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  • Anne

Le Loup-garou




Étymologie :

  • LOUP-GAROU, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xiie s. leus warous (Mainet, iii, 24 ds T.-L.). Composé de loup* et de garou*.

  • GAROU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. [Fin du xie s. garlos « bêtes sauvages » (Lévy Trés., glose Job, 5, 23)] ; ca 1170 garwaf, garval, garvalf « homme qui se transforme temporairement en loup » (M. de France, Lais, éd. J. Rychner, Bisclavret, 4, 7, 9) ; 2. a) fin du xiie s. leu warou « id. » (Mainet, éd. G. Paris, III, 24) ; b) 1538 loup-garou « esprit qui fait peur aux petits enfants » (Est.) ; 3. 1718 courir le garou « fréquenter les lieux de débauche » (Ac.). La croyance pop. qu'un homme est susceptible de se transformer en loup est attestée chez Hérodote (gr. λ υ κ α ́ ν θ ρ ω π ο ς « loup homme »), Pline (lat. versipellis « qui change de peau » et Burchard de Worms (ca 1000, v. Kluge, s.v. werwolf). Garou vient de l'a. b. frq. *werwolf que l'on peut restituer d'apr. l'a. h. all. werwolf (composé de wer « homme » et de wolf « loup ») et le m. néerl. weerwolf, werwolf. Le mot fr. loup-garou contient deux fois la notion de loup qu'on ne saisissait plus dans garou. Différentes explications ont été données pour justifier le passage de wer à war, la plus convaincante est peut-être la suiv. : e en syllabe initiale non accentuée suivi de r devient a dans certains mots, cf. lat. serpente > a. fr. serpent, sarpent ; (v. FEW t. 17, p. 571a ; DEAF, s.v. garol col. 335).


Lire aussi les définitions de loup-garou et de garou pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Voir aussi le symbolisme du loup


Selon le site http://1001origines.net/ :

L'origine du Loup-garou :


"C'est, dans l'opinion du peuple, un esprit malin, très dangereux, travesti en loup, qui court les champs et les rues pendant la nuit.


Une superstition très ancienne

L'idée superstitieuse que les hommes pouvaient être changés en loups, et reprendre ensuite leur forme, est des plus anciennes : nous devons regarder comme faux que l'homme se change en loup et reprenne ensuite la forme qui lui est propre, dit Pline.


Une croyance tenace

Cependant cette idée extravagante a subsisté longtemps ; la religion et la philosophie ne l'avaient point encore détruite en France sur la fin du XVIe siècle. La Rocheflavin rapporte un arrêt du parlement de Dôle, du 18 janvier l574, qui condamne au feu Gilles Garnier, lequel ayant renoncé à Dieu, et s'étant obligé par serment de ne plus servir que le diable, avait été changé en loup-garou. Les auteurs dé l'Encyclopédie, à qui nous empruntons cet article, ajoutent : « Il faut quelquefois rappeler aux hommes ces sortes de traits pour leur faire sentir les avantages des siècles éclairés. Nous devrions à jamais les bénir ces siècles éclairés, quand ils ne nous procureraient d'autres biens que de nous guérir de l'existence des loups-garous, des esprits, des lamies, des larves, des liliths, des lémures, des spectres, des génies, des fées, des revenants, des lutins et autres fantômes nocturnes si propres à troubler notre âme, à l'inquiéter, à l'accabler de craintes et de frayeurs. »"

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Selon http://1001symboles.net/ :

La symbolique du Loup-garou


"Le loup-garou est le symbole de la folie dévastatrice. C'est un être malfaisant qui a le pouvoir de se métamorphoser en loup durant la nuit, et qui reprend une forme humaine le jour.


Un mythe extrêmement populaire

Le loup a toujours fasciné l'homme. Aussi cette fascination repose peut-être sur le fait que, tout comme l'homme, cet animal vit en couple, au sein d'une société organisée. Cependant, contrairement à l'homme, le loup se laisse guider par son instinct. Et c'est justement ce qui arrive à l'homme-loup. Ainsi, selon la légende, par les nuits de pleine lune, la malheureuse victime d'une malédiction se transforme en loup féroce.

Aussi, cette légende semble remonter à l'Antiquité gréco-romaine. En effet, selon le mythe, Lycaon (le roi d'Arcadie) fut châtié par Zeus (le maître des dieux) qui le transforma en loup. Ainsi, Ovide (un poète latin du Ier siècle av. J.-C.) raconte : "Ses vêtements se changent en poils, ses bras en jambe ; devenu un loup, il conserve encore des vestiges de son ancienne forme. Il a toujours le même poil gris, le même air farouche, les même yeux ardents ; il est toujours l'image de la férocité."

