La Pierre de foudre
- Anne

- 3 juin 2017
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Étymologie :
AÉROLITHE, subst. masc.
Étymol. et hist. − 1834 (Land. : Aérolithe... pierre tombée du ciel). Composé des éléments aéro-* et -lithe (-lite*).
Étymol. et Hist. 1822 (Béclard, Chomel, Cloquet, Orfila, Nouv. dict. de méd.) Dér. de météore*; suff. -ite*.
Lire aussi la définition du nom aérolithe et celle de météorite pour amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Pierre à tonnerre - Pierre de tonnerre -
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Croyances populaires :
Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :
PIERRES DE TONNERRE. Le peuple donnait jadis ce nom à ce que nous appelons aujourd'hui des aérolithes ; mais le savant, à cheval sur l'identité de la foudre et de l'électricité, trouvait absurde une pareille dénomination, et haussait même les épaules quand on lui parlait de ces prétendues pierres. Actuellement qu'on se trouve parfaitement renseigné sur la chute des aérolithes, c'est aux dépens du savant qu'il faut rire, et non pas sur le compte du vulgaire qui sait et a toujours su, par les traditions et des exemples assez fréquemment reproduits, que les pluies de pierres ne sont point un fait contestable.
« Sans vouloir assurément réveiller des idées surannées touchant les pierres de tonnerre, écrit Arago dans ses Œuvres complètes, je dirai qu'il n'est point prouvé qu'on doive regarder comme mensongères toutes les relations où il est parlé de coups de foudre accompagnés de chute de matières. Sur quoi se fonderait-on pour s'inscrire en faux contre ce fait que je lire des œuvres de Bayle : En juillet 1681 , la foudre produisit beaucoup de dégâts près du cap Nord, sur le bâtiment anglais l'Albemarle. Le coup de foudre fut suivi de la chute dans la chaloupe même, suspendue à la poupe du navire, d'une matière bitumineuse qui brûlait en répandant une odeur semblable à celle de la poudre à canon. Cette matière se consuma sur place on avait essayé vainement de l'éteindre avec de l'eau on de la projeter dehors en se servant de tiges de bois. »
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Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux pierres tombées du ciel :
Outils préhistoriques : Les haches, c’est-à-dire des silex taillés et tranchants, et pointes de flèches de l’époque néolithique n’ont pas manqué d’intriguer les hommes qui les trouvèrent des millénaires plus tard. Plusieurs auteurs de l’Antiquité évoquent différentes sortes de pierres polies, dont les outils préhistoriques, sous le terme générique de « céraunies » (du grec keraunos, « tonnerre »). Parmi eux, Pline écrit au I er siècle : « On prétend qu’il y a encore une autre espèce de céraunie extrêmement rare, et recherchée par les mages pour leurs opérations, attendu qu’elle ne se trouve que dans un lieu frappé de la foudre. » (Histoire naturelle, livre XXXVII.) Du Moyen Age au XVIe siècle, nombre de lapidaires s’inspirent des auteurs grecs et latins, notamment de Pline, et continuent de véhiculer la croyance selon laquelle ces céraunies sont des pierres lancées par la foudre qui possèdent un grand pouvoir protecteur, croyance encore largement présente dans les campagnes du XIXe siècle malgré les travaux des naturalistes des XVIIe et XVIIIe siècles. Le peuple attribue à ces pierres étranges le pouvoir d’éloigner la foudre, mais elles servent aussi d’amulettes protectrices contre les maladies des humains et du bétail. On les utilise également pour soigner toutes sortes de maux. De fait, ces haches préhistoriques sont très recherchées, et peuvent se prêter ou se vendre lorsqu’on a la chance d’en posséder plusieurs. Toutefois, quelques rares témoignages font état d’une méfiance envers ces pierres, probablement sous l’influence du clergé local. Selon l’abbé Audierne (1798-1891), les habitants des environs de Bergerac s’en défient et les cassent en deux avant de s’en débarrasser (P. Saintyves, 1936). Dans les environs du Mont-Dore (Puy-de-Dôme), les paysans sont convaincus que cette « pierre du diable », arrivée tout droit de l’enfer, porte malheur. Pour conjurer le mauvais sort, ils la brisent en mille morceaux qu’ils jettent au loin (G. Charvilhat, 1910).
Les pierres tombées du ciel : Partout en France, les haches en pierre polie sont en relation avec le tonnerre et la foudre, et portent des noms liés à ces phénomènes ; les plus courants sont « pierre à tonnerre » ou « pierre de foudre », déclinés dans les dialectes locaux. Encore au XIXe siècle, de nombreux témoignages le confirment, on croit que c’est la foudre qui projette ces pierres. En Alsace, où on les nomme « marteaux de Thor » (le marteau est un des attributs de ce dieu du tonnerre des anciens Germains), ou « pierres de l’éclair » dans le Bas-Rhin, certains paysans expliquent qu’elles sont enfermées dans un nuage et s’échappent en même temps que l’éclair. Lorsqu’elles arrivent sur terre, elles s’enfouissent dans la terre à une profondeur égale à celle du plus haut clocher du coin. Ensuite, à chaque coup de tonnerre, elles remontent vers la surface, qu’elles atteignent au bout de sept ans. Une formule est d’ailleurs liée à cette sorte de prodige : « Que le tonnerre t’enfonce aussi profondément sous terre que la distance qu’un lièvre peut courir en cent ans. » (J. Variot, 1919, cité par P. Saintyves, 1936.) D’autres Alsaciens prétendent qu’elles ouvrent des brèches qui ne peuvent plus se refermer et font parfois jaillir des sources ou forment des étangs. De la même façon, une fontaine du hameau de Cernois (Côte-d’Or) devrait son origine à la foudre, légende probablement en relation avec les nombreuses haches de pierre qui furent trouvées aux abords.
