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  • Anne

L'Immortelle




Étymologie :

  • IMMORTELLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. V. immortel.

  • IMMORTEL, -ELLE, adj.

Étymol. et Hist. A. Ca 1314 « qui n'entraîne pas la mort » plaies immortelz (H. de Mondeville, Chir., 1210 ds T.-L.). B. 1. a) ca 1330 « (d'une créature) qui n'est pas sujet à la mort » (G. de Digulleville, Vie hum., 5955, ibid.) ; 1578 subst. masc. myth. antique « dieu » (Ronsard, Ode à Phoebus, éd. P. Laumonnier, t. 17, 1, p. 57) ; b) av. 1525 « qui a une durée très longue » biens et tresors immortels (Crétin, Complainte sur la mort de Bissipat, p. 59 ds Hug.) ; 1665 subst. fém. bot. [cette fleur se desséchant sans jamais se faner] (Vallot, Hortus regius ds Roll. Flore t. 7, p. 81) ; 1833 subst. masc. « membre de l'Académie française » [cf. Ac. 1935 ... en raison de l'inscription : A l'Immortalité que porte le sceau donné à l'Ac. par son fondateur le Cardinal de Richelieu] (Borel, loc. cit.) ; 2. 1352-56 « qui demeure ds la mémoire des hommes » (Bersuire, fol. 12 ds Littré). A dér. de mortel* ; préf. in-1*. B empr. au lat. class. immortalis « immortel (au plur. « les dieux ») ; impérissable, éternel ».

Lire également la définition du nom "immortelle" pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Selon la tradition bretonne, on ajoute à la couronne de mariée des immortelles, symbole de l'amitié et de la constance. En piquant une épingle dans cette couronne au retour de l'autel, les jeunes filles célibataires sont assurées de trouver un mari. En Chine, offrir des feuilles d'immortelle à de nouveaux mariés leur promet une longue vie.

A l'inverse, en Belgique où elle est appelée "fleur de mort", "beaucoup de personnes n'en veulent à aucun prix dans leur jardin".

Dans les Landes, les paysans cueillent cette fleur la nuit de la Saint-Jean, après une sorte de bain rituel. Placées en croix au-dessus des portes, elles arrêtent les maléfices.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L'Immortalité ; L’Éternité.


Savez-vous ? : Même en séchant, ces fleurs ne changent pas d'aspect et gardent longtemps leurs belles couleurs vives. Elles furent appelées immortelles parce que les bouquets secs résistent bien au temps qui passe. Avant que les roses ne les détrônent, les immortelles étaient les fleurs qui composaient la couronne de la mariée.


Usages : Pour obtenir un beau bouquet d'immortelles séchées, il convient de les suspendre par les tiges, à l'abri de la lumière.


Légende : Apollon, dieu grec, fils de Zeus et d'une mortelle Latone, portait une tiare d'immortelles pour rappeler son immortalité.


Message : Mon amour est éternel."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; l'Immortelle raconte la sienne dans un conte venu de Bohême et intitulé "La petite chapelière" :


" Les hommes nous appellent Immortelles, mes sœurs et moi, se présenta une petite danseuse, coiffée d'un joli chapeau de paille. Je suis sûre que vous ignorez l'origine de nos fleurs." Tout le monde l'ignorait, en effet, aussi la petite Immortelle se mit-elle à conter.


Jadis, il y a bien longtemps, les plantes n'avaient pas d'aussi belles fleurs qu'aujourd'hui. Leur tête chauve luisait comme un marron et était aussi glabre qu'un bébé. Elles en auraient pleuré de honte, car vous connaissez la coquetterie proverbiale des fleurs. Un jour, elles se mirent d'accord pour aller toutes ensemble dans les champs et les prés et demander aux fées de leur confectionner des chevelures. Les fées ne se firent pas prier. Recourant aux charmes et aux sortilèges, elles teignirent et vernirent, taillèrent et frisèrent, optant tantôt pour des couleurs de l'arc-en-ciel, tantôt pour l'éclat du soleil, tantôt encore pour le halo de la brume du soir, tantôt enfin pour le teint de rose de l'aurore. Lorsque les fleurs se mirèrent dans la fontaine, leur cœur bondit de joie. Seule une petite fleur modeste resta telle quelle. Elle attendait patiemment son tour, alors que ses compagnes, sans se soucier d'elle le moins du monde, prenaient sa place en la bousculant. Lorsque son tour vint enfin, les fées n'eurent plus envie de travailler, distraites par d'autres divertissements. La petite fleur suivait lentement et en pleurant ses sœurs plus fortunées. Elle avait honte de sa tête, lisse comme une capsule de pavot. Je vous fais grâce des moqueries dont la régalaient les autres fleurs, belles et arrogantes, aussi malveillantes que des hommes. Ce jour-là, Sa Majesté le roi donnait un magnifique bal dans son palais d'or. Des princes, des princesses, des chevaliers, des musiciens venus du monde entier s'y donnèrent rendez-vous pour la circonstance, tous parés de joyaux et d'or. L'orgueil monta à la tête des fleurs qui se trouvaient justement très en beauté. " Ne sommes-nous pas assez présentables pour nous mêler à la noblesse ? " s'encourageaient-elles mutuellement. elles formèrent un cortège qui se dirigea vers le palais du roi. Cela valait la peine de voir cette formidable assemblée ! En plus, elle embaumait de mille senteurs, car les fées n'avaient pas lésiné sr le parfum en pomponnant les fleurs. Notre infortunée fleurette trottait humblement à la traîne du cortège, souhaitant, au fond de son cœur, jeter ne serait-ce qu'un petit regard dans le palais, par le trou de la serrure. Elle n'aurait jamais osé se présenter au bal du roi avec sa petite tête chauve.

