L'Étoile filante
- Anne

- 20 déc. 2023
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Dernière mise à jour : 3 janv.
Étymologie :
COMÈTE, subst. fém.
Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1140 comete « astre à traînée lumineuse » (Geoffroi Gaimar, L'Estoire des Engleis, éd. Bell, 1431); b) 1896 projets et plans sur la comete (Verlaine, Œuvres posthumes, t. 1, Souvenirs, p. 281); 2. 1690 hérald. (Fur.); 3. 1800 « ruban étroit et satiné » (Boiste); 4. 1896 reliure (A. Maire, loc. cit.). Empr. au lat. cometes, -ae « comète », gr. κ ο μ η ́ τ η ς « chevelu » d'où le subst. « astre chevelu, comète ».
MÉTÉORE, subst. masc.
Étymol. et Hist. Ca 1270 metheores « phénomène qui se passe dans l'atmosphère » (Mahieu Le Vilain, Météorologiques d'Arist., ms. Bruxelles 11200 ds Notices et extr. des mss de la B.N., t. 31, 1re part., p. 2) ; 1585 (Isaac Habert, Les trois livres des meteores, Titre ds Gdf. Compl.) ; 1671 Meteore Ignée « phénomène céleste lumineux » (Pomey). Empr. au gr. μ ε τ ε ́ ω ρ α « phénomènes ou corps célestes » plur. neutre de l'adj. μ ε τ ε ́ ω ρ ο ς « qui est en l'air ».
Croyances populaires :
Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :
ÉTOILE FILANTE - Le vulgaire est convaincu que lorsqu'on a le bonheur de former un souhait au moment précis où une étoile filante traverse l'atmosphère, ce souhait ne manque jamais d'être accompli. D'autres pensent que le même phénomène indique le trajet d'une âme appelée au paradis. Les Hindous croient aussi que ces étoiles sont des âmes, soit celles des divinités qu'ils nomment Déoutus, soit celles de créatures humaines qui, après avoir joui durant une certaine période de la félicité des cieux, redescendent sur la terre, pour y occuper de nouveaux corps mortels.
« Nous voyons, » dit M. le docteur Coremans, « que dès les temps les plus anciens les étoiles filantes annonçaient la mort d'un homme dont l'étoile disparaissait avec lui, tandis que d'un autre côté elles laissaient en tombant des deniers d'or qui portaient bonheur et enrichissaient les pauvres filles. » En Lorraine, où on conserve un si religieux et si constant souvenir des personnes qu'on a eu le malheur de perdre, des étoiles qui filent indiquent que des âmes viennent au même instant d'être délivrées des peines du purgatoire et sollicitent, en actions de grâces, l'aumône d'un Pater qui leur est rarement refusée. La même croyance existe également dans le pays de Castres. Dans le Béarn, on dit qu'elles indiquent des âmes qui ont quitté la terre sans avoir obtenu le pardon de leurs péchés.
Si on peut, croient encore quelques personnes, avoir le temps de former un vœu pendant qu'une étoile file, il sera infailliblement accompli. Cette opinion existe aussi à Valenciennes et dans les environs de cette ville. (HÉCART.)
Dans le canton de Vézelise, on dit que si, pendant qu'une étoile file, on peut prononcer requiescat in pace, on sauve une âme du purgatoire. (Traditions lorraines, RICHARD.) Nous n'abandonnerons point les étoiles filantes, sans ranger au nombre des erreurs de la science, cette opinion de quelques physiciens qui voient dans ce genre de météores, des débris de comètes traversant notre tourbillon avec une vitesse analogue à celle du fluide électrique.
Dans Mélanges de traditionnisme de la Belgique (Aux Bureaux de La Tradition, 1893) Alfred Harou rapporte quelques croyances supplémentaires :
Étoile filante. -- L'étoile filante est une âme qui quitte la terre et s'envole vers le ciel.
Il faut faire un vœu lorsqu'on voit filer une étoile.
D'autres disent que c'est une âme qui sort du Purgatoire. (Anvers).
