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  • Anne

Le Caféier



Étymologie :

  • CAFÉIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1715 cafier (Jussieu, Hist. du café, Mém. de l'Ac. des Sc., année 1713 dans Hist. de l'Ac. royale des Sc., Paris, 1739, p. 294) ; 1732 caffier (Trév.) − 1740, ibid. ; 1791 caffeyer (Encyclop. méthod., agriculture, Paris, t. 2) ; 1835 caféier (Ac.). Dér. de café* ; suff. -ier*.


Lire également la définition du nom caféier pour trouver les premières pistes de symbolisme.


Autres noms : Fève d'Hyémen ;

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Botanique :


Dans Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), J. Rambosson poursuit la tradition du sélam à la mode au XIXe siècle, en commençant par une description botanique :

LE CAFÉIER. Sa description ; son origine ; usage du café ; son histoire ;

Le café est la semence d'un arbre originaire de la haute Ethiopie ; il s'élève environ à la hauteur de 5 à 6 mètres ; son tronc pousse d'espace en espace, vers sa partie supérieure, des branches opposées deux à deux, et situées de manière qu'une paire croise l'autre ; les feuilles ressemblent assez à celles du laurier commun, quoique moins sèches et moins épaisses.

De l'aisselle de la plupart des feuilles sortent de petits groupes de fleurs blanches, qui ont l'aspect des fleurs du jasmin d'Espagne ; elles passent fort vite, et sont remplacées par une espèce de baie qui a l'apparence d'une cerise. Cette baie renferme une pulpe glaireuse, jaunâtre, qui sert d'enveloppe à deux petites graines ou fèves, que l'on nous expédie dans le commerce sous le nom de café.

Le caféier croît aussi spontanément dans l'Arabie Heureuse ; ce fut vers la fin du quinzième siècle que l'on commença à le récolter. Les historiens attribuent communément l'origine de l'usage du café au supérieur d'un monastère d'Arabie qui, voulant empêcher les moines de dormir aux offices nocturnes, leur en fit boire l'infusion, sur la foi des bergers, qui prétendaient que leurs troupeaux étaient plus vifs et plus éveillés lorsqu'ils avaient brouté le fruit du caféier.

D'autres assurent que ce fut un derviche qui le premier en fit usage, pour se délivrer d'un assoupissement continuel qui l'empêchait de remplir ses devoirs religieux. La propagation de l'usage du café se répandit rapidement, quoiqu'elle eût à lutter contre beaucoup d'entraves de la part des gouvernements, lorsqu'elle devint une occasion de réunions publiques. Ce ne fut qu'en 1554, sous le règne de Soliman le Grand, que le café prit crédit à Constantinople ; il s'écoula près d'un siècle avant que l'on en adoptât l'usage à Londres et à Paris. Ce n'est que trois ans après l'ambassade de Soliman-Aga que s'ouvrit à Paris le premier café public.

 











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Croyances populaires :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


L'apparition de bulles d'air à la surface d'une tasse de café, lorsque le sucre fond, annonce de l'argent surtout si elles flottent en direction du buveur ; si, au contraire, elles vont en sens inverse, des soucis financiers sont à redouter, selon les Américains. Les bulles peuvent servir de pronostics météorologiques : si elles se maintiennent au centre de la tasse, le temps sera beau mais si elles forment un cercle au bord, elles indiquent pluie ou neige selon la saison. Si l'écume forme des anneaux séparés sans aucune position précise, le temps va changer. La formation d'un anneau de fumée au-dessus d'une tasse promet un baiser.

Boire quotidiennement plusieurs tasses de café froid procure la beauté et des yeux brillants (Allemagne). On guérit un panaris en plongeant le doigt atteint dans du café bouillant (Alpes-Maritimes). Dans les pays arabes, où le café a servi peut-être d' "excitant magique", l'application de café pulvérisé mélangé à du sucre soigne les coupures faites par un instrument tranchant. Chez les musulmans toujours, jeter du café sur les pattes d'un cheval porte chance au cavalier en route pour un long voyage.

En France, on prétend que celui qui boit son café debout tremblera après sa mort, parfois pendant dix ans (Franche-Comté).

Dans les campagnes belges et luxembourgeoises, où la cafetière était toute la journée sur le feu, on y mettait il y a quelques années encore, une pincée de sel pour se protéger des sorcières et de tout individu malveillant qui pouvait pénétrer dans la maison.

Allumer trois fois par semaine dans un brûle-parfum un mélange composé d'une cuillère à soupe de café moulu, une de sucre et d'une gousse d'ail écrasée, agit contre un mauvais sort. Aux États-Unis, du café placé sous la maison éloigne les fantômes.

Selon les Anglo-Saxons, celui qui oublie de mettre du café dans la cafetière, recevra un prix ; brûler du café juste avant de partir en voyage porte bonheur.

On peut lire l'avenir dans le marc de café. C'est par ce procédé notamment qu'une diseuse de bonne aventure de Nantes, consultée par le chef vendéen Charette qui venait d'entrer triomphalement dans la ville, vit son exécution prochaine place Viarmes.

Pour pratiquer cette divination, il faut attendre que le marc, déposé par le café dans une cafetière ou une tasse, soit sec ; on y jette alors un peu d'eau qu'on chauffe le temps qu'elle se délaye au marc, on remue le tout avec une cuillère pour le verser en petite quantité dans une assiette. On agite légèrement l'assiette et on répand son contenu dans un autre récipient ; on obtient alors diverses figures, des ronds, des carrés, des triangles, etc., que l'on interprète de la façon suivante :

Si le nombre des ronds ou cercles, plus ou moins parfaits, l'emporte sur la quantité des autres figures, ce signe annonce qu'on recevra de l'argent. S'il y a peu de ronds, il y a de la gêne dans les finances de la personne qui consulte.

Des figures carrées annoncent des désagréments, en raison de leur nombre. Des figures ovales promettent du succès dans les affaires, quand elles sont nombreuses ou distinctement marquées.

Des lignes grandes ou petites, pourvu qu'elles soient saillantes ou multipliées, présagent une vieillesse heureuse. Les ondulations ou lignes qui serpentent annoncent des revers et des succès entremêlés.

Une croix au milieu des dessins de l'assiette promet une mort douce. Trois croix présagent des honneurs. S'il se trouve dans l'assiette un grand nombre de croix, on reviendra à Dieu après la fougue des passions.

Un triangle promet un emploi honorable. Trois triangles à peu de distance l'un de l'autre sont un signe heureux : en général, cette figure est de bon présage.

Une figure qui aurait la forme d'un H annonce un empoisonnement. Un carré long bien distinct promet des discordes dans le ménage.

Si vous apercevez au milieu des dessins de l'assiette une raie dégagée, c'est un chemin qui annonce un voyage. Il sera long, si ce chemin s'étend ; facile si le chemin est net ; embarrassé si le chemin est chargé de points ou de petites lignes.

Un rond dans lequel on trouve quatre points promet un enfant. Deux ronds de cette sorte en promettent deux, et ainsi de suite.

Vous découvrez dans l'assiette la figure d'une maison à côté d'un cercle ? Attendez-vous à posséder cette maison. Elle sera à la ville, car vous voyez un X dans le voisinage. Elle serait à la campagne si vous distinguiez auprès de ce signe la forme d'un arbre, d'un arbuste ou d'une plante quelconque. Cette maison vous sera donnée, ou du moins vous l'aurez par héritage, lorsqu'elle est accompagnée de triangles. Vous y mourrez si elle est surmontée d'une croix.

