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Les Parisiens

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    Anne
  • il y a 3 heures
  • 13 min de lecture



Sources antiques :


Carole Quatrelivre, dans sa thèse de doctorat intitulée À la recherche des Parisii : dynamiques culturelles et territoriales de la région parisienne (Ve-Ier s. av. n. è.). (Archéologie et Préhistoire. Université Paris sciences et lettres, 2023)


Le nom Parisii vient du récit césarien des guerres des Gaules. La première mention apparaît dans le livre VI et renvoie clairement au nom d’un groupe humain :


« Aux premiers jours du printemps, il convoqua selon la règle qu'il avait établie, l'assemblée de la Gaule ; tous y vinrent sauf les Sénons, les Carnutes et les Trévires : il interpréta cette abstention comme le début de la révolte ouverte, et, pour faire voir qu'il subordonnait tout à sa répression, il transporte l'assemblée à Lutèce, ville des Parisii. Ce peuple était limitrophe des Sénons, et jadis il s'était uni à eux en un seul État ; mais il paraissait être resté étranger au complot. » (César, BG, VI, 3, 4-5, trad. L.-A. Constans)

[...]

Les autres sources antiques mentionnant les Parisii sont toutes postérieures à la conquête romaine. Pour le Ier siècle av. n. è., Strabon les évoque dans sa Géographie (IV, 3, 5) comme peuple riverain de la Seine dont la cité est Lucotetia. Au Ier siècle de notre ère, Pline l’Ancien cite les Parisii parmi les peuples de la Lyonnaise dans son Histoire naturelle (IV, 32, 107). Au IIe siècle, Claude Ptolémée situe une autre entité ethnique appelée Παρίσοι (« Parisoi ») sur l’île de Bretagne dans sa Géographie (II, 3, 10).




Localisation :


Pierre Gastal, dans Sous le français, le gaulois - Histoire, vocabulaire, étymologie, toponymie (Éditions le Sureau, 2003) propose la présentation suivante mais ne donne pas l'étymologie de l'ethnonyme :


"PARISIENS : Celtique.

  • Petit peuple de la Seine moyenne, près du confluent de la Marne, allié des Sénons. Leur territoire était limité par des forêts dont des lambeaux existent encore.

  • Capitale : Lutetia (île de la Cité, Paris*).

  • Une fraction de ce peuple s'était transportée en Bretagne sur l'Humber (nord-est de l'Angleterre)."

Stephan Fischtl, auteur de Les Peuples gaulois - IIIe - Ier s. av. J.-C. (Éditions Errance, 2004) étudie le rôle des cours d'eau dans les civitas :


"Les fleuves et les rivières : Regardons de plus près le problème des cours d'eau. César à plusieurs reprises mentionne une limite matérialisée par des fleuves ou des rivières, comme le Rhin, le Rhône, la Loire, la Garonne ou l'Aisne. En lisant les premières lignes de la Guerre des Gaules, en effet, on a l'impression que les fleuves forment des limites naturelles entre les grandes régions de la Gaule :


« Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de ces trois peuples sont les Belges, . . . ils sont les plus voisins des Germains, qui habitent sur l'autre rive du Rhin . . . » (César, BG I, 1, 2-3)


« Quand ceux-ci eurent atteint la Loire, qui sépare les Bituriges des Héduens, ils s'arrêtèrent, et, au bout de peu de jours, ils s'en retournent sans avoir osé franchir le fleuve ; . . . » (César, BG VII, 5, 4)


Mais, même si ces deux passages semblent accréditer l'idée de fleuve frontière, la question est plus complexe. César, à plusieurs reprises, contredit cette idée du fleuve frontière. Si G. Barruol voit dans le Rhône et dans certains fleuves méditerranéens, comme le Var, une frontière naturelle (Barruol 1975, p. 113-1 14), dans bien des cas au contraire, les cours d'eau forment une sorte de colonne vertébrale de la civitas. C. Jullian l'avait déjà mis en évidence lorsqu'il décrivait le territoire d'une civitas comme étant « consolidée presque tout le long d'une rivière » (Jullian livre II, V, 221).

[...]

La Seine : La description d'un autre grand fleuve gaulois, la Seine, renforce cette idée. Les passages décrivant Melun et Lutèce (César, BG VII, 57-58) suggèrent que le fleuve traverse successivement le territoire des Sénons et des Parisi, Melun et Lutèce étant décrits comme deux îles situées sur la Seine. Ces passages sont ainsi en contradiction avec la description quelque peu schématique du livre I (César, BG 1, 1, 2-3). Dans l'esprit du proconsul, cette approximation est somme toute secondaire. Depuis Rome, l'utilisation des fleuves comme séparation visible entre les grandes entités géographiques est légitime. En rédigeant le premier chapitre de la Guerre des Gaules, son but n'était pas d'entrer dans les détails complexes du peuplement de la Gaule mais de brosser les grandes lignes de la géographie humaine du pays.