A Florenville, une étoile filante, c'est la vengeance de Dieu qui s'appesantit sur quelqu'un. C'est un homme mort, dit-on, lorsqu'on voit une étoile qui file.
Une étoile filante, c'est une âme qui quitte la terre. On l'exonère du purgatoire, si avant qu'elle ne tombe, on a pu prononcer trois fois la phrase suivante : Loué soit F. Ch. au très saint sacrement de l'autel . Ainsi soit-il ! (Godarville).
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Charles Lejeune, auteur de "Superstitions." (In : Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série. Tome 8, 1907. pp. 417-437) nous apprend que :
Dans la Mayenne les étoiles filantes sont, comme dans beaucoup d'endroits, des âmes de parents qui vont en paradis, mais quand dans un cauchemar on rêve à une personne de sa famille décédée, on est convaincu qu'elle demande des prières pour sortir du purgatoire. C'est une survivance de cette vieille croyance que l'âme venait se plaindre tant qu'on n'avait pas rendu à son corps les honneurs funèbres. Dans la Brie l'étoile filante annonce une mort prochaine dans la maison au-dessus de laquelle on la voit, ce qui peut être dangereux pour beaucoup de personnes.
Selon Antoine Zebouin, auteur de "Croyances populaires à Mossoul, Turquie Asiatique". (In : Anthropos, 1915, pp. 266-269) :
Quand une étoile file d'une manière qui n'est pas ordinaire, on dit qu'en ce moment les portes du ciel s'ouvrent et que tout ce qu'on demandera alors à Dieu, on l'obtiendra sûrement ; seulement en ce cas, on ne pourra pas vivre plus d'un an.
Quand l'étoile filante est coloriée et qu'il paraît au ciel une planète, les gens en augurent la mort, la guerre, etc. Pour le savoir au juste, ils courent assiéger la porte des magiciens et des astrologues, qui ouvrent leur livres et leur disent des absurdités plus incohérentes les unes que les autres.
L. N. Vinogradova, dans un article intitulé "Les croyances slaves concernant l'esprit-amant". (In : Cahiers slaves, n°1, 1997. Aspect de la vie traditionnelle en Russie et alentour. pp. 237-254) rapporte les croyances suivantes :
A en juger d'après les nombreux témoignages recueilli en Russie, ces trois types de personnages : le mort, le serpent et le démon sont réunis en un seul. Selon Čulkov, 1786, le serpent de feu (ognennyj zmej) était un démon qui rendait visite aux veuves ou aux jeunes filles pleurant leur mari ou leur fiancé sous la forme du défunt. A la suite de cette visite, les femmes dépérissaient et mouraient. Pour d'autres, le serpent était invisible ou bien apparaissait sous la forme d'une étoile filante.
[...]
Parmi les traits qui caractérisent l'amant mythique comme un être volant, un être de feu, un être qui brille comme une comète, comme un éclair, etc. on remarque qu'il a des liens avec des éléments tels que le vent, le tourbillon, l'orage. Ces traits encore plus forts dans le type d'esprit de la mythologie Balkans et des Carpates. Par exemple, dans les croyances répandues dans les Carpates et parmi les Slaves occidentaux, un être pourvu d'ailes capable de se transformer en étoile filante, comète, dragon, oiseau, tourbillon, qui tout comme un vampire chercher à avoir des relations amoureuses avec des femmes.
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Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à l'étoile filante :
Étoile filante : On peut imaginer la stupeur, voire la terreur, des anciens lorsqu’ils voyaient ces morceaux ou poussières de comètes qu’ils prenaient pour des étoiles traverser le ciel et tomber parfois sur la Terre. Ces météores devront à cette méprise leur nom d’étoiles filantes.
Les Romains présageaient de terribles malheurs à la vue d’un grand nombre d’étoiles filantes. Au Moyen Age, en 1095, une pluie très dense d’étoiles filantes fit augurer à Gislebert, évêque de Lisieux, un grand déplacement de personnes dont beaucoup ne reviendraient pas. Ce présage fut associé à la première croisade (1096-1099).
Cependant, la croyance la plus répandue et la plus tenace sera l’association des étoiles filantes avec les âmes des défunts et la formulation d’un vœu qui en découle.