Vous trouverez peut-être la forme d'une couronne, elle vous promet des succès à la cour.

On rencontre souvent la figure d'un ou de plusieurs petits poissons ; ils annoncent qu'on sera invité à quelque bon dîner. La figure d'un animal à quatre pattes promet des peines. La figure d'un oiseau présage un coup de bonheur. Si l'oiseau semble pris dans un filet, c'est un procès. La figure d'un reptile annonce un maison.

La figure d'une rose donne la santé ; la forme d'un saule pleureur, une mélancolie ; la figure d'un buisson, des retards.

La forme d'une roue est le signe d'un accident. Une fenêtre ou plusieurs carrés joints ensemble de manière à former une espèce de croisée vous avertissent que vous serez volé.

Si vous voyez une tête ou une forme de chien à côté d'une figure humaine, vous avez un ami. Si vous voyez un homme monté sur un cheval ou sur tout autre quadrupède, un homme estimable fait pour vous de grandes démarches. Quand vous apercevez trois figures l'une auprès de l'autre, attendez quelque emploi honorable.

Si vous distinguiez une couronne de croix, un homme de vos parents mourrait dans l'année. Une couronne de triangles ou de carrés annonce la mort d'une de vos parentes également dans l'année qui court.

Un bouquet composé de quatre fleurs ou d'un plus grand nombre est le plus heureux de tous les présages.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"Contre les intrusions en tout genre et selon vos besoins, vous pourrez [...] imiter les superstitieux des USA en mettant du café sous la maison pour écarter les revenants."

 


Symbolisme :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


CAFÉ - ÉNERGIE.

Fortifiez -vous et Dieu fortifiera votre cœur, vous tous qui espérez dans le Seigneur.

— Psaumes. XXX, 25.

Le caféier ou cafier est un grand arbrisseau qui s'élève en droite ligne à la hauteur de trois ou quatre mètres, quoiqu'il ait à peine quelques centimètres de diamètre. Les feuilles sont opposées, larges de deux pouces et longues de quatre à cinq. Les fleurs ressemblent pour la forme, le volume et la couleur, à celles du jasmin d'Espagne. Le fruit du café qu'on appelle ordinairement aux Antilles Cerise du café, ressemble en effet à la cerise pour la grosseur et la couleur. Cette baie renferme dans ses pulpes deux coques minces étroitement unies, dont chacune contient une graine cartilagineuse grise, jaunâtre ou noirâtre, quelquefois ronde, le plus souvent ovale. Ce sont ces graines qui portent plus spécialement le nom de café et qui ont donné à l’arbrisseau qui les porte l'immense renommée dont il jouit.

DU CAFÉ.

Tout le monde connait l'usage que l'on fait du fruit de caféier connu sous les noms de café, de fève d'Hyémen, cau de génie, etc. Or il parait que cet usage remonte à une haute antiquité.

Le caféier, selon Raynal, originaire de la haute Ethiopie croît naturellement dans l'Arabie heureuse, il a été transporté par les Hollandais de Moka à Batavia, de Batavia à Amsterdam, d'Amsterdam au Jardin-des-Plantes à Paris et c'est du pied élevé dans la serre de ce jardin que sont provenus tous les caféiers que l'on cultive actuellement en Amérique.

L'usage du café est aujourd'hui généralement répandu, et surtout en Egypte. « Les Orientaux, dit M. Dutoin, prennent du café toute la journée et jusqu'à trois ou quatre onces par jour : ils le font épais et le boivent chaud, dans de petites tasses, sans lait ni sucre, mais parfumé avec des clous de girofle, de la cannelle, des graines de cumin ou de l'essence d'ambre. Les Persans retirent l'espèce de coque qui enveloppe la semence et ils l'emploient avec la semence même pour préparer l'infusion qui selon eux, en devient meilleure. Quelques personnes après avoir fait griller le café au lieu de le moudre en cet état, versent de l'eau bouillante sur le grain entier et composent ainsi une boisson légère parfumée et salubre. La fève de café torréfiée, réduite en poudre et infusée à l'eau bouillante est la manière la plus généralement usitée. Elle exige, pour être parfaite, beaucoup de soin et de précautions (1). --- Le café pris avec modération détermine une sensation agréable de chaleur dans l'estomac dont il favorise les fonctions ; il excite aussi tout l'organisme, particulièrement le cœur et le cerveau. Que de gens de lettres lui doivent leurs inspirations ! Que d'hypocondriaques, disposés au suicide, lui sont redevables de la conservation de leur existence. Le café apaise subitement les céphalalgies gastriques ; il neutralise les effets de l'opium ; il a aussi le rare avantage de neutraliser les vapeurs enivrantes des liqueurs spiritueuses.

Le café a eu ses panégyristes et ses détracteurs ; les uns l'ont regardé comme l'antidote de la peste, comme convenable à tous les tempéraments, à tous les âges, à tous les sexes et comme pouvant être appliqué dans toutes les maladies : voilà l'exagération ; mais ce que l'on peut affirmer c'est que l'infusion théiforme du café est un tonique fort recommandable et qu'il est employé avec succès dans certaines fièvres et autres maladies.

On fait avec la graine de café diversement préparée, des liqueurs, des élixirs, de la conserve, du sirop, des glaces, des extraits utiles pour être employés dans les voyages de long cours. On a voulu trouver des succédanés à la fève d'Hyémen, mais nous dirons avec Chaumeton : Sont-ils plus dignes de pitié que de mépris, ceux qui prétendent fa briquer avec les glands, l'orge, le seigle, le maïs, les pépins de raisins, les amandes, les racines de chicorée, les fèves, les pois un café indigène égal et même supérieur à celui de Moka ? conte diversement l'origine de l'usage que l'on fait du café. Selon les uns le supérieur d'un couvent de l'Arabie voulant chasser le sommeil de ses derviches qui s'y livraient pendant les offices de la nuit, imagina de leur faire boire l'infusion de la fève du caféier, d'après les effets que ce fruit passait pour produire sur les chèvres qui en avaient mangé. Selon les autres ce fut le Mollach Ehaldely qui fit la première expérience sur lui-même, et comme elle lui procura de douces extases, il la recommanda aux musulmans les plus fanatiques. Ce qu'il y a de certain c'est que la violence des lois et l'austérité de la religion qui vinrent en proscrire l'usage, contribuèrent singulièrement à l'étendre. Des contrées de l'Orient il passa en Europe. Son introduction en France date de l'an 1669. A cette époque un demi kilogramme de grains brûlés coûtait jusqu'à cent vingt francs. Ce fut en 1672 que l'Arménien Pascal ouvrit à Paris la première maison publique où l'on pouvait boire du café.

Nous pensons ne pas devoir terminer cet article sans mettre sous les yeux de nos lecteurs les beaux vers de l'abbé Delille sur le café. Ils seront une preuve frappante de ce que nous avons dit plus haut, c'est-à-dire que c'est à cette liqueur que bien des gens de lettres doivent le plus souvent leur inspiration.


Il est une liqueur au poète plus chère,

Qui manquait à Virgile et qu'adorait Voltaire ;

C'est toi , divin café, dont l'aimable liqueur,

Sans altérer la tête, épanouit le cœur.

Ainsi quand mon palais est émoussé par l'âge,

Avec plaisir encore je goûte ton breuvage.

