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L'Esprit de la Pluie

Photo du rédacteur: Anne
Anne
il y a 23 heures
40 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 heures





Symbolisme :


Hutton Webster et Jean Gouillard, auteurs de La magie dans les sociétés primitives. (Éditions Payot, 1952) établissent un lien entre l'Esprit de la Pluie et les Jumeaux par exemple :


"Les jumeaux ou les triplets sont souvent regardés, en raison de leur caractère insolite, comme très dangereux pour la communauté ; dans mainte contrée, on les met à mort dès leur naissance, et il n'est pas rare que la mère partage leur sort. Ailleurs l'usage exactement contraire fait loi : les jumeaux passent pour porter bonheur, ce qui leur vaut considération, voire vénération. On leur attribue des pouvoirs étonnants : ils peuvent produire la pluie ou la sécheresse, une tempête de vent ou le plus grand calme ; ils ont une vertu fécondante qui leur permet de multiplier animaux et plantes ; ils font également de bons devins. [...]

Les Hindous des Provinces Centrales de l'Inde sont persuadés qu'un jumeau peut protéger les récoltes de la pluie et de la grêle, pourvu qu'il consente à peindre sa fesse droite en noir et sa fesse gauche d'une autre couleur et aille se placer face à l’orage. [...]

Pour les Zoulous, les jumeaux ne sont guère des êtres humains, et leur naissance est entièrement étrangère au cours ordinaire de la nature. Ils sont si intelligents que les grandes personnes s'adressent à eux pour régler leurs litiges et les traitent en devins. Au moment de la bataille, on plaçait un jumeau devant l'armée assaillante comme étant le plus intrépide et le plus farouche. Toutes les chèvres appartenant aux jumeaux auront elles-mêmes des jumeaux. Les jumeaux peuvent prédire le temps : les gens qui désirent de la pluie vont trouver un jumeau et lui disent : « Dis-moi, te sens-tu malade aujourd'hui ? » S'il répond qu'il est tout à fait bien, on peut être sûr qu'il ne pleuvra pas. (1) [...]

[Chez les Bathonga] La relation intime de la mère et de son rejeton avec le Ciel apparaît nettement dans les coutumes relatives à la pluie : le jour qui suit la naissance des jumeaux est un jour de repos ; personne ne travaille la terre, de crainte d'empêcher ainsi la pluie de tomber : pour mettre un terme à la sécheresse, on place la mère des jumeaux dans un trou, et on verse de l'eau sur elle jusqu'à hauteur de ses seins : ce rite produira la pluie ; on arrose les tombes de jumeaux pour obtenir la pluie ; on enterre les jumeaux dans des endroits humides ; s'il arrive que leurs corps se trouvent en terrain sec, on les exhume en temps de sécheresse. Lorsque la foudre menace un village, les gens disent à un jumeau : « Aide-nous ! Tu es un Enfant du Ciel ! tu peux donc tenir tête au Ciel ; si tu lui parles, il t'écoutera. » Et l'enfant de prier le Ciel d'aller gronder ailleurs. L'orage passé, on remercie l'enfant. Sa mère peut être de là même utilité. [...]

Les Shushwap prêtent aux Jumeaux un pouvoir sur les éléments, surtout la pluie et la neige. « Chaque fois qu'un jumeau se baignait dans un lac ou une rivière, il pleuvait. » [...]

 Les jumeaux Kwatiutl peuvent produire la neige, la pluie ou le beau temps à volonté. Leurs parents partagent avec eux leurs pouvoirs magiques.

[...]

Les Musulmans sont convaincus que les enfants premiers-nés peuvent arrêter les orages en se mettant tout nus et en se tenant sur leur tête. Ces enfants extraordinaires sont également capables d'arrêter une pluie qui dure depuis des jours, simplement en faisant une torche de leur vêtement et en y mettant le feu.

 Chez les Kipsigis (ramification des peuplades de dialecte Nandi), les anciens du clan Toiybi sont les faiseurs de pluie ; la relation particulière de ce clan avec la pluie est indiquée par son totem secondaire, l'éclair. (2)

[...]

Chez les Lango, la fabrication des « lances de pluie » utilisées pour faire la pluie est le monopole des forgerons d'un clan déterminé.

[...]

Dans l'île Dobu (archipel d'Entrecasteaux) des vieilles femmes possèdent les formules qui commandent aux vents, qu'il s'agisse de faire la pluie, de produire des tempêtes ou d'y mettre fin. Elles gardent soigneusement secrète cette magie supérieure, de sorte qu'il ne tient qu'à elles que leurs maris fassent bonne ou mauvaise navigation et visitent les ports étrangers.


Notes : L'auteur utilisé ici (D. Kidd) a puisé ses renseignements touchant les croyances zouloues dans ce domaine auprès du fils d'un chef, un jumeau.

2) Lors d'un violent orage, il incombe au clan du Tonnerre (Toiyoi) de frictionner une hache avec les cendres d'un feu et de la lancer en dehors de la butte en s'écriant : « Tonnerre, tais-toi dans notre localité. » (A. C. Hollis.)"

Emmanuel Martin, auteur d'une thèse intitulée La proie, l’animal personne ou l’ennemi des hommes Nommer, classer, penser et se nourrir d’animaux sur le haut-Maroni des Wayana (Guyane française) (Université Nanterre, Ethnologie, 2014) relie le singe hurleur à la pluie :


"Chez les Matis, le singe hurleur, figure emblématique de la paresse, crie surtout lors des changements de temps (Erikson, 1996 ; 286), ce qui lui fait fréquemment endosser le rôle d’esprit de la pluie (Lévi-Strauss, 1966 ; 368-69)."

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Alberto Villoldo, Colette Baron-Reid et Marcela Lobos ont imaginé un jeu de cartes intitulé L'Oracle du chaman mystique (Éditions Véga, 2019) dans lequel une carte concerne le Faiseur de pluie :




























Symbolisme celte :




Mythologie :


Hutton Webster et Jean Gouillard, auteurs de La magie dans les sociétés primitives. (Éditions Payot, 1952) rapportent un mythe koriak :


"Un récit koriak rapporte comment l'Être suprême, ou Univers, fit tomber sur la terre une grosse pluie de la vulve de sa femme. Le Grand Corbeau et son fils se transformèrent en corbeaux, volèrent jusqu'au ciel et par un artifice arrêtèrent la pluie. On ne doit pas réciter le mythe en période de beau temps mais seulement en temps de pluie ou de tempête de neige."

Etienne Renaud, auteur de "B. Kokopelli, le flûtiste bossu du Panthéon des Indiens Pueblo (Période précolombienne)." (In : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 36, n°6, 1939. pp. 293-312) explicite la valeur fécondante de l'Esprit de la Pluie :


"De plus, poursuit notre auteur, il y a au village Hopi d'Oraibi une Katcina femelle, la Kokopelli Mana que nous avons déjà mentionnée, et qui dans certaines cérémonies, poursuit un homme et simule une copulation, mimique qui montre que l'ardeur et l'activité sexuelles de Kokopelli est un attribut de la femelle comme du mâle, insecte ou esprit. Et c'est justement ce qui est symbolisé d'une façon réaliste par les représentations phalliques de nos pétroglyphes préhistoriques ainsi que des Katcinas modernes. C'est l'expression grossière, si l'on veut, mais évidente de sa puissance de fécondation pour les humains, et même indiquée pour les animaux comme les béliers ithyphalliques des pétrogtyphes de Kidder et Guernsey, qui le suggèrent (PL IV). C'est un aspect de son pouvoir de fertilité présenté sous une autre forme quand il est considéré comme esprit de la pluie et que, par sa magie, il obtient la pluie qui féconde la terre et lui fait produire la nourriture humaine, le maïs qu'apporte Kokopelli Mana. C'est un double aspect de la même puissance fécondante."

