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  • Anne

Le Vomiquier




Étymologie :

  • VOMIQUIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1808 (J. de bot., t. 1, p. 247). Dér. de vomique1* ; suff. -ier*.

  • VOMIQUE, adj.

Étymol. et Hist. xiiies. noiz vomite [corr. vomice] « fruit vénéneux d'un arbrisseau de l'Inde » (Simples médecines, éd. P. Dorveaux, 792 et 813) ; xve s. noix vomique (Grant herbier en francoys, éd. G. Camus, 336 : noix vomique [...] elle a vertu de esmouvoir a vomir). Empr. au lat. médiév. vomica nux, formé du lat. class. nux « noix » et de vomicus « qui fait vomir », cette baie ayant des propriétés vomitives ; cf. 1555 la noix vomitique, ou vomitoire (B. Aneau, Tresor de Evonyme, ch. XVII ds Gdf.).


Lire également la définition des mots vomique et vomiquier afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Strychnos nux-vomica ; Bois de couleuvre

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Botanique :


Selon Lucienne BÉZANGER-BEAUQUESNE, auteure d'une "Contribution des plantes à la défense de leurs semblables." (Bulletin de la Société Botanique de France, 1955, vol. 102, n°9, pp. 548-575) :

[...]

1° Noix vomique.

C'est la graine, bien connue, du Vomiquier, Strychnos Nux-vomica (Loganiacées), originaire des régions indomalaise el indochinoise, arbuste volubile à feuilles ovales, à fleurs d'un blanc verdâtre ou rosé groupées en cymes terminales. Le fruit est une baie cortiquée, rappelant une orange par la taille et la couleur. Dans sa pulpe

blanchâtre, gélatineuse, se trouvent 3 à 12 graines, orientées verticalement, qui, débarrassées de la pulpe, constituent les Noix vomiques du commerce.

Ces graines, discoïdes et plates, avec un bourrelet périphérique, mesurent environ 2 cm. de diamètre et 5 mm. d'épaisseur. Elles sont gris clair, satinées, faites, intérieurement, d'un albumen corné très dur.

Leur toxicité, due en grande partie à la strychnine, alcaloïde de structure complexe, vraisemblablement indolique, est mise à profit depuis longtemps pour la confection d'appâts.

 

Dans un article intitulé "Ces plantes toxiques qui peuvent tuer… mais aussi soigner", présentation de l'émission d'Europe 1 présentée par Mélanie Gomez et Jimmy Mohamed, en date du 18 mars 2021, Julien Ricotta présente le Vomiquier :


Connaissez-vous le vomiquier ? Cette plante a été utilisée pour en faire un médicament, mais aussi par des serial killer. Car le fruit du strychnos nux-vomica, son nom scientifique, contient un poison : la strychnine. "Elle a été utilisée dans certains médicaments mais aussi pour commettre des meurtres. On en trouve dans la fiction, dans les romans d’Agatha Christie et d’Alexandre Dumas. Un serial killer canadien l’a aussi utilisé à la fin du 19e siècle en empoisonnant des femmes avec de la strychnine".

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Marjorie Cheze, Yvan Gaillard et Gilbert Pépin auteurs de l'article intitulé "Réponses analytiques aux intoxications par substances végétales". (In : Annales de Toxicologie Analytique. EDP Sciences, 2000. pp. 307-314) récapitulent dans le tableau suivant les 22 principaux alcaloïdes toxiques végétaux :



La strychnine était déjà bien connue des savants du XIXe siècle comme A. Moquin-Tandon qui en décrit les effets dans Éléments de botanique médicale (Librairie J.-B. Baillière et Fils, 1861) :


Propriétés et usages [de la Noix vomique] :

La Noix vomique n'a pas d'odeur. Elle présente une amertume très prononcée.

La strychnine, la brucine et l'igasurine offrent une saveur excessivement amère. Leur action persiste plus ou moins dans la bouche. On assure que la saveur de la brucine est encore sensible, lorsque, rendue soluble par un peu d'acide, elle a été dissoute dans 4 500 000 partie d'eau.