Que j'aime à respirer ton nectar précieux !

Nul n'usurpe chez moi ce soin délicieux.

Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine

A l'or de ta couleur fait succéder l'ébène ;

Moi seul contre la noix, qu'arment ces dents de fer,

Je fais en le broyant crier ton fruit amer ;

Charmé de ton parfum, c'est moi seul qui dans l'onde

Infuse à mon foyer ta poussière féconde ;

Qui tour à tour calmant, excitant tes bouillons,

Suis d'un œil attentif tes légers tourbillons.

Enfin de ta liqueur fortement séparée,

Dans le vase fumant la lie est déposée ;

Ma coupe, ton nectar, le miel américain,

Que du suc des roseaux exprime l'africain,

Tout est prêt : du Japon l'émail reçoit tes ondes,

Et seul tu réunis les tributs des deux mondes.

Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi ;

Je ne veux qu'un désert, mon Antigone et toi.

A peine ai -je senti la vapeur odorante,

Soudain de ton climat ta vapeur pénétrante

Réveille tous mes sens, sans trouble, sans chaos,

Mes pensers plus nombreux accourent à grands flots.

Mon idée était triste, aride, dépouillée ;

Elle rit, elle sort, richement habillée,

Et je crois, du génie éprouvant le réveil

Boire dans chaque goutte un rayon du soleil. (Delille)


RÉFLEXIONS.

Newton voit tomber une pomme et découvre les lois qui régissent l'univers. Les conséquences sont les échelons du génie.

(Le duc de Lévis.)

Lorsqu'on joint à une imagination vive un esprit juste et la force de méditer, découvre les lois qui régissent l'univers. Les conséquences sont les échelons du ler, on a tous les éléments du génie.

(Le duc de Lévis.)


Note : 1) Un écrivain anglais a dernièrement, dans un journal scientifique, essayé de calculer combien de mètres cubes de café on buvait en Europe chaque année. Il a trouvé que ce que l'on consommait de cette liqueur pouvait alimenter une rivière de dix lieues d'étendue et dont la hauteur serait de un mètre vingt-cinq centimètres. En Angleterre chaque individu mâle consomme environ cent cinquante litres de café par an ; en France environ un tiers en moins.

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Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) propose sa propre vision des plantes :


Le Caféier d'Arabie (Coffea Arabica) est un svelte et élégant arbrisseau toujours vert, dont les feuilles lancéolées, ondulées et luisantes ont une grande analogie avec celles du Laurier. Les feuilles sont blanches, odoriférantes ; le fruit est une baie rouge, du volume d'une cerise environ et formé d'une pulpe qui renferme deux noyaux accolés, ou graines plano-convexes, sillonnées sur la face intérieure et recouvertes d'une enveloppe parcheminée.

Le Caféier, originaire de l'Abyssini , croît particulièrement dans les provinces de Kaffa, – d'où son nom, suivant les étymologistes, - et s'étend de là dans l'intérieur de l'Afrique, jusqu'aux sources du Nil Blanc. Ce n'est que dans le XVe siècle que le Caféier a été trans porté de l’Abyssinie en Arabie , qui est bien vite de venue sa patrie adoptive.

La graine du Caféier, dont l'usage est aujourd'hui universel, contient divers principes (caféine, acide caféique (1)) qui, soumis à l'influence d'une torréfaction légère, dégagent cet arome que tout le monde connaît et apprécie.

Que dire de cette liqueur qui n'ait été dit et chanté par ses dégustateurs passion nés ? Ce qu'il faut avouer, c'est qu'elle mérite les éloges les plus enthousiastes. Cette teinte admirable qui rappelle les tons les plus chauds des régions orientales, ce parfum pénétrant, frère des plus fines essences, et par-dessus tout cette propriété merveilleuse de n'exciter dans l'homme que ses plus nobles facultés, assignent au Caféier le premier rang parmi les végétaux qui d'une manière quelconque fournissent des breuvages à l'humanité. Bien supérieur au vin, qui hébète et dégrade l'homme, le café ne produit d'autre ivresse qu'une ivresse intellectuelle, c'est-à-dire qu'une sorte d'éveil donné aux organes cérébraux. Aptitudes plus vives à percevoir des sensations, à observer des faits scientifiques, à comparer des idées, à créer des œuvres d'imagination, tels sont les effets de cette exquise boisson que prépare pour nous, là-bas, entre les sables torrides et le ciel de feu de l'Ethiopie, la modeste petite graine du Caféier. Humble entre les humbles, dure, terne, comme à demi écrasée, sans parfum et presque sans couleur, elle nous apporte, à nous, déshérités de la lumière, sous notre ciel brumeux, je ne sais quels lointains mirages et quel monde de rêves, où miroitent, ce semble, les reflets de ce flamboyant soleil qui l'a mûrie de ses rayons.

Ce sont les Orientaux qui ont introduit en Europe l'usage du café ; mais on ne sait à quelle époque ils connurent eux-mêmes les vertus de cette graine excellente. Sans passer en revue les diverses traditions suivant lesquelles on cherche à s'orienter dans cette ténébreuse histoire, arrivons au XVIe siècle, où nous trouvons le café apprécié par des populations entières et déjà persécuté par le mahométisme. Les prêtres, en effet, qui en avaient profité les premiers, voyant le peuple déserter les mosquées pour aller encombrer les boutiques où l'on en vendait, poursuivirent de leurs malédictions celte boisson réputée si sainte autrefois. Le café fut assimilé au vin, et conséquemment interdit comme liqueur enivrante, si bien que l'on bâtonna haut et ferme les appréciateurs trop enthousiastes de l'innocente « fève d'Arabie ».

Grâce à cette persécution, - qui, comme toutes les persécutions possibles, porta bien vite ses fruits, - le café devint de plus en plus populaire. Chacun, naturellement, voulut boire de cette liqueur, qu'il fallait parfois acheter au prix d'une bastonnade ; en sorte que, dès la première moitié du XVIIe siècle, il y eut au Caire environ deux mille boutiques de cafetiers. Aujourd'hui le café est dans tout l'Orient une des plus indispensables nécessités de la vie. Il fit, du reste, bien vite son chemin ; introduit en Italie en 1645, et à Londres en 1652, il fut offert aux Parisiens en 1669 par Soliman, ambassadeur de la Porte près de Louis XIV.

Quelques années après le départ de l'ambassadeur turc, un Arménien nommé Pascal s'établit sur le quai de l'École, dans une petite boutique. Autre boutique dans la rue de Bussy, transportée peu après dans la rue Mazarine. Ces établissements se multiplièrent bientôt ; mais, il faut le dire, c'étaient d'horribles et puantes tabagies, et le Café qui, le premier, mérita ce nom, fut celui qu'établit le Sicilien Procope dans la rue des Fossés-Saint-Germain, en face de la Comédie française. Ses débuts furent brillants, et il devint bientôt le rendez-vous des auteurs dramatiques, des gens de lettres et des habitués du théâtre, qui, au milieu des plus turbulentes réunions, discutaient le mérite des pièces nouvelles. C'est là, nous raconte M. le Maout, que se rendit un jour Voltaire, déguisé en Arménien, avec une barbe postiche formidable. On venait de jouer une de ses tragédies. Il s'assit au milieu de ses adversaires, vit se former la cabale qui complotait sa chute pour le lendemain, et nota, avec tous les autres, les vers qui devaient être accueillis par les plus terribles coups de sifflets. Cela fait, les conjurés se séparèrent ; mais, tandis qu'ils dormaient, Voltaire, lui, ne dormit pas. Il veilla même si bien, qu'avant la fin de la nuit son cinquième acte était refait ; appris et répété en six heures, il fut mis à la place de celui de la veille, et quand le rideau fut levé, les siffleurs, désappointés, mystifiés, ahuris et n'y comprenant absolument rien, attendirent inutilement les vers incriminés qui devaient leur servir de signal .

