La Zédoaire
- Anne

- 11 août 2018
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Dernière mise à jour : 22 févr.
Étymologie :
ZÉDOAIRE, subst. fém.
Étymol. et Hist. Ca 1256 ecidoiare (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, éd. L. Landouzy et R. Pépin, p. 107, 24 [var. du xiiie s. sydoare, zidoare]) ; xve s. zedoar (Grant herbier, éd. G. Camus, n°504) ; 1561 zedoaire (Du Pinet, trad. Commentaires de M. P. A. Matthioli sur Dioscoride, p. 206). Du lat. médiév. cidoar (xe s. ds CGL t. 3, 589, 27), cydoar (xie s., ibid., 610, 39), zeduar (xe-xie s., ibid., 630, 57) ; zeduarium (xiie s., Gloss. de Tours, éd. L. Delisle, p. 330 ds Foerster-Koschwitz, col. 211), zedoaria (1re moit. xiiie s. ds Pellegr. Arab., p. 119) ; empr. à l'ar. zadwār, ǧadwār, et celui-ci au persan žadwār (cf. Devic, Lok., n°2215, FEW t. 19, p. 201, Klein Etymol.). De l'ar. a prob. été empr. directement l'a. fr. cito(u)al (cf. T.-L., s.v. citoval).
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Botanique :
Georges Paysan, auteur d'un ouvrage intitulé Maladies, médecine & pharmacopée populaire d'hier en Uzège et Vivarais. (Editions FeniXX, 2000) mentionne le fait que :
La zédoaire, dont nous avons déjà parlé, importé à grands frais du Moyen-Orient par les apothicaires, connut également une vogue considérable. Prêtres et médecins furent longtemps persuadés que la saveur camphrée de cette racine protégeait ceux qui visitaient les pestiférés, si on en plaçait un morceau dans la bouche. Les masticatoires restèrent longtemps en usage. Une recette de 1863, consacrée " à la maladie des bronches" en prépare un avec de la cannelle, des clous de girofle, des écorces sèches d'orange et de citron. Nous savons aujourd'hui que les essences de cannelle et de girofle ont des propriétés microbicides certaines. Le vin chaud, auquel on ajoute ces deux produits avec du sucre reste toujours très prisé dans nos campagnes "pour couper un coup de froid."
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Bienfaits thérapeutiques :
Selon Hildegarde de Bingen, auteure de Physica, Le livre des subtilités des créatures divines, les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux (édition originale 1151-1158 ; Édition Jérôme Millon, Grenoble, 2011),
"La zédoaire est modérément chaude et et a de grandes propriétés. Car celui qui a des tremblements dans les membres et qui perd ses forces n' qu'à mettre de la zédoaire dans du vin et ajouter du galanga en quantité un peu moindre ; qu'il fasse cuire dans du vin avec un peu de miel et boive chaud : les tremblements disparaîtront et il retrouvera sa force. Si on a beaucoup de salive et d'écume à la bouche, réduire de la zédoaire en poudre, faire un nouet avec cette poudre, la mettra ainsi dans un récipient avec de l'eau bouillie, pour que l'eau se charge de sa saveur ; laisser ainsi dans l'eau une nuit ; boire à jeun, le matin, souvent : salive et écume disparaîtront. Si on a un violent mal de tête, adoucir le front et les tempes à l'aide de cette poudre mise dans un linge trempé dans l'eau chaude : on procurera ainsi une amélioration. Si on a l'estomac rempli de mauvaises nourritures et bien alourdi, réduire en poudre de la zédoaire : avec cette poudre, un peu de fleur de farine et de l'eau, faire une petite galette, la faire cuire au soleil ou dans un four à peine tiède ; réduire alors cette galette en poudre ; prendre souvent de cette poudre dans la main, et la lécher à jeun, ainsi qu'au coucher. Elle enlève la lourdeur de l'estomac."
Dans "Un électuaire d'Avicenne ou De la difficulté d'identifier les constituants de médicaments antiques." (In : Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1994, vol. 82, no 301, pp. 132-147) Henri C. Silberman évoque la zédoaire :
"Neuvième plante médicinale de la recette d'Avicenne, zarnabaz est traduit par Gérard de Crémone en zedoaria et par Sontheimer en Zerumbet. S'agissait-il d'une même plante connue sous des désignations différentes selon la langue employée ? Avicenne y voyait deux plantes différentes, zedoaria et zurumbet, qu'il décrit dans deux chapitres voisins du IIe livre du Canon. Sérapion et Mesuë traitaient également zédoaire et zerumbet comme deux plantes distinctes dans deux chapitres différents. On prescrivait tantôt l'une, tantôt l'autre. Selon Pomet, le zerumbet et la zédoaire sont deux racines différentes de couleur et d'apparence, qui proviennent néanmoins d'une seule plante, « le zédoaire étant la partie longue de la plante, servant au zerumbet comme de pied ». Selon les listes de synonymes et le lexique de Simon de Gênes, zurumbet, en français zerumbet, et zédoaire seraient la même plante. Il y avait ainsi autant d'opinions favorables à la dualité des plantes, Curcuma zerumbet, Curcuma zedoaria, qu'il y en avait de favorables à l'unicité. Cette complexe question de terminologie est également discutée dans la littérature récente.
Une décoction de Curcuma zedoaria avec l'addition de poivre long, de cannelle et de miel est un vieux remède indien dans les cas de fièvre, refroidissement, toux et bronchite."
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