Les âmes des trépassés : C’est parce qu’on les prend pour des astres que les étoiles filantes ont un lien avec la mort. Chaque individu ayant au ciel son étoile, celle-ci tombe lorsqu’il meurt. Une logique imparable, clairement exprimée au XVe siècle par un passage des Evangiles des quenouilles : « Quand vous voyez de nuit choir une étoile, sachez pour vrai que c’est un de vos amis qui est trépassé car chacune personne a une étoile au ciel pour lui, et, quand il meurt, elle chute. »
Cette croyance est pourtant déjà dénoncée par Pline (Ier siècle), lequel tente une explication scientifique du phénomène des étoiles filantes : « Il ne s’agit pas de ces étoiles auxquelles a foi le vulgaire, attribuées à chacun de nous, brillantes pour les riches, moindres pour les pauvres, obscures pour les vies qui s’éteignent, d’un éclat proportionné à la condition des mortels à qui elles sont assignées. Ils [les astres] ne naissent ni ne meurent avec un individu humain ; et quand ils tombent ils n’indiquent la mort de personne. Nous ne sommes pas tellement associés aux choses du ciel, qu’à notre destinée soit attachée l’éclipse de brillantes étoiles. Lorsqu’on croit voir tomber ces astres, c’est que, trop alimentés par les liquides qu’ils aspirent, ils les rendent en abondance par l’effet du feu ; c’est aussi ce que nous voyons l’huile produire dans une lampe allumée. » (Histoire naturelle, livre II.)
Au XIXe siècle, on retrouve partout la croyance qui associe étoiles filantes et âmes de défunts. Le plus souvent, on pense qu’il s’agit de l’âme qui vient de quitter le corps et qui monte au ciel. Pour certains informateurs, c’est celle d’un nouveau-né non baptisé (Quercy, Périgord, Bocage normand) ; pour d’autres, des âmes en peine qui ont terminé leur purgatoire sur terre (Bas-Languedoc, Haute-Bretagne, Meurthe-et-Moselle, Vosges). Quelle que soit la nature de l’âme qui prend son envol, on ne manque pas, ici ou là, de réciter quelque prière et de faire un signe de croix lorsqu’on aperçoit une étoile filante.
Dans les Vosges, si l’on peut dire trois fois Requiescant in pace (« Qu’ils reposent en paix ») avant qu’elle ne disparaisse, on sauve une âme du purgatoire ; dans les Côtes-d’Armor, il faut dire un Pater et un Ave, nommer trois saints ou faire un signe de croix. Une superstition étrange, relevée en Gironde, traduit la peur de voir l’étoile tomber sur la Terre. On tente de l’arrêter en disant : « Sainte Catherine, je te vois, ne tombe pas. » Il s’agit peut-être là de la survivance d’une ancienne croyance christianisée, la relation à la sainte étant vraisemblablement locale.
Formuler un vœu : La croyance générale et persistante qui consiste à faire un vœu à la vue d’une étoile filante est directement liée à celle des âmes qui se rendent en paradis et vont y porter des requêtes. Pour qu’il soit exaucé, le vœu doit être formulé avant que l’étoile ne disparaisse. Cette superstition présente de petites variantes au XIXe siècle. Dans les environs de Quimper, par exemple, il faut faire trois souhaits qui se réaliseront dans l’année ; dans la Gironde, la pensée que l’on a quand on aperçoit une étoile filante se concrétisera. On prétend dans le Finistère qu’en disant « Trois cent mille francs de rente »,
on aura de quoi vivre toute sa vie. Par ailleurs, au Moyen Age, les météores inconnus furent longtemps pris pour des sortes de dragons traversant les airs. Ce qui explique peut-être que, dans les Vosges, si l’on prononce les mots « Paris, Metz, Toul » à leur passage dans le ciel, on dit qu’un dragon apportera aussitôt un diamant, ce qui signifie que l’on fera fortune (R. Basset, 1896).