Laissons le café Procope et terminons l'histoire du Caféier. C'est de l'Arabie que nous venait, avant le XVIIIe siècle, tout le café qui se consommait en Europe. Les Européens, toutefois, fatigués de payer des droits exorbitants aux pachas d'Égypte et de Syrie, cherchèrent à s'en affranchir. Les Hollandais se procurèrent quelques pieds de Caféiers dans les environs de Moka, et les transportèrent dans leurs colonies de Surinam et de Batavia.

Quelques échantillons de ces arbustes furent envoyés à Amsterdam et transplantés dans le jardin botanique, où ils fleurirent et se multiplièrent par la culture. Un de ces nouveaux plants, offert à Louis XIV, fut mis au jardin des Plantes, y prospéra, s'y reproduisit, et ce fut alors, vers 1720, que trois de ces jeunes Caféiers français furent confiés au capitaine Desclieux, qui se chargea de les transporter à la Martinique. La traversée fut longue et difficile, l'eau manqua, deux des Caféiers moururent ; le troisième seul fut sauvé par le dévouement du capitaine, qui se priva de boire, afin de pouvoir arroser son pauvre petit passager malade. Bref, celui-ci arriva sain et sauf, et c'est lui qui, à la Martinique, est devenu la souche de toutes les plantations dont se sont enrichies les Antilles.

Lors de l'introduction du café en France, les médecins le considérèrent comme nuisible à la santé ; on a toutefois remarqué que bien des amateurs forcenés de cette boisson sont parvenus à un âge très avancé, Fontenelle et Voltaire entre autres. « Le café est un poison lent, dit un jour quelqu'un devant celui-ci. — Oui, très lent en effet, répondit le malin vieillard, car voilà bientôt quatre-vingts ans que j'en bois, sans qu'il ait produit son effet. »

Il est donc constaté, quoi qu'en ait dit la Faculté, que le café est une liqueur digestive, stomachique, fébrifuge même, et qu'il serait un agent thérapeutique efficace en beaucoup de circonstances, s'il ne servait de boisson habituelle.


Note : 1) Le café contient encore autre chose, s'il faut en croire certains chimistes qui affirment y avoir trouvé du cuivre en proportions telles, que les Européens qui consomment plus de cent millions de kilo grammes de café, mangeraient annuellement quelque chose comme deux cents kilos de cuivre.

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Café :


Sans le café, les quatre-vingt-cinq romans qui composent La Comédie humaine n'auraient certainement pas tous vu le jour. Au café, dont il buvait tasse sur tasse sans sucre et qu'il tenait au chaud sur une veilleuse en porcelaine, Honoré de Balzac dut assurément ses longues veilles laborieuses, mais aussi de mourir, épuisé, à l'âge de cinquante et un ans. Il ne fut d'ailleurs pas le seul parmi les grands écrivains à abuser du café, mais Voltaire, qui en buvait tout autant, vécut jusqu'à quatre-vingt-trois ans et Fontenelle, devenu centenaire, aimait à dire : « Si c'est un poison, c'est un poison bien lent. »

Le café est bien, en effet, un excitant de l'esprit, du mental et plus généralement du système nerveux ; il accroît la vigilance et permet de résister à la fatigue physique et psychique, mais l'excitation qu'il procure ne va pas sans danger, puisqu'elle semble dispenser d'un repos cependant nécessaire pour restaurer les forces usées. madame de Sévigné l'avait bien vu, qui, alors que la vogue du café commençait seulement à se répandre et provoquait des engouements inconsidérés, écrivait à sa fille : «La force que vous croyez que le café vous donne n'est qu'un faux bien, il est à craindre que vous ne vous en aperceviez que trop tard. »

Les biochimistes modernes ont découvert que si l'action du café est aussi prompte, aussi efficace, c'est que la caféine présente une structure comparable à certains des constituants des longues molécules enroulées en spirale de l'acide désoxyribonucléique, support de la vie dans l'organisme. Comme le cacao, comme le tabac, le café n'acquiert son arôme et son pouvoir que par la torréfaction, oxydation au contact d'un feu direct qui exalte les huiles aromatiques renfermées par la plante. Son utilisation suppose donc non seulement la découverte de celle-ci, mais les expériences nécessaires pour révéler ses propriétés utilisables.

Où et comment se sont-elles produites, nous l'ignorons. Tout ce que nous ont appris les recherches récentes, c'est que le caféier croît à l'état sauvage dans la brousse ombragée de la Caffa éthiopienne, d'où lui est venu son nom ; selon les auteurs arabes anciens, il y serait cultivé depuis des temps immémoriaux. Il semble toutefois que le café ait d'abord été un légume, puisque, de nos jours encore, les Gallas d’Éthiopie en consomment les graines bouillies, puis écrasées dans du beurre et assaisonnées de gros sel. Coffea arabica est un arbuste qui peut monter jusqu'à 3 à 4 m, avec des rameaux étalés et de grandes feuilles lancéolées, légèrement gaufrées, d'un beau vert brillant ; les fleurs, petites et en étoile, sont blanches ; les fruits charnus, verts, puis rouges, contiennent chacun deux graines accolées, les grains de café.

Vers l'an mille, l'usage du café gagna l'Arabie, où on le cultiva dans la région de Moka au Yémen, puis en Égypte et en Perse. Cependant, il n'y était certainement pas très répandu encore aux XIIe et XIIIe siècles, puisque les croisés n'en eurent aucune connaissance, et ce n'est qu'au XVIIe siècle que l'Occident en acquit la révélation grâce aux marchands arabes. Le café apparaît en 1615 à Venise, en 1616 à Londres, en 1644 à Marseille, où fut ouvert en 1654 le premier « café », « maison de réunion » où les commerçants marseillais parlaient des affaires, en buvant du café. En 164, on but pour la première fois du café à Versailles ; le roi n'apprécia guère ce breuvage amer et n'en prit que fort rarement, et jamais de thé ni de chocolat. Il fallut un événement exotique pour que le café devînt à la mode. En 1669, arrivait à Paris Soliman Aga, envoyé du sultan auprès de Louis XIV, dont les mœurs piquèrent la curiosité des Parisiens. L'ambassadeur faisait un usage régulier du café, on s'empressa de l'imiter.

Trois ans plus tard, à la Foire Saint-Germain, un Arménien nommé Pascal installa une boutique où l'on ne vendait rien d'autre. Ce fut un triomphe ! En 1702, Procope ouvrit un établissement luxueux, qui existe encore, éclairé de lustres, garni de glaces et de tapisseries, avec des tables de marbre. La bonne société, qui ne pouvait décemment fréquenter les tavernes mal famées, goûta fort cette nouveauté et le « Procope » devint un lieu de rendez-vous très fréquenté, en particulier parles écrivains. Mais sans doute n'apprécierions-nous guère le café tel qu'on le préparait sous Louis XIV, car il était bouilli. L'infusion de café ne fut connue que plus tard, dans le courant du XVIIIe siècle. C'est alors seulement que le café noir pris après le repas et le café au lait du matin s'inscrivirent dans la vie quotidienne.