Danièle Dehouve, autrice d'un article intitulé "Les rituels cynégétiques des Indiens mexicains." (In : La chasse : Pratiques sociales et symboliques, editado por Isabelle Sidéra, Emmanuelle Vila y Philippe Erikson, 2006, pp. 195-204) mentionnee l'Esprit de la Pluie :


"Cependant, le cas mésoaméricain débouche sur des questionnements propres à cette zone, marquée, comme nous l’avons noté, par la longue coexistence entre la chasse et l’agriculture. L’un des points sur lesquels il conviendrait de réfl échir concerne la relation entre le maître des animaux sauvages et celui de la montagne et de la pluie. Avant la Conquête espagnole, la divinité chasseresse était une entité astrale appelée Mixcoatl ou « Serpent des Nuages », tandis que le dieu de la pluie nommé Tlaloc était niché au cœur des montagnes et des cavernes. On peut, cependant, s’interroger sur les relations entre ces êtres, dans la mesure où, de nos jours, les Indiens tlapanèques imaginent l’existence d’une parenté entre l’Esprit des animaux habitant des anfractuosités remplies d’ossements et l’Esprit de la pluie résidant dans les cavernes. Les montagnes jouent, de ce fait, le rôle de matrice de tous les êtres vivants – sauvages ou domestiques – et de tous les végétaux cultivés."

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Rituels :


Hutton Webster et Jean Gouillard, auteurs de La magie dans les sociétés primitives. (Éditions Payot, 1952) recensent de nombreux rites pour faire venir la pluie :


"Au cours d'une grave sécheresse, les Dieri (Australie méridionale) « crient l'appauvrissement de leur contrée et l'état de demi-famine de leur tribu », et ils supplient les esprits de leurs lointains ancêtres, les célestes Mura-Mura, de leur accorder le pouvoir de produire une pluie abondante. Ils se livrent alors à une cérémonie très complexe pour produire la pluie dans les nuages sombres. Deux hommes-médecine censés avoir reçu une révélation particulière des Mura-Mura sont saignés, et on fait couler leur sang sur leurs compagnons. En même temps, ils jettent en l'air des poignées de duvet ; une partie adhère au corps des assistants tandis que le reste flotte dans l'air. « Le sang symbolise la pluie, le duvet symbolise les nuages. » Entre temps, les hommes-médecine transportent de grosses pierres qu'ils disposent au sommet du plus grand arbre qu'ils peuvent trouver. Les pierres représentent les vrais nuages qui montent dans le ciel et annoncent la pluie. Finalement les autres membres de la tribu, jeunes et vieux, entourent une hutte construite pour la circonstance, donnent de la tête contre elle et s'ouvrent un chemin à travers en recommençant le manège jusqu'à ce qu'il ne reste rien de la hutte. « L'enfoncement de la hutte à coups de tête symbolise la crevaison des nuages, et sa chute symbolise celle de la pluie. » (A. W. Howitt.) Si, malgré ces cérémonies, la pluie persiste à ne pas tomber, les Dieri concluent que les Mura-Mura sont courroucés contre eux ; si cette sécheresse se maintient pendant des semaines et des mois après la cérémonie, ils supposent que quelque autre tribu a « bloqué leur pouvoir ». [51] Dans les saisons pluvieuses, lorsque les chutes de pluie ont été trop abondantes, les Dieri supplient également les Mura-Mura de mettre un terme aux précipitations célestes. On a vu des vieux saisis de délire à la pensée que leurs cérémonies avaient amené un excédent de pluie.

[...]

Dans l'opération-pluie des Keraki, une tribu papoue, l'officiant imite les actions qu'est censé devoir accomplir Wambuwamba, le faiseur de pluie céleste, pour produire la pluie. Il demande en même temps à l'être mythologique en question, dans un discours « auquel il est difficile de donner un autre nom que celui de prière » (F. E. Williams), d'envoyer la pluie. Chez les Orokaiva, on ne se contente pas d'invoquer les esprits des morts dans les opérations magiques ordonnées au bien publie ; on fait aussi appel à eux dans la magie de mauvais aloi. Chez les Maïlu, de même, toutes les formules magiques comportent une invocation à un esprit ancestral, en particulier l'esprit d'un ascendant décédé depuis peu, tel que le père ou le grand-père de celui qui prononce l'incantation. Le magicien Kiwai invoque parfois deux êtres célestes, Delboa et Sura, pour qu'ils envoient la pluie. En même temps, il remplit sa bouche d'eau qu'il expulse en l'air. Les Kai, une tribu montagnarde de l'ancien territoire allemand de la Nouvelle-Guinée, invoquent régulièrement l'aide des esprits, aussi bien ceux des morts récents que ceux des hommes et des femmes auxquels leurs actions terrestres ont mérité une mémoire durable. Pour produire la pluie, les Kai prononcent une formule magique sur une pierre tout en priant les deux héros d'outre-tombe de chasser Jondimi, la femme qui retient la pluie. Quand ce mélange de magie et de prière a attiré suffisamment de pluie, on arrête les précipitations en répandant des cendres chaudes sur la pierre ou en plaçant celle-ci dans un feu de bois. Dans ce dernier cas, on se passe de l'invocation animiste, et la pierre magique fait l'affaire toute seule. Chez les Yabob, qui occupent deux petites îles au large de la côte sud-est de la Nouvelle-Guinée, on invoque régulièrement les esprits, et on leur adresse des offrandes au cours des rites magiques destinés à produire la pluie, le beau temps, ou à procurer une bonne mer aux navigateurs.

[...]

Quand le beau temps se prolonge trop et que l'igname sèche, les indigènes de Santa-Cruz apportent de l'argent et des aliments à l'esprit du défunt qui est supposé présider à la pluie. Ces offrandes sont accompagnées d'une invocation à l'esprit pour qu'il ne refuse pas les pluies désirées. En même temps, le magicien affecté au rite entre dans la maison de l'esprit et répand de l'eau sur le poteau de l'esprit « afin qu'il pleuve ».Si c'est de beau temps qu'on a besoin, le magicien s'abstient de se laver le visage pendant une durée prolongée et ne travaille plus, de crainte de transpirer : « il se figure que, si son corps se mouille, il va pleuvoir ». On remarque aussi une certaine forme d'influence spirituelle dans toute la magie des îles Banks. On emploie certaines pierres ou d'autres objets qui passent pour renfermer du mana, et ce mana est nettement associé à la présence d'une âme de mort. On notera toutefois que l'être spirituel n'a pas, semble-t-il, le pouvoir de résister à l'opérateur humain ou de contrecarrer l'effet désiré. Dans l'île de Malekula (Nouvelles-Hébrides), on se sert du même mot pour désigner les pratiques qui comportent une invocation aux mânes ou aux esprits et pour celles qui ne l'ont pas. Dans certaines régions de la Nouvelle-Calédonie, pour obtenir la pluie, on fait des offrandes considérables de nourriture aux ancêtres. Le magicien officiant leur adresse, en outre, des prières. Devant les crânes des ancêtres sont disposés bon nombre de récipients remplis d'eau dans chacun desquels on a mis une pierre sacrée imitant plus ou moins la forme d'un crâne. Pour hâter l'approche des nuages pluvieux, le magicien grimpe sur un arbre et agite une branche dans leur direction.

[...]

Les Toradya du centre de Célèbes, qui ne pratiquent pas l'irrigation, sont à la merci de précipitations bien placées pour assurer la croissance de leur riz. Lorsque le besoin de pluie se fait sentir, on se rend à la rivière la plus proche, et là on s'éclabousse mutuellement, on se lance de l'eau à l'aide d'un tuyau de bambou ou encore on frappe l'eau avec les mains. On suspend aussi des hélix aquatiques à un arbre en leur enjoignant d'y rester jusqu'à ce qu'il pleuve ; alors les hélix se mettent à pleurer, et les dieux apitoyés envoient les nuages désirés. Parfois, quand la terre était crevassée par la sécheresse, les Toradya visitaient la tombe d'un chef renommé, l'arrosaient d'eau en disant : « Grand-père, aie pitié de nous, quand tu le voudras, donne-nous de la pluie, que nous puissions manger cette année. » On entretenait l'humidité de la tombe jusqu'à la venue de la pluie.

[...]

