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  • Anne

Le Nard




Étymologie :

  • NARD, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1180-90 nardus «nard indien (Nardostachys Jatamansi)» (Alex. de Paris, Alexandre, IV, 1010 in Elliott Monographs, n°37, p. 343) ; fin xiie s. nard, narde (Cantique des Cantiques, éd. C. E. Pickford, 503 et 2319) ; 2. 2e moitié xiiie s. narde celtice «nard celtique (Valeriana Celtica)» (Antidotaire Nicolas, éd. P. Dorveaux, §29, p. 15) ; 1538 nard celtique (Est. ds FEW t. 7, p. 12b). Empr. au lat. nardus, lui-même emp. au gr. ν α ́ ρ δ ο ς, et celui-ci à une lang. sémit. (cf. hébr. biblique nērd ds Cantique 1, 12, araméen nirdā, akkadien lardu) qui a elle-même reçu le mot du sanskrit áladam «nard». (Frisk ; Chantraine ; Klein Etymol.). Au sens 2, emp. au lat. nardus celtica, et celui-ci au gr. ν α ́ ρ δ ο ς Κ ε λ τ ι κ η ́ .


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

Selon Jutta Lenze, auteure de Huiles royales, huiles sacrées, aromathérapie spirituelle (Le Mercure Dauphinois, 2007) :

Étymologie :

En Inde la nard ou narde est appelé jatamansi ou akashamansi ce qui signifie "esprit incarné" en langue hindoue. Son synonyme arabe sunbul s'étend également à d'autres racines odorantes en Orient.

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Botanique :


Selon Jutta Lenze, auteure de Huiles royales, huiles sacrées, aromathérapie spirituelle (Le Mercure Dauphinois, 2007) :


Identité botanique - Composition biochimique : Le nom latin de la plante est Nardus jatamansi, de la famille des Valérianacées, comme la Valériane.


Provenance : nord de l'Inde, Moyen-Orient. La plante du nard pousse entre 3500 et 5500 mètres d'altitude sur les pentes enneigées de l'Himalaya. Sa particularité botanique attire notre attention. La fleur, la "tête" du nard, se singularise par une délicate couleur mauve violet qui se trouve dans le prolongement des rhizomes marrons rouges foncé, sans passer par l'intermédiaire des feuilles qui poussent sur des tiges à part. La signature de la plante est très claire, à travers sa sa particularité botanique elle exprime le lien direct entre le ciel et la terre, entre le chakra coronal et le chakra racine.


Historique : Le nard fait partie des plus anciennes plantes aromatiques largement connues et utilisées depuis l'Antiquité. Les prêtres s'en servaient lors des rituels religieux et pour les embaumements. Il entrait dans la composition des 7 Huiles Royales utilisées pour consacrer les rois et prêtres juifs ; les médecins l'utilisaient pour soigner les malades. Grâce à ses propriétés narcotiques et apaisantes, le nard aidait à soulager les souffrances physiques et à clamer les tourments psychiques. Très apprécié pour son action bienfaisante sir la peau ainsi que pour sa capacité à fixer et à renforcer les odeurs, il entrait dans la fabrication de nombreux produits cosmétiques et dans le célèbre parfum sacré, le Kyphi.

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), le nard est une "plante inconnue en Occident, mais souvent citée par les auteurs orientaux. On extrayait du nard un parfum des plus précieux qui évoquait des qualités royales.


Tandis que le roi est en son enclos,

mon nard donne son parfum. Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe

qui repose entre mes seins...

Il entre dans la composition du Paradis, où s'épanouit l'amour. L'époux comparant l'épouse à la source d'un jardin décrit son enchantement :

Tu es les plus rares essences :

le nard et le safran,

avec les plus fins arômes. Source qui féconde les jardins,

puits d'eau vive,

ruisseau dévalant du Liban

(Cantique, 4, 13-14)

C'est également un parfum de que Marie-Madeleine viendra répandre sur les pieds du Seigneur : elle prit une livre de parfum de vrai nard très coûteux et en oignit les pieds de Jésus (Jean, 12, 3).