En Gironde, les « pierres de tonnerre » s’enfoncent de neuf pieds (six pieds dans l’Aveyron) et remontent chaque année d’un pied – cette croyance s’applique aussi aux pointes de flèche en silex. Dans l’Aude ou la Drôme, on dit qu’elles s’élèvent d’un mètre tous les sept ans ; dans les Pyrénées-Orientales, peu à peu chaque année. Les Vosgiens prétendent qu’après avoir été lancées par les éclairs, ces pierres traversent le tronc des arbres et s’enfoncent profondément dans la terre, remontant chaque année d’un degré pendant neuf ou onze ans.
Dans le Mâconnais (Saône-et-Loire), les haches polies en serpentine verte et les marteaux en diorite noire sont surnommés « carreaux de foudre », « carreaux », comme le projectile lancé par l’arbalète. Dans le midi de la France, les paysans sont convaincus qu’en tombant du ciel, elles participent aux dégâts occasionnés par la foudre, tandis qu’en Moselle ils attribuent au coup de tonnerre le lancement de la pierre qui détruit tout sur son passage avant de s’enterrer.
Dans beaucoup d’endroits, on s’empresse d’aller fouiller la terre là où la foudre est tombée pour tenter de récupérer l’une de ces « pierres ». A défaut d’y parvenir, certains marquent le sol avec un bâton afin de revenir la chercher quelques années plus tard, lorsqu’elle affleurera.
Produite par la foudre, les « pierres à tonnerre » ont le pouvoir d’en préserver les bâtiments. On en a retrouvé quasiment partout dans les murs, les fondations, les cheminées, les toits ou sous le seuil des maisons et des étables, des écuries et des bergeries. En Auvergne, par exemple, la hache polie protège non seulement de la foudre mais aussi des incendies de toute origine. On la place sous le toit de chaume, ou, si l’on fait construire une nouvelle maison, on la scelle dans le mur au-dessus de l’entrée, ou on l’enfouit dans les fondations. A la fin du XIXe siècle, des Auvergnats plaçaient toujours ces pierres sur le faîte de leurs habitations, mais aussi sur celui de leurs étables et dans leurs champs. Elles seront peu à peu remplacées par des statuettes de saints. En Alsace, conservées avec soin et placées sous le toit, non seulement elles protègent les bâtiments de la foudre, mais, en suintant, elles préviennent aussi leurs habitants d’un orage à venir.
Les haches protègent également les arbres de la foudre. Pour ce faire, on les enterre à leur pied et nombre d’entre elles ont été mises au jour lors de dessouchements. Dans la Haute-Marne, notamment à Villiers-aux-Bois, la façon dont elles ont été enfouies prouve qu’il s’agissait d’un acte volontaire. Il en va de même dans la Somme pour celles que l’on a retrouvées sous de vieux pommiers dans les environs de Roye. A Chepoix (Oise), la hache polie munie d’un anneau et d’une chaîne, récupérée sous un vieil orme, amena à penser, compte tenu de sa disposition, qu’elle avait été déposée là au moment de la plantation de l’arbre.
En Auvergne, le cultivateur qui trouve une hache polie en labourant son champ la laisse sur place, au risque de heurter le soc de sa charrue, persuadé qu’elle assurera une moisson abondante que la grêle ne viendra pas dévaster (G. Charvilhat, 1910).
Ces haches sont souvent conservées précieusement dans les familles et se transmettent d’une génération à l’autre. Dans la Marne, un cultivateur du début du XXe siècle raconte que ses aïeux se partagèrent une pierre polie lors d’une succession : « Elle fut solennellement brisée en autant de fragments qu’il y avait d’héritiers. » Cependant les auteurs qui rapportent cette anecdote précisent que, depuis un siècle, la plupart des gens qui trouvent des outils préhistoriques s’empressent de les vendre à des antiquaires. Ils ajoutent que le nom de « pierre à tonnerre » est toujours usité mais concerne désormais les « pyrites de fer que l’on trouve dans la craie et que certains croient encore formées par la foudre lors des orages » (Lemarteleur et Doublet, 1934). Le commerce de ces « pierres à tonnerre » est attesté par d’autres témoignages du début du XXe siècle dans diverses régions.
En dehors de quelques cas particuliers, les croyances liées à ces pierres s’éteignent vers 1914.
Amulettes : Les outils préhistoriques de petite taille, parfois munis d’une monture métallique, servent d’amulettes que l’on glisse dans sa poche ou que l’on porte en pendentif. Les paysans landais gardent dans leurs poches des haches et des pointes de silex pour se préserver de la foudre. En Bretagne, certains attachent à leur chapelet une « pierre à tonnerre » ; d’autres la mettent dans leur poche ou dans leur chapeau par temps d’orage. Dès qu’il tonne, on lui adresse une petite prière : « Pierre, pierre / Garde-moi du tonnerre » (Côtes-d’Armor) ou « Sainte Barbe, sainte Fleur / A la croix de mon Sauveur / Quand le tonnerre grondera / Sainte Barbe me gardera / Par la vertu de cette pierre / Que je sois gardé du tonnerre » (Ille-et-Vilaine, P. Sébillot, 1882). Sainte Barbe et sainte Fleur sont réputées en France pour protéger de la foudre.
Ces amulettes sont aussi destinées à porter bonheur. Dans les années 1870, dans le pays de Luchon (Haute-Garonne), certains garçons s’en munissent pour tirer un bon numéro au tirage au sort de la conscription. Dans le Morbihan, les soldats qui portent sur eux une « pierre à tonnerre » sont censés n’être ni tués ni même blessés (J. Frison, 1910).
En 1906, le conservateur du musée d’Histoire naturelle de Mâcon rapportait qu’un cultivateur de Saucé avait trouvé une hachette polie sur ses terres et à aucun prix ne voulait s’en séparer ; il était persuadé que sa vie en dépendait et racontait qu’elle diminuait de volume chaque jour et que, lorsqu’elle aurait totalement disparu, il mourrait lui aussi (Lafay, 1906).
