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  • Anne

L'Arbousier


Arbre de la garrigue sèche et piquante ; nous avons vécu deux ans, à Castries, 44 rue de l'Arbousier... J'avoue que je me languissais des bouleaux et mélèzes humides de rosée...


Étymologie :

  • ARBOUSIER, subst. masc.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1539 arbosier (R. Estienne, Dict. fr.-lat.) ; 1562 (Du Pinet, Pline, XV, 24 ds Gdf. Compl. : Les arbousiers sont bien de 50 coudées de haut en Arabie). Dér. de arbouse* ; suff. -ier*.

  • ARBOUSE, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1557 (Dodoens, Hist. des Plantes, trad. Ch. de l'Escluse, 551, cité par Vaganay ds Rom. Forsch. t. 32, p. 12 : Le fruict [de l'arbosier] se nomme ... en François Arboses ou Arbouses). Empr. au prov. arbousso, subst. fém., « fruit de l'arbousier » (dep. 1550, Pansier, Hist. lang. prov. à Avignon, III, 1927, 13b et Mistral), issu du subst. masc. arbous « arbouse » (dep. 1550, ibid. et Mistral), du lat. arbuteus adj. « de l'arbousier » (Virgile, Énéide, 11, 65 ds TLL s.v., 430, 80), employé comme synon. de arbutus, comme en témoignent les représentants rom. (REW3, 609).


Lire aussi la définition du nom arbousier et du nom arbouse pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Cet arbuste à feuilles persistantes était, chez les Anciens, lié à la mort et à l'immortalité. On s'empresse de tresser les claies d'un brancard flexible avec des branches d'arbousier et de chêne et on dresse un lit funèbre ombragé de verdure, écrit Virgile décrivant les obsèques de Pallas, compagnon d’Énée.

Dans Le livre des superstitions, mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995, réédition, 2019), Eloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Cet arbrisseau du Midi, à feuilles persistantes, était une plante sacrée chez les Anciens qui l'associaient à la mort et à l'immortalité et le déposaient rituellement sur les cercueils. Les Romains l'avaient consacré à la sœur d'Apollon, la déesse Carda ou Cardea, qui utilisait une baguette d'arbousier pour chasser les sorcières et guérir les enfants malades ou frappés par un maléfice.

Les pouvoirs de protection de l'arbousier ont encore cours dans les pays arabes : les Berbères d'Afrique du Nord en plantent pour éloigner les démons et se servent parfois des branches de l'arbrisseau dans les exorcismes. "On observe assez souvent, dans les pays musulmans, des arbustes rabougris, malades, dont les rameaux sont chargés de lambeaux d'étoffe. Ces plantes ont la réputation de s'assimiler les maladies et les maléfices dont souffrent ceux qui les invoquent en prononçant un vœu et en attachant un morceau de vêtement à une branche. Ces arbres-marabouts sont généralement des arbousiers."

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Dans le Petit Larousse des symboles (Éditions Larousse, 2006) établi sous la direction de Nanon Gardin et de Robert Olorenshaw, on apprend que :


"Arbuste aux fruits amers et à feuilles persistantes, l'arbousier était associé à l'immortalité chez les Romains.

L'emblème de Madrid est un ours en train de manger le fruit d'un arbousier, lequel pousse à profusion dans les champs castillans. Le nom de la ville est dérivé de l'espagnol madrono, "arbousier".

Sylvie Verbois, auteure de Les arbres guérisseurs: Leurs symboles, leurs propriétés et leurs bienfaits (Éditions Eyrolles, 2018) transcrit le message que lui inspirent les arbres :

Mot-clé : S'affranchir de la peur.

Élément : Terre ; Feu.

Émotion : Peur ; Colère.


(message manquant sur le net...)

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Mythologie :


Selon Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


ARBOUSIER (Arbutus Unedo L.). — Cette plante avait un caractère sacré chez les Romains ; ils en faisaient l'attribut de la déesse Carda ou Cardea, sœur d'Apollon, amie de Janus, gardienne des portes. C'est avec une baguette d'arbousier, cirga janalis, que Cardea écartait les sorcières et qu'elle guérissait aussi les petits enfants malades ou ensorcelés. Ovide en fait foi (Fast. VI, 153) :

Venerat ad cunas ; flebant matrona paterque ;

Sistite vos lacrymas, ipsa medebor, ait.