[...]

Les Parisii s'organisent autour de Paris, l'ancienne Lutèce.

[...]

Une indication de liens similaires à ceux qui unissaient Rèmes et Suessions est celle qui décrit une relation ancienne entre les Sénons et les Parisii :


« Ce peuple [les Parisii] était limitrophe des Sénons, et jadis il s'était uni à eux en un seul État ; mais il paraissait être resté étranger au complot. » (César, BG VI, 3, 5)


César ne nous renseigne pas beaucoup sur les liens entre ces deux civitates, qui semblent, au milieu du 1er s., avoir rompu leur alliance. On peut imaginer, à la vue de l'importance de la civitas des Sénons, qu'elle dominait son voisin plus modeste. Celui-ci a pu être un pagus des Sénons qui a repris son autonomie.

[...]

Les relations entre les civitates gauloises sont nombreuses et complexes. [...]

1. Les peuples « associés » : Dans cette catégorie, il faut placer en particulier les rapports entre Suessions et Rèmes mais sans doute aussi ceux entre Sénons et Parisii. Il n'y avait pas d'égalité entre les deux civitates : dans le cas des Suessions et des Rèmes, l'une prenait clairement le dessus sur l'autre. Dans la relation de peuples « associés », les deux civitates sont unies par les mêmes lois, les mêmes magistrats et le même gouvernement."

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Carole Quatrelivre, dans sa thèse de doctorat intitulée À la recherche des Parisii : dynamiques culturelles et territoriales de la région parisienne (Ve-Ier s. av. n. è.). (Archéologie et Préhistoire. Université Paris sciences et lettres, 2023) tente également de fixer les frontières du territoire des Parisii :


"Quelques bribes d’informations sur le territoire des Parisii parsèment la description de cet épisode de la Guerre des Gaules. Ainsi, Lutèce est leur (un de leurs ?) oppidum. Il se trouve sur une île de la Seine et est incendié en 52 av. n. è. à l’arrivée des légions de Labiénus (BG, VII, 57, 1 et 58, 6). Aucun autre habitat n’est mentionné. Une frontière est posée entre Lutèce et l’oppidum de Metlosedum (interprétée comme Melun), ce dernier se situant déjà en territoire sénon (BG, VII, 58, 3). Sur le paysage, César indique l’existence d’un « marais continu » ou perpetua palus (BG, VII, 57, 4), extrêmement difficile à franchir à l’une des confluences de la Seine, puis mentionne rapidement des espaces boisés et des collines (BG, VII, 62, 9). Rien n’est dit du domaine proprement agricole. Les caractéristiques du peuplement ne sont pas données, mais les Parisii auraient fourni autant d’hommes à Vercingétorix que les Pictons, les Turons ou les Helvètes dont les cités sont réputées largement plus grandes (BG, VII, 75, 3). Ce détail a déjà été relevé par M. Roblin en 1951 (puis par N. Ginoux en 2017) et amènerait à relativiser l’image que peint César du territoire des Parisii, boisé et marécageux, révélerait un espace densément peuplé.

[...]

Afin de situer le peuple des Parisii, César évoque leur rapport géographique et moral aux Sénons (BG, 57, 1). La traduction peut sembler ambiguë, dans la mesure où on ne sait pas sous quelles modalités les deux peuples ont été unis : les Parisii ont-ils été assujettis par les puissants Sénons comme l’écrit J.-A. Dulaure en 1829 ? Dans son Histoire de la Gaule, C. Jullian considère que les Parisii étaient à l’origine un pagus sénon qui a pris son indépendance (Jullian 1909b ; 527). L. Leconte rejoint cette perspective, en proposant l’idée d’une concession territoriale sous domination des Sénons (Leconte 1991 ; 77). S. Fichtl compare la situation des Parisii à celle des Rèmes, dominés par les Suessions tant par le nombre de leurs troupes que par la superficie de leur territoire. Cherchant à s’affranchir de l’emprise des Suessions, les Rèmes se sont donc soumis aux Romains (Fichtl 2012 ; 135). Le refus des Parisii de s’associer au complot des Sénons et des Carnutes pourrait être interprété de la même façon.