Dans leurs commentaires du Cantique, les Pères de l'Eglise feront du nard un symbole d'humilité ; ce qui tranche un peu sur le caractère royal et somptueux de ce parfum. Mais l'interprétation symbolique résout le problème : le nard est une petite graminée poussant surtout dans les régions montagneuses ; en pressant les racines de cette plante, on obtient le plus merveilleux des parfums. Ainsi en va-t-il de l'humilité qui donne les fruits de la plus sublime sainteté. Les écrivains du Moyen Âge citeront souvent cette herbe, en s'inspirant de l'Histoire naturelle de Pline."

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Selon Jutta Lenze, auteure de Huiles royales, huiles sacrées, aromathérapie spirituelle (Le Mercure Dauphinois, 2007) :

Je suis le faucheur

Un faucheur sans pardon

Je coupe la tête court

A tes démons et tes illusions

Entre le Noir et le Blanc

Sur la ligne de démarcation

Je suis la carte de la transformation

Ma tête entourée de sommets enneigés

Je respire l'air libre - l'air éthéré

Mes racines se prolongent dans l'obscurité

Je suis celui qui relie les opposés


Silence, ressens mon mouvement ondulé

Descendant ton échine

Ouvrant les portes fermées

De la voûte céleste au mystère sacré

N'aie pas peur de plonger dans ton obscurité

Dans la noirceur de la terre au plus profond

Se réveillera en toi le feu puissant de ton volcan

Combat ardent - propulsion

Te voilà à nouveau sur le chemin de l'ascension



Ainsi sache que

Dans ce perpétuel mouvement

Entre le ciel et la terre

Etre le noir et le blanc

Chaque mort sera couronné

Par un nouvel accouchement

Symbolique : Sous le signe du Scorpion, le nard est le symbole de la mort et de la transformation.

C'est l'Huile de passage par excellence qui exprime le cycle de l'éternel recommencement, ce principe inhérent à la vie tout en intégrant la mort. Il a nourri la mythologie de nombreuses civilisations. Chez les Aztèques du Mexique, il est représenté par l'image de l'Ouroboros, le serpent cosmique qui se mord la queue ; chez les Chinois on le retrouve dans le symbole du TAO et la mythologie grecque l'illustre à travers l'historie du phénix, l'oiseau qui brûle pou renaître de ses cendres ou bien encore par Cronos, maître des profondeurs extrêmes, fils du ciel et de la terre, maître du temps, finissant par dévorer tous ses enfants sauf Zeus. Il représente la ligne de démarcation entre les mondes matériel et immatériel, entre la mort et la décomposition afin de pouvoir générer de nouvelles potentialités.

C'est cependant dans l'évangile selon saint Jean lorsqu'est relatée la scène de l'onction par Marie de Béthanie que nous trouvons, selon moi, la plus belle illustration de la symbolique du nard : "Marie prit alors une livre d'un parfum de nard par de grands prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux et la maison fut remplie de ce parfum. Jésus dit alors : "elle observe cet usage en vue de mon ensevelissement."

D'une part , le nard est donc le signe annonciateur de la mort imminente de Jésus ; d'autre part, il symbolise le lien entre le ciel et la terre, le haut et le bas (le monde spirituel étant symbolisé par les cheveux de Marie), puis il s'incarne dans la matière à travers le corps physique représenté par les pieds de jésus. D'ailleurs comme nous l'avons vu plus haut, le mot hindou Jatamansi, signifie "esprit incarné". Cette appellation n'est pas le fruit du hasard, pas plus que ne le fût le choix des plantes et remèdes par les Anciens.

Dans les évangiles selon saint Matthieu et saint marc c'est la relation du nard avec le monde spirituel qui est mise davantage en valeur. Ainsi il est écrit : "Une femme vint avec un flacon d'albâtre contenant un parfum de nard, pur et très coûteux. Elle brisa le flacon d'albâtre et versa le parfum sur la tête de Jésus."

Au-delà de cette symbolique, la scène de l'onction de Béthanie est l'expression de l'immense dévotion et amour qu'éprouve cette femme envers son Maître. Agenouillée, elle prend soin de lui et essuie ses pieds avec ses cheveux, y a-t-il plus belle déclaration d'amour , sans compter la valeur du flacon de nard qui était estimée à trois cents denares ce qui correspondait au salaire annuel d'un ouvrier de l'époque.


