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L'Érythrone

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 6 heures
  • 10 min de lecture




Étymologie :


Selon François Couplan, auteur de Les plantes et leurs noms : Étymologies insolites (Éditions Quae, 2025) :


Dent de chien : Liliacées. La plante est ainsi nommée parce que sa partie souterraine donne des pousses aiguës et recourbées comme des canines de chien.

Son nom botanique est Erythronium dens-canis. Le premier terme vient du grec erythros, rouge : en effet, la fleur de la dent de chien est rose vif et les feuilles présentent des taches pourpres.


Autres noms : Erythronium dens-canis - Érythrone dent-de-chien - Érythronium dent-de-chien - Lis-dent-de-chien - Satyrion rouge -

Erythronium montanum - Érythrone de montagne - Lys des avalanches -

Erythronium oregonum - Érythrone d'Orégon - Langue de cerf - Lis blanc de faon - Lys de l'Oregon - Lys sauvage de Pâques -

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Botanique :


Dans La forêt Wabanaki - Un guide de soins (Éditions Community Forests International, 2023) on peut lire la petite notice suivante qui établit le lien de l'érythrone avec la truite :


"L’érythrone d’Amérique (Erythronium americanum) : L’érythrone d’Amérique à une ressemblance avec le poisson-truite, en raison des taches brunes le long de ses longues feuilles minces. On le trouve souvent dans les forêts riches et humides, comme les feuillus tolérants, et dans les plaines basses et riches près des cours d’eau. Vous avez de la chance de voir ses fleurs, car il faut jusqu’à 7 ans pour qu’un érythrone d’Amérique nouvellement établi produise une fleur."

Karen Shiratori, Ana Gabriela Morim De Lima, Laure Emperaire et al., autrices de Voix de la terre. (in : Revue d'Ethnoécologie, 2023, vol. 23, p. en ligne [269 p.]) mentionnent des usages alimentaires de certains érythrones remontant à fort longtemps :


"[...] Type 5 : Ce dernier type correspond aux grains d'amidon produits par les bulbes d'Erythronium dens-canis mais aussi par les racines de la grande gentiane jaune (Gentiana lutea) (Figure 3 Q-R). Sur le plan morphologique, les grains du premier sont simples, en forme de coin lorsqu'on les observe de dessus, et coniques lorsqu'on les observe de profil. Leur extrémité distale est souvent courbée, avec un hile excentré. Les lamelles sont généralement absentes mais peuvent, dans certains cas, être à peine visibles. Leur longueur varie entre 20 et 51 microns. [...]

Les premiers peuvent être consommés crus ou cuits (Hardy 2010), puis moulus (PFAF 2022). Selon Peacock (2008), les peuples Salish de l'intérieur consommaient régulièrement les bulbes de l'érythronium à grandes fleurs (Erythronium grandiflorum) après les avoir cuits dans des fosses. Des grains d'amidon appartenant à une espèce apparentée (Erythronium sibiricum) ont été signalés dans le tartre dentaire de pasteurs de l'Altaï (Zanina et al. 2021)."

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Vertus médicinales :


Dans l'Encyclopédie des Plantes médicinales ( © 1996, 2001 Dorling Kindersiey Limited, Londres ; Éditions Larousse-Bordas pour l'édition originale en langue française, 1997, 2001) on trouve la notice suivante :


"Erythronium americanum (Liliacées) - LANGUE DE SERPENT


DESCRIPTION : Plante vivace à 2 feuilles oblongues tachetées de pourpre et à grande fleur jaune d'or en forme de lis, poussant à partir d'un bulbe (25 cm de haut).

HABITAT ET CULTURE : Originaire d'Amérique du Nord, cette plante pousse surtout en bordure de la côte est des EtatsUnis, dans les forêts humides et les clairières. On cueille les fleurs en été.

PARTIES UTILISÉES : Feuilles.

CONSTITUANTS : Ils sont quasiment inconnus, à l'exception de l'alphabutyrolactone de méthylène.

HISTOIRE ET TRADITIONS : À la différence des Amérindiens qui utilisaient peu la langue de serpent, les colons européens lui attribuaient les mêmes propriétés que celles du colchique d'automne (Colchicum autumnale). La langue de serpent figura dans la Pharmacopée des Etats-Unis de 1820 à 1863 comme remède contre la goutte.

