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  • Anne

La Pensée




Étymologie :

  • PENSÉE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1460-66 (Martial d'Auvergne, Arrêts d'amours, éd. J. Rychner, p. 36, 65). De pensée*, cette fleur étant considérée comme l'emblème du souvenir, cf. 1558 herbe de la pensée (L. Fuchs, Histoire des plantes ds Roll. Flore t. 2, p. 173).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :

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Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le symbolisme de cette fleur vient essentiellement du nombre de ses pétales : elle en a cinq et ce chiffre est précisément l'un des symboles de l'homme. La pensée désigne l'homme par ce qui lui est propre : penser ; elle est ainsi choisie pour désigner la méditation et la réflexion."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La pensée, qui a cinq pétales (le cinq est le symbole de l'homme), "désigne l'homme par ce qui lui est propre : penser ; elle st ainsi choisie pour désigner la méditation et la réflexion".

La pensée sauvage attire l'amour. une femme amoureuse d'un marin sera sûre qu'il pense à elle si elle verse du sable de la grève sur un lit de pensées sauvages puis qu'elle arrose les fleurs avant le lever du jour. dans le Pas-de-Calais, les jeunes filles faisaient tourner entre leurs doigts la tige d'une pensée en disant : "Pense bien ! Où tu t'arrêteras, mon amant sera." Aux États-Unis, on prétend que si les pensées "que vous aurez plantées de façon à dessiner un cœur prospère, et, ainsi en sera-t-il de votre amour".

Toutefois, il ne faut jamais offrir des pensées blanches car elles symbolisent la mort.

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Anne E. Witte, auteure d'un article intitulé "Les herbes magiques et le changelin : le temps des mythes dans Le songe d'une nuit d'été." (In : Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, n°43, 1996. pp. 45-64) approfondit l'utilisation littéraire des plantes magiques par Shakespeare :


[...] L'identification des deux herbes, dont le pouvoir magique est détenu par Puck et par Obéron, est axée sur quelques rares informations qu'il faut glaner tout au long de la pièce. Ainsi, nous apprenons leurs noms populaires, le premier quand il est répandu sur les paupières de Demetrius, Lysandre et Titania, plante intitulée « love-in-idleness » (II, 1, 164-168) et le second son antidote qui s'appelle « Dian's bud » (IV, 1, 72). Le pouvoir de ces plantes vient essentiellement de leur influence sur la vision et la perception des victimes. A la différence des transformations de Bottom qui ne dépendent en rien de la magie des plantes mais des caprices de Puck, l'effet des plantes magiques met en suspens le conflit qui oppose Titania et Obéron, le temps que ce dernier s'empare du changelin et que le chassé-croisé des couples perdus dans la forêt s'accomplisse. Contrairement à ce qui se passe pour Titania, Lysandre et Demetrius, la « raison » de Bottom reste la même en dépit de sa transformation en bête. Il y a, par conséquent, deux types d'opération magique effectués par Puck, celle qui modifie la perception grâce à une herbe puissante et l'autre qui amène une translation par un pouvoir magique dont l'origine nous reste inconnue.

« Love-in-Idleness » (« Cupid's Flower »)

Après le différend de Titania et d'Obéron, suivi par le refus de Titania de rendre le changelin, Obéron jette un charme sur Titania. A cette fin, il envoie Puck à la recherche d'une plante qu'il a connue en observant Cupidon tirant une de ses flèches sur une vestale. La flèche a manqué son but et :


... fell upon a little western flower

before milk-white, now purple with love's wound

And maidens call it love-in-idleness. (II, 1, 166-68)


En répandant le suc de cette herbe sur les yeux de Titania, Obéron la condamne à s'éprendre du premier être répugnant (« vile thing ») sur lequel elle fixera son regard. Cet engouement la plongera dans un égarement suffisant pour permettre à Obéron de dérober le changelin. Ce « cocuage » volontaire d'Obéron a pour objet de faire oublier à Titania son obsession pour le changelin et de remplacer l'objet de ses affections. L'emprise de Titania sur Bottom laisse Obéron indifférent du fait que l'objet de ses désirs est un « animal » repoussant et parce que « l'infidélité » de Titania pourra être corrigée au moyen d'un antidote. « Love-in-idleness » réussit ainsi à distraire Titania (à la rendre « idle ») si bien qu'elle a effectivement oublié le changelin à la fin de la pièce.

Beaucoup ont tenté d'établir la nature exacte d'une plante conduisant sa victime à s'éprendre du premier objet venu. Brooks propose Anacamforitis , plante décrite dans Euphues and his England, qui entraîne celui qui la touche à s'éprendre de la première personne qu'il voit. Marion Cohen et Mats Ryden, fondant leur étude sur l'herbier élisabéthain, ont identifié « love in idleness » à « Heartsease », c'est-à-dire à la pensée (viola tricolor).

A part ces quelques indices, les livres scientifiques ne sont guère plus éloquents sur les vertus médicinales et magiques de « love-in-idleness », son phytonyme étant absent des herbiers de l'époque shakespearienne. Toutefois, Shakespeare utilise à l'acte IV un deuxième qualificatif pour désigner la même plante. Grâce à une référence ultérieure à « love-in-idleness » comme « Cupid's flower » (IV, 1, 72) la symbolique de cette plante s'éclaire.

