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  • Anne

La Raiponce




Étymologie :

  • RAIPONCE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1455 response ([René d'Anjou], Regnault et Jehanneton, éd. M. du Bos, p. 59) ; 1564 raiponce (Thierry: Raiponce qu'on mange en salade, Rapunciolum). Empr., avec croisement avec l'a. fr. et m. fr. raïs « racine ; rave » (v. raifort), à l'ital. raponzo (aussi raponzolo et raperonzolo), att. en Toscane dep. le xive s. (ds O. Penzig, Flora popolare italiana, t. 1, p. 90 d'apr. FEW t. 10, p. 73b), dér. mal expliqué de rapa « rave » (v. ce mot et FEW, loc. cit.).


Lire également la définition du nom raiponce afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Phyteuma spicatum ; Bostet ; Raiponce en épi ;





Botanique :







Usages traditionnels :

Robert Fritsch, dans sa préface à la réédition de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) du médecin-botaniste Alfred Chabert nous apprend que :


La pomme de terre, par exemple, fut introduite au fond des vallées de Savoie assez tardivement, à la fin du XVIIIe ou au seuil du XIXe siècle. De quoi se nourrissait-on avant elle, du moins comme équivalent ? La réponse locale pour la Savoie serait la rave, ce qui a même valu le sobriquet de mangeurs de raves aux savoyards de jadis. Mais d'anciens textes signalent, en d'autres régions, un ersatz plus raffiné : Ronsard et Rabelais, au XVIe siècle citent la Raiponce dont ils se sont régalés à certaines tables. Or le terme de Raiponce dérive de Rapa, rave, et rappelle étrangement la convergence d'emploi avec nos mangeurs de ce légume. Rave et Raiponce sont pourtant de familles bien différentes. L'ethnobotanique historique nous renvoie donc à des rapprochements inattendus, et en tout cas d'un logique populaire rigoureuse.

[...]

Alfred Chabert dans l'ouvrage précité nous donne quelques précisions sur les parties de la plante utilisées :


Celles [les jeunes feuilles] du bostet, Phyteuma spicatum, au contraire, jouissent encore d'une certaine vogue [alimentaire] dans quelques vallées alpines.

[...]

Les jeunes tiges de diverses campanules et raiponces, Phyteuma, [...] se mangent cuites à l'eau.

[...]

La Savoie possède peu de plantes dont les rhizomes non tuberculeux soient alimentaires. M'ont été indiquées comme telles : [...] les raiponces, Phyteuma spicatum et surtout Halleri. Celle-ci est fort recherchée, ce qui explique sa rareté.

*

*

Lors du stage de survie d'août 2022 en compagnie de Gabriella Carramana, nous avons dégusté les racines de la raiponce en épi de différentes manières (les feuilles, les fleurs et les tiges étant toutes grillées par la canicule, nous n'avons pu que gratter la terre !) :

  • crues en apéritif

  • crues, découpées en petits morceaux, dans la salade

  • frites avec des feuilles vertes bouillies

  • en beignets

 




Symbolisme :


Selon Philippe François Nazaire Fabre d'Églantine, auteur du Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française :


Dans le calendrier républicain, la Raiponce était le nom attribué au 1er jour du mois de frimaire.




Contes et légendes :


Le célèbre conte des frères Grimm dans la traduction de Félix Frank (1837-1895) et E. Alsleben :

RAIPONCE

Il était une fois un mari et son épouse, qui souhaitaient depuis longtemps avoir un enfant. Un jour enfin, la femme caressa l’espoir que le Bon Dieu exaucerait ses vœux.

Ces gens avaient à l’arrière de leur maison, une petite fenêtre depuis laquelle ils pouvaient apercevoir un splendide jardin où poussaient les plus belles fleurs et les meilleures simples ; mais il était entouré d’un haut mur et personne ne s’y risquait car il appartenait à une puissante magicienne que tous craignaient.

Un jour, la femme se tenait devant la fenêtre et regardait dans le jardin. Là elle vit une plate-bande où poussaient de belles raiponces qui paraissaient si fraîches et vertes qu’elle eut une grande envie d’en manger.

L’envie grandissait chaque jour et comme elle savait qu’elle ne pourrait pas en avoir, elle dépérissait, pâlissait et prenait un air de plus en plus misérable.

Alors le mari prit peur et demanda :

— Que te manque-t-il ma chère épouse ?

— Hélas, répondit-elle, si je ne peux manger de ces raiponces du jardin derrière notre maison, alors je mourrai.

L’homme qui aimait sa femme pensa :

— Eh, laisseras-tu ton épouse mourir ? Va lui chercher des raiponces quoiqu’il put t’en coûter.

Lorsque le crépuscule fut arrivé, il escalada le mur du jardin de la magicienne, cueillit rapidement une pleine poignée de raiponces et les rapporta à son épouse. Elle s’en fit aussitôt une salade et la mangea d’un coup avidement. Elles lui plurent tant que le jour suivant, elle en eut encore trois fois plus envie. Pour la calmer, l’homme dut encore une fois escalader le mur du jardin. Il le fit à nouveau au crépuscule. Mais tandis qu’il grimpait au mur il fut brusquement effrayé car il aperçut la magicienne qui se tenait devant lui.

— Comment peux-tu te risquer, dit-elle avec un regard plein de courroux, à pénétrer dans mon jardin et à me voler mes raiponces comme un brigand ? Tu vas être puni !