Une relation moins asymétrique est proposée par N. Roymans, qui identifie les Parisii et les Sénons comme deux tribus ayant formé une civitas – la séparation des premiers lui permet d’évoquer la mobilité des pagi (Roymans 1990 ; 26). Pour d’autres, les Parisii et les Sénons se sont alliés temporairement pour des raisons économiques ou militaires. Ainsi, P.-M. Duval y voit une union militaire remontant au début du IIe siècle av. n. è. dans le but de se défendre contre les Cimbres et les Teutons (Duval 1961a ; 92). N. Ginoux et M. Poux suggèrent une stratégie économique pour concurrencer les Éduens (Ginoux, Poux 2002 ; 241).

Les sources textuelles livrent une perspective étique sur les Parisii, perçus comme un groupe humain homogène, établi sur la Seine en aval de Melun. Leur origine n’est jamais explicitée, mais ils ont entretenu à un moment donné une relation privilégiée avec les Sénons. Malgré la difficulté à définir précisément celle-ci, elle a été invoquée à plusieurs reprises pour l’interprétation des pratiques économiques et funéraires."

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Étymologie :


Carole Quatrelivre, dans sa thèse de doctorat intitulée À la recherche des Parisii : dynamiques culturelles et territoriales de la région parisienne (Ve-Ier s. av. n. è.). (Archéologie et Préhistoire. Université Paris sciences et lettres, 2023) résume les différentes pistes étymologiques :


"Parisii est un ethnonyme donné par le récit césarien (BG, VI, 3, 4), faisant référence à un groupe humain ancré dans un territoire donné autour d’une île de la Seine, en aval de la confluence de la Seine et de l’Yonne.

L’origine d’un ethnonyme peut donner des indices sur la perception qu’un peuple a de lui-même ou que les autres peuples ont de lui, en renvoyant par exemple à ses origines mythiques, à ses mœurs ou encore aux caractéristiques géographiques de son territoire. Dans le cas des Parisii, plusieurs hypothèses ont été émises mais demeurent insuffisantes pour restituer l’image perçue et/ou assumée par ce peuple. D’après P.-M. Duval, Parisii serait une forme évoluée de Quarisii, qui pourrait signifier « habitants du sol » (Duval 1989a ; 903). La transformation du son kw en p, un phénomène avéré en linguistique gauloise, aurait pris place entre le IIIe et le Ier s. av. n. è. Plus récemment, X. Delamarre a proposé de rapprocher cet ethnonyme de la racine gauloise *pario- soit le chaudron (Delamarre 2003 ; 246). Ces quelques arguments vont dans le sens d’un autonyme répété par César, mais dont l’origine reste inconnue.

Selon l'article de Wikipedia :


Le spécialiste du celtique Xavier Delamarre suggère un nom basé sur la racine gauloise pario-, chaudron, terme attesté dans les langues celtiques insulaires : vieux cornique et vieux breton per ; gallois pair ; etc. et dans des langues romanes contemporaines : occitan par / pairòl ; lyonnais per ; catalan perol ; etc. qui signifient tous « chaudron ». Le second élément -si(i) est un pluriel mal identifié, il peut s'agir éventuellement du thème démonstratif so- ou *sio au pluriel, c'est-à-dire un pronom démonstratif au sens de « ceux ». La signification du nom serait « ceux du chaudron » ou « ceux (qui font) des chaudrons », le chaudron jouant un grand rôle dans la civilisation celtique. Il avait aussi un caractère magique dans les mythologies indo-européennes, et celtique en particulier.

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Histoire :


Carole Quatrelivre, dans sa thèse de doctorat intitulée À la recherche des Parisii : dynamiques culturelles et territoriales de la région parisienne (Ve-Ier s. av. n. è.). (Archéologie et Préhistoire. Université Paris sciences et lettres, 2023) rappelle les faits historiques connus :


"L’épisode fait suite au soulèvement de la Gaule Belgique en 54 av. n. è., mené par Indutiomaros, chef des Trévires. Les premières attaques menées par les Éburons et les Nerviens galvanisent les autres cités gauloises, les encourageant à organiser une coalition. Cependant, la mise à mort d’Indutiomaros et d’Acco, chef des Sénons, et l’entrée en campagne de César signent la fin de cette première tentative (Arbabe 2017 ; 67-68). Pour couper court à la révolte de la Gaule du Nord, César appelle au printemps 53 av. n. è. une assemblée de la Gaule103 s’adressant spécifiquement aux peuples de la Celtique afin de communiquer ses décisions (Arbabe 2017 ; 91-92). Face au mutisme des Trévires, des Sénons et des Carnutes, le général romain déplace l’assemblée à Lutèce, chez les ParisiiLuteciam Parisiorum »). Le lieu initial de la réunion n’est pas précisé.

