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  • Anne

Le Gibbon



Étymologie :

  • GIBBON, subst. masc.

Étymol. et Hist. Av. 1768 (Buffon, Hist. nat. quadrupèdes, t. 5, p. 82, note a : Gibbon, c'est le nom sous lequel M. Dupleix nous a donné ce singe qu'il avait apporté des Indes Orientales). Empr. à un parler de l'Inde orientale.


Lire également la définition du nom gibbon afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Le secret des incroyables sauts des gibbons enfin dévoilé

Les gibbons à mains blanches sont capables d’effectuer, en forêt, des sauts leurs permettant de franchir des distances de plus de dix mètres entre deux branches. Jusqu'ici mystérieuse, cette capacité a enfin pu être expliquée grâce à une étude dont les résultats ont été publiée hier.

C'est une nouvelle énigme scientifique de dévoilée. Une étude menée par Anthony Channon, de l’Université de Liverpool et du Collège vétérinaire royal, ainsi que ses collègues a permis de comprendre comment les gibbons pouvaient, dans les forêts d’Asie du Sud-Est, effectuer des sauts leur permettant de franchir des distances de plus de dix mètres. C’est grâce à des caméras haute-définition et à des mesures laser qu’ils ont filmé une dizaine de sauts effectués par deux gibbons à mains blanches vivant en captivité dans un parc belge.

Quoique ces gibbons n’effectuent des sauts que de 5,2 mètres maximum, soit presque moitié moins que ceux qui évoluent en liberté, l’étude a prouvé que ces animaux pouvaient, à partir d'un départ arrêté, réussir d'un seul mouvement à accélérer jusqu'à 8,3 mètres par seconde soit près de 30 kilomètres par heure, rapporte TV5 monde. A titre de comparaison, si l’énergie développée l’était à la verticale, ils se seraient élevés à 3,5 mètres de haut indiquent les chercheurs dans la publication parue dans la revue Biology Letters. Ce qui intriguait les scientifiques, c’est que ces primates ne possèdent pas une morphologie parfaitement adaptée au saut comme c’est le cas des puces, des sauterelles ou des grenouilles, par exemple.


Les gibbons utilisent aussi leurs bras

En réalité, le secret de ces primates réside en partie dans l'usage de leurs bras, qui représentent 17% de leur masse corporelle, contre 11 % chez l'homme, explique l’AFP. Ainsi, après s'être baissés, les gibbons lancent leurs bras en avant et allongent leur tronc, au moment où ils sautent. C’est ce rapide déplacement de leur centre de gravité vers le haut qui leur assure une importante poussée. Le mécanisme utilisé est, selon les auteurs de l'étude, "analogue à l'usage d'haltères par les pentathlètes dans la Grèce antique" qui augmentaient le poids de leurs bras en tenant des haltères pour s'élancer plus loin dans les épreuves de saut en longueur.

Mais les gibbons à mains blanches utilisent également avec adresse la flexibilité de leur tronc et leurs pattes arrières pour s'élancer. En répartissant le travail de la sorte entre différentes parties du corps, ils peuvent sauter très loin sans avoir besoin de la même puissance que celle utilisée par les animaux plus spécialisés dans le saut.


Le 10 août 2011 à 14:24 • Maxime Lambert

https://www.maxisciences.com

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Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :


"Les gibbons, autrefois considérés comme des primates attardés, sont un bon exemple. On avait demandé à certains d'entre eux de choisir entre plusieurs tasses, cordes ou bâtons. Dans tous les tests, ces primates échouaient lamentablement comparés aux autres espèces. Par exemple, on avait testé leur aptitude à utiliser des outils en plaçant une banane devant leur cage et en mettant un bâton à leur portée. Tout ce u'ils avaient à faire pour avoir la banane, c'était de prendre le bâton pour la rapprocher. Les chimpanzés le font sans hésitation, comme de nombreux singes manipulateurs. Mais pas les gibbons. C'était étrange car ces derniers - qu'on appelle en anglais les lesser apes, les "plus petits des grands singes" - font partie de la même famille à gros cerveau que les grands singes et les humains.