Action sur les corps physique, émotionnel, spirituel : A la fois pénétrante et éthérée, dense et légère, l'odeur complexe du Nard ne manque pas de contradictions et nous laisse rarement indifférents. Les effluves de terres noires, d'humus, de racines ou de feuilles d'automne en putréfaction qui émanent du nard nous mettent en contact avec le côté obscur de notre être ainsi qu'avec nos peurs profondes devant ce processus de transformation intérieure difficile à affronter. Son odeur éveille chez beaucoup de gens des sensations de malaise, de rejet, de répugnance.

D'un point de vue physique et énergétique, l'odeur terrestre du nard fait descendre le souffle dans les profondeurs de notre bassin, une partie de notre corps souvent refoulée chez la plupart d'entre nous et se situant fréquemment en dehors de l'image que nous en avons. Le nard nous aide à découvrir cet espace inconnu afin de nous relier à la puissance de son énergie vitale et sacrée qui engendre la vie. Le réveil de cette énergie se traduit par une plus ample respiration abdominale en favorisant la descente du diaphragme et l'ouverture des basses côtes. Au bout de quelques minutes l'énergie du nard continue à descendre jusqu'à la plante des pieds y répandant une agréable sensation de chaleur et de présence. En revanche, l'aspect éthéré et pur du nard nous rappelle le froid sec d'une ambiance hivernale des hautes montagnes, de neige poudreuse fraîchement tombée ou d'une nuit étoilée au ciel dégagé. Dans cette ambiance de solitude où l'espace n'a plus de limites et que les contours des choses s'estompent, nous touchons du doigt une dimension au-delà de notre vie personnelle et terrestre. Sensation de vacuité et d'immensité de l'univers, se situant au cœur du mystère de l'origine de la vie.

Nos structures et conceptions mentales commencent à se fissurer pour laisser davantage d'espace au mouvement originel, en dehors de notre volonté et du contrôle par notre mental. Physiquement, l'énergie éthérée du nard se fait sentir par un dégagement de la sphère respiratoire haute : libération des sinus frontaux et maxillaires, favorisant l'ouverture du 3e œil, du larynx et du pharynx. L'ouverture au niveau du chakra de la gorge permet la connexion avec le bas du corps à travers la descente du souffle vers le bassin.

L'alternance d'un mouvement descendant et ascendant caractérise l'énergie du nard, à l'instar du cycle du jour et de la nuit, de la mort et de la vie.


Son message : La transformation intérieure.


Analogie avec le Tarot : Le nard m'a immédiatement fait penser au XIIIe arcane du Tarot, La Carte sans nom. L'image du squelette, dépouillé de sa chair et mis à nu nous renvoie à cette phase de perte de repères et d'identité (de nom), dans laquelle nous ne savons plus où nous en sommes. Cette carte est le symbole de la transformation profonde, de la nuit de l'âme qu'il faut traverser afin de retrouver le chemin vers soi-même au sens vrai et sacré.

Il s'agit d'un cheminement solitaire à la rencontre de nos peurs les plus ancrées : peur d'abandon, de souffrance, de la mort physique ou psychique. Il correspond dans son essence au moment de recueillement de Jésus juste avant la crucifixion. Moment de solitude extrême, vécu dans l’obscurité et la détresse la plus totale, quand il prononçait ces mots : "Père, pourquoi m'as-tu abandonné ?"

Face à la mort ou à l'épreuve, la vie nous amène à l'Essence de nous-mêmes, de notre être profond. Dans cette épreuve, nous ne pouvons plus compter sur une force extérieure, nous devons puiser dans notre force intérieure. C'est un moment de vérité où la vie nous demande d'aller à la rencontre de nos zones obscures afin de dépasser nos propres "démons". Ce processus de transformation exige de nous de faire preuve d'une grande humilité et de courage en même temps afin de pouvoir traverser des phases de désespoir, de maladie ou de dépression. L'acceptation et le lâcher prise sont nécessaires sur ce chemin vers la maturation, à la rencontre de nos capacités insoupçonnées nourries par la source infinie de la vie."

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