lynx pétrifiée, d'où le nom de Lyncurium qui leur était donné.

La dénomination de bélemnite (du grec belemnon, en forme de flèche) fut créée par Agricola en 1546.

Ainsi que bien d'autres objets pointus, les bélemnites sont employées en magie comme instruments de défense destinés à dissoudre les forces malfaisantes et à détruire tous les sorts.

On prétendait aussi que la bélemnite réduite en poudre et prise dans une potion prévient les cauchemars et protège contre les enchantements.

Au XVIIIe siècle, cette poudre jouissait encore d'une certaine faveur comme remède : « Elle est employée, dit Lémery, pour briser la pierre du rein et pour la chasser par les urines, étant prise par la bouche ; on s'en sert aussi extérieurement pour nettoyer et dessécher les plaies (1). »

Au début de ce siècle, les traditions concernant les bélemnites étaient fort répandues dans les campagnes. Ainsi, en Berry, ces fossiles étaient toujours appelés « pierres de lynx » par les sorciers qui prétendaient aussi qu'il s'agissait des quilles avec lesquelles l'Enfant Jésus s'était amusé. Ces sorciers et ces sorcières avaient constamment dans leurs poches une « pierre de lynx » qui leur servait, entre autres, à guérir les ophtalmies en la mettant en contact avec l'œil malade (le lynx passe pour avoir la vue très perçante).


Note : 1)  Lémery, loc. cit.

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Dans un article intitulé « Les bélemnites dans la mythologie : De la pierre d'orage aux symboles de fertilité » (EGU Blogs (European Geoscience Union ) 3 mai 2021), Jack Wilkin fait le point sur ce fossile :


Les bélemnites sont un groupe de céphalopodes marins coléoïdes aujourd'hui disparus qui vivaient au Mésozoïque (240 Mya - 65 Mya). Contrairement aux calmars modernes, les bélemnites possédaient un squelette interne dur en carbonate de calcium appelé rostre. Comme de nombreux groupes de fossiles, les bélemnites ont été associées à de nombreux mythes et légendes dans le folklore.

Les bélemnites tirent leur nom du mot grec belemnon, qui signifie fléchette ou javelot. Le terme rostrum vient du nom des béliers que l'on trouvait à l'avant des navires romains et grecs dans l'Antiquité. On croyait généralement que les rostra fossilisés avaient été lancés comme des fléchettes du ciel pendant les orages (foudres). De telles croyances étaient également répandues pendant la période médiévale en Europe. Dans certaines maisons du sud de l'Allemagne, les rostra étaient placés sous les tuiles du toit afin d'éviter la foudre. On trouve également des histoires similaires aux Pays-Bas, où ces « donderstenen » ou « pierres de Donar » (Donar étant le mot de Thor en ancien haut allemand) étaient placées dans le toit pour protéger les maisons de la foudre (Université de Manchester, 2020).

L'association des bélemnites avec l'éclairage remonte même à l'Europe médiévale, des objets ressemblant à des bélemnites ayant été trouvés dans d'anciens hiéroglyphes égyptiens et utilisés pour symboliser la foudre et le dieu de la fertilité Min (Najovits, 2004). Dans le folklore scandinave, les bélemnites sont considérées comme des bougies d'elfes, de gnomes et de lutins. Dans certaines régions, elles sont encore appelées vateljus, ce qui signifie littéralement « lumières de gnomes » en suédois. Dans toute l'Europe, on croyait généralement que les bélemnites étaient les pointes des flèches des lutins et on les appelait parfois les « boulons des lutins » (Université de Manchester, 2020).

Dans le folklore européen, on attribuait également aux bélemnites des propriétés curatives et de prévention des cauchemars. En Lituanie, par exemple, on pensait que les morsures de serpent pouvaient être miraculeusement guéries en frottant un rostre de bélemnite sur la morsure de serpent tout en chantant le sort suivant (Université de Manchester, 2020) :


« Trois fois neuf fois le tonnerre de Perkunas vient de la mer.

Trois fois neuf fois les balles frappent l'enflure sous la pierre.