Les Garo de l'Assam ont une cérémonie très simple pour mettre fin à une sécheresse prolongée. Les habitants mâles du village se rendent auprès d'un rocher imposant des environs. Chacun emporte une gourde remplie d'eau. Le prêtre, après avoir imploré la pitié du dieu, sacrifie une chèvre dont il répand le sang sur le rocher. Chacun verse alors le contenu de sa gourde sur le prêtre jusqu'à ce qu'il soit trempé. La cérémonie se déroule au roulement des tambours et au son des instruments à vent. Si la pluie ne cesse pas, le Garo obtient le beau temps en allumant simplement des feux autour des rochers en même temps qu'on sacrifie une chèvre ou une poule au dieu.

[...] Par grand besoin de pluie, les Oraon de Chota Nagpur recourent à la cérémonie suivante : au matin d'un jour fixé, les femmes du village ayant à leur tête la femme du prêtre du village se rendent à un réservoir ou à une source ; là, chacune (après ablution) remplit sa cruche d'eau. Se dirigeant alors vers un figuier sacré, elles versent l'eau sur le pied de l'arbre tout en prononçant ces paroles : « Puisse la pluie tomber sur la terre comme ceci ! » La femme du prêtre peint aussi le tronc de l'arbre avec du vermillon dissous dans l'huile. Enfin, une fois que les femmes ont quitté les lieux, le prêtre du village sacrifie un coq rouge au dieu Baranda. Les Oraon sont fermement persuadés que la pluie ne peut manquer de tomber dans un jour ou deux ; ils disent même qu'une forte averse surprendra probablement les femmes sur le chemin du retour.

Un magicien Basuto produit la pluie en remuant avec un roseau une décoction d'herbes et de racines, en même temps qu'il prie les mânes de ses ancêtres d'émouvoir le dieu suprême. [57] « Il se peut, déclare le missionnaire dont nous utilisons ici le témoignage, que, versé dans la science du temps comme beaucoup d'indigènes intelligents, il ait pris l'habitude de se comporter ainsi quand la pluie est probable ; il se peut que ce soit pure coïncidence, ou encore que le Tout-Puissant exauce les prières de ces vieux païens incultes. » Chez les Babemba de la Rhodésie du Nord, le magicien, une fois qu'il tient sa médecine, doit invoquer le nom de Lesa, le grand dieu, « sans qui, croit-il, la magie serait inopérante » (A.I. Richards). Lorsque les Ba-ila souffrent d'une sécheresse prolongée, ils commencent par aller trouver un devin. Celui-ci consulte ses oracles et annonce, par exemple, que tel esprit ancestral a envoyé la calamité et qu'il faut lui offrir un sacrifice pour l'apaiser. S'il déclare que la responsabilité n'est pas à des mânes, on va trouver un prophète ou une prophétesse. Celui-ci, ou celle-ci, leur ordonne de prier Leza (Lesa) et en même temps de faire une cérémonie de la pluie. Le faiseur de pluie prend une marmite dans laquelle il verse de l'eau et met des racines d'un certain arbre ; avec un petit bâton fourchu il agite le liquide et le fait mousser. Il jette la mousse dans toutes les directions afin de rassembler les nuages. Il brûle ensuite une autre médecine qui produit une fumée épaisse ayant des accointances avec les nuages. Il place les cendres dans une marmite d'eau, et l'eau devient noire : une autre allusion aux nuages noirs. De nouveau le faiseur de pluie agite son bâton dans la mixture, et le mouvement apportera aussi sûrement les nuages que ferait le vent. Pendant tout ce temps, les assistants chantent et invoquent les noms de majesté de leurs grands dieux

« Viens à nous avec une pluie prolongée, ô chute de Leza. » (E. W. Smith.)

Dans le Nyasaland, quand la pluie tarde trop, les gens disent : « Regardez, la pluie continue à refuser de tomber : venez, essayons de rendre propice l'esprit de la pluie, peut-être la pluie viendra-t-elle. » Ils font alors de la bière de maïs ; ils en versent une certaine quantité dans une marmite enterrée dans le sol, et l'individu chargé de la cérémonie dit : « Maître, tu as endurci ton cœur à notre égard, que veux-tu que nous fassions ? Nous allons mourir. Donne des pluies à tes enfants ; voici la bière que nous t'avons donnée. » Chacun alors de boire un peu de la bière qui reste. Lorsqu'ils ont fini, ils prennent des branches d'arbres et se mettent à chanter et à danser. De retour au village, ils constatent qu'une vieille femme a puisé de l'eau en toute hâte et l'a placée dans l'encadrement des portes. Les gens y plongent leurs branches qu'ils agitent en l'air en dispersant les gouttes. « Ils voient alors la pluie arriver en gros nuages d'orage. » (R. S. Rattray.)

[...] Lorsqu'une sécheresse prolongée menace les Nandi de famine, les vieux conduisent une brebis noire à la rivière et la poussent dans l'eau. Puis ils remplissent leur bouche de bière et de lait qu'ils crachent dans la direction du soleil levant. Quand l'animal sort de l'eau et se secoue, les vieux chantent une courte prière à la divinité : « Donne-nous de la pluie, disent-ils, nous souffrons telles des femmes en travail. » (A.C. Hollis.)

Chez les Bari du Soudan anglo-égyptien, le grand faiseur de pluie commence ses opérations en oignant d'huile ses pierres et cristaux magiques. Puis il manipule certaines baguettes de fer qui permettent d'attirer les nuages pluvieux dans la direction désirée. Il prononce alors à voix basse une prière à son « père » Lugar : « Ô mon père, envoie la pluie ! Envoie la pluie ! Envoie la pluie ! Tu as été en ton temps un puissant faiseur de pluie... Maintenant que tu es mort, je reste pour faire la pluie à ta place. Envoie la pluie ! Envoie la pluie ! » (F. Spire.)

Dans la pensée des Bangala du Congo supérieur, les violents orages et les phénomènes les plus terrifiants de la nature qui se produisent au moment de la mort ou de la sépulture d'une personne sont causés par elle. C'est pourquoi, lorsqu'un orage menace d'éclater pendant des funérailles, l'assistance supplie l'enfant préféré du défunt de l'arrêter. Celui-ci prend au foyer une braise qu'il agite dans la direction de l'horizon où l'orage se forme et dit : « Père, donne-nous du beau temps pour tes funérailles. » Cela fait, le garçon ne doit pas boire d'eau ni mettre ses pieds dans l'eau pendant un jour. La pluie tomberait sur-le-champ, s'il manquait d'observer ces défenses (J.H. Weeks).

Chez les Angas de la Nigéria du Nord, la production de la pluie compte parmi les fonctions du Sarkin Tsafi, le chef religieux du village, qui cumule, du reste, parfois les fonctions de chef civil. Chaque village a une hutte de pluie spéciale dans laquelle on conserve durant toute la saison pluvieuse une marmite sacrée de pluie. Lorsqu'il ne pleut pas, ou que la pluie tarde anormalement, le peuple se rassemble autour de [59] la hutte. Le Sarkin Tsafi y entre, sacrifie un poulet dont il verse le sang autour du pied de la marmite. Il dit : « Eau, tu vois que nos plantations sont toutes desséchées, nous te supplions de descendre sur nos récoltes. » Absorbant alors une gorgée de l'eau de la marmite, il la crache autour de lui en averse. La pluie se fait-elle attendre, on conclut que l'officiant devait être dans un état d'esprit défectueux. Des paroles de colère entre lui et un membre de sa famille ou de la communauté doivent avoir causé des pensées discordantes. Pour s'en purifier, il offre une chèvre à l'autel central. Maintenant tout est pour le mieux : la pluie tombera sûrement (C. K. Meek).

Suivant les Huichol, une tribu de l'État mexicain de Jalisco, le magicien ne peut opérer de sorcellerie si l'un des dieux principaux, invoqué par lui, ne lui porte assistance. D'après les Tarahumara, les animaux ne sont nullement des créatures inférieures ; ils connaissent la magie et peuvent aider les hommes à faire la pluie. Leurs appels et cris caractéristiques du printemps passent pour des invocations aux divinités de la pluie. Les Lillooet de la Colombie britannique sont convaincus que le coyote et le lièvre ont pouvoir sur le temps froid, la chèvre de montagne sur la neige, le castor sur la pluie. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, ils désirent un changement de temps, ils brûlent la peau de l'animal voulu et lui adressent ensuite une prière.

[...]

