Les Atrébates
- Anne

- il y a 6 heures
- 15 min de lecture
Sources antiques :
César, De Bello Gallico :
« [...] in communi Belgarum concilio [...] quindecim milia Atrebates [...] » BG II, 4, 4 ; 9.
« [...] dans l’assemblée générale des peuples belges [...] les Atrébates amèneraient 15 000 hommes [...] » (édition et traduction L.-A. Constans).
« [...] trans id flumen omnes Neruios consedisse aduentumque ibi Romanorum expectare una cum Atrebatibus et Viromanduis, finitimis suis (nam his utrisque persuaserant uti eandem belli fortunam experirentur) ; expectari etiam ab his Atuatucorum copias atque esse in itinere [...] » BG, II, 16, 2-4.
« [...] tous les Nerviens avaient pris position de l’autre côté de cette rivière et ils attendaient l’arrivée des Romains avec les Atrébates et les Viromandues, leurs voisins, car ils avaient persuadé ces deux peuples de tenter avec eux la chance de la guerre ; ils comptaient aussi sur l’armée des Atuatuques, et, en effet, elle était en route [...] » (édition et traduction L.-A. Constans).
« [...] Commium, quem ipse Atrebatibus superatis regem ibi constituerat, cuius et uirtutem et consilium probabat et quem sibi fidelem esse arbitrabatur, cuiusque auctoritas in his regionibus magni habebatur, mittit. Huic imperat quas possit adeat ciuitates horteturque ut populi romani fidem sequantur [...] » BG, IV, 21, 7-8.
« [...] Commios, qu’il avait fait roi des Atrébates après sa victoire sur ce peuple ; il appréciait son courage et son intelligence, il le jugeait fidèle, et son autorité était grande dans le pays. Il lui ordonne de visiter le plus de peuples possible, de les engager à se placer sous le protectorat de Rome [...] » (édition et traduction L.-A. Constans).
« Huius opera Commii, ut antea demonstrauimus, fideli atque utili superioribus annis erat usus in Britannia Caesar ; quibus ille pro meritis ciuitatem eius immunem esse iusserat, iura legesque reddiderat atque ipsi Morinos attribuerat. » BG, VII, 76, 1.
« Ce Commios, comme nous l’avons exposé plus haut, avait fidèlement et utilement servi César, dans les années précédentes, en Bretagne ; en récompense, celui-ci avait ordonné que sa cité [les Atrébates] fût exempte d’impôt, lui avait restitué ses lois et ses institutions, et avait donné à Commios la suzeraineté sur les Morins. » (édition et traduction L.-A. Constans).
*
Localisation :
Albert Derolez, auteur de « La Cité des Atrébates à l'époque romaine : documents et problèmes. » (In : Revue du Nord, tome 40, n°160, Octobre-décembre 1958. pp. 505-533) s'interroge sur la localisation du territoire des Atrébates :
"Les limites de la cité : La cité des Atrébates qui faisait partie de la province de Belgique (au Bas-Empire de Belgique Seconde) s'étendait sur le territoire de deux départements actuels : le département du Pas-de-Calais et celui du Nord.
Les textes antiques nous renseignant sur les limites de la cité sont peu nombreux et fort vagues. Comme ils sont tous antérieurs au Bas-Empire, leurs données ne concernent pas cette période qui débuta par d'importantes réformes administratives.
Il existe heureusement une autre méthode pour déterminer d'une façon plus précise les limites de la cité : en principe, les diocèses se modelèrent sur les civitates du Bas-Empire. Cependant, comme les diocèses de la Gaule septentrionale ne furent organisés pour la plupart qu'après la disparition de la domination romaine, leur identité avec les civitates gallo-romaines ne peut être accepté sans réserve."
Jean-Louis Decherf, auteur de Armentières et ses environs : Nord (59). (Éditions S.A.E.P., 1974) mentionne la permanence du nom des Atrébates jusqu'au VIIIe siècle :
"Armentières est une des rares localité de nos régions dont le nom figure déjà dans les diplômes du VIIIe siècle. Elle est mentionnée en effet, dans un privilège du pape Étienne II, daté de 765 : « ... in pago Atrebatensi... Atramentarias », au pays des Atrébates... Armentières."