EFFETS ET USAGES MÉDICINAUX : Une infusion ou un cataplasme de feuilles (ou de la plante entière) traite les affections cutanées, comme les ulcères et les tumeurs, et l'hypertrophie des ganglions. Les feuilles fraîches sont très émétiques.

ATTENTION : N'utiliser que sous contrôle médical."

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Usages traditionnels :


François Couplan, dans Le régal végétal : plantes sauvages comestibles. (Volume 1. Éditions Ellebore, 2009) recense certains usages alimentaires d'un érythronium :


"Erythronium dens-canis (G. erythros, rouge : la fleur est rose et les taches des feuilles sont pourpres)

Dent-de-chien Europe méridionale


La dent-de-chien est parfois plantée pour l'ornementation.

Les bulbes sont comestibles. Les enfants les ramassaient parfois en Auvergne. Ils ont récemment servi en Bosnie à préparer des bouillies et des galettes. Les Tartares d'Asie centrale les faisaient généralement bouillir dans du lait ou dans du bouillon. Ils les mettaient souvent à sécher pour s'en servir ultérieurement. Les feuilles peuvent être ajoutées crues aux salades, ou cuites en légumes, mais il est préférable de les laisser en place car du fait de la beauté de ses fleurs, la dent de chien n'est déjà que trop ramassée - et ses feuilles (il n'y en a que deux par plante) sont nécessaires à sa vie.

Au Japon, on extrayait de la fécule des racines d'une espèce locale (Erythronium japonicum - « katakuri »). Les Indiens d'Amérique du Nord mangeaient cuits les bulbes, les feuilles et les jeunes capsules vertes, encore tendres, de plusieurs espèces locales.

Les feuilles crues peuvent être légèrement émétiques."

Elizabeth Andoh, autrice de Washoku, Recipes from the Japanese Home Kitchen (Ten Speed Press, 2005) rappelle l'origine sauvage de la fécule utilisée par les Japonais :


"Katakuriko (fécule de pomme de terre) : Issu à l'origine de la racine de l'Erythronium japonicum (katakuri, ou violette à dents de chien), le katakuriko est une poudre blanche et soyeuse extraite de la pomme de terre, utilisée pour épaissir les sauces et enrober les aliments avant de les faire frire. Sur les marchés asiatiques, le katakuriko est vendu sous le nom de fécule de pomme de terre ; la fécule de maïs classique en est un excellent substitut."

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Symbolisme :


Sabina Pettitt, autrice de Médecine vibratoire - La Guérison par les essences de la nature (Édition originale, 1999 - Traduction française Ariane Éditions Inc., 2007) propose des remèdes censés transmettre les Esprits de la Nature :


"L’essence est la manifestation de l'Esprit dans chaque forme physique. Elle se révèle comme une vibration ou fréquence unique dans chaque être vivant. C’est le schéma énergétique distinguant la rose de Nootka de la grande marguerite, ou l’escargot lunaire de l'étoile de mer. C’est l’infini prenant corps dans le fini. Une essence c’est, par définition et par sa nature même, la valeur intrinsèque d’un être, son état inhérent.

Entre le « sans-forme » et la forme, il existe un écart où le spectre entier de la différentiation s’exprime en nuances subtiles. C’est dans cet espace que repose le schème qui sous-tend la manifestation physique. ‘Tel le plan d'ADN qui détermine la réalité physique, il contient le code qui différencie tous les êtres vivants. C’est là où réside l'interface entre le monde tridimensionnel et l'Esprit.

[...]

Lis blanc de faon - Erythronium oregonum


Authenticité.

Tel un papillon émergeant de son cocon, je jaillis du sol sombre et humide de

l’hiver. Je déploie une paire de feuilles marbrées, puis une tige solitaire soutient

ma tête blanche inclinée. J’ouvre ma corolle tout en jaugeant mon espace

dans le monde extérieur. Grâce à un petit coup de pouce du soleil, j’élève mon

visage vers le monde et je vous révèle tout mon être. Consentez à ce que je

vous dévoile la vérité et la beauté de ce que vous êtes.


Incite la libre expression de soi - Anéantit les masques sociaux.


