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  • Anne

Le Cobra des mers




Étymologie :

  • PLATURE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. Platier 1. 1470 «terrain plat» (Comptes de la ville de Doullens pour l'année 1470, p.p. B. H. J. Weerenbeck, Paris, 1932, p.42) ; actuellement dial. (Loire maritime ds FEW t. 9, p. 49b) ; 2. 1969 mar. (N. Théobald, A. Gama, loc. cit.) ; cf. 1970 (George qui le donne synon. de platin). B. Platin 1. 1611 mar. « haut fond, banc de sable dont la surface affleure à marée basse » (Cotgr.) ; 2. 1691 platain « côte plate de mer » (Ozanam) ; 1903 platin (Nouv. Lar. ill.). Dér. de plat1*; A suff. -ier*, B suff. -in*.


Autres noms : Laticauda ; Plature ; Tricot rayé.




Zoologie :


Pierre AUBRY dans un article intitulé "Envenimation par les animaux marins" (Médecine Tropicale, 1998, vol. 58, p. 131-134) nous révèle la toxicité du tricot rayé :


Les serpents marins ou hydrophydés appartiennent à la famille des élapidés. Ils vivent dans l'océan Indo-Pacifique, sur les côtes d'Australie, d'Afrique de l'est et d'Asie du sud-est ainsi que sur celles de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie. Ils sont hautement venimeux. Ce sont pour la plupart des espèces pacifiques qui évitent l’homme et sont rarement à l’origine d’envenimation. Quelques espèces sont par contre agressives et peuvent attaquer les plongeurs (Enhydrina schistosa). Le venin des serpents marins est le plus toxique que l’on connaisse, 20 fois plus que celui des cobras. Le serpent de mer des mangroves (Enhydrina schistosa) se rencontre dans le golfe Persique et l'océan Indo-Pacifique. Le cobra de mer (Laticauda colubrina) est facilement reconnaissable : corps blanc avec 30 à 50 anneaux noirs, tête jaunâtre, queue aplatie. Les serpents de mer causent un syndrome cobraïque avec neurotoxicité prédominante.

Les signes locaux sont frustres (lésions punctiformes, débris de crochets). Les signes d'envenimation surviennent 30 à 60 mn après la morsure associant : myalgies, raideur des membres et cervicale, trismus et des signes de curarisation. La paralysie des muscles squelettiques se poursuit de façon ascendante à partir de la zone mordue. Le décès peut survenir par hyperkaliémie, insuffisance rénale et arrêt respiratoire par lyse des muscles respiratoires.

Le traitement sur place consiste en une compression modérée du membre en amont par bande élastique. A l’hôpital, le traitement est symptomatique et étiologique : antivenin si à disposition (CSL Sea Snike antivenom réalisé en Australie à partir du venin d'Enhydrina achistosa, avec risque de choc anaphylactique).

D'après Sylvain Petek auteur de "Substances naturelles: des trésors cachés." (in : Payri Claude (ed.), Moatti Jean-Paul (pref.). Nouvelle-Calédonie : archipel de corail. Marseille (FRA), Nouméa : IRD, Solaris, 2018, pp. 205-210) :


Les très emblématiques « tricots rayés », Laticauda colubrina et Laticauda laticaudata, de la même famille que les cobras ou les mambas (Elapidae) produisent un venin particulièrement puissant dont le polypeptide erabutoxin b, l’un de ses principaux composants, a été étudié pour ses propriétés sur le système neurologique.

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Même si Charles Illouz identifie le plature avec un serpent du genre Laticauda, il existe un autre serpent marin nommé Pelinis Platurus dont nous pouvons avoir quelque idée à travers la description proposée par Ivan Ineich (




Mythologie :


Charles Illouz, dans un article intitulé "Les fils du Lézard : trilogie matrimoniale en Mélanésie" (paru In : École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 97, 1988-1989. 1988. pp. 494-500) fait un lien entre le plature et le divorce :