La demande accrue qui en résultat provoqua l'expansion de la culture du caféier dans le monde, ainsi que l'utilisation de nouvelles espèces : Coffea liberica du Liberia et Coffea robusta du Congo, plantes assurément vigoureuses, mais moins aromatiques, et aujourd'hui encore le café d'Arabie demeure le plus apprécié. C'est lui que les Hollandais introduisirent à Sri Lanka en 1699, puis à Java. Ceylan demeura l'un des principaux producteurs de café jusqu'au jour où, en 1869, un champignon parasite détruisit les cultures ; le caféier fut alors remplacé par le théier, avec le succès que l'on sait. De Java, les Hollandais transportèrent le caféier dans leur colonie de Surinam en Amérique du sud, où la maladie l'épargna ; de Surinam le caféier passa au Brésil dont il a fait depuis la fortune. Quant aux Français, ils plantèrent le caféier à la Martinique et à l'île de la réunion. Le café de Balzac, qu'il prenait grand soin d’acheter lui-même, était un mélange savamment dosé de « moka » d'Arabie, de « martinique » et de « bourbon », c'est-à-dire provenant de l'île Bourbon, l'actuelle Réunion.

Ainsi un modeste légume éthiopien est-il devenu peu à peu une drogue dont l'univers ne peut se passer. Lorsqu'il manque, par exemple pendant une guerre, il faut lui trouver à tout prix des succédanés.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Café (Coffea Arabica) : Cet élixir atténue l'indécision et convient bien aux personnes trop analytiques, vous savez ces personnes qui ont un côté « Vierge ou Balance » trop prononcé. Mais il s'adresse aussi aux sujets qui boivent trop de café, qui ont du mal à se lever le matin, qui ont un tempérament lymphatique, qui manquent de logique dans la façon de raisonner. Ou encore ceux dont le Moi contrôle mal les graisses, lesquelles s'installent autour des neurones, du cœur et des glandes endoctrines.

Nous avons l'occasion ici de rencontrer la première plante de la famille des Rubiacées ; cette famille la plus évoluée du monde végétal dans la direction de l'homme. En effet, le caféier tente par bien des façons à rejoindre le monde animal, monde intermédiaire entre l'homme et le végétal. De plus, il contient de la caféine qui comme l'acide formique facilite la fixation de l'esprit dans le corps physique, alors que les acides oxaliques et uriques jouent le rôle inverse. Autant les deux premiers cités sont les plus grands acides volatiles et donc les meilleurs véhicules du Moi, autant, les deux derniers cités sont les deux les plus pesants du monde matérialisé.

Donc le meilleur antidote de l'urée (produits de désintégration des grosses protéines de la viande par exemple) est la caféine. Pour les scientifiques la parenté est reconnue : la caféine est un dioxyde (di = dieu)-purine et l'urée un trioxyde-purine. rappelons ici que ce processus de désintégration est télécommandé à partir du cerveau, alors que les autres processus de la digestion (lipide et glucide) sont commandés directement par le tube digestif sans le recours du cerveau.

On pourrait dire que le caféier est dans le monde végétal ce que le Moi est dans le corps de l'homme. Tous les deux aiment la chaleur : le caféier pousse sous un climat où les températures voisinent entre 14 et 28 degrés, sans brusque variation. Comme le Moi, il aime les hauteurs : il pousse sur les plateaux situés à 1500 mètres d'altitude. Ses feuilles luisantes sur la face supérieure et blanchâtres sur la face inférieure ont une forme elliptique, rappelant les dendrytes du cerveau humain. Dans la composition chimique de son fruit, on retrouve de la caséine, de la dextrine, des matières azotées (éléments indispensables à l'homme pour vivre sur la planète Terre).

Aux aisselles des feuilles qui poussent toujours par deux le long de la tige, et en position opposée, apparaissent les fleurs dotées d'un parfum ressemblant au jasmin. Une signature martienne apparaît dans le pentagramme formé par les cinq lobes à pré-floraison tordue. Et cela est important pour comprendre ce qui suit. En effet, derrière ce pentagramme se cache un alcaloïde qui excite simultanément les système nerveux, musculaire, cérébral et médullaire : la caféine.

On conseillera donc l'élixir de Café pour les malaises cardiaques (le plus grand muscle), les asystoles, l'asthénie, la paresse intellectuelle, pour les individus à la recherche d'un cerveau musclé ou d'un coefficient intellectuel valable. Mais aussi contre les intoxications par les narcotiques ou l'alcool, contre les syncopes, la somnolence, la perte de mémoire, les évanouissements, les vertiges, les hémorragies cérébrales, les attaques d'apoplexie. Bref, contre tout ce qui touche le thalamus, qi st la chambre réservée du Moi. Pour l'aider dans cette tâche défensive, il peut compter tout particulièrement sur un hydrate de carbone d'excellente qualité : la dextrine. Mais encore sur le chlorogénate de potassium qui est un des meilleurs porteurs du Moi si l'on considère les composés formés par le potassium.

Ce sel unique va porter toute son intelligence dans le système rythmique de l'homme et spécialement dans la sphère digestive. Retenons cette phrase de Steiner : « Ce que vous provoquez dans votre activité pensante lorsque vous faites des exercices de logique, le café le provoque dans la sphère digestive ». Lorsque nous pensons, nous devenons conscient. Lorsque nous prenons de l'élixir de Café, un ordre logique s'installe tout le long du tube digestif, rendant parfaite la digestion du bol alimentaire : le système nerveux est éveillé (la digestion constituerait sa plus grande dépense d'énergie) et les ordres cohérents et ordonnés sont acheminés comme s'il s'agissait dune opération guerrière. Même dans un intestin paresseux, le péristaltisme est alerté et ne doit céder sous aucun prétexte. Les ennemis comme l'urée, les oxalates et les bacilles sont traités comme des ennemis indésirables. On conseillera au passage cet élixir contre la tuberculose de l'intestin grêle.


Mots-clés : pensez à ce pentagramme martien ; au chlorogénate de potassium que Schussler classe pour apporte des bienfaits aux natifs du signe des Gémeaux gouvernés par Mercure. Ce génie qui, des fois dérive au point que la personne se pose trop de questions et ne sait plus comment avancer dans l'action. Le mouvement, c'est la vie et l'élixir de Café vous assure de trouver pour vous le bon rythme.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le Café représente la sollicitude envers toi-même et la franchise en toi-même. C'est le CONTRAIRE DU RÉTRÉCISSEMENT DE TOI-MÊME, DE L'AUTOMUTILATION : dans n'importe quel domaine, qu'il soit psychique, émotionnel ou physique. Le Café demande à l'être humain qu'il ouvre, qu'il élargisse, qu'il dilate sa personnalité, en s'estimant pleinement, et qu'il occupe amplement son espace vital.

L'envie de Café dit : Autorise-toi à occuper largement et amplement ton espace : occupe pleinement la place et le temps qui sont nécessaires pour "être" toi-même.

Respecte-toi ! Lorsque pour ton bien-être il y a une chose qui doit être faite d'abord, alors ne donne pas la priorité à autre chose ! C'est la Vie en TOI qui passe AVANT tout. Tout le reste est secondaire, aussi important que cela puisse paraître. Cela implique aussi que tu ne dois jamais te presser pour un autre, pour une cause ou pour une pensée, pour un but... Tu demeures toujours tranquillement auprès de toi-même, plein de respect.