Signature : La plante produit des fleurs blanches, solitaires et semblables au lys, qui s’épanouissent sur une tige gracieuse ornée de deux jolies feuilles marbrées. Les pétales blancs délicieusement frisés rappellent la sœur volante et, à un niveau plus profond, ils symbolisent la pureté et la liberté. Matthew Wood, homéopathe et herboriste, estime que cette plante est un précieux remède pour traiter le syndrome prémenstruel.


Le lis blanc de faon nous permet d'intégrer les divers aspects de notre personnalité et de nous exprimer ouvertement et en toute sincérité.

Sa connexion au chakra coronal en fait un outil particulièrement efficace pour transcender les rôles que nous adoptons pour nous rendre plus séduisants aux yeux d’autrui. Si nous exprimons notre être intérieur depuis le chakra du cœur ou que nous servons de vecteur à l’énergie universelle entrant par le chakra coronal, alors cet alignement d’énergie est si puissant que nous devenons comme une lumière qui chasse les ténèbres de l'illusion.

Associé à l’élément eau en médecine chinoise, le lis blanc de faon agit sur les méridiens du rein et de la vessie. Cet élément est responsable des réserves d’énergie vitale dans le complexe corps/esprit ; il régit notre capacité d’adaptation au stress.

L'eau arrive toujours à contourner les obstacles sur son chemin.

L'eau afflue. Le méridien du rein conserve l’essence vitale, la Source à partir de laquelle se forme le gi. Le lis blanc de faon nous fait découvrir et exprimer cette « perle dans l’huître », ce « diamant parmi le charbon ».

Pour la femme, il a fait ses preuves dans le traitement du syndrome prémenstruel et autres troubles gynécologiques.


Chakras : Cœur - Troisième œil - Coronal.

Méridiens : Rein - Vessie.

Mots clefs : Vérité - Pureté - Intégrité - Honnêteté.

Défis : Duplicité - Malhonnêteté - Illusion.

Affirmations : Je suis celui/celle que je suis. Je suis ce que je suis."

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Jörg Bäcker, auteur de "Sur l'origine des signes cycliques chinois" (In : Approches critiques de la mythologie chinoise, 2007, pp. 51-85) établit un lien entre l'arbre cosmique inversé et l'érythrone américaine :


"Nous trouvons l’expression zhigan支干, « rameaux et troncs » pour la première fois dans le Lunheng 論衡 LXXIV, p. 242 (« Jieshu pian »), par Wang Chong 王充 (27-ca. 100). Comme tiandi 天地 dénote le cosmos tout entier en chinois, le contexte cosmologique est clair. Les troncs (ou le tronc) et les rameaux suggèrent l’image d’un arbre, manifestement de l’arbre cosmique. On s’attendrait, bien sûr, à ce que les troncs soient liés à la terre et les rameaux au ciel. Ici, on les trouve inversés, les troncs étant liés au ciel.

En fait, nous avons là la forme la plus archaïque de l’arbre cosmique. Un tel arbre, avec ses racines dans le ciel et ses branches pendant vers le bas, est omniprésent dans toute la philosophie indienne depuis l’époque védique ; cf. Rig-Véda, I, 24, 7 : « C’est vers le bas que se dirigent les branches, c’est en haut que se trouve sa racine, que ses rayons descendent sur nous ! ». Plus tard, il est identifié au brahman. Nous trouvons cet arbor inversa dans les traditions arabe et hébraïque et aussi chez Dante (« il albero che vive della cima », Divina Comedia, « Paradiso », XVIII, 28 sq.). Il apparaît également en Europe du nord, dans les traditions islandaises et finlandaises ; des traces pourraient en être repérées dans les coutumes de l’Europe centrale jusqu’au dernier siècle. E. G. Kagarov a fourni d’intéressants exemples du chamanisme sibérien des Orochi et des Udehe de la région côtière russe extrême-orientale de Primor’e. Il cite de plus des passages pertinents de Platon et du manichéisme. Dans la tradition kabbalistique hébraïque, l’arbre inversé Ilan, représentant l’absolu, est divisé en dix sefirot, les racines étant le dixième. L’arbre cosmique iroquois, Onodzha a ses racines dans le ciel, au-dessus de l’ouverture qui unit le ciel et la terre. Onodzha signifie la fleur Erythronium americanum, avec ses brillants pétales jaunes, suggérant ainsi un arbre de lumière et d’étoiles, (cette image a des parallèles plus étroits dans l’Eurasie occidentale que dans la majeure partie de l’Amérique du Nord).