Les hommes ne sont pas les seuls à bénéficier des vertus de ces amulettes : les paysans en placent sur les bestiaux pour les protéger. Les bergers corses mettent de petites haches au cou de leurs bêtes pour les préserver des épidémies ; ils pensent que ces amulettes ont aussi le pouvoir de guérir les humains et qu’il est important d’avoir foi dans leur pouvoir. Vers 1880, les bergers de l’Aude continuent d’accrocher des hachettes comme battant des clochettes des moutons pour éloigner les maladies et la foudre. Un collecteur du Languedoc dit avoir vu à la même époque des bergers « placer une hache en pierre polie dans un petit sac qu’ils attachaient au cou du bélier pour protéger le troupeau » (P. Raymond, 1906). Ce dernier usage semble être le plus répandu dans la France du XIXe siècle, où l’on choisit souvent la bête qui mène le troupeau, qu’elle protège par contagion magique. En Alsace, on place des hachettes de jadéite polie dans les porcheries pour protéger les cochons.
Médecine magique : Les haches de pierre polie sont également utilisées en médecine magique. En 1882, Paul Sébillot raconte qu’en Ille-et-Vilaine, « au milieu du siècle dernier », on plaçait au cou des enfants des colliers, dits « colliers de saint François », composés de toutes petites pierres à tonnerre, afin de les préserver des maladies. De la même façon, on en trouvait dans les gougad-patereu, colliers de grains de différents matériaux du Morbihan. Dans ce même département, en 1878, un paysan assure qu’on guérit les morsures de serpent avec une hache de pierre. Il faut pour cela la faire chauffer sur le feu, puis en frotter doucement la partie atteinte. Peu après, le venin sort de la plaie et le patient est guéri.
Au début du XXe siècle, un collecteur raconte que, dans les environs de Quimperlé, certains possèdent toujours des haches de pierre polie, qu’ils cachent, et qui passent pour guérir la rage, l’épilepsie, la fièvre typhoïde et les maladies des bestiaux (G. Hervé, 1906). Dans l’Ain, à la même époque, les « carreaux de tonnerre » sont encore recommandés contre les morsures de serpent, les troubles du foie, la petite vérole, les maux de ventre et les coliques néphrétiques.
Dans plusieurs régions, les haches préhistoriques sont employées pour favoriser les accouchements. « Aux environs de Lesparre-Médoc (Gironde), écrit un folkloriste, je connais une fort belle hache de jade que son propriétaire prête pour frotter le ventre des femmes en couches et faciliter l’accouchement. Cette hache a aussi le don de faire passer les coliques néphrétiques. Le possesseur de cette amulette, qui la tient de ses grands-parents, accepte les cadeaux des malades, mais il ne doit pas recevoir d’argent, car alors la pierre ne produirait pas d’effet. » (F. Daleau, 1906.)
Les haches polies sont largement utilisées pour les animaux de la ferme. Le procédé le plus répandu pour les préserver des maladies consiste à placer l’une de ces pierres dans le fond de l’auge, voire dans les points d’eau où le bétail vient s’abreuver. En 1906, un folkloriste dit avoir lui-même constaté cette croyance près de Saint-Pourçain, dans l’Allier (F. Pérot, 1906). A Hochfelden (Bas-Rhin), pour rendre l’appétit aux chevaux, on en glisse une dans leur mangeoire.
Pour soulager les vaches dont les pis sont congestionnés, on frotte doucement ceux-ci avec une hache de pierre. En Alsace et dans le Morbihan, on la fait préalablement bouillir dans l’huile. Au début du XXe siècle, les femmes de Saint-Philibert (Morbihan) mettent encore à bouillir les haches dans l’eau destinée aux vaches pour qu’elles donnent beaucoup de lait (G. d’Ault du Mesnil, 1903).
En Bretagne, les haches, ou celts, préalablement trempées dans l’eau bouillante guérissent la colique et les tranchées des bestiaux. Dans la Loire-Atlantique, on les enduit de graisse avant d’en frictionner les animaux. Dans la Drôme, pour soigner la clavelée des moutons, on leur fait boire l’eau dans laquelle une hache a trempé pendant vingt-quatre heures et on frotte leur enflure avec cette même eau. En 1906, un folkloriste de ce département se souvient d’avoir voulu acheter une jolie hache faite dans une roche de couleur vert-bleu, mais la fermière refusa car elle s’en servait pour la guérison de ses bestiaux (Pitre de l’Isle du Dréneuc, 1906).
En Alsace, on guérit les bêtes souffrantes en les frottant à rebrousse-poil avec une hache polie, tandis qu’en Moselle, à Farschviller, les fermières placent la pierre chauffée sur la partie malade, l’arrosent de lait et attendent qu’il s’évapore. Dans le Gard, ceux qui soignent par attouchement avec une hache sont plus efficaces s’ils ont auparavant étouffé une taupe vivante dans leurs mains avant le lever du soleil, afin d’obtenir une « main taupée ».
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Symbolisme :
Voici l'article de Léopold Cadière, "Les pierres de foudre." (paru In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 2, 1902. pp. 284-285) :
LES PIERRES DE FOUDRE
Les pierres de foudre (dá sám sét, dá thàm thét, dá sét, cái sám sét) naissent spontanément dans le sol, trois mois et dix jours après que la foudre est tombée à un endroit. Chaque fois donc que la foudre tombe, une pierre de foudre est produite dans les environs. Mais le hasard ne la fera peut-être découvrir que longtemps après. D'après une autre version, les pierres de foudre remontent à la surface ou près de la surface du sol (noi) trois mois et dix jours après que la foudre est tombée : le moment de leur production serait peut-être le moment où la foudre tombe ; en tout cas, c'est à ce moment que commencerait leur formation.
On trouve assez abondamment de ces pierres de foudre dans le Nord de la province du Quàng Tri, dans les deux régions dites Bât do, la Terre Rouge, et Bdi Trfri, le Ciel. Dans les villages de la province du Quàng-binh, où j'ai pu prendre des informations, les pierres de foudre, bien que connues, sont en petit nombre, et il ne parait pas qu'elles aient été trouvées dans ces villages même.