Le Café exprime ceci : sois d'abord à l'écoute de toi-même, du langage de ton cœur, "qu'est-ce qui est bon pour moi ?"... et ne mets rien à exécution qui va à l'encontre de cela. Ne te lance pas dans quelque chose sans réfléchir, de façon émotionnelle : le Café maintient toujours l'équilibre, possède une Structure Équilibrée et Limpide. Il garde sa maîtrise en toutes occasions. Il connaît la règle de la "priorité" ; c'est la vie royale en toi-même qui demande à avoir la priorité. L'homme qui ne s'ignore pas, qui ne se méconnaît pas. Il se regarde en face, fixe son attention sur lui-même, avec estime. Pour le Café, tous les gens sont égaux, il n'accorde la préférence à personne, il ne discrimine jamais. Il a bon cœur et il veut traiter tous les gens en égaux, il veut faire le bien pour tout le monde. Il ne donnera jamais la priorité à quelque chose ou à quelqu'un pour des motifs qui ne sont pas nobles : parce qu'ils rapportent par exemple à de l'argent, à la position sociale, à la réputation, à l'ambition, à l'obtention d'un diplôme... Il met tout le monde sur un pied d'égalité. Personne ne mérite sa préférence, sauf la Vie même. Il est en premier lieu plein d'Amour et de respect pour son propre Moi vivant. On peut en conclure qu'il est la personnification de l'Homme gentil et chaleureux, qui témoigne un même respect envers tous les êtres existants.

A présent il est branché sur ce qui est Supérieurement divin et Noble en lui ; il ne s'accroche pas à des détails, à des convoitises, au sexe... Il reconnaît et il découvre ce qu'il y a de plus précieux dans chaque être humain, parce que lui-même vit à partir de sa propre source de valeur. Il respecte du fond du Cœur la Vie qui est dans tout ce qui existe !

Celui qui a envie de Café veut donner corps en lui-même à la sphère décrite ci-dessus. Potentiellement elle est déjà présente en lui, mais inconsciemment, il sait qu'il peut encore évoluer dans la direction que le Café veut lui montrer, et que cette expansion de lui-même le mènera plus loin sur son Chemin vers un plus grand bonheur.

Le Café brûle d'impatience de se mettre au travail, de se lancer dans la vie. Il désire faire beaucoup, même soulever des montagnes, mais il a besoin d'un élan. Le Café même croit en lui-même, en sa valeur, en ses capacités de donner un contenu à la vie : en se mettant à l'œuvre avec dynamisme, par son goût du travail et son sens de l'entreprise. Il s'apprête à attaquer, à s'engager énergiquement dans la vie, dans son travail. Ses sens, ses muscles, son système nerveux, son cerveau... tous sont prêts, avec vigueur et acuité, pour convertir les énergies en réalisations.

Il a vraiment "envie" de se lancer, il est plein de courage : ses forces se préparent déjà, avec audace et enthousiasme, en vue de cette entreprise qui s'appelle "la vie", quelle que soit la façon dont cela sera mis en pratique. C'est pourquoi il ne devra jamais accorder à ce qu'il fait ou à ce qu'il essaye d'atteindre dans sa vie plus d'importance qu'à la vie même. Celui qui a une grande envie de Café devra donc bien comprendre ce message ; ce n'est pas le Café en soi qui peut rendre malade ! Mais il est de fait que, si on fait prévaloir d'autres valeurs que la Vie - que le JE vivant - et si ainsi on ne se laisse pas "être" avec suffisamment de respect, ce rejet d'une priorité absolue (LA VIE) pourra finalement rendre quelqu'un malade.

En d'autres termes : le travail ou les idées, les projets d'avenir, l'ambition, "le temps" et le désir de réaliser des performances, le planning structurel, les convoitises, etc... ne peuvent jamais primer : le Café exhorte l'homme à se traiter lui-même comme la donnée Centrale, et cela avec tout son amour et tout son respect.

Le Café incite l'être humain à considérer et à ressentir LA VIE en soi et son propre JE VIVANT comme PLEINS DE SENS, à respecter et à estimer la VIE qui est en lui, à ne pas "s'automutiler", à ne pas se rabaisser, à ne pas se mettre en question, à ne pas se diminuer ou se galvauder ! On devra se revaloriser, en se respectant pleinement : on devra se considérer comme un être qui vaut la peine d'exister, comme un être bon, beau et estimable ! Ce n'est qu'à cette condition que l'on peut devenir vraiment heureux... Sans qu'on n'ait pour cela besoin de boire du Café pour se donner du courage, parce qu'on a le sentiment d'avoir "besoin d'un petit café pour se remonter le moral", car on se trouve soi-même, ainsi que l'existence, couci-couça... : le Café exhorte l'homme au Respect, à l'élargissement de lui-même, il demande qu'il arrête de se "mutiler" soi-même (ainsi que la Vie), de se sous-estimer, de se dénigrer, de se restreindre à n'être qu'un "travailleur", un spectateur de télévision, un père pour ses enfants, un fonctionnaire appliqué, un penseur, etc... tandis que le sens et la jouissance de la VIE même, et surtout le GRANDIOSE ET VASTE JE, sont oubliés !

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Si on ne fait pas cela, le corps, en tant que miroir de ce JE, se mettra à languir et deviendra malade... non à cause du Café, mais bien par l'attitude mutilatrice que l'on adopte envers son propre Je...

Le Café brûle d'envie de se laisser devenir, de donner un "accomplissement" à son être, de permettre à la vie de le parcourir, de parcourir son corps, ses mains, ses actes, son Être entier.

Le Café piétine d'impatience parce qu'il veut éclater dans la vie de façon active et dynamique ; il élargit tout ce qui est présent en lui et dans son corps pour permettre à un maximum de forces de couler à travers lui et d'être utilisées, de façon intense et en un court laps de temps. La sphère du Café ouvre des perspectives, ouvre de nombreux canaux ; elle aide l'homme à être prêt à se jeter dans la vie, tant avec ses sentiments, avec ses pensées, qu'avec ses actes.

La sphère du Café réclame un "élargissement" psychique, émotionnel, spirituel, ce qui fait que toutes les voies physiques sont élargies et que l'énergie vitale circule plus aisément.

Le fait d'être prêt à faire quelque chose, de façon enthousiaste et plutôt tendue, ne peut faire aucun tort, tant que l'être humain n'associe pas cela à la "convoitise", au fait de s'exciter et d'être stressé, parce qu'il veut coûte que coûte avoir ou atteindre quelque chose. Il ne doit pas toujours se tenir prêt de façon tellement tendue ou raidir tellement ses pensées.

Le Café symbolise l'enthousiasme : tu es plein de confiance et tu veux foncer ! Tu désires avancer ! Tu en as vraiment envie !

Qui a une très forte envie de Café ? Celui qui se cabre quand on le dérange : "Laissez-moi tranquille ; je préfère être au calme et seul avec moi-même !" L'enthousiasme est violé par la tension nerveuse et sombre et par les sentiments de frustration. Les énergies semblent bloquées à partir dune sorte de sentiment d'insatisfaction, relatif à son propre je, relatif à sa propre vie. Au fin fond de lui-même, il est possible que l'homme soit fâché contre son propre JE. Il désire l'élargissement, la revalorisation, l'expansion de lui-même, il a besoin de plus d'estime de soi, ainsi que du courge et de la vitalité qui en découlent tout naturellement : il aspire à la sphère du Café. Bien sûr il a besoin de se reposer sur lui-même de façon intense et d'être seul avec lui : pour se retrouver dans une concentration totale, avec respect et tranquillité.

