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Le Laurier-rose



Autres noms : Nerium oleander ; Bâton de Saint-Joseph ; Damne ; Fleur de Saint-Joseph ; Rodandrum ; Laurandro ; Rodafine ; Léandré ; Lorion ; Laurier aux roses ; Laurose ; Laurier-fleur ; Laoussié ; Rosage ; Rosagine ; Oléandre ; Nérion ; Rhododaphné.




Botanique :


Dans Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), J. Rambosson poursuit la tradition du sélam à la mode au XIXe siècle, tout en proposant quelquefois une description botanique :


Laurier-rose. — Cet arbrisseau, cultivé maintenant dans tous nos jardins, est originaire du Levant et de la Barbarie ; il croît spontanément sur le bord des eaux, en Italie, en Espagne, en Grèce et dans le midi de la France.

Le laurier-rose se fait remarquer par son feuillage élégant et par l'éclat et la grandeur de ses fleurs, très nombreuses, qui varient du rose au blanc.

Il contient un suc acre, laiteux et caustique, qui est un poison pour l'homme et pour les animaux. Les Maures de la Barbarie réduisent le bois de cet arbrisseau en charbon, et le font entrer dans la fabrication de la poudre.

 

Monographie sur le laurier-rose, proposée par Meryem El Fennouni dans sa thèse intitulée Les plantes réputées abortives dans les pratiques traditionnelles d’avortement au Maroc. (Université Mohammed V, faculté de médecine et de pharmacie - Rabat, 2012) :

Laurier rose
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Dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. nous rappellent que :


Parties toxiques : Toute la plante est toxique, à l'état frais comme à l'état sec, même après ébullition. Par ailleurs, les feuilles seraient responsables de dermatoses de contact. Le latex est responsable d'irritations oculaires sévères.

La plante brûlée dégage une fumée toxique. [...]


Doses toxiques :

  • Chez l' enfant, une seule feuille pourrait entrainer la mort.

  • Chez l'adulte, l'ingestion de 3 à 10 feuilles a été responsable de troubles très sérieux selon les cas ; la dose létale a été estimée à 4 g de feuilles. Une consommation de feuilles supérieure à 0,5 mg/kg causerait la mort d'un sujet insuffisant cardiaque.

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Usages traditionnels :


D'après les travaux de Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. consignés dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) :


Usages traditionnels : Le laurier rose figure dans la plupart des pharmacopées traditionnelles des zones où il pousse : lèpre, malaria, maladies vénériennes, morsures de serpent, lutte contre les insectes sont ses indications principales.

La décoction de feuilles a, depuis longtemps, la réputation de traiter la gale ; on l'emploie, également, sous forme de compresses pour toutes les dermatoses, les affections cutanées, la chute des cheveux et les maux de tête. En application, Ie latex traite l'eczéma et les rages de dent.

Certains prennent Ie risque d'absorber la décoction de feuilles pour traiter Ie diabète, la syphilis et comme abortif. La racine, en fumigations, est réputée dans Ie traitement des affections gynécologiques.

La plupart de ces usages, relevés en Algérie, se retrouvent en Tunisie et au Maroc ou Ie laurier rose est, également, utilisé comme traitement d'appoint des douleurs rhumatismales et articulaires, sous forme de pointes de feu.

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Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Laurier-rose - Méfiance.

Cet arbuste, au port si gracieux, aux fleurs d’un si beau rose, est aussi un poison. Le suc du laurier-rose, app1iqué sur la peau, fait des plaies difficiles à guérir.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Laurier-rose - Douceur - Beauté.

Cette espèce demande beaucoup de soins ; il dut la garder en serre chaude afin qu'elle donne de jolies fleurs doubles rouges ou blanches.


Le soldat d'Ismaël, assis sur ces décombres,

Insulte aux grandes ombres

Des enfants d'Hercule en courroux.

N'entends-je pas gémir sous ces portiques sombres,

Mânes des trois cents , est-ce vous ?...

Eurotas ! Eurotas ! que font ces lauriers-roses

Sur ton rivage en deuil, par la mort habité ?

Est-ce pour faire outrage à ta captivité

Que ces nobles fleurs sont écloses ? (CASIMIR DELAVIGNE.)

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Laurier-rose (Nerium oleander) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Amour ; Influences négatives

Parties toxiques : Les fruits, un peu les fleurs.


Utilisation magique : Jusqu'à une époque toute récente, pour les magiciens italiens avoir du Laurier-rose chez soi apportait à coup sûr la maladie, la pauvreté, voire le déshonneur.

