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Le Paille-en-queue




Étymologie :


  • PAILLE-EN-CUL, PAILLE-EN-QUEUE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1708 paille-en-queüe (Leguat, Voyages... en deux isles desertes des Indes orientales, t. 1, Amsterdam, J. L. de Lorme, p. 13) ; 1762 paille-en-cu (Ac.). Comp. de paille*, de en* et de cul*, queue*, cet oiseau étant doté d'un long double penne semblant une longue paille implantée dans sa queue (cf. Buffon ds Littré).


Lire également la définition du nom paille-en-queue afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Phaethon ; Fétu-en-cul ;

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Paille-en-queue ; Paille-en-cul ; Phaéton : Cet oiseau des Tropiques, qui doit son nom de paille-en-queue aux deux plumes qui prolongent sa queue, prévient, par son cri, des coups de vent, d'où le dicton martiniquais :


Zozo paillen qui crié là-haut

Coud'vent vini bientôt

Pou casser bateaux.

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Dominique Meens, auteur d'Ornithologie du voyageur (Éditions Allia, 1995) évoque le paille-en-queue :


Or, il est deux oiseaux remarquables.

Le phaéton et le pétrel damier font preuve d'une élasticité singulière, s'une souplesse quelque peu inquiétante ; au ras des flots ou posés sur la vague, ils semblent suspendus ; se déplaçant, ils glissent plutôt qu'ils ne volent ; bondissant d'abord d'une aile précipitée, ils flottent ensuite avec lenteur ; tantôt ils se figent dans leur gestes : couleurs et volumes s'accusent ; tantôt tout s'accélère, les teintes s'estompent ou débordent sur les contours : fantômes.

Parmi tant d'autres, deus oiseaux qui auraient eu plus que leur part ? Oui, plus « oiseaux » que tant d'autres d'avoir laissé à terre la volaille qui les alourdissait.

Le phaéton est dit aussi Paille-en-queue. Ces longues faucilles qui le nomment ne lui viennent-elles pas en droite ligne du coq ? Quant au pétrel damier, d'autres auront décidé pour nous, qui l'appellent pintado.

Que le phaéton soit l'esprit du coq ; que la pintade ait pour âme le pétrel ; que l'on doive rechercher le souffle du dindon parmi les cormorans, si discret dans ce cas, à peine audible : Nous avons vu ces animaux se mêler et marcher ensemble comme un troupeau domestique, ou comme des volailles dans une basse-cour, sans jamais essayer de se faire du mal. (Cook, cité par Buffon) ; que les uns soient aux autres ce que la divinité est aux idoles ; méditation de qui dérive sans crainte, découverte de l'égaré.

Sur la route de l'air, les hommes, d'un seul bond, ont franchi l'air des oiseaux, croyant le pénétrer. A vouloir entraîner plus que leurs souffles vers l'oiseau-monde, ils s'éloignent indéfiniment.

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Selon Christine Pérez, autrice de Cultures méditerranéennes anciennes, cultures du triangle polynésien d'avant la découverte missionnaire : les formes & les pratiques du pouvoir. (Editions Publibook, 2007) :


[...]

La couleur rouge, dans toutes ces cérémonies, est un des principaux marqueurs de la fonction royale et malheur à qui oserait se l'approprier.

Il est vrai, qu'en ce qui concerne le plumage des oiseaux, c'est une « denrée » rare : seul le paille-en-queue (Phaéton) possède quelques longues plumes rouges, c'est l'oiseau royal par excellence, interdit de chasse pour la rareté de ses plumes 'ura réservées à l'ari'i.

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Mythologie :


Dans "Le domaine de l’irrationnel pour la compréhension d’un territoire : des sept fonctions de l’oiseau dans les traditions orales polynésiennes, aux forces qui travaillent notre société."(Journée des langues et des cultures Polynésiennes, “Ma terre, ma mer, mon ciel : l’environnement de demain”, Février 2018, Punaauia, Polynésie française) de Anthony Tchékémian, on repère une de ces 7 fonctions qui est en lien avec le phaéton :


Pour commencer nous allons nous intéresser aux traditions orales polynésiennes, afin de mettre en évidence sept fonctions différentes de l’oiseau :

[...]

- l’oiseau apprivoisé : par exemple, à Tongatapu (aux îles Tonga), lorsque le phaéton apprivoisé d’un souverain de la dynastie tongienne des Tu‘i Ha‘atakalaua ne revient pas de sa pêche un soir, le souverain affligé fait appel à un devin pour savoir si son oiseau adoré va revenir. En fait il est allé pêcher à Samoa, et son retour après quelques jours donne lieu à de grandes effusions de tendresse ;

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Contes et légendes :


Sur le site de La Réunion, on peut lire le texte suivant :


Selon la légende, le paille-en-queue serait une sirène tombée amoureuse d’un triton… Les deux amants furent métamorphosés par un mauvais génie en oiseaux : on raconte qu’ils survolent les océans à la recherche de leur royaume sous-marin perdu. De leur ancienne vie, subsisteraient les plumes allongées de leur queue, renvoyant à celles des sirènes !

 


Littérature :


J.M.G. Le Clézio dans son roman qui mêle autobiographie et biographie du grand-père, intitulé Le Chercheur d'or (Éditions Gallimard, 1985) met en vedette le paille-en-queue :


Les paille-en-queue sont « les esprits des marins morts en mer ».

 

Dans Sirandanes (Éditions Seghers, 1990) J.MG. Le Clézio et sa femme Jemia Le Clézio rendent hommage à la langue créole :


Tous les peuples ont leurs devinettes. Mais il en est un qui a su pousser cet art jusqu'à la perfection, jusqu'à la poésie même : c'est le peuple mauricien. [...]

Paille-en-queue : c'est le phaeton aethereus, l'oiseau mythique, presque magique par sa beauté, volant au-dessus des falaises sombres de la rivière Noire, avec derrière lui sa longue queue de lumière, comète qui traverse l'immensité de l'horizon de la mer.

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