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Le Sainfoin

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 21 mai
  • 9 min de lecture



Étymologie :


Étymol. et Hist. 1600 esparcet « sainfoin » (O. de Serres, Théâtre d'agric., IV, 5 ds Hug. : Le païs où l'esparcet est aujourd'huy le plus en usage est le Dauphiné); 1775 esparcette (Valm., s.v. sainfoin). Mot régional particulièrement bien attesté dans le Dauphiné et la Suisse romande (v. A. François ds Annales J. J. Rousseau, t. 3, pp. 37-38), dér. de l'a. fr.-prov. esparz adj. « espacé » (Girart de Roussillon, éd. W. M. Hackett, 9729), correspondant à épars*. V. FEW t. 12, pp. 134b-135a.


Étymol. et Hist. 1549 (Est., s.v. foin: Une herbe qu'on appelle Foin de Bourgogne, ou sainctfoin) ; 1567 Sainct-foin (E. Liebaut, L'Agric. ou Maison Rustique, Paris, J. Du Puy, fo 188 ro) ; 1572 sainct-foing, saint-foin (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 16, p. 68, v. 778 et p. 253, v. 196) ; [1572 sainfoin d'apr. Bl.-W.2-5] ; 1600 sain-Foin (O. de Serres, Théâtre d'agric., p. 270). Comp. de sain* ou de saint* et de foin*. Les vertus bénéfiques de cette plante pour nourrir le bétail justifient aussi bien une formation avec sain (FEW t. 3, p. 456b) qu'avec saint (cf. sainbois étymol. et m. fr. sainte herbe « verveine » trad. du lat. sacra herba, v. FEW t. 11, p. 151b ; l'all. heiliges Heu pourrait être la confirmation de l'appellation saint foin ou un simple calque de cette graph.). La graph. sain pourrait être due à une fausse interprétation du lat. medica désignant la luzerne, avec laquelle le sainfoin est parfois confondu, et qui est empr. au gr. μ ε δ ι κ η ́ dér. en gr. du n. de la Médie (EWFS2; O. de Serres, loc. cit. prête une « vertu médicinale » au sainfoin bien qu'il indique l'origine de medica).

Le nom du genre Onobrychis vient du grec onos (âne) et brychein (braire), en référence à son ancien surnom de "herbe qui fait braire les ânes". Le nom d'espèce viciifolia signifie "à feuilles de vesce".


Lire également la définition des noms esparcette et sainfoin afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Onobrychis viciifolia - Esparcette à feuilles de vesce - Esparcette cultivée - Luzerne maigre - Sainfoin cultivé -

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Botanique :


Jean-Louis Moret, auteur d'un article intitulé "Esparcette ou sainfoin ?." (In : Bulletin du Cercle vaudois de botanique., vol. 35, 2006, p. 77-80) s'interroge :


Hervé Hoste et Vincent Niderkorn, auteurs de "Le sainfoin (Onobrychis viciifoliae) et la chicorée (Cichorium intybus) : deux modèles de plantes bioactives pour répondre aux défis agroécologiques en élevage de ruminants." (In : Fourrages, 2019, 238, pp. 171-180)


"Le sainfoin (Onobrychis viciifoliae) est une légumineuse (Fabaceae) rustique (cf. http://sainfoin.eu ; http://legumeplus.eu) adaptée aux sols basiques, calcaires. Comme la luzerne, le sainfoin est un fourrage appétant, de bonne valeur nutritive, notamment en termes de teneur en protéines, et permet de fixer l’azote atmosphérique, réduisant ainsi le besoin d’engrais azotés.

En revanche, par différence à la luzerne, le sainfoin a la particularité de contenir des tannins condensés (TC) (comme d’autres légumineuses : les lotiers corniculés et pédonculés (Lotus corniculatus et L. pedunculatus), le sulla (Hedysarum coronarium) et le sericea lespedeza (Lespedeza cuneata)). Les tannins sont une catégorie de métabolites secondaires, comme les alcaloïdes, les terpènes, les protéases, etc."

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Usages traditionnels :


Louis Hédin, dans une "Note d'Ethnobotanique appliquée. Critères botaniques de l'intensification agricole." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 15, n°9-11, Septembre-octobre-novembre 1968. pp. 357-368) rappelle l'usage traditionnel du sainfoin :


"Au cours des cinquante dernières années, dans une grande partie de la France, la Luzerne a remplacé le Sainfoin, bonne Légumineuse fourragère, mais de durabilité moindre et de productivité plus faible.

Dans la plaine de Caen où la culture du Sainfoin était traditionnelle il y a quelques années, on estimait que cette substitution était impossible. La technique du semis sur sol nu, l'utilisation de bactéries adéquates, a permis ce remplacement.

On reproche au Sainfoin son rendement faible en semences."