Les Parisii reviennent sur le devant de la scène un an plus tard, en mai 52 av. n. è. Après la victoire d’Avaricum, César se rend chez les Éduens pour régler un différend en politique interne. Ensuite, le général envoie un détachement marcher vers le nord sous le commandement de T. Labienus : quatre légions, théoriquement 20 000 hommes, et une partie de la cavalerie (BG, VII, 34, 2). Les objectifs de la mission de Labiénus demeurent vagues. Le texte mentionne spécifiquement les Sénons et les Parisii, mais la menace exacte que représentaient ces peuples est passée sous silence. Elle a peut-être un rapport avec la défaite précédente des Sénons, avec la prise de Vellaunodunum (BG, VII, 11, 1-2), ce qui aurait alors entraîné la création d’un nœud de résistance à Lutèce. Pourtant, l’armée gauloise ne se serait formée qu’en apprenant l’avancée des troupes romaines. Toujours est-il que la menace devait être suffisamment sérieuse pour que César envisage de diviser son armée en deux.

Au sujet des forces en présence, les informations sont inégales. Concernant l’armée romaine, Labiénus disposait de quatre légions, dont la 7e et la 12e (BG, VII, 62, 3-4) et une partie de la cavalerie ; des troupes de renfort ont par ailleurs été laissées à Agedincum pour garder les bagages (BG, VII, 57, 1). Du côté gaulois, il est difficile de se prononcer sur la nature des contingents de l’armée de Camulogène et sur le nombre de soldats impliqués. César parle de troupes « venues des cités voisines » (BG, VII, 57, 2). L’emploi du terme « voisin » indique l’existence d’une géographie relative des groupes ethnico-politiques gaulois, ce qui renforce l’idée de leur ancrage territorial.

Les Parisii et les Sénons sont certainement impliqués ; les Carnutes, les Véliocasses ou les Suessions pourraient l’être également. La situation des Meldes n’est pas certaine, puisque la création de leur civitas n’est confirmée qu’après la guerre des Gaules lorsque les Suessions sont dépouillés d’anciens territoires. Néanmoins, ils auraient pu s’engager au nom de l’indépendance militaire des pagi. Les Bellovaques ne prennent pas part au conflit mais fomentent leur propre soulèvement – c’est d’ailleurs à ce titre qu’ils seront réticents à envoyer leur contingent auprès de Vercingétorix à Alésia (BG, VII, 75, 5).

Enfin, le commandant Camulogène est un Aulerque, mais son peuple n’est pas précisé (BG, VII, 57, 3). Les territoires des Aulerques Cénomans, des Aulerques Diablintes et des Aulerques Éburovices seraient au nord-ouest de celui des Carnutes, en Normandie. Il est également possible qu’il s’agisse d’un Aulerque Brannovice, peuple client des Éduens et peut-être originaire de la vallée de l’Yonne ou de la Saône (sa localisation reste indéterminée) (BG, Constans 2013 ; 266, note 2). Camulogène étant détenteur de l’autorité militaire, il se pourrait tout à fait qu’un contingent d’Aulerques ait participé à la bataille de Lutèce.

Sans entrer à nouveau dans les nombreux débats sur le parcours de l’offensive de Labiénus, les éléments soulignés ici semblent indiquer que le territoire parisiaque a été le théâtre d’affrontements dépassant sa propre importance, avec des répercussions pour une multitude de peuples du Bassin parisien. Bien qu’elle ne soit pas explicite dans le texte de César, une ligue de civitates a dû exister dans la région. En effet, la rapidité avec laquelle une armée est mise en place et la désignation d’un chef pour coordonner l’action militaire révèlent la préexistence d’un réseau d’alliances, tissé grâce à des stratégies matrimoniales ou à des relations de clientélisme et structuré par des institutions reconnues par les civitates impliquées."

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Croyances :


Selon Jean Bayet, auteur de "Idéologie et Plastique IV. Les statères des Parisii et les chevaux-dieux chez les Gaulois." (In : Publications de l'École Française de Rome, 1974, vol. 21, no 1, pp. 657-683) :


"[...] Le Dieu-Étalon. La convergence de ces analyses, partielles et diverses, s'accorde à la figure « héraldique », qui reste inchangée, au moins sur les statères 1, depuis la simplicité du prototype et les détails qui s'y adjoignent dans les émissions postérieures sans modifier le type de l'animal, d'autant plus frappant qu'il est engagé dans une action des plus dynamiques. Il est certain ainsi qu'il s'agit d'une libération ou, si l'on veut, d'une évasion violente.