Dans les années 1960, un primatologue américain, Benjamin Beck, a tenté une nouvelle approche. Les gibbons vivent exclusivement dans les arbres. Ce sont des brachiateurs : ils se propulsent d'arbre en arbre grâce à leurs mains et à leurs bras. Avec leurs petits pouces et leurs longs doigts, les mains des gibbons sont adaptées à ce genre de locomotion : elles leur servent de crochets plus que d'organes polyvalents pour attraper et toucher, à la différence de la plupart des autres primates. Lorsqu'il a compris que le sol ne fait presque pas partie de l'Umwelt des gibbons, et qu'avec leurs mains l leur est impossible de ramasser quelque chose sur une surface plane. Beck a repensé le test traditionnel dans lequel ils devaient tirer une corde. Au lieu des présenter des cordées posées par terre, comme on le faisait jusque-là, il les a élevées au niveau des épaules de l'animal, ce qui les rendait plus faciles à attraper. Inutile d'entrer dans les détails - l’expérience nécessitait que l'animal regarde attentivement la façon dont une corde était attachée à la nourriture. Disons seulement que les gibbons ont résolu tous les problèmes rapidement et efficacement, et démontré qu'ils étaient aussi intelligents que les autres primates. Les résultats décevant des expériences précédentes étaient dus à la manière dont ils avaient été testés plus qu'aux capacités intellectuelles de ces singes.

[...]

Les Siamangs - singes grands et noirs, membres de la famille des gibbons - se balancent en haut des plus grands arbres de la jungle asiatique. Tous les matins, le mâle et la femelle se lancent dans des duos spectaculaires. Ils entament leurs chants par quelques whoops sonores qui se structurent progressivement en séquences de plus en plus tonitruantes et compliquées. Amplifié par un sac laryngé en forme de ballon, le son porte loin. Je les ai entendus en Indonésie, où leurs chants résonnent dans toute la forêt. Les siamangs s'écoutent les uns les autres pendant leurs pauses. La plupart des animaux territoriaux ont uniquement besoin de savoir où se trouvent leurs frontières et si leurs voisins sont forts et en bonne santé ; les siamangs ont une difficulté supplémentaire, car ils défendent leur territoire avec leur partenaire. Autant dire que les liens de couple sont importants. Si le couple ne s'entend pas, il se défendra mal ; s'il est très uni, il sera fort. Le chant reflète la solidité du mariage : plus il est beau, plus les voisins comprennent qu'il vaut mieux ne pas s'en prendre à ces deux-là. Un duo très harmonieux ne dit pas seulement : "Ne t'approche pas", mais aussi : "Nous ne faisons qu'un." En revanche, si un couple chante mal son duo, s'il émet des vocalisations discordantes qui s'interrompent entre elles, les voisins entendront qu'il est possible d'entrer sur son territoire et d'exploiter ses problèmes conjugaux. "

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Symbolisme :


Lors du cercle de tambour du 20 mai 2019, j'ai contacté, à ma grande surprise, un gibbon. Je l'ai vu se balancer nonchalamment à une branche d'arbre très verte. Ses longs bras sont impressionnants et je comprends qu'il m'enseigne comment développer et cultiver la souplesse. Je le regarde se balancer et je me sens en train de faire comme lui, comme si je me transformais moi-même en gibbon. Je reste un bon moment dans ce balancement souple et assez amusant, pendue à mes longs bras qui semblent ne pas avoir d'os tellement ils sont souples.

Puis, je vois plusieurs gibbons évoluer au sommet de la canopée et le mot "canopée" insiste dans ma tête. Je sens qu'elle est importante ; alors, je comprends peu à peu, le message du gibbon :


"Il faut veiller à ne pas se laisser piéger par la vie sociale mondaine amusante et divertissante mais qui nous ramène vers le bas, ne serait-ce que sur le plan alimentaire. Il ne faut pas oublier la canopée, c'est-à-dire, le lieu où nous devons évoluer pour nous améliorer : les sommets. De là, nous sommes plus près des régions spirituelles et les arbres peuvent nous enseigner, de couronne à couronne, et nous maintenir dans notre voie spirituelle."

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Contes et légendes :

Le cri du gibbon


C’était au temps des aïeux. Les gibbons vivaient alors dans les forêts au milieu desquelles serpentent la rivière Srépok et son affluent le Krong Bla. Là poussent, serrés à ne pas laisser la lumière atteindre le sol, des chênes et des châtaigniers énormes, des tecks et des tracs au bois de fer et de gigantesques ban-langs, hauts de trois portées de flèche, aux pieds qui s’évasent en contreforts massifs.

Tout au long du jour, les gibbons de cette espèce qu’on appelle des doc nuoc cueillaient des fruits sauvages, se lançaient d’une branche à l’autre, ne se risquant jusqu’au sol que pour tirer les piquants d’un porc-épic ou pour agacer un pangolin jusqu’à ce qu’il se mît en boule. On pouvait alors vivre heureux; la nuit, on dormait tranquille : point de tigre égorgeant un chevreuil, point de python venant surprendre dans son sommeil un tout petit gibbon. Les seuls voisins étaient des tourterelles, des paons qui savent si bien se couler sous les buissons malgré leur queue traînante, des ours à collier orange qui, sans se presser, montent aux branches pour dévaster le miel des abeilles sauvages. Les seuls cris qu’à cette époque poussaient les gibbons n’étaient jamais que le grincement de dents de deux mâles jaloux, le susurrement d’une mère appelant son petit ou les glapissements d’une bande de bébés-gibbons se poursuivant malicieusement d’un arbre à l’autre.