Stéphane Bellon, auteur d'un article intitulé "Mieux connaître la place des légumineuses fourragères. L'expérience méditerranéenne." (In : Fourrages vol. 135, 1993 pp. 289-310) rend compte de certaines pratiques relatives au sainfoin :


"En région méditerranéenne française, les surfaces occupées par des légumineuses fourragères sont limitées par rapport à l'ensemble du territoire disponible ou par comparaison avec d'autres régions. La luzerne domine, avec 25000 ha environ pour chacune des grandes régions Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA). Le sainfoin (très cultivé en France au début du siècle pour l'alimentation des chevaux de trait) est toujours présent, en particulier dans 2 départements de la région PACA (Alpes de Haute-Provence et Hautes-Alpes), pour une surface totale de l'ordre de 5 000 ha et une production de semences recensée proche de 400 quintaux par an (sources: SCEES, 1988). Mais l'extension des légumineuses est faible au regard des surfaces pastorales ou boisées.

[...]

Plus généralement, de rares analyses micro-régionales témoignent de la difficulté d'interprétation de données globales relatives à l'occupation du sol. Ainsi, dans le Briançonnais (DUMONT,1956), la "progression des prairies artificielles" pendant la première moitié du 20' siècle est nuancée par la présence de vieilles luzernières, en voie d'abandon. Ici, le recul du sainfoin n'est que "relatif', dans le contexte d'une "orientation fourragère hésitante accompagnée d'une telle extensification de cette production (recul de l'arrosage et de la fumure, abandon des luzernières des versants ...) qu'il en résulte une régression du cheptel et un remplacement de la vache par le petit bétail, ovin et caprin". Ces difficultés d'estimation des surfaces en légumineuses s'accentuent avec les semis d'annuelles (vesces) ou de mélanges (luzerne dactyle ...). L'évolution de ventes de semences renseigne cependant sur les pôles de demande en légumineuses soumises à la certification obligatoire. Ainsi, des agriculteurs des régions de Causses s'intéressent de plus en plus au sainfoin, pour l'élevage mais aussi d'autres usages: vente de foin et de semences dans une rotation céréales/légumineuses, intérêt mellifère..."

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Elena Fraccaro de 3Bee, autrice d'un article intitulé "Miel de Sainfoin : propriétés d'un miel rare et délicat" (3Bee, 16 juillet 2022) décrit la délicatesse du miel de sainfoin :


"[...] Le sainfoin ou Onobrychis viciifolia est une plante herbacée vivace à corolle rosée. On la trouve souvent dans les prairies et les alpages et elle fleurit de mai à août. La particularité de cette plante réside dans ses fleurs, regroupées en longues panicules, d'un rose très intense. On est fasciné par leur vue, un peu comme les abeilles par leur nectar et leur pollen, dont elles tirent un miel délicat de Sainfoin appartenant à la famille des miels rares et précieux.

La plus grande production de miel de sainfoin se trouve dans les Abruzzes, où il est plus facile de trouver ce miel très rare, de couleur claire, à l'odeur très légère et à la saveur tout aussi délicate, avec une légère note fruitée. Comme de nombreux autres miels, le miel de sainfoin possède également des propriétés importantes. Consommé régulièrement, il peut contribuer à soulager les affections hépatiques et à détoxifier le foie. Enfin, ce miel possède des propriétés sédatives, émollientes et antiseptiques.

Le miel de sainfoin est une rareté et un véritable symbole de la biodiversité. Plusieurs apiculteurs ont installé leurs abeilles et leurs ruches dans des zones où le sainfoin est présent. [...]

L'odeur du miel de sainfoin est délicate et florale, avec des notes de miel de fleurs sauvages et une note légèrement fruitée. La consistance est fluide et la couleur varie du doré au brun clair, en fonction de l'origine et de la période de récolte. Le saveur du miel de sainfoin se caractérise par un équilibre délicat entre douceur et légère acidité, avec une note légèrement herbacée. En raison de sa finesse, ce miel se marie avec la plupart des aliments, des fraises aux fromages frais en passant par les poissons et les viandes blanches. En outre, le miel de sainfoin est également apprécié pour ses bienfaits sur la santé, en raison de la présence de substances antioxydantes et antibactériennes qui peuvent aider à prévenir les maladies cardiovasculaires et à renforcer le système immunitaire."

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Symbolisme :


Signe de l'importance de cette plante cultivée en France depuis le XVe siècle, les révolutionnaires de 1789 lui ont accordé une journée dans leur calendrier : le 12e jour de floréal, autrement dit début mai.

Madame Goyet, autrice d'un ouvrage intitulé Le bouquet du sentiment, ou, Allégorie des plantes et des couleurs. (Chez F.B. Goyet, 1816) présente ainsi le message du sainfoin :


SAINFOIN d'Espagne. - Choisissez vos amis.

Ce beau sainfoin fleurit en juin et juillet ; il est cultivé avec grand soin par les jardiniers fleuristes, pour l'ornement des jardins ; c'est un des meilleurs fourrages, mais à qui le voisinage des mauvaises herbes est contraire.