Mais qu'il s'agisse d'un animal divin ou d'un dieu sous forme animale, c'est ce que paraissent affirmer les éléments mythiques que nous avons essayé de mettre en valeur plus haut: les progrès de l'action que l'attitude même du cheval ne faisait que suggérer, sont représentés en une suite de faits et le progrès des efforts de libération que l'on pourrait au besoin même figurer chronologiquement. Or le mythe est l'apanage d'un héros ou d'un dieu et trahit un « discours sacré ».

Aurait-on à choisir entre le transformisme sans limites des Celtes avec leurs passages constants entre formes humaines et animales et la précision des types divins chez les Grecs et les Romains ? De toute façon, à l'époque où nous reporte le monnayage des Parisii, l'interpretatio romana est d'une fixité qui ne s'adapte point au polymorphisme de la religion celtique. Quand César donne des noms latins à ce qu'il prétend être les divinités les plus importantes du panthéon gaulois, sans doute reproduit-il les confusions quasi-officielles longtemps préparées déjà par l'occupation de la Gaule Cisalpine et par la constitution en province romaine de la Narbonnaise en 121 avant notre ère. Mais cette date correspond au début du monnayage qui nous occupe et la nouvelle province visait, à l'origine au moins, à faciliter les relations entre l'Italie et l'Espagne, plutôt qu'à amorcer la romanisation du reste de la Gaule.

[...]

Pour en revenir à notre propos, la qualité divine du cheval celtique se prouverait, même en période gallo-romaine, par des dédicaces votives de figures de chevaux à certains dieux celtiques chevalins, sans adjonction du nom de Mars. C'est ainsi qu'un petit cheval de bronze, tranquille et non équipé, est offert à 8egomo{n). Il a été trouvé chez les Séquanes, aux Bolards, à Nuits-Saint-Georges3. Un grand cheval de bronze, d'art hellénistico-romain, mais bridé, trouvé à Neuvy-en-Sullias, est actuellement au musée de l'Orléanais. Il est consacré à Rudiobus. Le socle pourvu d'anneaux rend vraisemblable que l'effigie munie de brancards devait être portée processionnellement; et un autre grand bronze du même type, aujourd'hui perdu, a été découvert au Magdalénsberg en Carinthie dans un sanctuaire vraisemblablement consacré au même dieu ou à Rudianus dontle nom représente le même radical : ce dernier nom apparaît surtout en Dauphiné et en Provence.

On remarquera que ces noms divins sont des adjectifs, qui, à eux seuls, signifient clairement la vocation de l'animal : Segomo signifie « le Victorieux » ; Rudiobus et Rudianus, « le Rouge » ou « le Fort » et ces épithètes ont un caractère à la fois confidentiel et révérentiel. Sans préjudice d'une qualification tribale si E. Thevenot a raison de rattacher au nom de Rudianus celui du pays du Royans.

[...]

Mais, dans le cas qui nous occupe, les représentations figurées dans le monnayage « parisien » ainsi que les éléments mythiques que nous y avons reconnus suffisent à évoquer deux significations essentielles: la libération et la fécondité. Et ces fonctions divines répondent au double caractère que M. E. Thevenot a très justement reconnu (op. cit., p. 233-234) dans le panthéon gaulois : la multiplicité des appellations et le nombre limité des fonctions, ou, dirons-nous plutôt, le particularisme formel des divinités, mais aussi leur importance comme garantes des besoins les plus généraux et les plus immédiats qui intéressent l'espèce humaine.


Vers l'anthropomorphisme : L'évolution d'un animal-dieu vers l'anthropomorphisme est un phénomène normal mais qui se développe, selon les cas, plus ou moins lentement et plus ou moins complètement: d'abord sans doute sur le plan psychologique et sous différentes variantes ou diversités de présentations, l'animal prêtant une part physique de lui-même à la figure humaine ou subsistant à côté d'elle comme « attribut » divin ou consécration au dieu.

Dans l'atmosphère du celtisme, la tendance générale au métamorphisme accroît encore ce que l'on pourrait appeler le mouvant en un tel processus.

Au milieu du Ier siècle de notre ère la fidélité au zoomorphisme divin paraît encore obstinée chez les Gaulois. Il n'y a pas en ce sens discordance entre la figure apparemment héraldique de l'étalon des Parisii et une célèbre monnaie, du réalisme le plus complet, des Aulerques Cénomans qui figure, sans guère de doutes possibles, la déesse Epona comme une jument allaitant un poulain.

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