____
Bernard et Roland Delmaire, auteurs de "Les limites de la cité des Atrébates (nouvelle approche d'un vieux problème)." (In : Revue du Nord, tome 72, n°288, Octobre-décembre 1990. De l'Atrébatie au Pas-de-Calais. pp. 697-735) établissent la quasi équivalence entre territoire gaulois et diocèses médiévaux :
"En conclusion, nous croyons ainsi avoir montré que, dans ses grandes lignes, le diocèse d'Arras tel qu'il exista jusqu'à la Révolution, est bien l'héritier de l'ancienne cité des Atrébates (carte n° 6), qu'il faut abandonner l'idée d'une modification des frontières entre Atrébates et Nerviens d'une part, diocèse d'Arras et de Cambrai d'autre part, restituer aux Nerviens les communes actuelles situées à l'est d'une ligne allant de Vaulx-Vraucourt à Saudemont (inclus tous les deux dans la cité des Nerviens). Si la question de la frontière dans la région de Lille n'est pas encore totalement résolue, là aussi l'ancienne cité semble avoir déterminé la frontière du diocèse. Autrement dit, nous voilà revenus au point de départ — à savoir que la cité des Atrébates avait des limites pratiquement identiques à celles du diocèse d'Arras — mais, cette fois sans a priori, à l'issue d'une enquête que nous espérons avoir menée avec rigueur et en apportant autant que possible les éléments justificatifs indispensables."
*
Jean Claude Malsy, auteur de « Atrébates et Nerviens, diocèses d’Arras et de Cambrai. Une toponymie révélatrice de la modification des limites territoriales antiques. » (In : Noms des villes, noms des champs. Actes du Colloque d’onomastique d’Arras (octobre 2008) Paris : Société française d'onomastique, 2014. pp. 97-133) s'appuie sur divers toponymes pour confirmer les limites des territoires gaulois :
"[...] Quéant est donc un toponyme révélateur d’une limite antique, celle de la frontière entre les Atrébates et les Nerviens. Le constat a été maintes fois mis en évidence qu’au lendemain de l’effondrement de l’Empire romain l’Église, la seule administration encore en place, avait très souvent calqué ses limites diocésaines sur celles des civitates de la Gaule que Rome avait conservées. Entre la Sensée et la forêt d’Arrouaise, les diocèses primitifs d’Arras et de Cambrai auraient donc conservé la limite léguée par les civitates des Atrébates et des Nerviens.
[...]
Composé gaulois en -randa, formé avec un élément de sens hydronymique, la forme restituée equoranda est aujourd’hui abandonnée par les linguistes, qui lui ont substitué celle d’icoranda , sachant que l’occlusive sourde -c est passée à la sonore -g dès le VIe siècle ; le plus ancien toponyme connu de la série est une forme Igoranda (VIIe siècle), qui s’est conservée dans Ingrandes[-sur-Vienne]. Dans le premier composant de cette formation, il faut reconnaître le radical ic-, “eau”, celui qu’on rencontre en Gaule dans le nom de déesses des eaux, Icauna, au bord de la rivière d’Auxerre et Icovellauna dans un sanctuaire de source à Metz. Les noms en icoranda apparaissent sous des formes très variées : Aiguerande, Aigurande, Egarande, Eurande, Guirande, Harande, Hérande, Hyronde, etc. Ingrandes (Indre), Ingrande (Vienne), Ingrannes (Loiret) sont des Fines de la Table de Peutinger, de l’Itinéraire d’Antonin et de bornes milliaires à l’époque romaine ; surtout, sans ambiguïté, nous repérons les toponymes concernés à la frontière des anciens Etats gaulois (et aux frontières des anciens diocèses qui en ont souvent repris les tracés). Iguerande (Saône-et-Loire) (Viuranda, en 846) au lieu de séparation entre Éduens et Ségusiaves. On constate que dans la très grande majorité des cas le sens de “limite de territoire marquée par l’eau“ se vérifie, de nombreux Icoranda s’appliquant à la fois à un lieu habité et à la rivière qui l’arrose. La rivière a donné son nom à l’habitat, ainsi le Héron, ruisseau et commune de Seine-Maritime, jadis lieu supposé de frontière entre Véliocasses et Bellovaques et l’Hirondelle à la séparation des Arvemes et des Rutènes. La forme Iron, relevée dans des textes par Edmond Fontaine - décédé avant d’avoir indiqué ses sources à R. Delmaire - pour qualifier le cours de l’Hirondelle, apporte donc la preuve que ce cours d’eau entre dans la série des *icoranda et qu’il marquait une limite de territoires. L’analyse philologique du nom de lieu Quéant la révélait ; désormais, celle de l’hydronyme l’Hirondelle conforte et amplifie ce constat. Nous sommes à Quéant et le long du cours de l’Hirondelle dans l’antique territoire des Atrébates, à ses confins avec le territoire des Nerviens.