Les pierres de foudre ont une grande efficacité pour préserver de la foudre ou des suites funestes de la foudre. En temps d'orage, il suffit de mettre une pierre de foudre dans la grande corbeille (nong, nông) où l'on élève les vers à soie, pour préserver ces petites bêtes de l'influence pernicieuse de la foudre. Dans d'autres maisons, on râpe un peu une pierre de foudre et on projette en soufflant (phun) la poudre ainsi obtenue sur les corbeilles de la magnanerie. Un temps orageux est aussi funeste à ceux qui sont atteints de la variole ; on leur pose donc sur la poitrine une pierre de foudre, ou on leur projette en soufflant de la poudre de ces pierres sur les éruptions causées par la maladie. A Во khè, dans le Quang binh, on prétend même que la pierre de foudre, simplement gardée dans la maison, préserve les petits enfants des influences néfastes de la foudre : il n'ont pas ces mouvements nerveux que cause ordinairement le bruit du tonnerre.
Il y a deux espèces de pierres de foudre : les unes sont en silex, les autres en cuivre (dóng) ou en une substance rappelant la fonte (gang, peut-être en bronze) ; ces dernières sont plus rares, mais leur pouvoir est plus grand : on en fait des colliers que l'on met au cou des enfants nés au moment où la foudre tombe dans les environs ( thièn loi giàng). Cet enfant est en effet condamné à être frappé tôt ou tard de la foudre ; mais en ponant au cou un collier de pierre de foudre, il est censé avoir déjà été frappé et est préservé de toute atteinte plus dangereuse.
Que sont ces pierres de foudre ? Ce sont des silex taillés, dont se servaient les premiers habitants de la côte orientale de la presqu'île indo-chinoise à une époque qu'on ne saurait encore préciser. Ces silex se divisent en général en deux parties : le corps même de l'instrument, et la queue ou tenon plus étroit, qui servait à maintenir le silex dans le manche : c'est la forme bien connue dite « indo-chinoise ». Dans un seul des spécimens que j'ai recueillis, il n'y a pas de tenon, mais on remarque du côté de la tète de la hache (si toutefois cet instrument est vraiment une hache), un collet creusé seulement d'un côté, où l'on voit d'une manière très sensible l'usure produite par la corde qui retenait la hache du manche ou par le manche lui-même.
Tous ces silex sont polis sur tous leurs côtés, mais on remarque sur tous des inégalités accusant nettement qu'ils ont été primitivement dégrossis par éclat. Les uns sont en silex bleuté, les autres en silex blanchâtre. Ils n'étaient tranchants que d'un seul côté opposé à la queue ou tenon, mais l'arête tranchante qui parait avoir été toujours plus ou moins arquée n'est visible que dans quelques spécimens et à de rares endroits ; ailleurs elle a été déformée par les grattages successifs que les Annamites ont fait subir à la pierre pour la réduire en poudre : les Annamites en effet grattent ordinairement ces pierres du côté de l'arête tranchante.
Le corps de l'instrument a les côtés tantôt amincis comme l'arête tranchante, tantôt coupés à pans droits. Les deux faces sont ordinairement convexes plus ou moins irrégulièrement ; tantôt l'une est convexe, l'autre plane, ou bien elles sont formées de divers plans se recoupant par des arêtes irrégulières mais adoucies. Le tenon est tantôt régulièrement rectangulaire, tantôt l'angle de jonction avec le corps de l'instrument est plus ou moins adouci.
Les Annamites comparent ces instruments à un fer de hache (lirô- riu) et c'est l'usage qu'ils ont eu sans doute primitivement. Le spécimen qui n'a pas de tenon distinct montre clairement qu'on s'en servait comme de la hache ordinaire, c'est-à-dire le plan de l'instrument étant vertical. Quelques Annamites m'ont dit cependant qu'on pouvait se servir des autres comme d'une doloire, mais c'est peu probable. Il faut remarquer que ces haches, contrairement aux haches annamites actuelles, où le manche vertical (chuèn riu) entre dans le fer de la hache, pénétraient elles-mêmes dans le manche où elles étaient maintenues par le tenon.
Je n'ai pu me procurer ni voir de haches en cuivre ou en bronze. On m'a dit que leur côté tranchant était très arqué, et qu'elles avaient une certaine ressemblance avec les haches françaises. Il ne sera pas sans intérêt de dire quelques mots de la région où on trouve ces silex plus abondamment. Le Ciel, ou Bai Troi est une région assez élevée, très fertile, qui se rattache aux grandes montagnes d'Annam et envoie plusieurs éperons dans la plaine de rizière qui la sépare de la grande dune et de la mer. La Terre Rouge, ou Bât Во, est une succession de petits mamelons formés de la même terre rouge légère que l'on remarque au Ciel, et qui viennent finir brusquement au cap Lay, en annamite Troc Voi. Ces deux régions, aujourd'hui encore très fertiles, ont dû être peuplées fort anciennement, alors qu'une grande partie de l'Annam actuel était encore couverte de marécages incultes. Les pierres de foudre sont les derniers vestiges de cette civilisation primitive.
Si j'en juge par ce que j'ai pu voir autour de moi, tous les Annamites connaissent les pierres de foudre : mais dans certaines régions on en trouve beaucoup en fouillant la terre, et chaque pierre que possède telle ou telle famille, a pour ainsi dire son histoire : on sait dans quel champ elle a été trouvée, quel arbre fut frappé de la foudre. Dans d'autres endroits au contraire, les pierres de foudre sont rares, on se les transmet de père en fils sans savoir leur origine. Il serait intéressant de déterminer dans tout l'Annam quelles parties renferment en grand nombre des pierres de foudre et furent par conséquent habitées par les hommes des époques préhistoriques."
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Dans Symboles fondamentaux de la science sacré (Éditions Gallimard,1962) on trouve un article de René Guénon publié initialement en mai 1929 dans le Voile d’Isis :
Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; Édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),
L'aérolithe est "considéré comme une théophanie et un message du ciel. C'est comme une étincelle du feu céleste, une graine de divinité, descendue sur la terre. Selon les croyances primitives, les astres étaient en effet des divinités ; les parcelles qu'elles détachaient d'elle-mêmes étaient comme des semences. L'aérolithe remplit une mission analogue à celle de l'ange : mettre en communication le ciel et la terre. L'aérolithe est le symbole d'une vie supérieure, qui se rappelle à l'homme comme une vocation ou qui se communique à qui."