Protinus arbutea postes ter in ordine tangit

Fronde ; ter arbutea limina fronde notat.


On déposait aussi des branches d'arbousier sur les cercueils. (Cf. Virgile, Aeneid. XI, 61.)

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Littérature :


Dans un recueil intitulé Heures fatales (Édition originale 1990 ; traduction française éditions Denoël, 1992) Ruth Rendell propose une nouvelle particulièrement angoissante qui met à l'honneur cet arbre, à commencer par le choix du titre, à savoir, "L'Arbousier" :


De là, à condition de ne pas contempler bêtement la piscine, comme le font la plupart des clients, on peut reposer son regard, dans tous les sens du terme, en admirant le jardin. L'arbousier qu'on y a planté a prospéré. Ses fleurs blanches s'épanouissent en même temps que les fruits arrivent à maturité, un phénomène dont j'avais entendu parler mais que je n'avais encore jamais constaté par moi-même puisque nous sommes en octobre alors que, la dernière fois que je suis venue, ici, il y a bien des années, c'était l'été.

[...]

Le lendemain, nous allâmes tous visiter les Cuevas del Drach. Les parents de Will, avec qui les nôtres avaient lié connaissance, étaient également de la partie, et nous avions loué deux voitures. Au bord de la route, entre C'an Picafort et Arta, croissaient ces arbousiers qui, dans un mois ou deux, nous dit la mère de Will, porteraient en même temps, des fleurs blanches et des fruits rouges. J'avais très envie de voir ça, et je me demandais si je le verrais un jour. Elle précisa que les fruits ressemblaient à des fraises qui pousseraient sur un arbre.

"On dirait des fraises, mais ça n'a aucun goût."

C'est l'une des seules remarques d'Iris Harvez dont je me souvienne, ou plutôt dont je me souvienne mot pour mot. J'avais trouvé cette réflexion triste, mais je la considère aujourd'hui comme un aphorisme. Le fruit de l'arbousier est beau, il est rouge et luisant, il ressemble à une fraise, mais n'a aucun goût.

Elle ajouta que les arbousiers poussaient uniquement dans cette partie de l'île. Elle semblait tout savoir sur le sujet. Elle ignorait cependant que ces arbustes croissaient à profusion autour de la petite maison hantée. Je les avais reconnus sur la route de C'an Picafort à leur feuillage lisse et vernissé, pareil à celui de végétaux qu'on trouve dans les jardins, et qui ne sont pas sauvages. Au milieu des pierres éboulées, parmi les genévriers et les myrtes, là où tout avait un aspect desséché et poussiéreux, j'avais vu leurs feuilles, qui restaient aussi vertes que si on les avait arrosés tous les jours.

[...]

On m'a ramenée à Llosar. Le fruit de l'arbousier met un an à mûrir. Les fleurs de l'année en cours, qui sont actuellement en pleine floraison, deviendront des fruits dans douze mois. Dès qu'ils sont à point, on les cueille pour faire des tartes. Soudain, j'ai été prise d'une envie absurde de revoir les arbousiers du jardin, de les voir avant qu'on les ait dépouillés. J'ai ouvert moi-même la portière de la voiture et suis partie vers l'hôtel sans jeter un regard derrière moi. Mais au lieu de passer par l'escalier, je suis entrée dans le jardin ombragé, le joli jardin, avec ses allées géométriques, ses petits bassins carrés peuplés de poisson jaunes, ses cyprès et ses genévriers rassemblés en groupe, comme s'ils étaient réunis pour bavarder. En haut, à gauche, la terrasse émergeait dans le soleil et, un peu plus loin, il y avait la piscine, mais ici, en bas, l'arbousier déployait ses fleurs blanches chatoyantes et ses fruits embrasés, étincelants comme les décorations d'un arbre de Noël septentrional. [...]

J'ai pourtant d'abord cueilli une arbouse et l'ai portée à ma bouche. Iris Harvey s'était trompée. Ce n'est pas un fruit insipide, il a un goût de légume, frais et croustillant, une curieuse acidité. Un gout différent, différent de celui de tous les fruits que je connais, mais pas désagréable. Je me suis dit que j'arriverai sûrement à m'y habituer.

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