L’*icoranda de l’Artois, nommé aujourd’hui l’Hirondelle, n’a pas donné son nom à un habitat. Néanmoins notre attention est attirée par le village de Marquion. Implanté sur la rive droite de l'Agache/l'Hirondelle, au point où la voie romaine Arras-Cambrai, axe majeur, traverse le cours d’eau, cet habitat nous livre la troisième preuve toponymique en faveur du changement de la limite territoriale.
Une nouvelle fois, le contenu de l’étude de Bernard et Roland Delmaire vient à l’appui de notre argumentation. Ces historiens écrivent en effet le passage suivant : A l’ouest, entre les Atrébates et les Morins, on ne peut noter - et seulement à titre d’hypothèse - que le grand nombre de lieux-dits dérivés de marca, qui peut désigner un lieu humide (mariscum) ou une zone limite (la “marche ”). Ce qui n’est qu’une hypothèse à conforter au contact des Atrébates et des Morins est une réalité dans le district de l’Hirondelle, entre les Atrébates et les Nerviens.
Marquion ne peut être un dérivé de la forme mariscum malgré la présence d’importants marais sur le territoire communal. Bien plus sûrement, ce nom de lieu désigne “une marche, une limite, une frontière”, celle qui séparait les peuplades gauloises des Nerviens et des Atrébates.
[...]
Les paroisses dont les noms suivent, limitrophes du territoire revendiqué dès la fin du XIe siècle, ont toujours appartenu aux diocèse et pagus d’Arras et à la civitas des Atrébates : Bapaume, Beugnâtre, Mory, Écoust-Saint-Mein, Bullecourt, Riencourt-lès-Cagnicourt, Hendecourt-lès-Cagnicourt, Chérisy, Vis-en-Artois et Rémy (jadis appendice de Vis-en-Artois) ; Sailly-en-Ostrevent dépendait du diocèse d’Arras mais ressortissait au pagus d’Ostrevant. À celles-ci il convient d’ajouter les paroisses artésiennes méridionales sises aux confins du Cambrésis et du Vermandois : Villers-au-Flos, Riencourt-lès-Bapaume (jadis paroisse-mère puis secours de Villers-au-Flos), Rocquigny et *Becquigny (lieu disparu vers Rocquigny).
*
*
Étymologie :
Pierre Gastal, dans Sous le français, le gaulois - Histoire, vocabulaire, étymologie, toponymie (Éditions le Sureau, 2003) propose l'étymologie suivante :
ATREBATES : « habitants », ceux qui possèdent le pays.
Atrebates, peuple de l'Artois.
Cf irlandais atrebad.
Voir treba.
[...]
TREBA : « petite localité », « hameau », « village ».
Tréban/Allier, Tarn ; Trébas/Tarn ; Trèbes/Aude, Trévas/ Haute-Loire et surtout Trébabu, Trébedan, Trébeurden, Tréboul... en Bretagne.
Cf breton tref (subdivision de la paroisse).
[...]
ATRÉBATES : Belgique.
Peuple situé entre l'Escaut et la Somme, en Artois*. Une branche émigra en Bretagne au Ier siècle AC et s'établit sur les rives de la Tamise.
Capitale : Nemetacum (Arras*).
*
*
Histoire :
Dans Ces Belges, "les plus braves" : histoire de la Belgique gauloise (Éditions Lannoo Uitgeverij, 2008, 268 p.) Ugo Janssens relate les évènements suivants :
"Atrébates : Le territoire des Atrébates correspondait à l'Artois, avec Nemetocenna ou Nemetacon comme oppidum (Arras). Le nom signifierait « ceux qui possèdent des villages ».