Katharina Kempf, autrice d'un article intitulé "Esparcette : belle mais exigeante" (In : Revue UFA n°7-8, 2025) souligne l'aspect emblématique de cette plante :


"Il y a environ 250 ans, le naturaliste suisse Albrecht von Haller se déclarait émerveillé, dans une lettre, devant des collines pourpres couvertes d'esparcette. Cette légumineuse à fleurs rose foncé (Onobrychis viciifolia) est rapidement devenue le symbole d'une nouvelle ère : pour la première fois, des plantes fourragères étaient utilisées de manière ciblée pour améliorer les sols et nourrir les animaux.

[...]

Une plante de niche à fort potentiel : L'esparcette revient également sur le devant de la scène dans le contexte du dérèglement climatique : elle réduit les pertes d'azote par l'urine, diminue les émissions de méthane et permet une utilisation plus efficiente des nutriments. Ce bénéfice s'explique par le fait qu'avec cette plante, l'azote n'est plus excrété sous une forme volatile, mais sous une forme plus stable dans les fèces, ce qui est favorable à l'environnement et aux sols. Par ailleurs, lors d'essais in vitro, la production de méthane a pu être considérablement réduite dans les ensilages mixtes contenant de l'esparcette. Cependant, l'ampleur de cette diminution dépend de la variété et du moment de la coupe. Or, pour obtenir des résultats fiables sur ces effets, une analyse différenciée des tanins est indispensable, qui s'avère onéreuse. Concrètement, il est donc difficile de se prononcer sur l'intensité de l'effet souhaité.

L'esparcette est un exemple emblématique d'une plante cultivée tombée dans l'oubli, qui conjugue qualités anciennes et opportunités nouvelles. Elle allie qualité nutritive et bénéfices pour l'environnement. Elle est toutefois très exigeante quant aux caractéristiques que doit présenter un site, la conduite de la culture et la disponibilité des semences. Cependant, lorsque ces exigences sont respectées, elle devient une légumineuse polyvalente et résiliente face aux aléas climatiques. Si l'esparcette n'est pas (encore) adaptée à la culture de masse, elle est précieuse dans certains systèmes, en particulier dans l'agriculture biologique."

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Dans un article intitulé "Origines du miel blanc du Kirghizistan : histoire et tradition apicole" (sur le site Sainbiose, 2020) on apprend la rareté et l'importance symbolique de ce miel de sainfoin :


"Les origines du miel blanc du Kirghizistan sont intimement liées aux montagnes d’At-Bashy, dans la région de Naryn, à plus de 2 000 m d’altitude. Ce miel rare, également appelé miel de sainfoin, doit ses qualités exceptionnelles à un environnement vierge de toute pollution industrielle et à des pratiques apicoles transmises de génération en génération.

En 2020, la production totale de miel au Kirghizistan était estimée à 4 000 tonnes. Le miel blanc représente moins de 10 % de cette production, ce qui souligne sa rareté.

[...]

La flore alpine est dominée par le sainfoin (Onobrychis viciifolia), plante mellifère qui attire les abeilles jusqu’à dix fois plus que les autres espèces environnantes. C’est cette plante qui donne au miel blanc sa couleur nacrée et son goût floral caractéristique.

[...]

Le miel blanc dans la culture kirghize : Au-delà de ses vertus nutritionnelles, le miel blanc joue un rôle central dans la tradition kirghize. Il est offert lors des cérémonies et fêtes traditionnelles comme symbole de pureté, de santé et d’abondance.

Plus de 15 000 familles dépendaient de l’apiculture au Kirghizistan en 2021, et la vente de miel blanc représentait environ 25 % des revenus des apiculteurs de la région de Naryn."

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Littérature :


Hermann H . Wetzel, auteur de "Rimbaud au binocle du traducteur-commentateur" (1990, Université de Regensburg, pp. 107-114) s'intéresse à la polysémie poétique du mot sainfoin :


 "Passons maintenant au cas où la désambiguïsation obligatoire pour le traducteur est plutôt gênante puisqu'elle fait perdre un (double) sens possible. Rimbaud utilise dans Après le Déluge le mot sainfoin dans un contexte où il se moque de l'attitude du lièvre :


Aussitôt après que l'idée du Déluge se fut rassise,

Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l'arc-en-ciel à travers la toile de l'araignée.


Si l'on traduit sainfoin par Esparsette, le terme apparaît, en allemand, trop tiré du lexique agronomique au sein d'une description plutôt gentille, voire mièvre. En considérant l'intertexte biblique et l'isotopie religieuse à laquelle ne se rattache pas seulement prière, mais aussi la clochette comme diminutif de cloche, on voit renforcé en français l'intention blasphématoire par l'homonymie entre foin sain et foin saint ; confusion d'ailleurs attestée quant au mot sainfoin par des graphies qui insèrent un c et un t après le n et qui sont dues à l'étymologie populaire. Cette teinte irrévérencieuse du texte français me semble se relever plus facilement à l'étranger qui d'abord ne connaît pas la signification exacte du mot et qui, de ce fait, médite d'abord sur le signifiant et ses sens possibles en fonction du contexte avant de se pencher sur le dictionnaire."

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