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Selon Elie-Charles Flamand, auteur de Les pierres magiques. (Éditions Le Courrier du Livre. Paris, 1981) :
LES METEORITES : Les météorites sont des roches d'origine extra-terrestre qui tombent de temps à autre sur la surface de la terre.
Il s'agit de morceaux d'astres du système solaire qui ont éclaté sous l'action de causes multiples et complexes.
Pour les scientifiques, ces pierres cosmiques fournissent de précieux renseignements sur la composition et l'histoire de la matière dans le système solaire.
Elles permettent aussi de mieux connaître la nature de l'intérieur de notre globe car la composition de certains météorites est analogue à celle du noyau terrestre. On distingue trois classes de météorites :
les météorites pierreuses ou aérolithes, essentiellement composées de silicates comme l'olivine et d'orthopyroxènes (minéraux existant également sur notre globe) avec peu ou pas du tout de fer nickelé,
les lithosidérites, composées des mêmes silicates mais en par tie à peu près égale avec du fer nickelé à structure spongieuse,
les météorites métalliques ou holosidérites, composées presque exclusivement d'alliages fer-nickel.
Diverses considérations portent à penser que l'ensemble des parties centrales du globe terrestre est d'une composition semblable à celle des holosidérites et il est bien curieux de voir l'étude des pierres tombées du ciel donner les notions les plus exactes sur ces mystérieuses profondeurs, en application de la loi d'analogie : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »
Les holosidérites, parmi lesquelles se trouvent les plus grosses météorites, sont celles que l'homme remarqua et utilisa depuis les temps préhistoriques.
Les deux métaux qui les composent s'interpénétrent d'une façon qui n'apparaît pas dans les alliages connus sur notre planète.
Cette structure particulière est mise en évidence lorsqu'on soumet la surface préalablement polie d'une holosidérite à l'action d'un acide. Le métal céleste laisse apparaître alors un réseau admirablement dessiné de traits étranges que l'on appelle figures de Widmannstätten, du nom du physicien qui les découvrit.
Il serait souhaitable que les surfaces polies des météorites où l'on a fait apparaître ces structures soient utilisées comme des planches gravées, afin d'en tirer des épreuves. On obtiendrait ainsi de véritables œuvres d'art qui inciteraient à méditer sur ces sortes de hiéroglyphes que le cosmos nous adresse.
Dans toutes les contrées de la terre, les hommes du passé connaissaient parfaitement la provenance extra-terrestre des météorites et ils reliaient ce phénomène à leurs conceptions magico-religieuses.
Les anciens Chinois donnaient aux météorites le nom de Sing yun tching chï qui signifie : étoiles tombantes et changées en pierres.
Les plus vieux textes chinois décrivent les chutes météoriques avec une parfaite exactitude.
Bien que quelques lettrés aient parfois discuté l'origine céleste des météorites sous le prétexte que malgré le nombre de celles qui sont tombées sur la terre, aucune étoile n'a disparu au firmament, la tradition n'a pas varié au cours des siècles. C'est ainsi qu'on peut lire dans les Annales, dont la date correspond à l'an 333 de notre ère, le récit suivant : « Une étoile tomba à six lieues au Nord-Est de Yé ; elle était d'abord d'un rouge noirâtre. Un nuage jaune s'étendait comme un rideau à plusieurs centaines de pieds. On entendit un bruit comme celui du tonnerre. Quand elle tomba à terre, elle était brûlante. La poussière s'éleva jusqu'au ciel. Des laboureurs qui la virent tomber allèrent la chercher. La terre était encore très chaude. Ils virent une pierre large d'un pied au moins, de couleur noirâtre et assez légère qui résonnait, quand on la frappait, comme l'instrument appelé Khing (1). »
Tout est correctement décrit ici, y compris la haute température de la pierre et sa croûte noire. L'une et l'autre sont produites par réchauffement superficiel subi pendant la traversée des couches d'air de l'atmosphère. C'est aussi cet échauffement qui transforme les météorites en ces globes de feu connus sous le nom d'étoiles filantes.
En Occident, les Anciens connaissaient aussi la véritable nature des météorites. Ainsi, Plutarque écrit : « Quelques philosophes pensent que les étoiles filantes ne proviennent point des parties détachées de l'éther qui viendraient s'éteindre dans l'air, aussitôt après s'être enflammées ; elles ne naissent pas davantage de la combustion de l'air qui se dissout en grande quantité dans les régions supérieures ; ce sont plutôt des corps célestes qui tombent, c'est-à-dire qui, soustraits d'une certaine manière à la force de rotation générale, sont précipités ensuite irrégulièrement, non seulement sur les régions habitées de la terre, mais aussi dans la grande mer, d'où vient qu'on ne les retrouve pas (2). »
Quant à Diogène d'Apolonnie, il parle d'une « étoile de pierre qui tomba tout en feu près d'Aegos Potamos » et il ajoute que cet aérolithe, qui produisit une vive impression sur les habitants de la Thrace, « avait deux fois la grandeur d'une meule de moulin et faisait la charge entière d'une voiture ».
Comme le montre la citation de Plutarque, des sophistes cherchaient déjà, à son époque, à réduire les météorites à des phénomènes atmosphériques. L'explication exacte de l'origine de ces pierres se perdit bientôt. Mais — fait notable — ce furent les traditions populaires et les tenants de la science ésotérique qui conservèrent en Occident la connaissance de la vérité sur ces corps venus du ciel.

C'est ainsi que, en 1528, Paracelse se rendit à Ensisheim en Alsace afin d'y étudier une grosse météorite qui y était tombée une soixantaine d'années auparavant. Il décrivit et analysa cette prodigieuse curiosité de la nature, démontra son caractère minéral et affirma, contre la science de son temps, son origine extra-terrestre.