Les rites symboliques des Zuñi du Nouveau Mexique comportent une cérémonie qui consiste à mettre sur chaque autel de l'eau puisée à une source sacrée « afin que les sources soient toujours pleines » ; l'aspersion d'eau pour amener la pluie, la production de fumée ou le brassement de bols contenant de la graine de yucca pour produire les nuages ; le roulement de pierres, du tonnerre ;

[...]

Les Indiens Papago de l'Arizona fabriquent une boisson enivrante avec le fruit du cactus géant. Le fruit, qui ressemble à une figue, mûrit juste à la fin de la saison sèche, et son jus passe de ce fait pour le prototype de la pluie attendue. Pour attirer cette bénédiction, chacun doit boire son saoul de boisson, jusqu'à plus soif, comme la terre imbibée de pluie.

[...]

Lorsqu'ils ont besoin de pluie, les Havasupai (une tribu de l'Arizona) placent un bâton encoché à plat sur une corbeille renversée et le frottent alors avec un autre bâton. Le son produit passe pour rappeler le coassement de la grenouille, un animal en rapport avec l'eau. Pour rassembler les nuages et faire tomber la pluie, les Shoshones sifflent dans des joncs : ici le sifflement symbolise manifestement les coups de vent qui annoncent l'arrivée d'un orage.

[...]

Les objets matériels, les expressions verbales ou les actes manuels peuvent revêtir un emploi analogique et souligner davantage encore l'intention précise du sorcier. Désire-t-il la pluie, il dit : « Pluie » en même temps qu'il crache de l'eau pour imiter l'averse. [...] . Une grande partie du symbolisme des danses de chasse, du rituel pluvial, etc., a valeur de « langage par signe » et suggère l'effet désiré plutôt qu'il n'agit directement sur sa réalisation. L'exemple entraîne à l'imitation, et cette méthode si efficace chez les êtres humains peut être considérée comme également fructueuse dans les rapports avec le monde animal et les forces impersonnelles de la nature. Mais des paroles ou des actions destinées à montrer ce qu'il faut faire ont dû finir, à force d'être répétées, par être regardées comme efficaces par elles-mêmes et acquérir ainsi un caractère magique. Même des êtres spirituels peuvent être considérés comme sensibles à cette forme de magie.

[...]

Chez certaines tribus tibéto-birmanes de l'Assam, il est courant, en période de sécheresse, de tuer un poisson et d'en disperser les morceaux sur la route du village. On informe ensuite les divinités que les poissons meurent faute d'eau. Dans le Manipur on trouve une autre méthode pour aviser, les dieux de la pluie. La population hale ses bateaux dans la vase du fossé, et le rajah, dont le bateau de course conduit la procession solennelle, prie alors les puissances spirituelles d'envoyer la pluie.

[...]

Dans certains districts montagneux [du Japon], en période de sécheresse, certains hommes entreprennent une expédition de « prières pour la pluie ». Ils gravissent le sommet le plus haut accessible où demeure la plus puissante des divinités qu'ils veulent invoquer. Ils allument alors un feu de joie devant l'autel du sommet, tirent des coups de fusil, poussent des cris, font dévaler des pierres le long des pentes, toutes manières de représenter l'orage qu'ils désirent. L'auteur auquel nous empruntons ces renseignements s'abstient de trancher si ces pratiques et autres analogues ont pu être à l'origine purement magiques pour s'adapter ensuite à la croyance à des êtres spirituels ou si elles représentent une dégradation de conceptions animistes (W. L. Hildburgh).

[...]

Lorsque, en période de sécheresse, les Bagobo de Mindanao lavent leurs porcs et leurs chèvres, leur batterie de cuisine, ou que, pour arrêter la pluie, les Kaingang du Brésil font bouillir de l'eau de pluie jusqu'à complète évaporation, il faut bien supposer que ces actes s'exécutent avec décence, et même solennité. Ils appliquent des méthodes depuis longtemps consacrées et peuvent s'accompagner de chants, de danses ou d'autres actes rituels. Il n'est pas dit qu'il pleuvra chaque fois qu'un Bagobo lave son cochon ou que la pluie cessera chaque fois qu'une Kaingang fait bouillir l'eau de ses repas.

[...]

En période de sécheresse, les Hopi sont exhortés à ne pas penser qu'il ne pleuvra pas : « Rejetez vos mauvaises choses ; laissez venir la pluie. » Mais il est connu que des gens mal intentionnés désirent effectivement qu'il ne pleuve pas et même injurient les nuages. Les personnes soupçonnées peuvent être saisies et torturées pour leur faire avouer leur méfait et le moyen de porter remède à leurs machinations. (1)

[...]

Les incantations rudimentaires ne sont guère plus que des exclamations spontanées qui, d'ailleurs, tendent toujours, par le jeu d'un usage incessant, à se figer en formules conventionnelles. [...] Quand un Orokaiva veut chasser la pluie, il crie de toutes ses forces : « Que la pluie cesse », pousse un cri inarticulé prolongé et balaie les nuages d'un geste de son bras.

[...]

Divers interdits sont liés à presque tous les charmes ba-ila presque sans exception. Certains d'entre eux s'expliquent aisément par voie d'analogie. Il est interdit par exemple de manger des cacahuètes aux gens qui ont des charmes pour empêcher la pluie de tomber : les cacahuètes produisent, quand on les verse dans une marmite, un bruit qui rappelle celui d'un orage lointain ; la pluie suivant le tonnerre, le résultat « tuerait » le charme.

[...]

Le « bull-roarer » est d'un usage courant en Australie et en Nouvelle-Guinée pour amener la pluie, promouvoir la croissance de la végétation et la multiplication des animaux comestibles.

[...]

Les insulaires d'Entrecasteaux voyaient dans une vieille marmite le grand maître des vents, de la pluie et du beau temps. Certains disaient qu'elle n'était pas de main humaine ; d'autres qu'elle avait été apportée de très loin par son possesseur, un chef. Celui-ci la dérobait aux regards dans une hutte de son hameau. « Seule une occasion spéciale permettait d'entrer dans la hutte pour la voir ; en toute autre circonstance, sa vue eût provoqué des tremblements de terre dans tout le pays, des inondations et des tempêtes, suivis de famine et d'une épidémie de morts. Une fois l'an, une cérémonie donnait à quelques privilégiés l'occasion de l'apercevoir : son possesseur la portait en procession suivi d'une file d'indigènes courbés vers la terre. Avec crainte et tremblement ils lui apportaient de la nourriture dans la même attitude de recroquevillement et se retiraient en toute hâte. » Son possesseur leva longtemps tribut grâce à cette marmite toute-puissante (D. Jenness).

[...]

La magie de la pluie est d'usage très courant parmi les Karaya du Brésil oriental n'importe qui a quelque connaissance de la technique et peut improviser le dispositif nécessaire pour produire l'humidité lorsque le besoin s'en fait sentir.

[...]

[Tabous] : Le faiseur de pluie Bukaua, après avoir exercé sa magie, s'abstient de mâcher du bétel et de faire quelque travail que ce soit. Il doit se frictionner la chevelure avec de la terre noire, s'en pointiller le front et le nez et se baigner dans la mer à l'aube. Tout en se baignant, il étend les mains au-dessus de l'eau et appelle la pluie : s'il est bien fidèle à ces prescriptions négatives et positives, on ne doute pas que ses efforts finiront par être récompensés par une abondante précipitation. [...]

D'autres restrictions encore entourent l'acte magique [dans les îles Trobriand]. Le magicien de la pluie devra se noircir et ne se laver ni ne se peigner tout le temps qu'il prépare la précipitation. [...]

 Dans l'île Dobu, le magicien de la pluie, outre qu'il doit se garder méticuleusement propre par des bains répétés dans la mer, doit se raser entièrement de la tête aux pieds : la plus petite malpropreté corporelle éloignerait la pluie. Dans les îles Yabob ou Yomba (petit groupe au large de l'ancienne colonie allemande de la Nouvelle-Guinée), le succès de la magie du faiseur de pluie exige absolument qu'il se soumette à certaines restrictions tant que la pluie n'est pas tombée. Il doit ne pas boire d'eau (il peut en revanche absorber du lait de coco), ne rien manger de cuit à l'eau, ni avoir de commerce sexuel. [...]