Celui qui déborde de forces acérées et agressives, mais qui les vit trop peu à la lumière de la joie, du bonheur et de sa satisfaction. Il est bourré d'énergies mais ne parvient pas directement à les engager de la façon adéquate. Il est habité par une nervosité trop sombre. Son cœur réclame un Cadre (une structure) ouvert, lumineux, clair, gai, optimiste et limpide, à l'intérieur duquel il peut laisser fonctionner ses énergies.

Celui qui réfléchit beaucoup, mais qui considère parfois les choses avec un regard trop lourd et avec une trop grande nervosité, désire avoir un champ de vision plus ouvert et une atmosphère plus calme dans son for intérieur. La sphère du Café allège, illumine et lui permet de respirer à nouveau.

Cet être humain est bourré de forces potentielles, mais il demeure trop "assis" sur elles ; il se lamine lui-même pour ainsi dire ; il opprime ses énormes ressources potentielles par une sorte de sévérité, par un travail cérébral dur, par une restriction et une sous-estimation de lui-même. Il ne parvient pas directement à les déployer. Il ressent vaguement une frustration parce que dans le fond, il aimerait faire (beaucoup) plus. En pensée, il devance parfois son temps.

Il s'agit de la frustration due au fait de ne pas pouvoir être lui-même dans toute son ampleur : il fera bien de s'élargir... Il est possible que cet être humain soit irrité, fâché ou triste du fait que les choses ne se passent pas comme il le voudrait... mais en fait il s'agit déjà d'une Conséquence de la frustration de base qui résulte d'un rétrécissement, d'une mutilation de son propre Être, qui est vaste et spacieux.

On garde son champ de vision restreint ou on limite littéralement son espace vital, on s'emprisonne dans un système ou on se place sous la pression d'une Autorité... : on n'occupe pas toute l'ampleur de son propre espace. Les forces ne peuvent pas circuler librement. On se met à considérer les choses d'une façon de plus en plus sombre et n'aspire vivement à "une lumière et à une expansion", au salut et à l'élargissement : le Café.

On doit cesser de s'énerver pour des choses ou pour des gens, parce qu'on n'obtient pas ce qu'on "convoite"... : cette convoitise est la conséquence du fait qu'on se laisse insuffisamment ÊTRE. On ne convoite que les choses hors de soi-même qui symbolisent ce qu'on ressent en soi-même comme un "manque". On veut par exemple plus d'argent quand on ne reconnaît pas sa propre valeur (ce que l'argent symbolise)... Ou on attend "des autres" qu'ils fassent telle ou telle chose autrement... Cela n'a aucun sens de "convoiter" ou de désirer les choses qui se situent hors de soi ! Il faudra toujours résoudre tout cela En soi-même. Si on parvient au Respect de Soi, à la Satisfaction pour son propre ÊTRE, alors tout ce qui est bon adviendra, tout ce qui est nécessaire pour être heureux sera là. Le Café dit : "Ne convoite pas ce qui est hors de toi, mais élargis ton sentiment de Vie avec Gratitude ! Respecte ce qui est vraiment précieux ! Lâche prise avec tout le reste... et tout ce qui est nécessaire te réussira automatiquement."

Le Café réclame une Transformation : que l'être humain développe ses énergies à la lumière de la vie et à partir du Cœur, et non pas au service de valeurs temporelles et limitées. Il désire se hausser jusqu'à un niveau "plus élevé et plus lumineux" : au niveau des valeurs éternelles, des intentions qui ont vraiment un sens. L'arrière-plan de la mort et de l'inanité demande à être supprimé. Le buveur de Café recherche ce qui a du "sens" dans l'existence, afin de pouvoir tout accomplir de façon plus détendue, heureuse, pleine de joie et éclairée. Il veut en fait planer un peu plus haut que l'inférieur : il désire s'élever un peu au-dessus e la sphère ordinaire ; il veut (quoique inconsciemment) s'engager dans le domaine philosophique, vaste, quasi cosmique de la vie. Dans son cœur il aspire à contempler les choses de haut et à les relativiser. Et ainsi les pensées cessent d'être dirigées par des émotions ou pas une tendance nerveuse et impatiente ; il n'est plus entraîné par elles.

Celui qui se ronge les ongles, qui se gratte dans les cheveux, qui se comporte dans la vie d'une manière plutôt agressive-impatiente, désire peut-être se "remplir" de Café de façon exagérée : parce que le Café

A suivre

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Littérature :


J. Rambosson, auteur d'une Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), rapporte une polémique qui eut lieu autour d'un écrit de Pascal puis nous parle de Balzac :


Dans l'importante discussion sur l'authenticité des pièces attribuées à Pascal, le célèbre philosophe, qui a eu lieu récemment à l'Académie des sciences, M. Faugère a puisé un de ses arguments dans l'origine de l'usage du café. Il s'agissait de l'une des notes que Pascal aurait envoyées à Boyle en 1652 : « On donne, est-il dit dans cette note, comme un effet de la vertu attractive la mousse qui flotte sur une tasse de café, et qui se porte avec une précipitation très sensible vers les bords du vase. »

« Une pareille observation, dit M. Faugère, suppose que l'usage du café était déjà répandu en France du temps de Pascal. Or, ce ne fut qu'en 1669, c'est-à-dire sept ans environ après sa mort, que Soliman-Aga, ambassadeur de Turquie auprès de Louis XIV, introduisit dans la société parisienne l'usage du café. »

M. Ed. Fournier a également cité la phrase relative à la mousse du café ; il a ajouté : « La première mention que je connaisse à Paris de l'usage du café se trouve dans la Muse Dauphine du 2 décembre 1666, quatre ans après la mort de Pascal.

M. Chasles a répondu en faisant remarquer qu'on lit dans le dictionnaire de Bouillet : « On prit du café pour la première fois à Venise en 1615, et à Marseille en 1654. Le voyageur Thévenot l'apporta à Paris en 1657 ; mais ce fut l'ambassadeur Soliman-Aga qui le mit tout à fait à la mode en 1669. »

Plus loin il cite un érudit, littérateur et antiquaire, Dufour, né en 1622, qui était en relation principalement avec tous les voyageurs de son temps, et qui composa en 1671 un livre : De l'usage du caphé, du thé et du chocolate, réimprimé en 1684 avec de grands changements, sous le titre de Traitez nouveaux et curieux du café, du thé et du chocolaté ; on lit dans cette édition: « Le café n'a été connu en France que depuis environ quarante ans ; et si je ne me trompe, il n'y en a guère plus de vingt-cinq que l'on a commencé à s'en servir. Apparemment il a été plusieurs années en usage chez les particuliers, avant que de passer dans la connoissance du public. »

M. Chasles ajoute : « Ainsi, d'après Dufour, le café avait été en usage chez les particuliers environ quarante ans avant 1684, c'est-à-dire vers 1644. On peut croire assurément que Pascal, qui était jeune alors, répandu dans le monde et avide de tout progrès, n'aura point été des derniers à connaître le café ; qu'il l'a donc connu, goûté, expérimenté bien avant l'année 1652, date attribuée à la note où il en parle. »

Le premier café public ouvert à Paris fut formé en 1672, à la foire de Saint-Germain, par un Arménien nommé Pascal. Curieux rapprochement, ce cafetier portait le même nom que le philosophe illustre dont nous venons de parler, et ces deux noms sont rapprochés ici par les circonstances actuelles d'une manière bien inattendue ; après la foire, Pascal transporta sa boutique dans la rue de Buci.