Mais c'est surtout entre 1500 et 1700 que le mythe du loup-garou prit des proportions impressionnantes. En effet, les registres judiciaires de cette époque indiquent une invasion de loup-garous. Ces derniers semaient la terreur dans les villes et les campagnes. Et naturellement, le christianisme y vit l'oeuvre du diable. C'est pourquoi il était devenu nécessaire de détruite la créature sur un bûcher, à l'instar des sorcières et des hérétiques.


Une étrange maladie

Collin de Plancy (un écrivain français du XIXe siècle) définissait la lycanthropie dans son Dictionnaire infernal de la manière suivante : "maladie qui, dans les siècles où l'on ne voyait partout que démons, sorcelleries et maléfices, troublait l'imagination des cerveaux faibles, au point qu'ils se croyaient métamorphosés en loup-garous, et se conduisaient en conséquence. Les mélancoliques étaient plus que les autres disposés à devenir lycanthropes, c'est-à-dire hommes-loups". Mais cette étrange maladie fut également appelée "mélancolie", "rage lupine" ou "folie louvière".

Ainsi, le loup-garou est un solitaire qui ne parvient pas à s'intégrer dans une société qui ne lui convient pas. Alors, il s'y oppose par la violence. En effet, il partage les appétits de l'animal auquel il s'assimile. De ce fait, il se jette sur les brebis et les hommes pour les dévorer, il sort la nuit, il hurle à la mort, etc."

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Mythologie :


Selon Annie Boule, dans un article intitulé "Notes sur la civilisation guaranie" paru In : Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 1, 1965. pp. 255-278, :


En dehors de ces animaux et d'autres de la région (la vipère surucucû par exemple, qui est considérée comme une flèche du Curupi), il en est un en particulier dont la présence ne s'explique pas sans influence européenne: c'est le «lobisôn», qui semble avoir pour ancêtre le loup-garou, dont la tradition venue des grecs et des latins était encore répandue au début de ce siècle dans des campagnes françaises. En effet le mot «lobisôn» ne peut être né en Amérique où il n'y a pas de loup, mais la légende n'en a pas moins existé chez les guaranis: lorsque le septième fils d'une famille est d'aspect maigre et pâle, les habitants sont persuadés que le vendredi à minuit il se change en un terrible animal tenant du chien et du porc, qui sort manger des excréments et des enfants non baptisés... ce qui le rend malade le samedi quand il a repris forme humaine. L'influence chrétienne est à remarquer, non seulement dans le choix du vendredi et des enfants non baptisés, mais encore dans le fait que l'eau bénite peut rendre à ce «possédé» sa forme normale. Cette croyance, qui n'est pas sans dangers, est encore tout à fait vivante, comme nous l'ont prouvé des récits d'une personne encore jeune de San Ignacio. Notre interlocuteur, qui avoua s'être difficilement dégagé de l'emprise des superstitions au milieu desquelles il avait été élevé, fut témoin d'une scène tragique. Malgré les menaces de sa famille, une. jeune fille du village était amoureuse d'un garçon que l'on croyait «lobisôn». Or un samedi matin, comme un chien enragé courait dans les rues, tout le monde crut que c'était le fiancé. La malheureuse le crut aussi, qui s'en approcha doucement pour tenter de rompre l'enchantement: «Veni, se te va a pasar...», mais l'animal, qui n'entendait pas ce langage, lui sauta à la gorge. Les témoins tuèrent le chien à coups de bâtons et de pierres, et le fiancé alerté par le tumulte ne trouva plus que le cadavre de la jeune fille auprès de celui de l'animal. Quoi qu'il en soit, l'homme blanc apparaît encore dans les légendes guaranies comme le pire des animaux, car il possède à la fois les attributs de l'abeille, du serpent, du renard et du tigre...

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Littérature :


Dans L'Homme à l'envers (Éditions Viviane Hamy, 1999) de Fred Vargas, Camille s"interroge sur l'accusation que son ami Suzanne, la grosse Suzanne, porte à l'encontre d'un des villageois :


"- Elle a peut-être lu trop de contes africains, en fin de compte, suggéra Camille d'un ton las.

- Peut-être.

- Il y a des loups-garous, en Afrique ?

Lawrence écarta les mains.

- Forcément il y en a un. Peut-être des hyènes-garous, des chacals-garous.

- Envoie la suite, dit Camille.