Les faiseurs de pluie Nandi dans l'exercice de leurs fonctions ne peuvent ni se laver les mains , ni boire d'eau, ni cohabiter avec une femme. Il leur est interdit de dormir sur la peau d'un bœuf récemment abattu.

[...]

Certains hommes-médecine des Indiens Takulli (Carrier) avaient le pouvoir d'amener la pluie ou le beau temps ; durant un été sec, un homme pourvu de cette faculté pouvait déterminer une précipitation simplement en se lavant dans un ruisseau.

[...]

 Dans les îles Trobriand, la magie de la pluie et du beau temps, capitale pour une population qui vit de jardinage et de pêche, est régie par les chefs suzerains de Kirinawa. Comme ils disposent de la faculté surnaturelle de produire une sécheresse prolongée, ils gardent la haute main sur leurs sujets et « renforcent ainsi l'ensemble de leur pouvoir ». (2)

[...]

Dudley Kid écrit à propos des populations de langue bantoue de l'Afrique du Sud : « Il y a de cela très longtemps, le chef était le grand faiseur de pluie de la tribu. Certains chefs n'admettaient aucune concurrence dans ce domaine ; ils craignaient trop qu'un heureux faiseur de pluie ne fût choisi pour chef. Il y avait une autre raison : le faiseur de pluie était assuré de devenir riche s'il se faisait une grande réputation, et cela n'arrangeait jamais le chef, on s'en doute, de laisser trop s'enrichir un de ses sujets. Le faiseur de pluie exerce une autorité redoutable sur la population ; aussi importe-t-il souverainement de tenir la fonction étroitement liée à la royauté. La tradition fait toujours du pouvoir de faire la pluie la gloire essentielle des anciens chefs et héros, et l'institution du chef en est assez probablement issue. L'homme qui détenait le pouvoir de faire la pluie devenait naturellement le chef. » (3) À une époque plus récente, la fonction souverainement importante d'attirer les précipitations sur la terre desséchée a été confiée à un faiseur de pluie professionnel. Ce n'est pas un mince personnage : « il détient sur l'esprit du peuple une influence qui surpasse celle même du roi, qui est lui-même contraint de céder aux conditions de ce super fonctionnaire » (Robert Moffat). [...]

Chez les Bakéréwé, qui occupent la plus grande île du lac Victoria, le roi est aussi le grand faiseur de pluie, et c'est à. lui que la population recourt en dernier ressort. Qu'il réussisse à amener la pluie, il jouira d'une immense popularité, mais un échec le fera détrôner et maltraiter comme le dernier des sujets.

Dans la région du haut Nil, les hommes-médecine, qui détiennent le pouvoir de faire la pluie, sont généralement les chefs. C'est le cas, entre autres, des Lotuko (Latuka) chez lesquels presque tous les grands chefs jouissent d'une réputation de faiseurs de pluie. Le secret de cet art précieux est le plus souvent héréditaire et se transmet de père en fils. L'influence des chefs Bongo dépend, suivant Georg Schweinfurth, dans une grande mesure, de la croyance à leurs pouvoirs magiques. Le chef des Obbo assied son autorité sur ses sujets grâce à ses pouvoirs de faiseur de pluie et de sorcier. Y a-t-il trop ou trop peu de pluie à la saison des semailles, le chef réunit le peuple et lui dit son regret d'avoir été contraint par leur conduite inconvenante à les affliger d'un temps défavorable. Ils ont regardé à le ravitailler en nourriture et autres produits de nécessité, et ils voudraient qu'il eût égard à leurs intérêts ! « Pas de chèvres, pas de pluie, c'est notre contrat, chers amis ! » Les fournitures ne tardent pas à arriver, et, par-dessus le marché, on lui fera présent des plus jolies filles. Un chef Obbo, a-t-on dit, a des femmes dans chacun de ses villages. De même, l'autorité d'un chef Acholi dérive avant tout de son pouvoir sur la pluie. Chaque chef dispose de deux ou trois marmites spéciales dont chacune contient nombre de cristaux de forme bizarre qu'on ne trouve que dans le lit des rivières. Ce sont les bijoux de famille hérités des ancêtres du chef. Lorsqu'il désire faire tomber la pluie, il enduit ces bijoux d'huile et verse de l'eau dessus ; si, au contraire, il veut arrêter la pluie, il les exposera au soleil sur un arbre ou bien les placera dans le foyer. Ils sont sacrés : personne ne les touchera ni ne portera le regard sur eux, s'il peut s'en empêcher. La possession de ces cristaux permet à un chef de faire tout ce qui lui plaît ; que quelqu'un l'ait importuné, il peut sécher sur pied ses récoltes. Le faiseur de pluie des Shilluk et des Dinka est un chef divin en qui réside l'âme d'un grand ancêtre éloigné ; il doit à cette possession d'être plus sage et plus clairvoyant que le commun des mortels. En théorie, et le plus souvent en pratique à n'en pas douter, son autorité n'a pas de limite. Le faiseur de pluie Shilluk est tué rituellement, lorsqu'il devient trop âgé pour supporter les lourdes obligations de son état ; celui des Dinka meurt de la même manière, mais c'est à lui [274] qu'il appartient de décider du moment où l'affaiblissement de ses pouvoirs lui interdit de s'acquitter plus longtemps de ses fonctions.

En Afrique centrale, le magicien exerce parfois des fonctions civiles ; chez les Lendu, par exemple, une tribu à l'ouest du lac Albert. Ici, le faiseur de pluie ou bien occupe la place de chef, ou bien finit presque fatalement par y parvenir. Dans la même région, la tribu des Banyoro attribue à son roi un pouvoir discrétionnaire sur la pluie mais le roi délègue d'ordinaire ses pouvoirs à des subordonnés pour que toutes les parties de son royaume puissent jouir de précipitations égales. Chez les Bayaka (tribu du district de Kasaï, Congo belge), le chef est le premier magicien ; et pareillement, dans le même district, chez les Bayanzi. Pour ce qui est du Congo, il est rare, néanmoins ; que le même sujet cumule les fonctions de chef et de magicien. Il arrive souvent que le chef soit préposé à la garde des cultes publics, mais il abandonne d'ordinaire la météorologie, la médecine et la prophétie au magicien, le nganga.

Dans la tribu Fang ou Pangwé du Gabon, le chef d'un village ou d'un groupe de villages est en même temps son magicien et son prêtre. Le chef des Banjar est à la fois roi et grand prêtre. Ses sujets lui prêtent le pouvoir de faire la pluie et le beau temps à volonté. Tant que le temps continue à leur convenir, ils le révèrent et le comblent de présents, en céréales et en bétail. Mais, si la sécheresse persiste ou si une pluie prolongée menace leurs cultures, ils l'accablent d'insultes et le rossent jusqu'à ce que le temps ait changé. Les « médecins » des tribus du sud de la Nigéria sont souvent plus puissants que le chef civil, et, dans certains cas, ce dernier doit de toute nécessité être versé dans la connaissance et l'usage des « médecines ». En outre, presque tous les chefs ont besoin de quelque connaissance de l'art magique pour faire face à leurs obligations, surtout en ce qui touche la pluie et la croissance des cultures.

[...]

La production de la pluie est, ou était, de pratique courante en Australie, surtout dans les régions intérieures sujettes à de fréquentes périodes de sécheresse. Chez les Dieri du Sud Australien, la tribu tout entière se réunissait sous la direction des hommes-médecine lors des cérémonies de production de la pluie. Chez les Kurnai de l'État de Victoria, chaque clan avait ses hommes qui pouvaient produire la pluie en remplissant leur bouche d'eau et en la rendant en jet dans la direction d'où venait habituellement l'orage ; en même temps, ils chantaient leurs chants de pluie spéciaux. Ces individus pouvaient aussi appeler le tonnerre, et l'on rapportait d'eux, comme des autres magiciens, que leurs chants leur étaient venus en rêve.