Au contraire, un savant étranger à toute opinion ésotérique comme Kepler professait, au début du XVIIe siècle, que les météorites étaient engendrées par des « exhalaisons terrestres ».
Dans le courant du siècle suivant, la science orthodoxe ne croyait toujours pas aux pierres tombées du ciel.
C'est en 1794 seulement qu'un physicien allemand, Chladni, essaya de démontrer la vérité de l'explication que l'on reléguait parmi les superstitions (3). Quelques années plus tard, le 26 avril 1803, une pluie de pierres vint à tomber sur la petite ville de Laigle, en Normandie. Envoyé sur les lieux comme commissaire par l'Académie des Sciences, Biot étudia le phénomène à tous les points de vue et rédigea un rapport qui dissipa enfin les doutes des savants (4).
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Les pierres tombées du ciel étaient sacrées pour les Anciens qui les considéraient comme des manifestations directes des puissances surnaturelles.
Venues d' « en-haut », elles établissaient une relation entre le ciel et la terre. Tout imprégnées de sacralité sidérale, les « pierres noires » ou météorites étaient des objets d'adoration associés au culte des dieux du ciel. Non seulement elles symbolisaient la présence divine, mais on les considérait comme des supports capables de rayonner l'influence spirituelle et la vertu magique des forces supérieures.
Le fer météorique a été vénéré dès les temps préhistoriques. Bien avant d'avoir découvert la fusion, l'homme tailla les holosidérites à l'aide d'outils de silex pour en faire des armes qui avaient une valeur magique.
Longtemps, les Egyptiens ne connurent le fer que sous sa forme météorique. D'ailleurs, le terme de leur langue qui signifie fer est : biz-n.pt, c'est-à-dire : « métal du ciel ». On se servait en Egypte des météorites pour confectionner des objets rituels.
En grec, le mot sideros, fer, se rapporte à une ancienne racine qui veut dire astre.
La première figure de Cybèle, la Grande Déesse ou mère des Dieux, fut une météorite, Elle était tombée à Pessinonte en Phrygie où on la vénéra longtemps. En 204 avant notre ère, elle fut transportée solennellement à Rome, au temple de la Victoire. Son culte fut consacré par des séries de monnaies frappées à son effigie.
L'empereur romain Elagabale, qui descendait d'une famille syrienne d'Emèse vouée au culte du soleil, fut, tout jeune, grand prêtre de ce dieu qui était adoré sous la forme d'une pierre noire météorique. Il fit transférer à Rome cette pierre. On l'amena, sur un char magnifique, jusqu'à un temple élevé en son honneur sur le mont Palatin. L'empereur força le Sénat et tout le peuple à lui rendre un culte public. Cette roche sacrée est représentée au revers de diverses monnaies d'Elagabale. C'est une pierre de forme conique, surmontée d'une étoile ou d'un aigle, deux symboles de la puissance magique issue du ciel.
A Rome également, le premier des anciles ou boucliers sacrés que les prêtres danseurs appelés Saliens étaient chargés de garder, avait été taillé dans une météorite tombée sous le règne de Numa.
Une autre pierre tombée du ciel joue un rôle d'une importance considérable dans l'Islamisme. Dans la cour de la mosquée de la Mecque se trouve le célèbre petit édifice de forme cubique dénommé la Kaaba (mot qui signifie cube). Les musulmans l'appellent Bail Allah, maison de Dieu. Près de la porte et à un mètre du sol est enchâssée une pierre noire d'origine météorique ayant environ 0,18 mètre de diamètre qui est, depuis les origines de l'Islam, l'objet d'une très grande dévotion. On a prétendu que c'est elle qui rayonne l'influence spirituelle propre à cette religion.
Les météorites furent longtemps considérées dans le Christianisme même comme ayant une valeur mystique des plus hautes.
On les conservait dans les églises et une curieuse coutume voulait qu'on les enchaînât solidement afin de les empêcher de retourner au ciel. Ainsi, la pierre d'Ensisheim, qu'étudia Paracelse, était attachée à l'autel de l'église du village. Un auteur du xvie siècle, Boais-tuau de Launay, raconte qu'en Surgolie, sur les confins de la Hongrie, une pierre tombée du ciel en 1514 fut fixée par une chaîne de fer au centre de l'église (5). Mentionnons encore la météorite tombée le 19 juin 1668 à Vago, en Italie, et que Ton pendit à une chaîne dans l'église de Vérone.
Les anciens Aztèques du Mexique confectionnaient des miroirs magiques — dits miroirs d'amour — en polissant des holosidérites jusqu'à ce qu'elles présentent une surface circulaire plane, très sombre et réfléchissante.
André Breton nous montra jadis une très étrange statuette de divinité précolombienne, probablement mexicaine, de culture Guerrero. C'était une météorite ovoïde que l'on avait à peine retouchée en sculptant, à l'une de ses extrémités, l'ébauche d'une tête. Un rayonnement magnétique très sensible émanait de cette figurine hiératique.
En Afrique, chez les Achantis, les prêtres, qui formaient une caste héréditaire, disposaient chacun d'un petit temple dont l'autel était orné d'une pierre sacrée d'origine météorique, principal symbole de la divinité.
A Turama, Wanika, district d'Afrique orientale, une météorite tomba le 6 mars 1853. Les autochtones la couvrirent d'huile, l'habillèrent de vêtements ornés de perles de verre et la placèrent dans un temple où elle reçut les honneurs d'une divinité.
Dans les Indes, le culte des pierres tombées du ciel a toujours été très vivace. On cite le cas d'une pierre de 15 kilogrammes tombée le 18 février 1815 qui fut retirée avec vénération du trou qu'elle avait creusé dans le sol et portée en grande pompe dans un temple.
Une tradition tibétaine rapporte que le « Roi du Monde », qui réside en son mystérieux royaume de Shambhala, situé sur le plan subtil, envoya jadis au Dalaï-Lama une « pierre noire » d'origine extra-terrestre. Elle portait à sa surface des signes et des caractères que des lamas d'un haut rang initiatique purent déchiffrer. Il s'agissait de prophéties concernant toutes les nations. Selon nous, ces caractères étaient sans doute des figures de Widmannstàtten qui furent interprétées comme des diagrammes magiques.