Au IIe siècle avant notre ère, un certains nombres de clans d'Atrébates traversèrent la manche et s'établirent dans le sud-ouest de l'Angleterre, notamment dans les comtés actuels de Sussex, Berkshire et Hampshire. En 57 av. J.-C., ils firent partie des forces qui assiégèrent Bibracte, la capitale des Rèmes, avant la confrontation avec les Romains sur l'Aisne. Cette même année, ils combattirent avec les Nerviens et les Viromanduens contre César sur la Selle. Après leur défaite, Jules César désigna Commios, connu pour son intelligence et ses qualités de chef, comme leur roi. A la demande du général romain, celui-ci participa à plusieurs campagnes sur le sol anglais. César plaça aussi la tribu des Morins sous son autorité. En 52 av. J.-C., Commios rompit cependant avec le proconsul et conclut une alliance avec Vercingétorix. Après la débâcle d'Alésia, Commios se rebella de nouveau en 51. Les Atrébates, les Ambiens, les Bellovaques et les Bituriges (Gaule centrale) livrèrent une dernière fois bataille aux Romains dans les environs de l'Aisne et de l'Oise. Après sa défaite, Commios se réfugia dans le sud de l'Angleterre où il devint le roi des Atrébates « brittons ».
[...]
Il [Caude Sterckx] se réfère aussi aux Atrébates qui fondèrent entre autres Calleva (Silchester) et Cunetio (Mildenhall) de l'autre côté de la Manche. [...]
Cassivellaunos, Tasciovanus, Commios et Volisios étaient des rois belges connus qui, pendant ou juste après l'invasion de César, régnèrent et s'illustrèrent en Angleterre. Les Belgae, aussi bien les tribus que les clans, se disputaient régulièrement la souveraineté dans le sud d'Albion. C'est un roi belge déchu, Verica, le fils de Commios, qui fit appel à l'aide de Rome pour mettre ses adversaires au pas. Cette requête donna à l'empereur Claude le prétexte rêvé pour entreprendre l'invasion de la Grande-Bretagne en 43 ap. J.-C.
En 1992, on a exhumé à Douvres un navire datant de 1500 ans avant notre ère. La nef avait 2,4 mètres de large et à l'origine au moins 15 mètres de long. Son équipage se composait d'au moins 18 rameurs. Ce navire, , qui effectuait probablement les routes commerciales entre les Cornouailles, le sud de l'Angleterre et le continent, témoigne des contacts très anciens entre les habitants de l'île et du continent."
Serge de Foestraets, auteur de "Ambiorix et le cheval Bayard." (In : Celtes et cheval libre, >2013) mentionne des noms de rois atrébates :
"Geoffroy de Monmouth fait ainsi intervenir un roi Tenuantius, neveu de Cassivellaunos, et qui obtient la couronne de Bretagne lorsque ce dernier se réconcilie avec Jules César. Ce personnage est identifié grâce à la numismatique avec Tasciovanos, roi des Trinobantes à l’époque augustéenne : il s’agit du père d’Epaticcos, roi des Atrébates (connu uniquement par les monnaies) et de Cunobellinos (connu à la fois par les monnaies et la tradition galloise sous le nom de Cynfelyn).
Pour mémoire, Frontin indique que Commios, roi des Atrébates (Arras) échappe à César en cinglant vers la Bretagne à l’issue de la Guerre des Gaules. On ne peut affirmer si c’est lui, avec des réfugiés, qui y établit une implantation atrébate ou s’il rejoint des territoires d’outre-Manche sur lesquels il régnait déjà."
*
*
Emmanuel Arbabe, dans sa thèse de doctorat intitulée Du peuple à la cité : vie politique et institutions en Gaule chevelue depuis l'indépendance jusqu'à la fin des Julio-Claudiens, (Université Panthéon-Sorbonne, 2013) synthétise les données historiques connues sur les Atrébates :
Les deux premiers passages [ de la Guerre des Gaules] se situant en 57 av. J.-C., les deux autres en 55, on peut donc établir les faits et la chronologie suivants :
57 av. J.-C. : les Atrébates, qui participent à l’assemblée des Belges en peuple pleinement souverain et identifiable, annoncent qu’ils fourniront 15 000 hommes.
Associés aux Viromanduens dans l’alliance dirigée par les Nerviens, ils sont battus par les armées de César qui place à leur tête, avec le statut de roi, un homme de confiance issu de leur peuple : Commios.
55 av. J.-C. : Il apparaît que Commios, et avec lui son peuple, se sont, selon toute probabilité, placés dans la foi (fides) de Rome, ce qui signifie qu’ils lui sont en réalité soumis et ce qui justifie le terme employé par César (imperat) pour désigner les liens de subordination qui existent entre les deux hommes.
César récompense Commios en restituant aux Atrébates leur souveraineté pleine et entière (iura legesque), en les exemptant de tribut, et en plaçant sous son pouvoir les Morins voisins.