Cet homme retrouve la santé dont il jouissait auparavant ! »


Dans l'ouest de l'Écosse, les bélemnites sont connues sous le nom de pierres « bat » et « bot » et étaient imbibées d'eau pour calmer les chevaux. Dans le sud de l'Angleterre, en particulier dans le Dorset, où se trouve la célèbre côte jurassique, on soufflait de la poudre de bélemnite broyée dans les yeux des gens et des chevaux (vraisemblablement en cas d'échec) pour soigner les yeux douloureux et les rhumatismes (Université de Manchester, 2020).

La mention scientifique d'une bélemnite par écrit provient du philosophe grec Théophraste (v. 371 - v. 287 av. J.-C.), dans son livre De Animalibus Quæ Dicuntur Invidere, qui décrit les bélemnites comme du lyngurium (urine de lynx qui a été enterrée et s'est solidifiée). Le philosophe naturel romain Pline l'Ancien (23/24 - 79 ap. J.-C.) n'a pas soutenu l'hypothèse de Théophraste et l'a plutôt classée comme une pierre précieuse, inventant pour la première fois le terme « bélemnite ». Bien que Pline l'Ancien soit sur la bonne voie, il ne reconnaît pas les bélemnites comme des fossiles (de Blainville, 1827). [...]

C'est le minéralogiste allemand Georgius Agricola qui, en 1546, s'est rendu compte pour la première fois que les bélemnites étaient des fossiles. Des auteurs ultérieurs ont émis plusieurs hypothèses sur leur nature vivante, notamment que les rostra étaient des mollusques, des épines d'échinides, des concombres de mer, des polypes coralliens ou une coquille interne (de Blainville, 1827). En 1823, le naturaliste anglais John Samuel Miller a classé les bélemnites parmi les céphalopodes, en comparant les restes du phragmocone récemment découvert à ceux d'un nautile et en concluant à une ressemblance avec la seiche Sepia. Miller (1826) a décrit le genre Belemnites avec 11 espèces. Cette classification a été confirmée lorsque les premières impressions de l'anatomie du corps mou des bélemnites ont été décrites par le paléontologue anglais Richard Owen en 1844.

Depuis les années 1950, les bélemnites ont joué un rôle important dans les reconstructions paléoclimatiques en raison de leurs coquilles de calcite à faible teneur en magnésium (par exemple, Urey, 1951 ; Engust, 1961 ; Rosales et al., 2004 ; Ullmann et al., 2015 et bien d'autres). La plupart des recherches sur les bélemnites sont centrées sur leur géochimie, et ce pour une bonne raison : elles fournissent des ensembles de données à haute résolution pour les reconstructions paléoclimatiques, car leurs rostra conservent les signatures géochimiques et isotopiques originales du Mésozoïque.


Références : Henri Ducrolay de Blainville, Mémoire sur les bélemnites, considérées zoologiquement et géologiquement. (Paris F.G. Levrault, 1827).

J. S. Miller, Observations on Belemnites. (Transactions of the Geological Society of London, n°2 (1), 1826, pp. 45–62).

S. R. Najovits, Egypt, trunk of the tree: a modern survey of an ancient land. Algora Publishing : New York, 2004.

R. Owen, A Description of Certain Belemnites, Preserved, with a Great Proportion of Their Soft Parts, in the Oxford Clay, at Christian-Malford, Wilts. Philosophical Transactions of the Royal Society of London, n°134, 1844, pp. 65-85.

Rosales, I., Robles, S., and Quesada, S. Elemental and oxygen isotope composition of Early Jurassic belemnites : salinity vs. temperature signals. (Journal of Sedimentological Research, n°74, 2004, pp. 342-354.

Ullmann, C.V., Frei, R., Korte, C., and Hesselbo, S.P. Chemical and isotopic architecture of the belemnite rostrum. Geochimica et Cosmochimica Acta, n°159, 2015, pp. 231-243.

University of Manchester. Fossil myths & Legends – Belemnites., 2020.

http://harbour.man.ac.uk/mmcustom/narratives/display.php irn=1280&QueryPage=/mmcustom/narratives/index.phpU

Urey, H.C., Lowenstam, H.A., and McKinney, C.R. Measurement of paleotemperatures and temperatures of the Upper Cretaceous of England, Denmark, and the southeastern United-States. (Geological Society of America Bulletin, n°62, 1951, pp. 399-416).

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