Transportée à Ourga, en Mongolie, cette pierre disparut il y a environ cent cinquante ans.
Nous avons personnellement pu examiner quelques rares objets tibétains taillés dans des météorites. Il s'agissait d'un dorjé et d'un phurbu.
Le dorjé (en sanscrit vajra) est un petit sceptre qui symbolise l'éclair comme attribut de la divinité. On l'assimile également au diamant (qui est la signification du mot dorjé) qui représente l'Absolu. Il se compose de deux groupes de flammes jaillissant de part et d'autre d'une perle centrale. Les lamas le tiennent au creux du pouce et de l'index. Cet objet tantrique est le signe de l'autorité religieuse et de la puissance magique.
Le phurbu ou poignard magique se compose d'un manche, formé d'une tête de déesse et de divers symboles, que prolonge une lame triangulaire. Cet instrument est utilisé lors des cérémonies d'exorcisme pour dissoudre les forces malfaisantes et obliger les mauvais génies à fuir.
La matière météorique, grâce à ses composantes mystiques et magiques, était un matériau parfaitement approprié à la destination de ces objets rituels.
Avec Jean-Pierre Bayard, nous pouvons dire pour conclure que : « La pierre noire qui provient du ciel consacre une puissance ésotérique ; elle s'élève comme une colonne aux degrés mystiques et elle joue le rôle d'une étape puisqu'elle permet d'accéder à l'invisible ; elle est la désignation du pôle et en elle se révèle l'Esprit-Saint (6). »
Notes : 1) Cité dans : Abel Rémusat, Catalogue des bolides et des aérolithes observés à la Chine et dans les pays voisins, Paris, 1819.
2) Plutarque, Vie et Lysandre, passage cité par Margollé et Zurcher in Les météores, Paris, 1869, p. 188.
3) Chladni, Ueber der Ursprung der von Vallas gefundenen und anderer sich aenlicher Eisenmassen und damit in Verbindung stehende Nafurerscheintingen, Riga, 1794.
4) Biot, Relation d'un voyage fait dans le département de l'Orne pour constater la réalité d'un météore observé à Laigle le 26 avril 1803, Paris, 1803.
5) Histoires prodigieuses les plus mémorables qui ayent esté observées, depuis la Nativité de Jésus-Christ, jusques à notre siècle : cxtraictes de plusieurs fameux autheurs, Gréez et latins sacrez et prophanes : mises en nostre langue, avec les portraits et figures par Boaistuau, surnommé Launay, natif de Bretaigne, Paris, 1560.
6) Jean-Pierre Bayard, Le monde souterrain, Paris, 1961, p. 69.
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D'après Le Livre des superstitions, Mythes, légendes et croyances (Éditions Robert Laffont, 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani,
Les aérolithes, qui sont généralement appelées "pierre à tonnerre" (on pensait qu'elles tombaient avec les orages), protègent de la foudre : on en faisait également des colliers pour mettre les enfants à l'abri des maux d'yeux (Berry). Ces météorites préservent également des effets du mauvais œil.
Selon une croyance indienne, les âmes, dont la durée de leur séjour au ciel dépend des charités qu'elles ont faites sur terre, tombent alors sous forme d'aérolithes.
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Selon le site https://www.bruno-mignot.com :

"Les pierres que l'on appelle "pierres de foudre ou pierres de tonnerre" (Sokpé), sont faites en roche claire ou transluscide. La perforation centrale est faite à l'aide d'un bâton et de sable mouillé.
Ces pierres ont une fonction magique ou médicinale associée à la puissance de la foudre.
Bien que leur utilisation comme monnaie soit controversée, leur présence dans des caches laisse penser qu'elles aient pu être au moins pendant un temps, associées à un usage monétaire.
Ethnie : Ewe / Ehwe
Pays d'origine : Togo
Zone de collecte : Togo, Lomé
Jean Boulnois écrit dans Le Caducée et la symbolique dravidienne indo-méditerranéenne, (Éditions , 1939 ; p. 110-111] :
« Par le monde entier, quelle que soit la race, les haches polies et taillées ont été considérées comme des pierres à foudre, des pierres « tombées du Ciel », des céraunies. La question est trop connue pour que nous ayons besoin d'insister. Nous nous contenterons d'ajouter que les Tamouls actuels considèrent ces haches comme des pierres tombées du Ciel et qu'utilisent leurs ancêtres... Éminemment sacrées, les Dravidiens actuels les placent sous des dolmens et les vénèrent. En s'adressant à l'outil comme à la pierre du dolmen, la femme tamoule de Salem demande la postérité. Elle croit que des germes d'enfants détenus par les Ancêtres et contenus dans ces objets peuvent se communiquer à elle, comme un mana fécondant. »
C'est exactement la croyance des anciennes Bretonnes qui se frottaient à des menhirs fécondants les nuits de Pleine Lune. Le culte est universel.
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D'après Annie Pazzogna, auteure de Totem, animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens de Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012 et 2015), les pierres de foudre sont assimilées au moins en partie aux pierres rondes. Voici ce qu'elle raconte :
"Lorsque la Femme Bisonne Blanche apporta la Pipe originelle, elle tenait dans sa main une pierre ronde couverte de sept cercles.
Il est retrouvé, entre autres, en Australie ou en Amérique du Nord dans le Dakota, des énormes billes qui sont une altération chimique des roches du magma. Elles sont cultuelles pour les Natifs.
Petite ou grosse, sans commencement ni fin, la pierre ronde demande de l'attention, car voyageuse, elle peut disparaître sans façon. Minuscule, elle est souvent portée à même le corps dans une petite bourse de peau environnée de sauge. Elle est protection. Une légende conte qu'en contemplation constante de la Lune et du Soleil, la pierre finit par prendre leur forme.