Un jour, les singes — qui vivaient plus au Sud, dans les bois qui ont poussé sur les pentes des cratères — eurent l’idée de partir à la découverte. Plus de mille et dix mille d’entre eux, hurleurs, rieurs, aboyeurs, siffleurs, singes verts, singes gris à la longue queue blanche, singes violets et toute la tribu des macaques, s’en allèrent en migration vers le Nord. De temps à autre, ils apercevaient un village d’hommes. Un village, c’est de la canne à sucre, des patates douces, du riz à piller. En un tourne-main, la peine que s’étaient donnée de pauvres humains s’en allait dans les arbres, gambadant et dansant au sein des petits ventres poilus et bien gonflés. Ravageant le pays, cassant des arbrisseaux par plaisir, ils arrivèrent dans la haute forêt. Les plus audacieux continuèrent à crier, mais bientôt l’oppression de la forêt pesa sur eux. La tristesse les envahit et ils s’arrêtèrent, domptés par la majesté des arbres. C’est à ce moment qu’ils aperçurent les gibbons.

Au début, toute la gent macaque les prit pour de petits hommes, de ces hommes que d’autres singes leur avaient dit avoir vus, là-bas très loin, dans le pays de Kambu, vivre dans les arbres. Mais à quelques grimaces qu’ils se firent, les uns et les autres, ils se reconnurent presque frères.

On se tira par la queue, on dénicha ensemble des fruits et des racines à la saveur puissante, on se battit pour une femelle indifférente. Bref, on agit tels de parfaits singes qui, partout, se conduisent comme chez eux — c’est-à-dire fort mal… Puis les visiteurs s’ennuyèrent. Ils se sentirent jaloux des gibbons qui vivaient dans un pays si paisible, où jusqu’au nom de panthère était inconnu. Ils résolurent de retourner dans leurs bois des hauts plateaux et ils formèrent le projet d’y attirer les gibbons.

— Eh quoi ! Vous ne connaissez rien, pauvres enfants de la forêt ! C’est à peine si ici l’on peut se mettre quelque chose sous la dent. Et avec quel mal, encore!… Venez donc avec nous. Dans nos bois, il pas dénouer leurs bras d’autour de leurs visages.

Quand vint le jour, ce fut autre chose!… D’abord, les fourmis rouges, qui forcèrent les pauvres abandonnés à quitter les hautes branches. Ce fut pour tomber sur les serpents : les pythons, les boas et, plus bas, les cobras attendaient leur proies, oscillaient sur eux-mêmes jusqu’à ce qu’un malheureux gibbon vint de lui-même se jeter dans la gueule ouverte — à moins qu’il ne tombât assommé d’un grand coup de tête envoyé en bélier. A terre, c’était pis encore — si c’était possible : les chiens sauvages, les doles, qui sans un aboiement savent si bien casser les reins d’un coup de dents, les rhinocéros qui s’en vont en grognant et piétinent avec fureur tout ce qui bouge devant leurs yeux de myopes. Et les éléphants que j’oubliais, qui, d’esprit lunatique, se mettent à secouer les arbres jusqu’à ce qu’ils les rompent.

Quand le soleil fut couché, tomba en quelques minutes un bref crépuscule puis vint la nuit, les gibbons sentirent alors le désespoir envahir leurs cœurs. Ils se mirent à hurler et à gémir en chœur, les mains réunies en conque autour de la bouche. La nuit, la Reine de l’Ombre, la grande meurtrière s’éveillait et apportait la terreur du meurtre qu’on ne voit pas venir. Mais quand la clarté revint et que les gibbons comprirent qu’ils avaient devant eux toute la course du soleil pour connaître de nouveaux effrois, ils ne songèrent pas à s’en aller. Ils mirent leurs mains au-dessus de leurs têtes et, à nouveau, ils hurlèrent leur désespérance. Puis, de branche en branche, ils se lancèrent, attentifs aux fourmis rouges, aux doles, aux pythons et aux éléphants sauvages qui ne supportent pas qu’on leur tire les oreilles. On acquiert vite de mauvaises habitudes… Peu à peu les gibbons prirent celle de hurler « Hou-lou ! Hou-lou-lou-lou-lou… » quand le soleil apparaît et quand il disparaît.

Ils ont aussi appris à ravager les champs des hommes !…


https://cambodgemag.com/2015/07/contes-du-cambodge-pourquoi-les-gibbons.html

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