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Mythologie :
J. Kleiber propose un article intitulé "Petite Histoire des Étoiles Filantes" (in : L'Astronomie, vol. 8, 1889, pp. 413-416) qui évoque différentes manières d'expliquer l'origine des étoiles filantes :
Les grandes comètes inspiraient et inspirent encore au peuple ignorant une terreur mal fondée, elles effrayent les hommes par leur forme étrange et leur apparition inattendue. Les étoiles filantes ne sont pas si effrayantes. Petites, silencieuses, elles apparaissent pour un moment, parcourent en un clin d'œil une partie du ciel, et disparaissent sans jamais revenir, en laissant quelquefois derrière elles des queues phosphorescentes, qui ne tardent pas à s'évanouir.
On rencontre dans les légendes des peuples des croyances religieuses et des mythes poétiques concernant les étoiles filantes. Ainsi, par exemple, les habitants des îles de la Société (en Australie) voient dans les étoiles filantes des âmes humaines, poursuivies par l'Esprit du Mal, qui viennent chercher sur la Terre le secours qui leur est refusé dans les cieux ; un mythe poétique de la Lithuanie explique l'apparition des météores de la manière suivante : Une nymphe file sur le ciel la destinée de chaque homme, chaque fil se termine par une étoile. Quand la mort s'approche de l'homme, son fil se casse et son étoile pâlit et tombe sur la Terre.
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Littérature :
Les étoiles filantes
I.
À qui donc le grand ciel sombre Ces feux-là vont-ils aux prières ?
Jette-t-il ses astres d'or ? À qui l'Inconnu profond
Pluie éclatante de l'ombre, Ajoute-t-il ces lumières,
Ils tombent...? — Encor ! encor ! Vagues flammes de son front ?
Encor ! — lueurs éloignées, Est-ce, dans l'azur superbe,
Feux purs, pâles orients, Aux religions que Dieu,
Ils scintillent... — ô poignées Pour accentuer son verbe,
De diamant effrayants ! Jette ces langues de feu ?
C'est de la splendeur qui rôde, Est-ce au-dessus de la Bible
Ce sont des points univers, Que flamboie, éclate et luit
La foudre dans l'émeraude ! L'éparpillement terrible
Des bleuets dans des éclairs ! Du sombre écrin de la nuit ?
Réalités et chimères Nos questions en vain pressent
Traversant nos soirs d'été ! Le ciel, fatal ou béni.
Escarboucles éphémères Qui peut dire à qui s'adressent
De l'obscure éternité ! Ces envois de l'infini ?
De quelle main sortent-elles ? Qu'est-ce que c'est que ces chutes
Cieux, à qui donc jette-t-on D'éclairs au ciel arrachés ?
Ces tourbillons d'étincelles ? Mystère ! Sont-ce des luttes ?
Est-ce à l'âme de Platon ? Sont-ce des hymens ? Cherchez.
Est-ce à l'esprit de Virgile ? Sont-ce les anges du soufre ?
Est-ce aux monts ? est-ce au flot vert ? Voyons-nous quelque essaim bleu
Est-ce à l'immense évangile D'argyraspides du gouffre
Que Jésus-Christ tient ouvert ? Fuir sur des chevaux de feu ?
Est-ce à la tiare énorme Est-ce le Dieu des désastres,
De quelque Moïse enfant Le Sabaoth irrité,
Dont l'âme a déjà la forme Qui lapide avec des astres
Du firmament triomphant ? Quelque soleil révolté ?
Victor Hugo, "Les étoiles filantes" in Les Chansons des rues et des bois, 1865.
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Étoiles filantes
Dans les nuits d’automne, errant par la ville,
Je regarde au ciel avec mon désir,
Car si, dans le temps qu’une étoile file,
On forme un souhait, il doit s’accomplir.
Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes :
Quand un astre tombe, alors, plein d’émoi,
Je fais de grands vœux afin que tu m’aimes
Et qu’en ton exil tu penses à moi.
A cette chimère, hélas ! je veux croire,
N’ayant que cela pour me consoler.
Mais voici l’hiver, la nuit devient noire,
Et je ne vois plus d’étoiles filer.
François Coppée, "Étoiles filantes" in L’Exilée, 1877.
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