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  • Anne

Le Rhododendron



Étymologie :

  • RHODODENDRON, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) Ca 1500 rododendron « laurier rose » (Jardin de santé, I, 395 ds Gdf. Compl.) ; b) 1796 rhododendron « espèce d'éricacée de la haute montagne, toujours vert » (Saussure, Voy. Alpes, t. 4, p. 349). Empr. au lat. rhododendron, gr. ρ ̔ ο δ ο ́ δ ε ν δ ρ ο ν formé de ρ ̔ ο ́ δ ο ν « rose » et de δ ε ́ ν δ ρ ο ν « arbre ». Au sens a, le mot a été évincé par la forme oléandre*.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms :

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque la capacité toxique du miel d'abeilles ayant butiné le rhododendron :


La plante fournit aux pollinisateurs - ici, l'abeille - son nectar dont la composition varie naturellement d'une espèce à l'autre. Que ces espèces contiennent des toxiques, et ceux-ci risquent de passer dans le nectar, puis dans le miel. Un incident de ce genre, resté célèbre dans les annales, nous est relaté non sans humour par Pierre Delaveau (Plantes agressives et poisons végétaux, Éditions Horizons de France, 1974) : il illustre les danger d'une rencontre fortuite avec un miel d'origine inconnue. Il s'agit de l'intoxication mémorable survenue au cours de la retraite des Dix Mille, telle que la rapporta Xénophon. Les Grecs de cette expédition, défaits près de Babylone au mois d'août 401 avant notre ère, refluèrent vers leur lointaine patrie en remontant le cours du Tigre jusqu'à proximité de ses sources, dans les montagnes d'Asie mineure. Puis ils traversèrent ces massifs montagneux et voici qu'au sommet du Mont Téchez, ils découvrent la ligne d'horizon barrée par le miroir des eaux de la mer Noire. Bouleversés de joie à l'idée que leur patrie est proche - quoiqu'encore éloignée de plus de mille kilomètres ! - ils clament le fameux « Thalassa ! Thalassa ! » (La mer ! La mer !) qui a servi à baptiser l'une des plus fameuses émissions de la télévision française... Revigorés par ce spectacle, les Grecs raflèrent les victuailles des autochtones et firent bombance... « Il ne se passa rien d'extraordinaire, écrit Xénophon, sinon qu'il y avait dans ce pays des ruches nombreuses et que les soldats qui mangèrent du miel perdirent tous la raison. Ils vomissaient, évacuaient par en bas, et personne n'avait la force de se tenir debout. Ceux qui en avaient peu mangé ressemblaient à des gens complètement ivres ; ceux qui en avaient pris beaucoup à des fous furieux ou même à des moribonds. Ils restaient ainsi nombreux étendus sur le sol, comme après une défaite, et la consternation était générale. Le lendemain, pourtant, personne ne succomba et à peu près à la même heure, ils recouvrèrent tous la raison. Le troisième et le quatrième jour, ils purent se tenir sur leurs jambes comme s'ils sortaient d'un empoisonnement. »

De fait, c'était bien d'un empoisonnement qu'il s'agissait ! Un empoisonnement qui se reproduira d'ailleurs quatre siècles plus tard lorsque les armées de Pompée furent à leur tour victimes d'une intoxication similaire : Pline l'Ancien signale que les troupes avaient été victimes d'un miel capable d'engendre la démence...

Des recherches menées sur les nectars et miels toxiques ont conduit à incriminer en premier lieu le fameux rhododendron d'Asie mineure ou « rhododendron du Pont-Euxin » (Rhododendron ponticum), comme disaient les Anciens. D'une manière plus générale, les miels tirés des nectars venant de plantes appartenant à la famille des rhododendrons, les éricacées, sont souvent toxiques en raison de la présence d'un substance dangereuse : l'andro- médotoxine (abondante notamment chez les andromèdes).

