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  • Anne

Le Bec-Croisé






Zoologie :


Description de l'oiseau proposée par le naturaliste Daniel Daske dans un article intitulé "Oiseau vagabond des forêts vosgiennes, le bec croisé des sapins" :


[...] Si la chance lui sourit, il rencontrera un jour le plus mystérieux et le plus extraordinaire de nos oiseaux montagnards, le bec croisé des sapins.

8 avril 1974. Les vieilles pierres de grès rose du Petit Hohnack réverbèrent une bonne chaleur. Les lézards de muraille ont quitté l’ombre pour se chauffer au soleil. Le long du fossé d’enceinte se dressent des pins aux fûts rouges. Des craquements secs proviennent de la ramure : les écailles des cônes murs s’ouvrent et libèrent les graines. Le rouge-gorge et l’accenteur mouchet chantent dans le taillis. L’arrivée soudaine d’un oiseau verdâtre sur la branche d’un pin nous met en éveil. Peu farouche, il nous laisse approcher à quelques mètres tout en égrenant des cris traduisibles par « kipkip-kip ». Les mandibules de l’énorme bec se chevauchent. Aucun doute ne subsiste, il s’agit bel et bien d’un bec croisé femelle ! Deux jours plus tard, nous guettons exactement au même endroit. Fidèle au rendez-vous, le bec croisé revient dans le même pin accompagné cette fois par un mâle en livrée rouge. Ce dernier prend la pause dans l’arbre, tandis que sa compagne s’aventure dans une brèche de muraille en ruine. Elle réapparaît au bout de quelques minutes seulement et tous deux s’envolent vers la futaie. Cette brève disparition de la femelle m’a intrigué. Qu’avait-elle pu faire dans cette portion de mur à demi éboulé ?

P. Géroudet livre la réponse : « il détache et avale des particules de mortier ; sans doute recherche-til ainsi du salpêtre et d’autres sels nécessaires à sa digestion ». Mais revenons à ce bec étrange avec l’anecdote suivante : tandis qu’elle cheminait dans la forêt pyrénéenne, une amie de la montagne trouva un jeune tombé du nid. Pensant qu’il s’était tordu le bec pendant la chute, elle chercha en vain à remettre les mandibules en place. Longtemps après, elle compris qu’il s’agissait d’un jeune bec croisé des sapins… Conçu pour l’extraction des graines, cet outil remarquable permet à l’oiseau de vivre dans un milieu spécifique : la forêt de conifères. Il dépend de leur fructification et cela explique son caractère erratique et vagabond. Impossible de dire : vous trouverez le bec croisé dans tel endroit des Vosges. Ils vont de-ci, de-là, guidés par l’abondance des cônes. Une certitude cependant : ils nichent dans le massif vosgien, c’était le cas probablement pour notre couple du Petit Hohnack. En parlant de nidification, nous nous attachons à un autre caractère étonnant du bec croisé. Avril représente une date tardive pour les nichées hivernales, janvier, février, voire décembre ne sont pas rares ! En raison des basses températures, la femelle couve les œufs, dès que le premier est pondu, et les jeunes sont nourris d’une bouillie de graines régurgitée par les adultes. Les troupes de becs croisés marquent une nette prédilection pour les fruits d’épicéas. D’autres essences sont mises à contribution. En 1973, un groupe d’affairait dans un grand pin sylvestre au Blochmont, dans le Jura Alsacien. Les petits cônes pleuvaient dru. Agrippés aux branches, les becs croisés prenaient des poses de perroquets…


Quelques caractéristiques : taille : 16 cm, envergure : 29 cm, poids : entre 30 et 40 grammes. Habitat en France : Pyrénées, Alpes, Massif Central, Jura, Vosges.


Dessin : Bec croisé des sapins, C. Daske, 1991.

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Symbolisme :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Ce passereau, disent les Allemands, doit sa couleur rouge et la forme de son bec, dont les deux parties inférieures et supérieures se croisent à la façon de lames de ciseaux, au rôle qu'il joua lors de la crucifixion : ayant tenté d'extraire les clous qui meurtrissaient le Christ, son bec s'en trouva déformé et ses plumes, grises à sa création, furent taché&es de sang.

Non seulement un bec-croisé en cage protège une maison de la foudre et d'un incendie - "la teinte rouge de son plumage servant à écarter la foudre rouge, et à étouffer dans l’œuf le rouge incendie" - mais il attire également à lui les maladies, en particulier les fièvres et les hémorragies. Ces propriétés sont à rapprocher aussi de la teinte de ses plumes car comme l'écrit l'ethnologue James George Frazer à propos des us de Bavière, de Saxe et de Bohême : "Dans une maisonnette de paysan, on peut souvent voir l'oiseau rouge, dans sa cage suspendue à côté du lit d'un malade, attirant sur lui la rougeur maladive qui empourpre les joues du malade fiévreux et agité." En Allemagne toujours, appliquer la dépouille desséchée d'un bec-croisé sur une blessure empêche aussitôt le sang de couler.

Pour les Anglo-Saxons, le bec-croisé, par sa seule présence, guérit la goutte et les rhumatismes.

Certains "observateurs médicaux" ont remarqué, souligne encore Frazer, "que lorsque la partie supérieure du bec croise la partie inférieure à droite, c'est qu'il attire les maladies d'hommes ; si au contraire la partie supérieure croise la partie inférieure à gauche, c'est qu'il attire les maladies des femmes".

Si le premier oiseau rencontré par une jeune fille le jour de la Saint- Valentin est un bec-croisé, elle épousera un homme raisonnable.

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Contes et légendes :


Sur le site https://onepiece.fandom.com/fr/wiki/Isuka on trouve cette mention :


Isuka (イ ス カ) est le nom japonais du Bec-croisé des sapins, correspondant au thème d'Oda de donner des noms d'oiseaux aux personnages féminins. Selon une légende médiévale, le bec-croisé des sapins a eu son bec tordu en tentant d’arracher les clous de Jésus-Christ sur la croix pour le libérer, ce qui l’a taché de sang pour toujours, signe de bénédiction et de reconnaissance de ses efforts par Jésus. Cela correspond à Isuka, une Marine vertueuse avec l’épithète de "Cloutière".

Le site de la France pittoresque fait référence à un épisode étonnant survenu au XVIIIe siècle :


Publiée anonymement, l’Histoire admirable et prodigieuse rapporte qu’en 1618 eut lieu une invasion d’oiseaux ravageant poiriers et pommiers de Normandie, et considérés comme l’expression de l’ire divine.

Les oiseaux au bec crochu qui en 1618 déchiquetaient les fruits pour se nourrir de leurs pépins et dont les formes les faisaient assimiler à des papegais, étaient des Becs-croisés des pins, Loxia curvirostra, oiseau de petite taille, un tiers plus gros seulement que le moineau...

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