[...]

Les expériences très curieuses de Balzac, exprimées d'une manière si originale par l'illustre romancier, sont de nature à intéresser nos lecteurs.

« Rossini a éprouvé sur lui-même, dit-il, les effets que j'avais déjà éprouvés sur moi. Le café, m'a-t-il dit, est une affaire de quinze ou vingt jours, le temps fort heureusement de faire un opéra.

« Le fait est vrai ; mais le temps pendant lequel on jouit des bienfaits du café peut s'étendre. Cette science est trop nécessaire à beaucoup de personnes pour ne pas décrire la manière d'en obtenir les fruits précieux.

« Vous tous, illustres chandelles humaines qui vous consumez par la tête, approchez et écoutez l'évangile de la veille et du travail intellectuel.

« Le café concassé à la turque a plus de saveur que le café moulu dans un moulin.

« Le principe délétère du café est le tannin, substance maligne que les chimistes n'ont pas encore étudiée. Quand les membranes de l'estomac sont tannées, ou quand l'action du tannin particulier au café les a hébétées par un usage trop fréquent, elles se refusent aux contractions violentes que les travailleurs recherchent. De là des désordres graves si l'amateur continue.

« En concassant le café, vous le pulvérisez en molécules de formes bizarres qui retiennent le tannin et dégagent seulement l'arome. Voilà pourquoi les Italiens, les Vénitiens, les Grecs et les Turcs peuvent boire incessamment sans danger du café que les Français traitent de cafio, mot de mépris. Voltaire prenait de ce café-là.

« Retenez donc ceci : Le café a deux éléments ; l'un, la matière extractive que l'eau chaude ou froide dissout vite, lequel est le conducteur de l'arome ; l'autre, qui est le tannin, résiste davantage à l'eau et n'abandonne le tissu aréolaire qu'avec lenteur et peine. D'où cet axiome :

« Laisser l'eau bouillante, surtout, longtemps en contact avec le café, est une hérésie ; le préparer avec l'eau de marc, c'est soumettre son estomac au tannage.

« Enfin, j'ai découvert une horrible et cruelle méthode, que je ne conseille qu'aux hommes d'une excessive vigueur, à cheveux noirs et durs, à peau mélangée d'ocre et de vermillon, à mains carrées, à jambes en forme de balustres, comme ceux de la place Louis XV. Il s'agit de l'emploi du café moulu, foulé, froid et anhydre, mot chimique qui signifie peu d'eau ou sans eau, pris à jeun. Ce café tombe dans votre estomac. Dès lors tout s'agite, les idées s'ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l'artillerie de la logique arrive avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent, le papier se couvre d'encre, car la veille commence et finit par des torrents d'eau noire, comme la bataille par sa poudre noire.

« J'ai conseillé ce breuvage ainsi pris à un de mes amis qui voulait absolument faire un travail promis pour le lendemain ; il s'est cru empoisonné, il s'est recouché, il a gardé le lit comme une mariée. Il était grand, blond, cheveux rares ; un estomac de papier mâché, mince. Il y avait de ma part manque d'observation. »

Le café est donc l'excitant spécial des fonctions intellectuelles ; il stimule l'esprit engourdi, fait germer et croître les idées, et laisse en paix la raison : [suit le poème de Delille cité plus haut]

Le café peut sans doute être très favorable aux travaux et à la santé des gens de lettres lorsqu'ils en usent modérément ; il est, d'ailleurs, pour tous les hommes un stimulant trop agréable et trop avantageux à l'exercice des facultés de l'esprit pour qu'on doive se permettre de l'interdire.

Le café convient également lorsque les facultés intellectuelles sont tombées dans une sorte d'anéantissement, qui force quelquefois d'interrompre toute espèce de travaux de cabinet, pourvu cependant que cet état ne soit pas dû à des contentions d'esprit trop longtemps prolongées ; car si le cerveau se trouvait affaissé par l'effet d'un travail opiniâtre, il serait à craindre que l'excitation produite ordinairement par le café sur les fonctions de cet organe, venant à augmenter celle dans laquelle il se trouverait déjà, ne jetât les facultés de l'entendement dans un état de torpeur et d'accablement plus intense que celui qui existait auparavant.

Les individus d'un tempérament mélancolique, d'un caractère sombre, et dont les idées sont ordinairement dirigées vers la tristesse, peuvent également recourir à cette boisson pour dissiper le sentiment de malaise, l'espèce de douleur sourde qui accompagnent leur digestion, et pour se soustraire aux chagrins, aux craintes paniques, à l'ennui et aux angoisses pénibles qui souvent les accablent.

Car rien n'égaye autant l'esprit et ne chasse d'une manière aussi sûre le chagrin et l'ennui que cette boisson délectable ; mais pour qu'elle produise toujours sur eux le même effet ils ne doivent pas en prendre trop souvent. Alors ils n'auront point à craindre d'éprouver des tremblements, des étourdissements et de tomber fréquemment dans des accès d'hypocondrie, puisque son usage modéré contribue puissamment à éloigner ces deux dernières affections, lorsqu'elles dépendent particulièrement de l'embarras des viscères abdominaux occasionné par la lenteur de la circulation veineuse dans le bas-ventre.

[Selon] Brillat-Savarin [...] :

« Voltaire et Buffon prenaient beaucoup de café; peut-être devaient-ils à cet usage, le premier la clarté admirable qu'on observe dans ses œuvres, le second l'harmonie enthousiaste qu'on trouve dans son style. Il est évident que plusieurs pages des traités sur l'homme, sur le chien, sur le tigre, le lion et le cheval ont été écrites dans un état d'exaltation cérébrale extraordinaire. [...]

Les expériences faites par Balzac et Rossini viennent à l'appui de ces observations. « L'état où vous met le café pris à jeun dans lés conditions magistrales, dit Balzac, produit une sorte de vivacité nerveuse qui ressemble à celle de la colère ; le verbe s'élève, les gestes expriment, une impatience maladive ; on veut que tout aille comme trottent les idées ; on est braque, rageur pour des riens ; on arrive à ce variable caractère du poëte tant accusé par les épiciers ; on prête à autrui la lucidité dont on jouit. Un homme d'esprit doit alors bien se garder de se montrer ou de se laisser approcher.

« J'ai découvert ce singulier état par certains hasards qui me faisaient perdre sans travail l'exaltation que je me procurais. Des amis, chez lesquels je me trouvais à la campagne, me trouvaient hargneux et disputailleur, de mauvaise foi dans la discussion. Le lendemain, je reconnaissais mes torts et j'en cherchais la cause. Mes amis étaient des savants de premier ordre, nous l'eûmes bientôt trouvée. Le café voulait une proie. »

[...]

M. le docteur Virey fait observer que sous Louis XV les cafés à Paris exerçaient un puissant empire sur le public, et que la renommée du café Procope, où se rassemblaient les beaux esprits de ce temps, n'est pas étrangère à l'histoire politique du dix-huitième siècle, non plus qu'à la philosophie, comme on peut le voir par la correspondance littéraire de Grimm.

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