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Selon Jean-Marie Jeudy, auteur de Les Mots pour dire la Savoie (2006),


« Dans l'immense diversité des fleurs, il existe des espèces qui contribuent au particularisme des montagnes et qui symbolisent les Alpes. Les exemples ne manquent pas. Ainsi la gentiane et l'edelweiss. Et le rhododendron qui fait partie de la végétation buissonnante des versants alpins.

Comme l'azalée et la bruyère, le rhododendron appartient à la famille des éricacées. Il doit son étymologie à deux mots grecs : rhodo signifiant rose et dendron signifiant arbre. C'est l'arbre à roses. Dans les montagnes de Savoie, ce terme de formation savante était inconnu. La plante ne possédait aucun nom spécifique. D'après un article rédigé par le père Robert Fritsch, grand spécialiste de la flore alpine, le parler savoyard faisait appel au procédé populaire de la comparaison. A Vallorcine, la plante était appelée le boqë de rosi. Ce qui signifie le bouquet de roses. Dans la vallée d'Abondance, c'était la crêta de polë, c'est-à-dire la crête de poule. En Beaufortain, on disait bruire ou böière. Ce sont des termes qui rappellent la bruyère. En Haute-Maurienne, on disait briou à Bramans et broma à Termingnon. Ou simplement, on désignait la plante par les noms de bois joli, bois rouge ou bois d'envers. En n'y voyant que son aspect ligneux. Ce sont les médecins herboristes de la Renaissance qui ont inventé un terme se voulant plus noble.

De fait, il s'agit d'un arbuste qui peut dépasser la hauteur d'un mètre, aux courtes branches tordues et cassantes, formant un dôme de feuilles persistantes d'un beau vert sombre. Il croît au-dessus des forêts entre 1 500 et 2 500 mètres d'altitude. En été, à l'extrémité de ses rameaux, il porte des grappes de fleurs qui virent du rose au rouge. Lorsqu'on évoque ces fleurs, il nous vient à l'esprit des pans entiers de montagnes qui rougissent en juillet et apportent une note incomparable au paysage. Un bonheur pour les photographes.

Il existe deux rhododendrons dans les Alpes. Le plus fréquent est appelé ferrugineux. Parce que la face intérieur de ses feuilles est recouverte de nombreuses écailles d'un brun jaunâtre qui vire à une couleur rouille. Et parce qu'en vieillissant, ces feuilles sont attaquées par un champignon qui les macule de taches orangées. L'autre est appelé hérissé. Il est peu répandu dans les Alpes occidentales.

Les deux se ressemblent. Si d'aventure, ils se rencontrent, ils peuvent former un hybride.

Le genre compte au total à peu près deux cents espèces à travers les hautes régions montagneuses de la planète. Les plus spectaculaires sont les variétés géantes qui poussent en Himalaya. Certains rhododendrons du Népal sont des arbres atteignant dix-huit mètres de hauteur et formant de véritables forêts. Leurs fleurs dépassent les dix centimètres de diamètre. Elles sont regroupées en boules de dix à vingt corolles. Imaginez le spectacle ! Avec les plus hautes cimes de la terre pour toile de fond. Et beaucoup d'amateurs de trekking privilégient le printemps pour un voyage au Népal, rien que pour pouvoir admirer les rhododendrons en fleurs. […] La forêt de Gorapani est la plus célèbre. Elle fait la fierté des Népalais. Si bien que le rhododendron a été décrétée fleur nationale... »

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Utilisations traditionnelles :


Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque l'huile de marmotte :


Aujourd'hui tous ces vulnéraires sont tombés en désuétude et s'oublient de plus en plus. Un seul est toujours employé dans les Alpes frontières de Savoie et de Piémont et le sera longtemps encore, défiant la concurrence des pansements nouveaux et des antiseptiques quels qu'ils puissent être : iodoforme, acide phénique, salicylique, naphtol, sublimé, etc. C'est l'huile de marmotte que l'on prépare en faisant infuser dans de l'huile les galles des feuilles du Rhododendron ferrugineum, c'est donc une huile douée de propriétés astringentes ; je l'ai employée plusieurs fois et ai constaté qu'avec elle, les plaies suppurent peu, restent fermes et rosées, et guérissent rapidement.




Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Rhododendron - Premier aveu d'amour.

Ce bel arbrisseau croît dans les montagnes de l'Europe et de l'Asie. C'est au moment où le soleil, s'élevant sur l'horizon, envoie des rayons assez chauds pour fondre les neiges, c'est au retour du printemps quand tout se réveille du sommeil de l'hiver que le rhododendron ouvre ses magnifiques fleurs et répand son parfum. Mais l'odeur qu'il exhale trouble, enivre, et peut faire perdre un instant la raison ; n'est-ce pas aussi l'effet que produit au printemps de la jeunesse le premier aveu d'amour.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Le rhododendron n'a pas sa langue dans sa poche. Qu'il rosisse, pâlisse ou bleuisse, il a toujours une déclaration sous la main. Respectivement : "je vous fais un serment d'amour", "je soupire d'amour", "vous êtes très belle". Dans toutes les teintes, il se réclame de l'élégance. Mais s'écrie parfois : "Danger !" Pourquoi cette mise en garde ? A l'attention sans doute des amants qui se rencontrent en cachette et doivent redoubler de précautions.

Dans la symphonie éclatante de tous les roses, à la lisière du rouge et du bleu, capable de virer parfois à l'orange, le rhododendron le dispute au fuchsia. En buissons touffus, glissant du mauve au violet, il couvrait en cascades le jardin de Winston Churchill dans sa propriété de Chartwell. Durant la dernière guerre, le premier ministre anglais aimait les regarder fleurir au printemps et confiait : "un jour loin de Chartwell est un jour perdu." Grâce au ciel, il perdit alors beaucoup de jours à se consacrer au retour de la liberté dans le monde. Les somptueux "feux d'artifice" du rhododendron, selon l'expression de Georges Duhamel, abritaient les jeux de cache-cache du jeune Marcel Proust au jardin des Champs-Élysées et chaque année, les Parisiens en promenade sur la célèbre avenue remarquent : "Voici les beaux jours, les rhododendrons sont en fleur".


Mot-clef : "Gare aux jaloux !"

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Littérature :


Le Rhododendron, l'Œillet et le Lilas.


Je me fais un édredon

Avec des rhododendrons,

Je me fais un oreiller

Avec des œillets œillés,

Et c’est avec des lilas

Que je fais mon matelas.

Je me couche alors

Et je dors.


Robert Desnos, "Le Rhododendron, l'Œillet et le Lilas" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Estelle Monbrun, autrice de Meurtre à Petite Plaisance (Éditions Viviane Hamy, 1998),décrit les fleurs magnifiques d'un massif :


Après avoir dépassé Seal Harbor, de luxuriants massifs de rhodora attirèrent ses regards. Domestiquées par la paysagiste Beatrix Ferrand pour le compte de John D. Rockefeller, ces azalées sauvages continuaient à pousser, selon leur caprice, en divers endroits de l'île à partir de la fin de mai. Quelques vers appris dans l'enfance revinrent à la mémoire de Jane, qui s'interdisait pourtant d'habitude toute citation provenant de textes d'un dead white male du genre d'Emerson !


In May when sea-winds pierced our solitudes En mai, quand les brises marines transperçaient nos solitudes

I found the fresh rhodora in the woods Je trouvais dans les bois le frais rhododendron

Spreading its leaflesse blooms in a damp nook Déployant en un humide recoin sa floraison à nu

To please the desert and the sluggish brook. Pour charmer le désert et le ruisseau stagnant.

The purple petals, fallen in the pool... Les pétales violets, tombés dans le bassin...


Ses inavouables réminiscences furent brutalement interrompues par la soudaine apparition d'une grande blonde qui agitait désespérément les bras au bord de la route, devant un véhicule immobilisé par une crevaison - ou une panne d'essence, se dit Jane avec un certain cynisme.

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Voir aussi Azalée.



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