Ces alcaloïdes sont très redoutables. La strychnine abolit les fonctions des nerfs du sentiment et laisse intacts les nerfs moteurs et le système musculaire. Quand on donne cette substance à une personne, il se manifeste premièrement une sorte de vertige et de la roideur dans les muscles, particulièrement dans ceux de la mâchoire. Suivent des secousses d'abord faibles et bientôt terribles. Le corps est roide et immobile, la tête jetée en arrière. L'intelligence reste nette. La parole est entrecoupée. Peu après, les mâchoires se resserrent, et le trismus se déclare. La respiration est courte et comme convulsive. Les malades, cloués sur le dos, font de vains efforts. Puis, tout se dissipe ; un intervalle de calme intervient. Il est suivi d'un nouvel accès plus violent. Le corps est parfois soulevé à une certaine hauteur au-dessus du lit. Toute parole devient impossible. La respiration, de plus en plus oppressée, semble par moments complètement suspendue. Les battements du cœur sont irréguliers. La plante des pieds est tournée en dedans. Un dernier accès se termine brusquement par la mort.

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Bienfaits thérapeutiques :


Dans Éléments de botanique médicale (Librairie J.-B. Baillière et Fils, 1861), A. Moquin-Tandon évoque les qualités du Bois de couleuvre :


Bois de couleuvre, fourni par un arbre des Indes orientales, Le Vomiquier bois de couleuvre, de la famille des Loganiacées. Ce bois contient de la strychnine et de la brucine. - Recommandé contre les fièvres intermittentes, contre les vers et contre la morsure des serpents.

On le retire aussi du Vomiquier officinal, du Vomiquier à feuilles de Troëne et du petit Vomiquier.

[...]

Les Arabes employaient la Noix vomique contre la morsure des serpents. On se sert de la strychnine dans le traitement des paralysies qui sont sous la dépendance de la moëlle épinière. On l'a conseillée aussi comme vermifuge.

On administre la Noix vomique en poudre, en pilules, en extrait, en teinture, en essence spiritueuse.

La strychnine est donnée aussi en poudre, en pilules, en sirop, det en teinture (quelques gouttes dans une potion). On en prépare encore un sirop, une pommade, un collyre.

 

Selon R. J. Opsomer et J. P. Auquière, auteurs d'un article intitulé "Les aliments aphrodisiaques... tous des placébos ? (in Louvain médical, 2009, vol. 128, n°8) :


(Strychnos nux vomica L)

Arbre à feuilles persistantes originaire de l’Asie du Sud-Est. Les graines sont utilisées dans des préparations homéopathiques : elles comportent des alcaloïdes indoliques (essentiellement de la strychnine), loganine, acide chlorogénique et huile fixe. Traditionnellement, l’extrait de noix vomique est considéré comme un stimulant du système nerveux central, de la libido et des « potentialités sexuelles ». Avant la mise sur le marché du sildénafil (Viagra®, Pfizer), l’extrait de noix vomique était régulièrement prescrit : il entre dans la composition de prescriptions magistrales combinant : chlorhydrate de yohimbine, extrait de noix vomique et méthyl-testostérone.

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Symbolisme :


Selon Gilles Tarabout, auteur du chapitre "Corps possédés et signatures territoriales au Kérala",extrait de Jackie Assayag, Gilles Tarabout. La possession en Asie du Sud. paroles, corps, territoire, (EHESS, pp. .313-353, 1999, Purusartha n°21) :


De même d'autres arbres, pāla, cāru (non identifié), vomiquiers, jaquiers, etc., sont, en tant que catégories, susceptibles d'abriter toutes sortes de Puissances dangereuses. Mieux vaut, par exemple, éviter de dormir en dessous, et les couper demande des précautions rituelles. Les rizières, aussi, sont particulièrement fréquentées par les bhūtam dès le crépuscule. On trouve également ces Puissances dans les chemins, aux carrefours, à certains rochers, dans les terrains vagues, dans la forêt, dans les espaces cultivés, au bord des étangs ou des rivières, et, bien entendu, à proximité des tombes ou des terrains de crémation. Bref, elles peuvent être absolument partout : aucun lieu n'est potentiellement vide de leur présence, et il est tentant de reprendre, avec les transpositions nécessaires, la formule de Gisèle Krauskopff (1989 : 187) : "Les dieux sont représentés comme des catégories 'paysagées' parce qu'ils sont le paysage".