[...] Cette observation permet de jeter un éclairage sur l'institution des hnakasese ou ace-re-osoten aujourd'hui si mystérieuse pour les maréens eux-mêmes. Les clans qui, deux à deux, sont dits hnakasese, entretiennent certaines relations réciproques excluant l'échange matrimonial. Les mythes se rapportant à l'inauguration de cette relation développent tous le thème de la pêche. Cette pêche débouchant systématiquement sur l'acquisition de platures est rejetée parce que impropre à la consommation et justifie la séparation de ceux qui s'apprêtaient à la partager. Hnakasese, étymologiquement « (ceux qui) ont mangé ensemble », ne partagent désormais plus de chair, ia, puisque leur est parvenue celle du plature intrinsèquement répulsive. La traduction prosaïque de cet arrêt du partage des chairs marines n'est autre que l'arrêt porté à la poursuite de l'échange matrimonial. L'institution des hnakasese n'est donc autre que celle du divorce dont la valeur institutionnelle permet la préservation et la pérennité d'une alliance au-delà de l'échange matrimonial. Tout porte à croire que, sur le plan empirique, ce divorce trouve sa source dans une excessive communication des noms de personne entre les clans s'intermariant. Le passage de noms entre les lignées échangistes constituant une manifestation de l'alliance avérée, une tendance à l'indifférenciation onomastique pouvait être redoutée et la nécessité d'en interrompre l'aggravation se faisait sentir davantage avec la répétition des échanges.

Là encore la terminologie de la parenté renforce le point de vue. L'expression ace-re-celvaien, « frères », s'applique indifféremment aux frères et aux cousins (comme aux sœurs et aux cousines entre elles) en lignée paternelle ou maternelle ; à ce titre les clans s'intermariant sont dits ace-re-celvaien. Tout comme le terme ace-re-isingeian inclut ia, « chair », pour les frères et sœurs entre eux, ace-re-celvaien inclut ie, radical de ielen, « nom ». Si donc il y a du ia, « chair », entre frère et sœur et du ie, « nom », entre frères ou entre sœurs, c'est que la chair est mixte et que le nom ne l'est pas. On comprend aussi pourquoi l'échange de chairs donné sur le mode mythique de la pêche mène à une communication des noms si l'on relève que « poisson » se dit waie, terme construit sur le préfixe emphatique wa- et sur le radical de « nom », ie. Ainsi le plature, serpent de mer fréquentant les rivages émergés à marée basse et occurrence mythique signalant l'inadéquation matrimoniale, n'est-il pas classé comme poisson puisque sa chair, ia, constitue une menace pour le nom, ie.

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Selon Charles Illouz, auteur d'un "Hommage à Marie-Joseph Dubois. Petite énigme d'ethnobotanique, Maré (îles Loyauté)." (In : Journal de la Société des océanistes, 110, 2000-1. pp. 97-11) :


De même, dans l'espace taxinomique de la faune aquatique, à la limite incertaine de la mer et de la berge où fluctuent les marées, le plature (Laticauda) occupe une zone indifférenciée où la pêche devient dangereuse. En effet, bien que rare, la morsure du plature peut entraîner la mort. Dans la frange peu marquée du rivage, le « guetteur de chair à la ligne de traîne » obstiné peut se voir sanctionné par le venin du plature. Ce serpent marin, on va le voir, constitue la figure hautement redoutée et vénérée des hnakasese ou acere-soten dont nous parlerons plus loin.

Tout comme dans la zone d'élection immergée-émergée du plature venimeux, la frontière ambiguë des terres en friches et cultivées est marquée d'un principe de toxicité qui alerte sur le risque d'une opposition sommaire nature/culture. C'est même à ce prix, faut-il croire, que l'homme sait encore se tourner vers la nature lorsque la culture ne répond plus à sa subsistance.


Note :

Le terme yaac qui est appliqué à Waro, littéralement « chair-chose », désigne une entité appartenant au monde des esprits uianet, littéralement « esprit-chair-mort » (u-ia-net) et des vivants, comme le montre un équivalent moins usité, ngomeac, littéralement « homme-chose » (ngome-ac). Le yaac constitue un ancêtre tutélaire que le groupe ne semble pas revendiquer au nom d'un lien mythico-généalogique mais plutôt territorial ; on connaît son lieu de résidence — une grotte, un rivage, les abords d'une falaise, une dépression, etc. — , ses espaces d'errance — la savane, la forêt, des chemins particuliers — , et l'on n'ignore pas sa faculté d'ubiquité. Mais le caractère propre du yaac réside dans sa capacité d'incarnation — « chair-chose » : il apparaît suivant les cas, et pour servir les projets du groupe, sous la forme d'un homme d'un animal ou d'une plante, le plus souvent d'un serpent, d'un lézard ou d'un plature, parfois sous celle d'un oiseau ou d'un poisson. La traduction « divinité » couvre donc très imparfaitement la notion de yaac.

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