L’origine de cette image cosmique est encore sujet à débat, mais il se pourrait bien que la vue magnifique de la Voie lactée se dressant dans le ciel au moment de l’équinoxe du printemps vers ~6000 à ~4000 (avec Gemini comme la constellation de l’équinoxe du printemps), et connaissant peu de changement au cours des deux mille ans suivants, puisse être la source de cette image."

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Mythologie :


Dans La Potière jalouse (Librairie Plon, 1985) Claude Levi-Strauss relate le mythe amérindien évoquant la Dent-de-chien :


"On voit que ne manque même pas aux Indiens les psychanalystes !

Or c’est bien de ce que Ragueneau (dont je me suis borné à moderniser l’orthographe) appelle une « maladie du désir » que souffre le héros du mythe iroquois. Dans de tels cas, le seul traitement efficace consiste « à deviner quels sont les désirs de l’âme qui la troublent ». Un autre missionnaire, le Père de Quen, fut témoin d’une scène identique à celle qu’on va voir dépeinte dans le mythe : - « Un Indien fait un rêve, assemble tous les principaux du pays, leur dit qu’il avait eu un songe, qu’on n’exécuterait pas ; mais que sa perte causerait celle de toute la nation ; qu’il fallait s’attendre à un renversement, et à un débris universel de la terre [...] et puis donna à deviner son songe. »

De même, dans le mythe dont je reprends le récit, les principaux personnages du pays s’assemblent. L’un d’eux réussit à deviner le « mot » du songe qui est selon les versions « dent », « ordure » ou « excrément ». Les deux derniers mots traduisent le même terme indigène en dialectes respectivement onondaga et seneca. « Dent » serait le nom d’une Liliacée : Lis tigré ou Erythronium dent-de-chien. Un « arbre de lumiète », trésor du village, porte ces fleurs qui éclairent le monde céleste car, de ce temps-là, le soleil n’existait pas encore. D’autres versions identifient l’arbre de lumière à un pommier sauvage (une Rosacée) ou a un « cerisier » sauvage (anglais Dogwood, une Cornacée). Quoi qu’il en soit, Météore, un compagnon du chef et celui-là même qu’il soupçonne de relations coupables avec sa femme, devine le sens caché du rêve : il faut arracher l'arbre. Sitôt dit, sitôt fait. Un trou béant apparait à l'emplacement des racines. Le chef y conduit sa femme enceinte sous prétexte de déjeuner sur l'herbe et il la précipite dans le vide. Une version plus courte remplace l'arbre de lumière par un arbre couvert d’épis de maïs, seule nourriture des villageois. Un jeune homme furieux qu’on ait arraché l’arbre pousse la femme du pied et la fait tomber dans le trou. Dans cette version, c’est elle qui était malade et qu’on cherchait à guérir.

La jeune femme commence alors une longue chute — dans les ténèbres. « Cause de la jalousie du chef » selon une version seneca, Météore l’a munie d’un modeste équipement : quelques fagots, un pilon et un mortier en réduction, un petit pot... D’après une version obtenue du chef Seneca A. Parker et corroborée par d'autres recueillies dans cette nation, la femme tombait « enveloppée par la lumière du météore, comme une comète, terrifiant les animaux [du monde aquatique inférieur] qui, craignant d’être détruits, créèrent la terre pour amortir le choc ».

Météore s’était montré secourable « parce qu’accusé des choses qui avaient incité le mari de la femme à la précipiter dans le vide ». Il aida donc la femme tout au long de sa chute. Le personnage appartient à la race des « Dragons de feu » ou « Panthères bleues » contraints par leur nature à vivre au fond des lacs. Ils ne sont pas hostiles aux humains, mais s’ils sortaient de l’eau ils embraseraient l’univers. Pourquoi le « mot du rêve », deviné par ledit Météore, désigne-t-il tantôt l'arbre qu’il faut abattre, tantôt l’ordure ou l’excrément ? Les sources indigènes et les commentateurs les mieux informés n’apportent là-dessus aucun éclaircissement. Contentons-nous donc de souligner que ces mots, certainement lourds de sens, figurent dans un contexte qui les associe à la jalousie d’une part, à un météore d’autre part."

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