Le terme de « Cupid's flower » n'a pas été forgé par Shakespeare et il apparaît pour la première fois dans le Herball de Lyte (1578) qui l'utilise pour se référer à la rose. Bien que cette dernière soit mentionnée à maintes reprises dans l'œuvre de Shakespeare, la rose n'est pas citée explicitement dans Le songe parmi les fleurs magiques. Ce non-lieu infirme l'hypothèse selon laquelle « love-in-idleness » désignait explicitement une rose. Toutefois, l'usage du terme « Cupid's flower » permet à Shakespeare d'établir un parallèle implicite et appuyé avec la rose qui, comme « Cupid's flower », se trouve associée au pouvoir d'inspirer l'amour.

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D'après Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : Souvenir.


Savez-vous ? : L'autre nom commun de la pensée est "l'herbe de la trinité", en hommage à la Sainte Trinité. La pensée est très souvent représentée sur les faire-part de communions et de baptêmes. Autrefois, en Bretagne, les femmes des marins donnaient à leur époux une poignée de terre prélevée dans les massifs de pensées, en souvenir de leur famille et de leur foyer. En Bourgogne, quand une femme de soldat trouvait un bouquet de pensées à sa porte, cela signifiait qu'elle ne pensait pas assez à son pauvre époux.


Légende : La légende grecque raconte que Zeus séduisit la mortelle Io et la transforma en génisse pour échapper à la vengeance de son épouse Héra. Il la déposa ensuite dans un champ de pensées et de violettes qui lui rappelleraient son illustre amant. Dans la mythologie grecque, la pensée est le symbole de la glorification du travail. Elle était dédiée à la déesse Minerve.


Message : Je ne vous oublierai jamais."

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D'après Nicole Parrot auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"L'offrir, surtout seule, c'est apporter son affection. C'est, comme elle, dire : "je pense à vous" et ajouter : "souvenez-vous de moi". Mais la pensée nuance ses messages selon ses couleurs rares. Violette, elle invoque : "l'amour et la confiance", pourpre, les "sentiments profonds", jaune, "l'espoir du bonheur", blanche, "l'estime et le respect".

Sans doute parce que les Grecs la consacraient à Minerve, déesse des combats et patronne des activités artisanales, la pensée se montre pleine d'assurance et prône le goût du travail bien fait. Peut-être parce que sa couleur a longtemps été considérée comme celle du deuil, juste après le noir. Ou parce qu'elle a si souvent orné les cartes postales accompagnée de sempiternels jeux de mots sur son nom, elle peut sembler triste et démodée.

Pourtant, elle ne laisse pas indifférent et mérite qu'n regarde de près son visage de velours, petit visage mystérieux tourné vers celui qui la cueille. Il semble poser plus de questions qu'il n'envoie de messages. Des questions qui voguent au fil de l'eau sur le tableau du peintre préraphaélite John Millais illustrant une scène de Hamlet. La pauvre Ophélie, avant de disparaître dans l'eau sombre, u tient encore à la main le bouquet de pensées refusées par son frère Laerte.


Mot-clef : "Je pense à vous"

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Pensée (Viola tricolor) : "Il s'agit d'une plante vivace que l'on cultive dans les jardins et que l'on retrouve aussi à l'état sauvage en Europe, de même qu'en Amérique et en Asie. Elle fleurit de mai à octobre.


Propriétés médicinales : C'est une plante aux multiples vertus. On peut en faire une infusion pour guérir les éruptions de la peau chez les enfants ainsi que pour soulager la diarrhée et les problèmes urinaires. Une infusion très diluée avant de dormir est recommandée chez les enfants qui mouillent leur lit.


Genre : Féminin.


Déités : Ganymède ; Attis ; Vénus.


Propriétés magiques : Amour ; Divination.


Applications :

SORTILÈGE ET SUPERSTITION


La tradition veut que si vous plantez des pensées au début d'une liaison amoureuse et que les plantes prospèrent et deviennent vigoureuses, votre amour durera ; si, au contraire, elles s'étiolent, votre amour sera de courte durée.


RITUEL POUR CONNAÎTRE VOTRE PROCHAIN AMOUREUX


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle mauve

  • de l'encens de violette

  • quelques pensées fraîchement cueillies

  • un bol de verre ou de cristal rempli d'eau

Rituel :

Allumez votre chandelle et faites brûler l'encens. Placez le bol d'eau près de la chandelle. Éteignez toutes les autres lumières dans la pièce et revenez vous asseoir près du bol et de la chandelle. Prenez les fleurs et faites-les flotter à la surface de l'eau. Tournez trois fois votre bol, dans le sens des aiguilles d'une montre, en disant :


J'en appelle à toi, Vénus, reine de l'amour Toi qui connais le cœur des hommes et la destinée

Montre-moi qui sera mon amour

Permets que je déchire le voile qui obscurcit ma destinée

Afin que je puisse regarder et voir qui sera mon amour.


Concentrez-vous maintenant sur l'eau et les fleurs qui flottent à sa surface. Patientez et vous verrez apparaître la figure de votre amoureux."

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Littérature :


L'Orchidée et la Pensée

L’orchidée et la pensée

N’ont pas ombre de cervelle.

La pensée a peu d’idée,

Aussi l’orchidée a-t-elle

En tête peu de pensée,

Pas de pensée et peu d’or

Chidée.

Robert Desnos, "L'Orchidée et la Pensée" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.


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