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Littérature :


Cécile Raynal dans un article intiutlé "Promenade médico-pharmaceutique à travers l'œuvre d'Alexandre Dumas." (In : Revue d'histoire de la pharmacie, 90ᵉ année, n°333, 2002. pp. 111-146) se penche sur l'utilisation par Alexandre Dumas des connaissances médicales qu'il a pu acquérir grâce à ses amis :


L'Officine de 1844 donne de ces poisons les descriptions suivantes : « L'angusture fausse, cortex pseudo-angusturae. Il paraît prouvé qu'elle provient d'une apocynée, le strychnos nux vomica lui-même. C'est déjà dire que c'est un poison énergique [...]. Elle contient de la brucine et de la strychnine » ; quant à la fève de Saint-Ignace, elle « est fournie par un arbre voisin du vomiquier, par le strychnos ignatii » qui, comme son nom l'indique, contient de la strychnine.

[...]

Dumas utilisa également ses connaissances toxicologiques pour écrire Mille et un fantômes, Les Mariages du père Olifus (1849). Voici par exemple les paroles prononcées par Schimindra à rencontre de l'empoisonneuse Vanly :

« Vous avez empoisonné votre premier mari, le docteur, avec la Fève Saint-Ignace, si commune à Mindanao. Vous avez empoisonné votre deuxième mari, le mandarin, avec le Ticunas américain. Vous avez empoisonné votre troisième mari, le juge civil, avec le Vooara de Guyane. Enfin, ce soir, vous alliez empoisonner votre quatrième mari, Ohms, avec l'Upas de Java. »


Il s'agit de plusieurs types de vomiquiers, dont certaines parties renferment de la strychnine : le strychnos ignatii, que nous avons déjà vu ; le strychnos tieute, dit Upas tieute des Javanais, qui passe pour un des poisons tétanisants les plus violents ; enfin le ticunas et le woorara (ou vooara), substances analogues, issues des strychnos à curare, strychnos castelnoeana. Ces dernières substances sont également appelées « poisons des sauvages de l'Orénoque », cette espèce d'arbre étant très répandue sur les bords de l'Amazone et de ses affluents : c'est l'écorce de la tige et des branches qu'emploient les Indiens Ticunas. Les leçons étudiées en compagnie du Dr Thibault furent donc bien profitables à Dumas, qui fera dire au comte de Monte-Cristo :


« Moi, je me contenterai de vous dire que j'ai assez étudié à fond la chimie et les sciences naturelles, mais en amateur seulement... Vous comprenez. »

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Nicolas Simon auteur d'une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux. (Sciences pharmaceutiques, Université Henri Poincaré, Nancy I, 2003) rend hommage aux connaissances médicales de l'ancienne infirmière devenue la reine du policier :


La célèbre romancière britannique [Agatha Christie], ayant été infirmière pendant la première guerre mondiale, était une experte dans la connaissance des substances pouvant s'avérer extrêmement délétères pour 1'homme. Son premier livre a d'ailleurs été remarqué dans le journal des pharmaciens anglais comme ne faisant pas appel au cliché classique du « poison qui ne laisse aucune trace » et comme décrivant des symptômes toujours très proches de la réalité.

Les substances utilisées furent très nombreuses et représentent la fraction la plus importante de tous les moyens différents que l'écrivain a utilisé pour faire commettre à ses personnages le meurtre qui allait ensuite permettre au génie d'Hercule Poirot ou de Miss Marple de s'exercer. Le premier roman d'Agatha CHRISTIE, La mystérieuse affaire de Styles, utilise déjà le poison comme arme du crime, et c'est la strychnine qui fut choisie, obtenue par précipitation à partir d'un médicament et mélangée ensuite à du café en raison de son extrême amertume.

{...]

Le commissaire Maigret, lui aussi, est exposé par SIMENON au poison dans Le Chien jaune. Arrivant à Concarneau pour une affaire de meurtre, le commissaire accepte de boire un verre avec quelques notables de la ville quand le docteur découvre dans la bouteille des cristaux de strychnine qui flottent.