Certains des aborigènes du Queensland emploient comme pierres de pluie des cristaux de quartz qu'ils réduisent en poudre. Un arbre au fût bien droit ayant été choisi, ils disposent tout autour des baliveaux de manière à former une sorte d'abri. Devant cet enclos, on creuse un trou d'eau artificiel, autour duquel les hommes dansent et chantent en imitant les mouvements des canards, des grenouilles et d'autres animaux aquatiques. Les hommes se mettent alors en file indienne et progressivement encerclent les femmes sur lesquelles ils jettent leur poussière de cristaux. Pendant ce temps, les femmes tiennent au-dessus de leur tête des augettes de bois, des boucliers et des morceaux d'écorce comme pour se mettre à l'abri d'une forte pluie.

Chez les Arunta, le secret de faire la pluie appartient à un groupe ayant l'eau pour totem. Il l'a reçu, dans les temps reculés de l'Alcheringa, d'un être mythique qui a également précisé les emplacements exacts où seraient célébrées les cérémonies pour la pluie. Dans la tribu Kaitish, le « chef » du totem eau, accompagné des anciens du groupe, se rend à un endroit sacré déterminé où, dans le temps de l'Alcheringa, deux hommes se sont assis et ont tiré de l'eau de leurs favoris. Ces derniers sont représentés par des pierres desquelles est sorti l'arc-en-ciel. Le président commence par barbouiller les pierres d'ocre rouge, puis il peint un arc-en-ciel sur le sol et un ou plusieurs sur son propre corps, un encore sur le bouclier qu'il a amené avec lui. Avec de la terre de pipe blanche, il décrit aussi sur son bouclier des zigzags qui figurent l'éclair. Tout en « enchantant » les pierres, il verse de l'eau sur elles ainsi que sur lui-même. Ces mesures prises, le président regagne le camp avec son bouclier. Ce dernier ne peut être vu que par les hommes de la même division tribale (moitié) que lui ; les rites perdraient toute efficacité, s'il venait à être vu par les hommes de l'autre moitié. L'arc-en-ciel est tenu pour le fils de la pluie ; il n'a donc rien de plus cher que la fin de la pluie ; aussi le bouclier avec sa décoration d'arcs-en-ciel est-il caché jusqu'à ce qu'il soit tombé une quantité suffisante de pluie ; on l'exhibe alors, et l'arc-en-ciel est effacé. Le temps qu'il reste au camp, le président garde à côté de lui un vase avec de l'eau ; de temps à autre, il jette dans toutes directions des flocons de duvet blanc qui figurent les nuages. Le rituel doit normalement opérer et la pluie se rendre à l’invitation ; si elle se dérobe, c'est probablement que quelqu'un l'a retenue par une magie supérieure.

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Chez les Keraki du sud-ouest de la Papouasie, toute magie atmosphérique importante est aux mains de certains praticiens héréditaires. Certains d'entre eux sont spécialisés dans la production du beau temps, d'autres dans la fabrication de la pluie ; parfois les deux professions sont réunies. La magie solaire se célèbre ouvertement ; celle de la pluie, au contraire, s'entoure toujours de secret. Le faiseur de pluie en célèbre les rites au cœur de la brousse, où personne, en dehors de lui et de ses assistants, n'oserait s'aventurer. La raison de ce secret tient au fait que la production de la pluie est intimement liée avec la mythologie de la tribu ; d'où son caractère sacro-saint. L'outillage du faiseur de pluie se compose de pierres (choses précieuses dans une terre où la pierre est une exception), de mâchoires de crocodile, de morceaux de carapace de tortue et de vieux filets de pêcheur. Les pierres portent le nom de divers corps célestes. Le trait essentiel de la cérémonie consiste à faire passer les corps célestes et les vents de beau temps, représentés par les pierres, du râtelier où ils se trouvent habituellement dans les hauteurs sèches, dans une cuve ; on les plonge alors dans l'eau que l'on recouvre avec de l'écorce. Autrement dit, l'opérateur recouvre symboliquement le ciel avec une couverture de nuages. Il barbouille son corps et les troncs des arbres voisins avec du charbon de bois, la couleur assortie au temps sombre ; il crie et frappe sur les troncs d'arbre pour imiter le bruit du tonnerre ; il éjecte de l'eau pour figurer la chute des gouttes ; il brise également une noix de coco avec une hache pour libérer son liquide. En outre, il dépose dans l'eau de la cuve, les mâchoires de crocodile, les écailles de tortue et les filets de pêche, tous objets liés à l'eau. Enfin, pour libérer la puissance occulte considérée comme décisive pour le succès de la cérémonie, il recourt à un « catalytique » magique, par exemple à du gingembre, qu'il crache vers le ciel après l'avoir vigoureusement mastiqué. Au dire du faiseur de pluie, tous les détails de cette technique ont chacun leur explication mythologique.

Dans toutes les îles de la Mélanésie, on rencontre des faiseurs de pluie et d'autres magiciens atmosphériques. Les méthodes varient suivant les individus, mais la communauté dispose d'ordinaire d'assez de spécialistes pour subvenir à ses besoins, moyennant une rémunération adéquate. En Nouvelle-Calédonie, une classe spéciale de magiciens était chargée de faire la pluie. À cette fin, ils se noircissaient des pieds à la tête, déterraient un cadavre dont ils emportaient les os dans une caverne ; là ils les agençaient et les suspendaient au-dessus de feuilles de taro. On versait alors de l'eau sur le squelette de manière à la faire couler sur les feuilles. « L'âme du mort, pensait-on, absorbait l'eau, qu'elle changeait en pluie et faisait tomber de nouveau. » Les magiciens étaient tenus de jeûner et de ne pas quitter la caverne jusqu'à l'arrivée de la pluie. Quand la pluie tardait à tomber, on en a vu mourir de [289] faim dans la caverne. Il faut dire toutefois qu'ils choisissaient d'ordinaire les mois pluvieux de mars et d'avril pour procéder à leur rite. Si la pluie dépassait les besoins, ils produisaient le beau temps en allumant un feu sous le squelette et en le consumant.

Chez les Oraon de Chota Nagpur, la production de la pluie forme une fonction collective de la communauté, où cependant le prêtre du village et son assistant tiennent la première place. À l'occasion de la solennité Sarhul, ils parcourent le village en procession, et, à chaque maison, les femmes leur versent sur la tête une pleine cruchée d'eau. Puis chacun subit la même douche. Toute la journée le village s'ébaudit dans l'eau, les gens se barbouillent mutuellement de boue de manière à se donner l'apparence des ouvriers occupés à ensemencer les rizières.

On a vu plus haut que, dans bien des régions de l'Afrique du Sud et de l'Afrique orientale, les chefs furent, à l'origine, les grands faiseurs de pluie et que la production de la pluie demeure, dans plus d'une tribu, leur fonction capitale. La production de la pluie est normalement une des prérogatives du chef Pondo. En période de sécheresse, son peuple s'adresse à lui pour lui représenter que le pays souffre du manque d'eau et appelle au secours les noms des ancêtres. « Il peut arriver que la pluie tombe immédiatement. » Sinon le chef charge un faiseur de pluie de faire le nécessaire ; s'il donne satisfaction, le chef le récompense en bétail. « Il peut, en certains cas, au dire des indigènes, ne pas se tenir pour satisfait et arrêter la pluie en réclamant plus de bétail. » Le faiseur de pluie des Xosa ne consentira jamais à mettre son art au service d'un particulier : c'est un fonctionnaire tribal, qui n'opère qu'à la demande du chef de la tribu. Appelé par un chef, un faiseur de pluie Bechuana arrivait chez le chef du village et s'enfermait dans une hutte spécialement prévue pour ses opérations. Il allumait un feu, y mettait à chauffer de l'eau à laquelle il ajoutait des racines et des herbes « spécialement efficaces pour produire la pluie ». Le mélange arrivé à l'ébullition, il le remuait vigoureusement pour le faire mousser. La vapeur faisait passer la vertu des plantes dans les nuages et les remuait de manière à les résoudre en pluie abondante. (4)

Le roi et la reine-mère des Swazi ont une très ancienne renommée de faiseurs de pluie. Douce et prolongée, la pluie est généralement imputée à la reine-mère ; violente, elle doit avoir été causée par le roi. Lorsque la reine-mère est incapable de faire venir elle-même la pluie, elle mande son fils, et ils opèrent ensemble. La pluie saisonnière n'est-elle pas tombée, les sujets déduisent que le roi et la reine ont le cœur dur ou que, pour quelque raison, les ancêtres de la tribu l'ont retenue. La reine-mère peut aussi empêcher la pluie de tomber : elle n'a, lorsqu'elle voit s'approcher les nuages, qu'à se munir d'un balai, à l'enduire d'argile rouge et à « balayer » le ciel avec ; les nuages vont rougir et se dissiper.