— Hélas, répondit-il, faites moi grâce et justice. Je ne l’ai fait que par nécessité. Mon épouse a vu vos raiponces depuis notre fenêtre et elle en conçut une telle envie qu’elle serait morte si elle n’avait pas pu en manger. La magicienne laissa alors tomber son courroux et lui dit :

— Prends-en autant que tu voudras, j’y mets seulement une condition :

— Tu dois me donner l’enfant que ta femme mettra au monde. Il sera bien traité et je m’en occuperai comme une mère.

L’homme par peur acquiesça à tout, et lorsque après quelques semaines sa femme accoucha, apparut immédiatement la magicienne, qui donna le nom de Raiponce à l’enfant et l’emmena avec elle.

Raiponce devint la plus belle enfant qui soit. Lorsqu’elle eut douze ans, la magicienne l’enferma dans une tour qui se dressait dans une forêt et qui ne possédait ni escalier ni porte ; seule tout en haut, s’ouvrait une petite fenêtre.

Quand la magicienne voulait entrer, elle se tenait au bas et appelait :

— Raiponce, Raiponce, dénoue et lance vers moi tes cheveux !. Raiponce avait de longs et splendides cheveux fins et filés comme de l’or. Lorsque la voix de la magicienne lui parvenait, elle dénouait ses nattes, les passaient autour d’un crochet de la fenêtre et les laissait tomber vingt pieds plus bas. Ainsi grâce à ceux-ci la magicienne pouvait grimper dans la tour.

Une paire d’années passa lorsque le fils du roi qui chevauchait par ces bois vint à passer près de la tour. Il entendit un chant qui était si doux qu’il s’arrêta et écouta. C’était Raiponce, qui dans sa solitude passait le temps en chantant et faisait résonner sa douce voix. Le fils du roi voulut monter auprès d’elle et chercha une porte : mais il n’en trouva aucune. Il s’en retourna alors chez lui. Mais le chant l’avait tellement ému, que chaque jour il partait pour les bois pour l’écouter. Une fois alors qu’il se tenait sous un arbre, il vit la magicienne venir et il l’entendit appeler :

— Raiponce, Raiponce, dénoue et lance vers moi tes cheveux !.

Alors Raiponce laissait tomber ses tresses et la magicienne grimpait à elle.

— Est-ce l’échelle par laquelle on y parvient, alors je veux aussi une fois tenter ma chance.

Et le jour suivant, tandis que le crépuscule pointait, s’en alla-t-il vers la tour et appela :

— Raiponce, Raiponce, dénoue et lance vers moi tes cheveux !.

Aussitôt, la chevelure chut et le prince escalada la tour.

Au début Raiponce fut horriblement effrayée qu’un homme vint jusqu’à elle alors qu’elle n’en avait jamais vu un de ses yeux. Aussi le prince commença à lui parler amicalement et lui raconta que son cœur avait été si profondément ému par son chant qu’il ne l’avait plus laissé en paix et que lui même se devait de la rencontrer.

Raiponce se sentit rassurée et tandis que le prince lui demandait si elle souhaitait l’avoir pour époux elle vit qu’il était jeune et beau. Elle pensa alors :

— Il préfère m’avoir plutôt que la vieille Gotel, et lui dit oui et mit sa main dans la sienne. Elle prononça ces mots :

— Je veux bien venir avec toi mais j’ignore comment descendre. Lorsque tu viendras, apporte un écheveau de soie dont je ferai une échelle et lorsqu’elle sera prête, je descendrai pour que tu m’emportes sur ton cheval.

Ils convinrent qu’il viendrait à elle tous les soir : car le jour venait la vieille. La magicienne n’en remarqua rien, jusqu’à ce qu’un jour Raiponce lui parla :

— Dites moi Madame Gotel, comment se peut-il que vous soyez plus lourde à soulever que le jeune prince qui en un instant est auprès de moi ?

— Hélas enfant impie ! s’exclama la magicienne, Que dois-je écouter ; je pensais t’avoir mise à l’écart du monde et tu m’as trahie ! Dans sa colère elle attrapa la chevelure de Raiponce, lui envoya une paire de claques de sa main gauche, attrapa de sa main droite une paire de ciseaux et en un clin d’oeil les tresses furent étalées sur le sol. Elle fut tellement sans pitié que Raiponce fut exilée dans une contrée désertique où elle dut vivre dans la privation et la peine.

Le jour même où Raiponce fut bannie, la magicienne accrocha les tresses à la fenêtre et lorsque le prince arriva et appela :

— Raiponce, Raiponce, dénoue et lance vers moi tes cheveux !.

Elle laissa choir les cheveux. Le prince monta mais ne trouva pas sa chère Raiponce mais la magicienne qui lui jeta un regard méchant et empoisonné.

— Ahah ! ricana-t-elle tu viens chercher ta bien-aimée, mais le bel oiseau n’est plus au nid et ne chante plus, le chat l’a emporté et il va de plus t’arracher les yeux. Raiponce est perdue pour toi, tu ne la reverras plus jamais !

Le prince sentit la douleur l’envahir et de désespoir, bondit par la fenêtre. Il survécut mais les épines du bosquet dans lequel il tomba lui crevèrent les yeux. Il erra aveugle dans la forêt ne mangea que racines et baies et il ne fut plus que pleurs et peines de la perte de sa chère promise.

Il se traîna ainsi quelques années misérablement et atteignit finalement la contrée déserte où Raiponce survivait péniblement avec les jumeaux qu’elle avait mis au monde, un garçon et une fille. Il entendit une voix, qui lui sembla familière. Il s’approcha et Raiponce le reconnut, elle se pendit à son cou et se mit à pleurer.

Deux de ses larmes tombèrent dans ses yeux et il recouvra ainsi la vue qu’il avait perdue.

Il l’emmena dans son royaume où il fut accueilli avec joie. Ils y vécurent longtemps heureux et sereins.

*

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