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Dans sa thèse intitulée Les poisons utilisés dans les romans d’Agatha Christie. (Sciences pharmaceutiques, Université de Bordeaux II, 2014), Amandine Striebig. recense les cas d'empoisonnement à la strychnine :


La strychnine dans les crimes d’Agatha Christie :


La Mystérieuse Affaire de Styles (1917)


Victime : ​Mrs Emily Inglethorp

Coupables : Mr Alfred Inglethorp (le mari de la victime) et Miss Evelyn Howard (la gouvernante

de la victime). Tout deux sont cousins éloignés, et pourtant ils s’aiment.

Poison : Sulfate de Strychnine

Mode d’administration du poison : La victime prenait une solution de Sulfate de

Strychnine le soir comme somnifère (Sulfate de Strychnine + eau distillée). Or Miss

Howard y a ajouté une pincée de poudre de Bromure de Potassium. Le Bromure de

Potassium faisant précipiter la strychnine au fond de la bouteille, la dernière prise

est alors fatale ! (car trop concentrée).

Symptômes observés : ​« Mrs Inglethorp était allongée sur son lit, et tout son corps se tordait sous l’effet

de violentes convulsions […] une ultime convulsion arqua son corps avec une

brutalité telle qu’elle parut ne plus reposer que sur la nuque et les talons »

« La violence des spasmes était tout à fait singulière […] Ils présentaient un

caractère … tétanique. »

Motif : L’argent de Mrs Emily Inglethorp

« Leur infâme projet avait été conçu de longue date. Il épouserait cette vieille

femme aussi crédule que fortunée ; il la pousserait à rédiger un testament en sa

faveur ; ensuite, il leur suffirait de la faire disparaître selon un plan

remarquablement élaboré pour profiter de ses richesses par voie d’héritage […] Ils

forment un couple dont le machiavélisme n’a d’égal que le manque de scrupules. »

Lieu : ​La chambre de Mrs Emily Inglethorp, et plus précisément son lit.

[...]

La critique qui fit le plus plaisir à Agatha Christie fut celle du Pharmaceutical Journal, parce qu’on y soulignait les connaissances de l’écrivain en matière de poison en les opposant au cliché de la substance « inconnue et indécelable » trop souvent utilisée dans certain type de romans policiers : « Miss Agatha Christie connaît son métier ».


L’arrivée de Mr Quinn dans le recueil Le Mystérieux Mr Quinn (1930)


Victime : ​Mr Appleton

Coupable : Mr Derek Capel, l’amant de Mrs Appleton.

Poison : Hydrochlorure de strychnine, dans une carafe de Porto.

« La strychnine n’est pas très soluble, sauf sous forme d’hydrochlorure. La plus

grande partie du poison, qui s’était déposée au fond de la carafe de Porto, n’a été

absorbée que dans le dernier verre […] »

Motif du crime : Mrs Appleton, une belle et jeune femme, était mariée depuis longtemps à un

vieillard, Mr Appleton, pour qui elle n’éprouvait plus aucun sentiment. Ainsi, quand

Mr Derek Capel la demanda en fiançailles celle-ci accepta. Encore fallait-il se

débarrasser du mari…

Héros de la nouvelle : Mr Harley Quinn et Mr Satterthwaite


Mort sur le Nil (1937)


Victime : Lady Ariadne Grayle.

Coupable : Basil West.

Poison : Strychnine, dans une gélule.

Symptômes observés : « Une ultime convulsion secoua la pauvre femme. Son corps cambré, tendu, se

crispa. Puis elle retomba sur ses oreilles ».

Motif du crime : Basil West était l’amant de Lady Grayle, quand il tomba amoureux de sa nièce. Il lui

fallait donc supprimer son amante pour épouser celle qu’il aimait véritablement.

L’empoisonnement à la strychnine eu lieu de manière chronique, ce qui est un type

d’empoisonnement plutôt rare chez Agatha Christie, et de manière à coïncider avec

la présence de Sir George, le mari de la victime, pour en faire le principal suspect.

Héros d{u roman] : Mr Parker Pyne, un des personnages présent sur le bateau lors de cette croisière

sur le Nil.

Indice : Une lettre que Mr Parker Pyne avait envoyée à Lady Grayle, dans laquelle il l’incitait

à prendre une « pilule des rêves » (qui était en réalité de la strychnine). Mr Parker

Pyne avait demandé à Lady Grayle de brûler la lettre à la fin de sa lecture, or Lady

Grayle ne le fit pas correctement. Ce qui permit à Mr Parker Pyne de découvrir la

vérité.

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