Le problème réside dans la date où les Atrébates ont perdu leur souveraineté1500. En effet leurs agissements en 57 av. J.-C. démontrent qu’ils étaient pleinement souverains. La restitution de leur souveraineté ayant lieu en 55 av. J.-C., cette période de soumission accompagnée du paiement d’un tribut (stipendium) prend forcément place entre la défaite de 57 av. J.-C. et la mission de Commios en Bretagne. La solution d’une prise en main directe de Rome, d’une annexion pure et simple du territoire atrébate par César, conviendrait à l’imposition d’un tribut mais n’est pas envisageable à ce moment de la conquête, malgré S. Sherwin-White. Elle ne présenterait d’ailleurs aucun autre cas comparable dans l’action césarienne, et il nous faut donc l’écarter. En revanche, on sait que César pouvait attribuer la domination des peuples vaincus à tel ou tel de ses alliés en Gaule. C’est ce qui dut se passer dans le cas des Atrébates qui furent, selon toute vraisemblance, placés sous l’autorité d’un peuple de Belgique, en même temps qu’ils recevaient un dirigeant qui les maintiendrait sur le chemin de l’obéissance. Les Atrébates étaient donc dans une position de subordination claire, puisqu'il y avait tribut. Tout en ayant perdu leur souveraineté, les Atrébates conservaient donc un pouvoir propre, en la personne d’un roi aux pouvoirs amoindris. Qui étaient leurs nouveaux maîtres durant ces deux années ? L’état de la Belgique après les défaites de 57 av. J.-C. face aux armées romaines laisse peu de candidats possibles. La plupart des peuples sont dans le même cas que les Atrébates : vaincus et peu sûrs. Seuls les Bellovaques, et surtout les Rèmes pouvaient pleinement correspondre à ce qu’attendait César, et ne risquaient pas d’utiliser ce surcroît de puissance contre le général. Le fait que l’on puisse considérer les Atrébates comme ayant vraisemblablement accepté la soumission (in fidem) à Rome en 55 av. J.-C. les rapproche encore un peu des Rèmes – quel que soit l’ordre chronologique des choses. Finalement, Commios fit preuve d’une telle fidélité et de telles qualités, qu’il devint plus intéressant pour le contrôle de la Belgique d’élargir sa capacité d’action, ce que César fit en restaurant la souveraineté pleine et entière des Atrébates, et en plaçant immédiatement les Morins sous son contrôle, ayant ainsi la main sur le point le plus proche de la Bretagne.
La monarchie atrébate. Des passages précédemment cités on ne peut être sûrs que d’une chose : les Atrébates ont un régime monarchique à partir de leur défaite en 57 av. J.-C. Il ne peut être garanti avec certitude que c’était le cas avant la défaite. Tout au plus pourra-t-on dire que Commios pouvait être de souche royale, mais César ne mentionne rien de tel, alors qu’il le fait pour plusieurs autres des rois qu’il fait en Gaule, et il ne met en avant comme raisons de la promotion de Commios que ses qualités humaines et sa fidélité envers lui. Les Atrébates semblent par ailleurs s’être bien accomodés de ce roi pourtant changeant dans ses alliances, puisqu’il passa finalement du côté des coalisés gaulois et fut même désigné comme un des chefs de l’expédition de secours de 52 av. J.-C."
Amandine Mercier, autrice de "La Fête populaire des Rats d’Arras : Du défilé de reconstitution historique et des géants processionnels, au théâtre satirique et banquet gargantuesque." (In : L’Ethnographie : création, pratiques, publics, 2023, 8) évoque l'évolution du nom de la ville d'Arras, en territoire atrébate :
"L’histoire d’A Rats. La Fête des Rats ravive les mémoires individuelles et collectives liées aux patrimoines culturels immatériels, en premier lieu car sa poïétique obéit à la retranscription de l’Histoire de la ville d’Arras. Les racines du titre de cet événement, ses déploiements, formes et enjeux, témoignent ainsi de traces historiques remontant au Ier siècle avant Jésus-Christ. Sous les Atrébates, peuple celte de la Gaule Belge, « Arras » se nomme « Nemetacum » et est un oppidum de l’Atrébatie, correspondant actuellement à l’Artois. Au XIIe siècle apparaît l’appellation « Arras », par contractions successives du nom d’« Atrébates », lui-même réduit à « Atrades », puis « Atradis », ensuite « Aras » et enfin « Arras », tel qu’orthographié aujourd’hui. Nonobstant les rumeurs véhiculées, l’origine du nom de la ville d’Arras n’est donc aucunement liée à la présence en nombre des rongeurs, que sont les rats,sur le territoire artésien. Toutefois, la corrélation entre le nom de la ville et l’animal est tacite, bien que plus tardive. En effet, le « s » d’Arras étant autrefois une lettre muette, la prononciation n’était pas « Arras » (prononciation API : \a.ʁɑːs\), mais « Arra » (prononciation API : \a.ʁɑ\), devenue progressivement « A Rats » dans le langage populaire et l’imaginaire collectif. C’est pourquoi, dès le XIVe siècle, des rats sont représentés aux côtés du lion, symbole officiel de la commune d’Arras, sur les sceaux de la ville. Dès 1331, les rats apparaissent également dans les attributs de l’Évêché d’Arras. Progressivement dans le dialecte local, « les rats » deviennent une métaphore pour parler des Arrageois, c’est-à-dire les habitants de la ville d’Arras."