En ce temps-là, une chapelière vivait au pied du château. Ses parents étaient morts depuis longtemps, la laissant seule et pauvre comme Job. Pour comble de malchance, elle était malade depuis quelque temps et si faible qu'elle n'osait même pas aller chercher l'eau dans le puits.

"Braves gens, apportez-moi une cruche d'eau. En récompense, je vus donnerai le chapeau qui vous plaira le plus ", disait-elle aux passants par la fenêtre. Hélas ! La fête battait son plein et personne ne se sentait d'humeur à s'apitoyer sur la malheur d'autrui. tous se ruaient en se bousculant vers le palais pour ne pas perdre une miette du magnifique spectacle. Lorsque le cortège des fleurs parfumées et bien coiffées passa sous ses fenêtres, la jeune chapelière réunit ses dernières forces pour les interpeller. Hélas ! Ces orgueilleuses coquettes n'eurent cure de ses prières. Elles gazouillaient avec entrain, riaient et chahutaient sans même écouter ce que la jeune fille leur demandait.

" Nous n'avons pas le temps, nous nous hâtons pour aller au bal du roi, lui criaient-elles à la fenêtre. A quoi nous serviraient tes chapeaux ? Ne vois-tu donc pas que nous sommes bien coiffées et ondulées ? "

Seule notre petite fleur solitaire eut pitié de la jeune chapelière abandonnée. Elle prit une cruche, alla chercher de l'eau au puits et l'apporta dans la chambre de la jeune fille. Celle-ci se sentit mieux tout de suite. La fleur fit un brin de ménage dans la maison, coucha le pauvre malade dans son lit en faisant gonfler l'édredon de plumes et en rafraîchissant son front brûlant. La jeune fille s'apaisa.

" Tu es aussi triste que moi, constat-t-elle en jetant un regard soucieux à la fleur. Que t'est-il arrivé ? " La fleurette lui conta ses malheurs et lui confia son désir de regarder le bal du roi par le trou de la serrure.

" Mais ce ne sera pas possible ! conclut-elle en soupirant. Regarde ma pauvre tête. Je serais la risée de tout le monde."

La chapelière sourit.

" Je vais t'aider, dit-elle. Mets mon chapeau, celui de paille, là-bas. Tu verras comme il t'ira bien." La petite fleur obéit, remercia la chapelière et, tout heureuse, alla rejoindre ses compagnes au palais du roi. Quelle splendeur ! Tout y scintillait comme dans le merveilleux royaume des étoiles. Et tout ce beau monde qui y était réuni ! Tous des princes, des chevaliers avec, aux bras, de fières danseuses. Les fleurs étaient, malgré tout, les plus belles. Les danseurs se les disputaient, ne leur laissant pas un instant de répit. Notre modeste fleurette s'installa dans un coin, le souffle coupé devant ce faste, fière du succès de ses gracieuses sœurs. Soudain, le prince Printemps fit son entrée, une cape en fine giboulée de mai jetée sur ses épaules. Toutes les fleurs devinrent encore plus resplendissantes, dégageant un parfum enivrant qui fit tourner la tête de leurs cavaliers. Lorsque le maître de cérémonie annonça l'arrivée du prince Été, vêtu d'une tenue d'or, le front ceint de rayons de soleil, les fleurs furent transportées au septième ciel, ivres de leur propre grâce. Leurs galants cavaliers tombaient à leurs pieds pour quémander la faveur de pouvoir respirer leur parfum. Hélas ! L'arrivée du roi Automne gâcha cette belle fête. Le roi s'était drapé dans des nuages noirs d'où soufflait un vent froid. Il portait fièrement sur sa chevelure désordonnée une couronne de feuilles mortes et une pluie trouble tombait de ses yeux. Les fleurs vaniteuses se blottirent frileusement dans les bras de leurs danseurs, mais leurs magnifiques cheveux, si bien apprêtés, se mirent à tomber jusqu'à se faner complètement. toutes confuses, les fleurs se dispersèrent dans les jardins et dans les prés, dans les forêts et dans les champs pour s'y dissimuler et attendre pendant tout l'hiver le retour du prince Printemps et des fées magiciennes. Seule la petite fleur garda son chapeau de paille. Elle était si pimpante qu'un beau et jeune prince en tomba amoureux. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants qui eurent des enfants à leur tour, rien que de charmantes petites filles et de beaux petits garçons.

Tout ce petit monde s'approvisionnait chez la jeune chapelière en chapeaux de paille, tous différents, mais tous très élégants. Depuis ce temps, ces petites fleurs ne se fanent jamais, même si les hommes les cueillent. Voilà pourquoi on les appelle Immortelles. Été comme hiver, elles ne perdent rien de leur éclat."

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