La reine des Lovedu (nord du Transvaal) est une faiseuse de pluie avant d'être chef civil. La tradition exige qu'elle ne présente aucun défaut physique et ne meure pas de vieillesse. Elle s'empoisonnera donc après la quatrième session d'initiation tenue par la tribu. Ce suicide rituel l'élève au rang d'une divinité. Elle mourait de sa propre initiative et non pour quelque faiblesse physique. On fait appel aux services de la reine chaque fois qu'il est nécessaire : mais surtout après la plantation du maïs et durant les mois d'été, quand il est à la merci de quelques semaines de sécheresse. Elle n'opère jamais seule ; elle est toujours assistée d'un médecin de la pluie qui est chargé de découvrir par divination les causes d'une sécheresse et les sorciers qui neutralisent ses pouvoirs occultes de faiseuse de pluie. Ces pouvoirs ne sont pas absolus, « car elle ne peut opérer qu'avec l'agrément de ses ancêtres ». En outre, certains événements néfastes affaiblissent les charmes de la pluie, si même ils ne les dépouillent pas de toute efficacité, à moins d'aviser aux mesures qui éviteront leurs mauvais effets. On compte, parmi les plus graves, les avortements ou les fausses couches, la naissance de jumeaux, la mort de femmes enceintes ou en couches, d'enfants n'ayant pas encore percé leurs dents, d'adultes victimes de la foudre. Dans chacun de ces cas, on doit enterrer le corps dans un endroit humide voisin de la rivière ou rafraîchir la tombe avec une médecine à cet effet. Si la reine elle-même est présumée responsable de la sécheresse, ses sujets vont la trouver avec des cadeaux et organisent des danses pour lui plaire et l'attendrir. Il faut la garder en constante bonne humeur ; le mécontentement, la colère ou la tristesse l'empêchent d'opérer comme il faut, et ses émotions mêmes retentissent sur la pluie. Les charmes de pluie de la reine sont conservés dans des marmites grossières de terre cuite. Leur ingrédient principal est constitué par la peau de la reine défunte et les peaux des conseillers les plus importants ayant appartenu à sa parenté la plus rapprochée. Mais la nature exacte des charmes et leur mode d'emploi demeurent le secret absolu de la reine. La reine, qui peut attirer la pluie sur ses sujets, peut aussi bien en priver ses ennemis. C'est [291] dire que, pour les Lovedu, un tel avantage vaut une armée. Le faiseur de pluie ne s'évertue pas toujours pour rien. Il arrive que ses peines soient récompensées abondamment. Un faiseur de pluie de la tribu des Wotjobaluk (État de Victoria)se vit promettre par un Blanc un sac de farine, du thé, la moitié d'un bœuf s'il lui remplissait de pluie sa citerne avant le lendemain soir. On était dans une période de sécheresse très rigoureuse. Le magicien se mit aussitôt à l'œuvre en disant : « Parfait, nous ferons tomber la pluie en abondance. » Vingt-quatre heures ne s'étaient pas écoulées qu'un orage terrible éclatait et faisait déborder la citerne. On avait demandé à une faiseuse de pluie Yualayai (Nouvelle-Galles du Sud) de faire pleuvoir, et elle s'y était engagée pour un délai déterminé. Le jour de l'échéance arrivé, une violente tempête s'abattit exactement sur le jardin desséché, mais sur une distance d'un demi-mille tout autour la poussière fut à peine abattue. (5) Alors qu'ils se trouvaient chez les Urabunna, Spencer et Gillen campaient près d'une colline à laquelle la langue indigène donnait le nom de « nuages levants ». Les ancêtres des faiseurs de pluie Urabunna actuels se levèrent de la montagne sous la forme d'un gros nuage. C'est parce que ces ancêtres avaient ce pouvoir de produire la pluie que leurs descendants l'avaient aussi. À ce moment, le grand faiseur de pluie célébra sa magie atmosphérique, et moins de deux jours plus tard la pluie tombait. Nos auteurs font remarquer que la saison des pluies était alors en cours. Ce qui est sûr, c'est que la coïncidence valut à l'opérateur la réputation d'un magicien sans pareil. « Quand nous le revîmes, il rayonnait d'une satisfac­tion à la fois ouverte et digne. » (6)

Les indigènes d'Ambrym (Nouvelles-Hébrides) prièrent un jour leur magicien de leur donner de la pluie. Il consentit et déposa son attirail de faiseur de pluie, une sorte de vannerie, dans un trou d'eau. La pluie tomba à torrents et ne cessa pas de deux jours et deux nuits, à tel point que les ignames des plantations furent entièrement déchaussées, présageant le pire pour la population. Celle-ci supplia le magicien d'arrêter la pluie ; à quoi l'homme répliqua qu'il n'en avait pas le moyen, son outillage reposant sous dix pieds d'eau. N'étant pas plongeur, il ne pouvait le récupérer ; finalement, en désespoir de cause, quelques bons nageurs réussirent à le dégager, et la pluie s'arrêta à l'instant. Un événement comme celui-là sera sur les lèvres pendant des années, et le nom du trop heureux faiseur de pluie passera à la postérité.

Dans le district des Kipsigis (tribu Nandi), les chutes de [292] pluie sont particulièrement fortes. L'individu qui part pour un long voyage et ne tient pas à être trempé pique dans sa chevelure une racine de bambou, un remède souverain contre la pluie. Dès qu'il voit s'amasser des nuages noirs et entend le tonnerre, il saisit le bambou et l'agite frénétiquement dans la direction d'où vient l'orage ; il ne dit pas un mot tant que dure l'opération. L'auteur que nous citons éprouva lui-même cette efficacité : dans tous les voyages qu'il fit en compagnie d'un indigène muni d'un bambou, il arriva toujours à destination sans se faire tremper. Un jour qu'il était assis sous sa tente, un orage s'approchait. Un ami nanti de la racine magique survint qui l'agita tout autour. Les nuages crevèrent, suivis d'un déluge tropical, mais ni lui ni son ami n'essuyèrent une goutte. La pluie s'était arrêtée à une centaine de mètres d'eux (J. G. Peristiany).

[...]

La magie atmosphérique, en particulier la magie de la pluie, offre maintes possibilités de succès au praticien qui sait lire comme il faut les signes célestes. Le plus souvent, il n'opérera que lorsque tout fait prévoir une perturbation atmosphérique. Si la pluie suit généralement le corroboree des aborigènes du Queensland, c'est que la cérémonie n'a pas lieu avant que les anciens expérimentés de la tribu soient à peu près certains de l'imminence d'une précipitation. Un faiseur de pluie des Noirs de Brisbane commença ses opérations lorsque le temps « parut se mettre à l'humidité » ; quatre jours plus tard, il pleuvait à torrents. On demanda au magicien de l'arrêter ; il attendit de voir une éclaircie pour lancer vers le ciel les tisons destinés à sécher la pluie ; le beau temps suivit de peu. Les indigènes furent profondément impressionnés par la démonstration, « et il va sans dire qu'il était convaincu de ses pouvoirs ». Un vieux faiseur de pluie des Wonkonguru (Australie méridionale), sollicité de produire de la pluie en une saison particulièrement sèche, répondit : « Inutile faire la pluie en ce moment : trop sec, mon ami. Tout à l'heure nuage venir, et moi faire la pluie. » (G. Horne et G. Aiston.) Dans la tribu Yeidji ou Yeithi (Australie occidentale, circonscription de [293] Kimberley), le faiseur de pluie ne célèbre ses cérémonies qu'en saison chaude, lorsque la pluie est attendue. Les tribus du nord-ouest de l'Australie ont leur cérémonie de la pluie, mais on ne la commence pas avant d'avoir des signes manifestes de pluie, par exemple avant que les nuages glissent rapidement à faible hauteur ou surtout que les pétrels arrivent par milliers de la côte marécageuse pour se régaler des fourmis volantes qui s'envolent par myriades après une pluie. Dans les îles orientales du détroit de Torrès, on célébrait durant la mousson du sud-est un rite pour faire le « grand vent ». Un magicien à qui l'on demandait si on le célébrait aussi durant la mousson du nord-ouest répondit avec solennité : « Impossible de faire cela dans le nord-ouest. » Dans les tribus Elema du golfe de Papouasie, le faiseur de pluie et le faiseur de tonnerre n'opèrent pas durant la saison sèche, pas plus que le faiseur de vent ne s'essaie à amener le calme pour permettre de mettre les bateaux à la mer au fort de la saison des pluies.