*
*
Croyances :
Ugo Janssens, auteur de Ces Belges, "les plus braves" : histoire de la Belgique gauloise (Éditions Lannoo Uitgeverij, 2008) évoque une hypothèse étonnante concernant la mythologie irlandaise :
"Le fait que des Atrébates et des Ménapiens ont atteint les côtes occidentales de l'Irlande et s'y sont établis, a été vérifié par des linguistes comme J. De Vries. Ce savant néerlandais a établi certains rapports entre le héros irlandais Cuchulainn et les Belges. Cuchulainn, fils du dieu de la lumière Lug, également vénéré sur le continent, est dans la légende de « Táin Bó Cúailnge » (« Le vol de bétail de Cooley »), le gendre de Forgall Manach. Manach était un nom très courant chez les Ménapiens. La lance magique du divin Cuchulainn, qui s'appelle « Gae Bolga », renvoie elle aussi, selon J. De Vries, au nom des Belges. Ainsi donc, les légendes de Cuchulainn, qui étaient très connues dans la Gaule continentale, seraient d'origine belge."
Daniel Gricourt et Dominique Hollard, auteurs de "Le dieu celtique Lugus sur des monnaies gallo-romaines du IIIe siècle." (In : Dialogues d'histoire ancienne, 1997, vol. 23, no 1, pp. 221-286) mentionne une monnaie atrébate représentant un trident, attribut de Lug :
"Deux autres types monétaires celtiques illustrant un trident doivent retenir notre attention, maintenant que la corrélation entre ce symbole et Lugus est solidement établie. Les piécettes concernées, toutes en argent, sont originaires de la Bretagne insulaire et ont vraisemblablement été confectionnées par le même peuple. R. Van Arsdell, qui les attribue aux Atrébates bretons, date leur frappe de la première partie du règne de Verica, vers les années 10-20 de notre ère. Il s'agit de deux revers dont l'un montre une main, les doigts repliés, brandissant un trident tenu horizontalement, les pointes tournées vers la droite. Au-dessus de la scène figure un croissant, dans le champ, les lettres V et R, et au-dessous, le mot REX. Le second revers, anépigraphe, ne comprend que le seul trident, vu de manière verticale, les pointes vers le haut, cette disposition particulière rappelant celle du trident surplombant la stèle funéraire de Bourges. Dans de telles représentations, les branches du trident peuvent correspondre aux trois mondes et la hampe au pilier qui les supporte et les réunit (1). La main qui tient l'ensemble évoquerait dès lors le dieu qui, d'un point de vue cosmologique, les relie et les sépare à la fois, sauvegardant ainsi leur cohésion. L'avers des monnaies britanniques comporte également différents motifs géométriques suggérant d'une autre manière l'univers. On peut présumer d'après ce que nous avons vu antérieurement que Lugus est ce personnage céleste dans son rôle de régulateur de l'ordre cosmique, la main figurée incarnant à elle seule, par métonymie, la totalité du personnage divin surnommé en Irlande Lamhfádha, "à la Longue Main", et au Pays de Galles Llaw Gyffes, "à la Main Sûre" .
Note : 1) Certains auteurs, rappelons-le, ont insisté sur la relation établie traditionnellement entre l'Arbre de Vie, vu comme l'Axis Mundi, et les symboles ignés que sont le foudre et le trident : cf. notamment R. GUÉNON, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, ouv. cit. en note 154, chap. XXVI, « Les armes symboliques », p. 192-196, et LU, « L'Arbre et le Vajra », p. 329-331 (articles publiés dans Études traditionnelles, octobre 1936 et mars 1939)."
*
*