- Elle sait qui c'est.

- Le loup-garou ?

- Oui.

- Dis.

- Massart le gars des abattoirs.

- Massart ? cria presque Camille. Pourquoi Massart, bon Dieu ?

Lawrence se frotta la joue, embarrassé.

- Dis, répéta Camille.

- Parce que Massart n'a pas de poils.

Camille tendit sa tasse, le bras raide, et Lawrence lui versa une nouvelle cuiller de raisins.

- Quoi, pas de poils ?

- Tu as vu le type ?

- Une fois.

- Il n'a pas de poils.

- Je ne comprends pas, dit Camille, fermée. Il a des cheveux, comme toi et moi. Il a une frange noire jusqu'aux yeux.

- J'ai dit poils. Pas de poils, Camille.

- Tu veux dire sur les bras, les jambes, le torse ?

- Oui, le gars est glabre comme un gosse, quoi. J'ai pas vu le détail. paraît qu'il ne se rase même pas.

Camille ferma à demi les yeux pour rappeler l'image de Massart, l'autre matin, devant sa fourgonnette. Elle revit sa peau blanche, sur les bras et les joues, si étrange à côté du teint mat des autres types. oui, pas de poils, peut-être.

- Et alors ? dit-elle. Qu'est-ce que ça peut foutre ?

- T'es pas très fortiche en loups-garous, hein ?

- Pas très, non.

- Tu saurais pas en reconnaître un en plein jour.

- Non. A quoi je le reconnaîtrais, le pauvre vieux ?

- A ça. Le loup-garou n'a pas de poils. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il les pote en dedans.

- C'est une blague.

- Relis les vieux bouquins de ton vieux pays cinglé. Tu verras. c'est écrit. Et des tas de gens savent ça dans les campagnes. Et la grosse aussi.

- Suzanne.

- Suzanne.

- Ils savent tous pour le coup des poils ?

- C'est pas un coup. C'est le signe du loup-garou. Il n'y en a pas d'autre. Il a les poils dedans parce que c'est un homme à l'envers. La nuit, il s'inverse, et sa peau velue apparaît.

- De sorte que Massart ne serait jamais qu'un manteau de fourrure retourné ?

- Si tu veux.

- Et ses dents ? Elles sont réversibles ? Où les range-t-il le jour ?

Lawrence posa son verre sur la table et se tourna vers Camille.

- Ça ne sert à rien de s'énerver, Camille. Bullshit, c'est pas moi qui le dis. C'est la grosse.

- Suzanne.

- Suzanne.

- Oui, dit Camille. Pardonne-moi.

[...]

- ... Le Veilleux et moi, on ne va pas passer notre existence à courser ce vampire. Tout ce qu'on veut, c'est venger ma mère. Alors on le harponnera, et quand on l'aura harponné, on l'effacera.

- Effacera ? répéta Camille.

- On le zigouillera, quoi.

- Et après qu'il sera mort et bien mort, précisa le Veilleux, on lui ouvrira le bide depuis la gorge jusqu'aux couilles pour voir si les poils ils sont dedans. Il a déjà de la chance qu'on ne lui fasse pas vivant.

- C'est le progrès, murmura Camille.

Elle rencontra le regard du Veilleux, de beaux yeux qui avaient la teinte du whisky.

- Vous marchez dans cette histoire de poils ? lui demanda-t-elle. Vous marchez vraiment dans cette histoire ?

- Dans cette historie de poils ? répéta le Veilleux de sa voix sourde.

Il fit une sorte de grimace et ne répondit pas.

- Massart est un loup-garou, gronda-t-il après un instant. Votre trappeur l'a dit aussi.

- Lawrence n'a jamais dit ça. Lawrence a dit que tous ceux qui croyaient au loup-garou étaient de vieux enculés arriérés. Lawrence a dit que toux ceux qui parleraient d'ouvrir un gars depuis la gorge jusqu'aux couilles le trouveraient sur leur route avec un fusil de chasse à l'ours. Lawrence a dit enfin que Massart tuait avec un dogue, ou avec un grand loup. Crassus le Pelé, qu'on a perdu de vue depuis deux ans. Ce sont les dents de ce loup, et pas celles de Massart.

[...]

- Il y a une chose au sujet de Massart, continua le Veilleux, que la petite a sûrement pas dite. c'est un loup-garou. Pas un poil sur le corps, vous pigez ?

- Très bien.

- Tout est au-dedans. Pas de pitié quand vous serez dessus. Le garou a la force de vingt hommes.

- Bien."

*