En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, l'essence des fleurs entre parfois dans la composition des charmes d'amour. Notons cependant que les recettes qui l'utilisent sont strictement réservées à un usage externe. Et jamais, nulle part, on ne fait entrer dans la maison cette plante, pourtant très décorative.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Ses petites fleurs blotties au creux de feuilles rigides, brillantes et odorantes claironnent : "triomphe ! gloire !". Et ajoutent "je suis le plus heureux". A vous de savoir si le laurier-rose est heureux de son triomphe ou du vôtre, ou des deux à la fois. Lorsque ses fleurettes sont roses, il se fait sentimental et invoque votre beauté et votre douceur. Lorsqu'elles sont blanches, il reconnaît son indécision devant l'amour. Ou vous reproche la vôtre.

Le laurier-rose fleurit, sculpté sur les murs des tombeaux des pharaons. Il embaume là où il fait bon vivre, dans les jardins Boboli à Florence, autour des statues de la villa Médicis à Rome ou dans les patios de Cadix. Quant aux couronnes de feuilles de laurier, sous l'Antiquité, elles récompensaient grands hommes, artistes, savants, héros, dieux et déesses. Napoléon, qui pensait que la belle couronne verte faite de deux rameaux encadrant son front seyait à sa modestie, la remit à la mode. Elle envahit alors irrésistiblement les bas-reliefs, tapis, papiers peints et meubles Empire.

Mucha, créateur à la Belle Epoque, des plus belles affiches du siècle, mêlant en arabesques femmes et fleurs rares, arme Sarah Bernhardt d'une branche de laurier haute comme elle et lui compose une couronne de fleurs de laurier. Ce somptueux portrait contribue à son succès durant ses tournées outre-Atlantique? Quant aux jeunes filles et jeunes gens de l'an 2000, ils portent tous, ou presque, une couronne de laurier invisible puisque, en tant que bacheliers, ils sont "baccalarii", "porteurs de baies de laurier".


Mot-clef : "Mon cœur balance"

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


OLEANDRE (Nerium oleander). — En Toscane, on l’appelle mazza di San Giuseppe (bâton de saint Joseph), et les femmes du peuple prétendent que le bâton a commencé à fleurir dès que saint Joseph l’eut pris dans ses mains ; la signification de cette légende est probablement phallique. Dans l’Inde, le Karavîra ou nerium odorum passe pour une fleur funéraire ; c’est pourquoi, dans le drame Mricchakatiká, le jeune C’àrudatta place une couronne d’oléandre sur sa tête, en allant à la mort. En Italie aussi, l’oléandre a une signification sinistre et funéraire. À Venise, l’oléandre a donné lieu à tous ces proverbes superstitieux : « El leandro porta disgrazie ne le case. La xe la pianta de la mala sorte. Co’ mor el leandro, vien tante disgrazie in famiglia. El fior de leandro, no se mete in testa, perchè el fa cascar i cavei (les cheveux), e el fa fermar i corsi (les mois) a le done. » En Toscane, on couvre souvent les morts avec des fleurs d’oléandre ; en Sicile, l’usage était autrefois si répandu qu’il a même donné lieu au mot allannarari, qui signifie couvrir avec des fleurs d’oléandre, d’après le récit qui suit, de M. Amabile, Canti populari del circondario di Modica (1876) : « I morti, fra noi, nei tempi scorsi, venivano sparsi di fiori di oleandro ; ma, cessato il costume, restó la parola ; sicchè l’allannaratu è imprecazione non più compresa, ma comunissima in Chiaramonte :

La vitti allannarata ni lu liettu,

Avia la parma e li manuzzi ’ncruci.


En sanscrit l’oléandre est appelle açvaghna « celui qui tue le cheval ». Le peuple italien l’appelle ammazza-cavallo ou ammazza l’asino ; c’est bien pourquoi l’âne de Lucien et d’Apulée craint pour lui-même la présence de l’oléandre.

Les Français l’appellent, du grec ..., laurier rose. D’après Photius, sur le tombeau d’Amykus poussait un oléandre ; celui qui en goûtait les fleurs était excité à la lutte. Pline parle d’un miel du Pont que l’on ne vendait pas, parce que, tiré des fleurs d’oléandre, il était considéré comme vénéneux.

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Littérature :


Le Laurier du Généralife

Dans le Généralife il est un laurier-rose, Gai comme la victoire, heureux comme l’amour. Un jet d’eau, son voisin, l’enrichit et l’arrose ; Une perle reluit dans chaque fleur éclose, Et le frais émail vert se rit des feux du jour.


Il rougit dans l’azur comme une jeune fille ; Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair. On dirait, à le voir sous l’onde qui scintille, Une odalisque nue attendant qu’on l’habille, Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.


Ce laurier, je l’aimais d’une amour sans pareille ; Chaque soir, près de lui j’allais me reposer ; À l’une de ses fleurs, bouche humide et vermeille, Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille ! J’ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser…


Généralife, 1843.

Théophile Gautier, "Le Laurier du Généralife" in Espana, 1845.

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