[...] Un magicien maori n'essaiera pas d'amener la pluie à moins que l'aspect du ciel ne lui donne la quasi-certitude d'une précipitation prochaine. Les indigènes, qui sont d’excellents observateurs du temps, se trompent rarement dans leurs pronostics. Les faiseurs de pluie Xosa sont très versés dans les signes qui indiquent l'approche de la pluie : suintement de sources depuis longtemps taries, aspect du halo qui entoure la lune, coassement des reinettes annonciateur d'orage, apparition de nuages, changements de vent. Un faiseur de pluie avisé des Bechuana n'annonce jamais l'arrivée de la pluie avant d'avoir observé les signes atmosphériques de son imminence. Les Bari, qui ont la plus entière confiance dans les pouvoirs des faiseurs de pluie durant la saison pluvieuse, « conviennent naïvement qu'ils ne comptent sur eux en tout autre temps » (F. Spire). (7) Les faiseurs de pluie les plus renommés des Mumuyé de la Nigéria septentrionale vivent dans des districts où les précipitations sont « anormalement élevées ». W.B. Grubb observe au sujet d'un praticien Lengua que « n'importe quel autre Indien pourrait annoncer la pluie s'il observait les signes avec l'attention du sorcier ». Un autre auteur note l'« extraordinaire habileté » que déploient les hommes-médecine des Pieds-Noirs dans l'interprétation des signes atmosphériques. Le pouvoir d'un magicien eskimo du Labrador repose dans une grande mesure sur sa science des signes atmosphériques et sur son habileté supposée à attirer le gibier dans la région où il est en train de chasser avec ses amis ; à vrai dire, il étudie soigneusement les habitudes des cerfs et des autres animaux de manière à prévoir leurs mouvements, qui dépendent beaucoup du temps. Un magicien des Eskimos de la Terre de Baffin auquel on recourt souvent pour apaiser les tempêtes qui empêchent les chasseurs de sortir, observe avec soin les signes du temps et déploie ses talents magiques lorsque la tourmente est calmée.

[...]

Chez les Lango, lorsque les cérémonies magiques de la pluie n'ont pas de suites, les vieux soupçonnent l'un des leurs de s'être procuré une « lance de pluie » et de s'en être servi pour lier la pluie et causer la sécheresse.


Note : 1) Les Hopi attribuèrent un jour une sécheresse prolongée aux « pensées et aux paroles discordantes » de certains chefs et anciens Oraibi.

2) Sous l'autorité du chef trobriandais il faut toujours chercher la crainte de la sorcellerie, sans laquelle il serait moins que rien.

3)  Chez les Zoulous, chaque homme-médecine a ses médecines particulières et traite une forme particulière de maladie. Lorsqu'un chef apprend qu'un homme-médecine a réussi dans un cas où d'autres ont échoué, il exige de l'homme-médecine qu'il lui livre la médecine. « Le chef devient ainsi le grand homme-médecine de sa tribu, et on a toujours recours à lui en dernière instance. »

4) Les Bechuana disaient que les mânes des ancêtres retenaient la pluie parce que le chef ou ses sujets avaient négligé les sacrifices ou autres devoirs de vénération d'usage en leur honneur. Il était donc nécessaire de les obliger par voie magique à faire tomber la pluie. Pour leur dérober la contrainte employée contre eux, on faisait venir le faiseur de pluie en cachette et la nuit.

5) Dans une autre occasion, arriva à la station un indigène d'une tribu qui avait le quasi-monopole de faire le vent. Il désirait épouser une jeune fille de l'endroit, mais celle-ci refusa et lui dit de rentrer chez lui. Il s'en alla en menaçant d'envoyer une tempête qui détruirait la station. « La tempête se produisit ; la maison tint bon, mais l'écurie et le magasin eurent leur toiture enlevée. Je priai mon avenante négresse de bien vouloir à l'avenir éviter des galants aussi rancuniers. » (K.L. Parker.)

6) Un anthropologiste de l'université d'Adélaïde a décrit les cérémonies de la production de la pluie dans la tribu peu connue des Pitjendadjara qui occupe le Mann Range à la frontière de l'Australie du Sud et de l'Australie centrale. Ces cérémonies sont interdites aux femmes et aux jeunes gens non initiés ; elles sont centrées autour du ringili, un fragment d'une coquille nacrée provenant de la côte nord-ouest de l'Australie et ayant traversé le continent de main en main et de tribu en tribu. Les aborigènes croient que le ringili contient « l'essence » de l'eau et que les cérémonies et les chants qu'ils exécutent libèrent cette essence, la projettent dans le ciel où elle forme de gros nuages qui tombent en pluie. La cérémonie décrite par notre témoin eut lieu en août, en plein milieu d'une longue période de sécheresse et trois mois environ avant l'époque des précipitations normales (fin novembre). Le magicien célébrant promit une pluie dans le délai de trois ou cinq jours. La pluie tomba effectivement le quatrième jour et suffisamment pour laisser de l'eau dans les trous de rocher (C. P. Mountford).

7) Les chefs Bari, qui sont les grands faiseurs de pluie, bâtissent toujours leurs villages sur le versant d'une colline assez élevée : ils savent sûrement que les montagnes attirent les nuages. Sollicité de faire la pluie pour un village, le chef choisit un jour où les nuages sont visibles et où le vent est favorable."

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Daisy et Julie Bodin, autrices de Rituels d'éveil de la femme sacrée (© Éditions Eyrolles, 2021) proposent des rituels spécifiques pour honorer le Vivant et le Mystère :


"RITUEL DE LA PLUIE


L’énergie de l’eau est celle qui, pour les Amérindiens, est reliée aux énergies de l’ouest, de la transformation, de la guérison et de la magie. En décidant de jouer avec la pluie, sous forme de rituel de la pluie, et également de danser sous ces effets, vous entrez dans une alchimie intérieure où se mêlent les énergies du subtil et du monde physique.

En quelques minutes, vous serez transportée dans votre plus pure essence divine reliée aux éléments de la Terre Mère Gaïa.

Connaissez-vous la danse de la pluie qui fait partie des cérémonies amérindiennes cherokee et hopi ? Invoquer la pluie revient à demander de se libérer des esprits mauvais. Pendant cette cérémonie, des plumes et des turquoises (pierres semi-précieuses) étaient portées pour symboliser le vent et la pluie. Dans de nombreuses civilisations anciennes du monde entier, des rites, des instruments et même des symboles sont présents pour invoquer la pluie.

Source de vie mais également de purification, l’eau a toujours été liée à la purification spirituelle. En Amérique du Sud, les chamans réalisent des bains de fleurs (pluie de roses) pour la purification du corps spirituel. De nos jours, les loges de sudation sont de plus en plus convoitées par les Occidentaux pour entrer dans un espace sacré de purification.

Pour entrer dans une cérémonie de purification amérindienne, plongez-vous en conscience sous une douche chaude, une douche fraîche ou encore dans un bain rituel purifiant. Si vous avez la possibilité de sortir dans votre jardin ou pendant quelques minutes lors d’une pluie printanière, sortez sans trop vous couvrir et demandez à la pluie de vous offrir tous ses bienfaits. Réalisez une danse de la joie… Restez là si possible une quinzaine de minutes et sentez ses effets bienveillants. Dansez, chantez, exprimez toute la magie de votre enfant intérieur, de votre enfance. Puis remerciez-la pour son offrande et n’hésitez pas à écrire dans votre journal ce nouveau rituel de la pluie."

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