Les pierres sculptées par le vent ou la nature des eaux ou encore œuvre de Wakinyan l'éclair agglomérant la matière, et les météorites, peuvent être investies d'un pouvoir spirituel protecteur appelé "Sicun", donné lors d'un rituel. Il est un des quatre cent cinq esprits de toutes choses que Grand-Père Fools Crow nomment Esprits Pierres, qui aident l'humanité en son entièreté.
Ces esprits sont remerciées par la confection de sachets tabac reliés par un fil continu tobacco ties qui sont parfois mis en boule dans les cérémonies de nuit. L'essence de la plante est alors recueillie par ces protecteurs.
Lien entre la matière et le spirituel, la pierre n'est donc pas immuable. Présente, elle es le support qui intervient, dans la nuit salutaire, lors des célébrations de soins Yuwipi et Olowanpi. Son Sicun donne l'information demandée par l'homme-médecine, qui sera spécifique pour chaque malade. Lors de la cérémonie Yuwipi, l'intercesseur, les mains liées dans le dos, est enroulé dans une couverture qui sera ligaturée par sept nœuds particuliers. Il est posé à plat ventre sir le sol non loin du tertre confectionné avec la terre sacrée poussée en surface par Taupe, animal ayant la connaissance.
La cohésion des participants est nécessaire pour que le rituel se déroule de façon à ce que les esprits ne soient pas dérangés et viennent "délier ce qui a été lié" de façon visible et dissimulée.
Les crécelles remplies de petites pierres rondes et translucides, remontées du ventre de la terre sablonneuse par Fourmi, entrent en action : elles voltigent en tous sens, frappant qui doit l'être, dans la rumeur des éclairs.
Dans le silence et l'obscurité, l'homme sacré peut converser avec les pierres sans rite particulier. Un véritable dialogue s'instaure, qui est monologue pour l'assistant, dans une atmosphère pulsante, bleutée.
"Pour devenir Homme des Pierres, il faut rêver et faire une cérémonie Yuwipi de quatre jours pendant quatre années. Une pour chaque Direction."
La Pierre de foudre est parfois posée et roulée sur le patient, afin que le pouvoir spirituel qui l'investit œuvre physiquement. "Je suis la pierre sacrée, je suis la pierre du centre du monde. Je vais te pénétrer et lorsque je te quitterai, il n'y aura plus de souffrance en toi."
La régénération de la Pierre de foudre peut s'effectuer dans la Hutte à Sudation, lorsque les participants sont sortis. La pierre qui n'a ni commencement ni fin est reliée à Araignée.
Récapitulatif : Pierre de foudre ; Roulée ; Météorite
Protection ; Soin ; Lien entre matière et spirituel."
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Symbolisme celte :
Selon Valéry Raydon, auteur de Le Mythe de la Crau, Archéologie d'une pensée religieuse celtique, (Éditions du Cénacle de France, 2013) p. 56-58,
"Les armes offertes ici à Héraklès [l'auteur a rappelé dans les pages précédentes l'argument du mythe tel qu'il nous a été transmis notamment par le biais d'Eschyle, à savoir qu'Héraklès, alors qu'il se rendait au jardin des Hespérides pour y cueillir les pommes d'or aurait été attaqué par les Ligures contre lesquels il se serait défendu grâce à une pluie de pierres tombées du ciel et envoyées par son père pour le sauver de ses assaillants] sont décrites par Eschyle comme des "pierres rondes" ayant vocation à servir de projectiles dans la lutte contre l'armée lygienne : ces pierres sont conceptualisées en tant qu'armes de jet et représentent donc de véritables balles de fronde. Ce mythe étiologique coordonne l'apparition de ces projectiles de pierres sur la scène du monde à la formation de la Crau. Et il attribue l'invention de ces pierres de bataille à Zeus, le dieu de l'orage qui préside au panthéon grec ; elles ont une origine céleste et sont conçues à partir de l'orage lui-même : ce sont les nuées rassemblées par Zeus qui produisent les pierres au lieu de déverser la pluie et les éclairs habituels. [...] Parler de ces balles produites par l'orage en termes de "pierres de foudre" ne serait pas ici inapproprié.
Ce récit livre une conception mythique de la balle de fronde qui est conforme à celle des Celtes insulaires d'Irlande qui attribuent à ce type d'armement une semblable nature orageuse et un propriétaire divin équivalent. : la balle de fronde, appelée lia làimhe "pierre de main" et dotée d'une forme ronde qui lui vaut d'être comparée à un globe (ccaoib) ou à une pomme (ubhuill), constitue l'un des deux attributs canoniques du dieu souverain céleste du panthéon irlandais, Lugh ; la balle de Lugh est considérée comme la première du genre et une glose du Livre de Leinster fait même du dieu l'inventeur de cette arme. Les fragments de la théologie lugienne à disposition mettent largement en évidence une homologie structurelle cette balle de fronde et l'autre arme de jet en possession de ce dieu, la lance ou le javelot pentadental(e) au pouvoir fulgurant. Toutes deux sont investies de semblables qualités de magie druidique et combinent dans leur essence poison et feu rouge irradiant. Cet armement de jet double lugien à la puissance ignée et vénéneuse réapparaît entre les mains du héros Cuchulainn - hypostase épique du dieu Lugh que les épopées irlandaises considèrent à la fois comme le fils de Lugh et le dieu lui-même auto-engendré - où il est clairement investi de la puissance de l'orage : le javelot du plus grand héros de l'Ulster et d'Irlande est défini comme un "javelot-foudre" (gae-bulga) tandis que sa fronde lui sert à accomplir "le jeu du tonnerre" (torandchless). Il y a application d'un même schéma pour les deux armes du souverain cosmique et de son avatar épique leur conférant le pouvoir de l'orage : la lance et la balle de fronde de Lugh paraissent être la forme dédoublée prise par la foudre dont est muni le dieu de l'orage dans l'ancienne théologie indo-européenne et qu'on retrouve aux matins de Zeus en Grèce, de Jupiter à Rome, ou d'Indra dans l'Inde védique."
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