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  • Anne

Le Platane




Étymologie :

  • PLATANE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1548 [éd.] (G. de Selve, Vies de Plut., p. 65 ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. platanus «id.» qui est déjà à l'orig. d'autres formes sav. telles plaitoine, plantoine, ca 1150 (Le Conte de Floire et Blancheflor, éd. J. L. Leclanche, 1863 et 2024) platan, fin xii e-début xiiie s. (Flore et Blancheflor, I, éd. M. M. Pelan, 1671).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique sur le platane.




Botanique :

Lire la fiche extraite du

site http://nature.jardin.free.fr/

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Histoires d'arbres :


Découvrez un magnifique épisode de la série d'Arte qui nous permet de découvrir des arbres individualisés et vénérés par les hommes : le platane de de l’île de Peilz, en Suisse, et le Geroplatanos, qui a donné son nom à un village du nord de la Grèce.

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Symbolisme :


Selon le site http://www.lesarbres.fr :

  • Arbre de vie, la mythologie et la symbolique du platane commun sont rattachées au platane d'Orient.

  • le Platane est associé à Gaïa (déesse mère de la Terre chez les Crétois et les Grecs) et à Tanit (déesse de la fertilité chez les Carthaginois), car sa feuille en forme de main est la manifestation de la présence divine. Dans la mythologie grecque, le platane est un symbole de la régénération (l'écorce se régénère, par plaques, comme la peau du serpent). Il servit à construire le cheval de Troie.

  • le caducée des médecins, attribut du dieu grec guérisseur Asclepios, est une baguette de platane ailée autour de laquelle s'enroulent deux serpents (en référence à la mue annuelle de son écorce semblable à celle de la peau de l'animal). Le médecin grec Hippocrate exerçait sous le platane du temple d'Asclepios situé sur l'île de Kos.

  • dans la tradition sikh, le sâdhu Baba Sri Chang planta un jour un tison en terre, d'où sortit un platane : « Si d'un tison on peut faire naître un arbre, alors d'un homme ordinaire on doit bien pouvoir faire jaillir le divin ».

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Mythes et légendes :


Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, on peut lire que :


"Platanos et Elaté, qu'un deuil infini pour leurs frères, les Aloades, enracine en sapin et platane, à l'instar des sœurs-peupliers de Phaéton" font partie des héroïnes de la mythologie grecque qui se transforment en arbres."


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Littérature :


Au platane

A André Fontainas.


Tu penches, grand Platane, et te proposes nu, Blanc comme un jeune Scythe, Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu Par la force du site.


Ombre retentissante en qui le même azur Qui t’emporte, s’apaise, La noire mère astreint ce pied natal et pur À qui la fange pèse.


De ton front voyageur les vents ne veulent pas; La terre tendre et sombre, Ô Platane, jamais ne laissera d’un pas S’émerveiller ton ombre !


Ce front n’aura d´accès qu´aux degrés lumineux Où la sève l’exalte ; Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les nœuds De l’éternelle halte !


Pressens autour de toi d´autres vivants liés Par l’hydre vénérable ; Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers, De l’yeuse à l’érable,


Qui, par les morts saisis, les pieds échevelés Dans la confuse cendre, Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés, Le cours léger descendre.


Le tremble pur, le charme, et ce hêtre formé, De quatre jeunes femmes, Ne cessent point de battre un ciel toujours fermé, Vêtus en vain de rames.


Ils vivent séparés, ils pleurent confondus Dans une seule absence, Et leurs membres d´argent sont vainement fendus À leur douce naissance.


Quand l’âme lentement qu’ils expirent le soir Vers l’Aphrodite monte, La vierge doit dans l’ombre, en silence, s’asseoir, Toute chaude de honte.


Elle se sent surprendre, et pâle, appartenir À ce tendre présage Qu’une présente chair tourne vers l’avenir Par un jeune visage. . .


Mais toi, de bras plus purs que les bras animaux, Toi qui dans l’or les plonges, Toi qui formes au jour le fantôme des maux Que le sommeil fait songes,


Haute profusion de feuilles, trouble fier Quand l’âpre tramontane Sonne, au comble de l’or, l’azur du jeune hiver Sur tes harpes, Platane,


Ose gémir!. . . Il faut, ô souple chair du bois, Te tordre, te détordre, Te plaindre sans rompre, et rendre aux vents la voix Qu’ils cherchent en désordre !


Flagelle-toi!. . . Parais l’impatient martyr Qui soi-même s’écorche, Et dispute à la flamme impuissante à partir Ses retours vers la torche !


Afin que l’hymne monte aux oiseaux qui naîtront, Et que le pur de l’âme Fasse frémir d’espoir les feuillages d’un tronc Qui rêve de la flamme,


Je t’ai choisi, puissant personnage d’un parc, Ivre de ton tangage, Puisque le ciel t’exerce, et te presse, ô grand arc, De lui rendre un langage !


Ô qu’amoureusement des Dryades rival, Le seul poète puisse Flatter ton corps poli comme il fait du Cheval L’ambitieuse cuisse !. . .


-Non, dit l’arbre. Il dit : Non ! par l’étincellement De sa tête superbe, Que la tempête traite universellement Comme elle fait une herbe !


Paul Valéry, "Au platane" in Charmes, 1931.

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Dans Un Grison d'Arcadie (Éditions Denoël, 1999), Pierre Magnan raconte l'histoire de Pierrot, un jeune adolescent de condition misérable qui s'évade grâce à son amour des livres mais qui reste attaché à son métier de balayeur municipal :


" - Seulement, répéta-t-il, à tes moments perdus, il faudra que tu viennes un peu me balayer les feuilles sous mon platane. C'est une chose que ma femme de ménage rechigne à faire et comme dans ma cour il ne fait pas de vent, elles s'entassent.

Je me mis à trembler de convoitise satisfaite. En se faisant rémunérer de la sorte, c'était un cadeau encore que me faisait le Bébé. L'arbre de sa cour, comblant les fins fonds de la vaste entrée cochère qui donnait sur la rue d'Aubette, faisait une telle ombre que la nuit s'installait pour tout l'été dès que ses feuilles étaient déployées. L'hiver son squelette vigoureux s'entrelaçait de telle sorte à la lumière que la pénombre verte y régnait stagnante. c'était un arbre, à lui tout seul, qui couvrait cent mètres carrés de territoire, ayant comblé l'espace entre les corps de logis du couvent primitif, débordant par-dessus le mur d'un verger de curé. Il avait posé, à genoux sur le faîte, une énorme branche à torsades qui jouait, par son poids, aux castagnettes avec les moellons délités de ce mur qu'elle ruinait patiemment.

Au-delà de ce platane faramineux au tronc blafard, lisse et opulent de toute part comme le corps astral d'une femme céleste, se cachait la porte à deux battants qui ne s'ouvrait jamais car le Bébé et ses pratiques passaient toujours par la boutique. "

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