La Triquetra

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Autres noms : Nœud d'amour irlandais - Nœud de la trinité - Nœud de trèfle -
Symbolisme :
Celestino Cavedoni, auteur d' "Observations sur les anciennes monnaies de la Lycie." (In : Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France. Première série, Sujets divers d'érudition. Tome 2, 1852. pp. 46-85) étudie le symbolisme de la triquetra qu'il semble confondre avec celui de la triskèle :
"Il s'agit maintenant de rendre compte des types des monnaies lyciennes, et d'abord de ceux qui furent communs à toutes ou à presque toutes les villes de cette nation. Celui qui s'offre en premier lieu à notre attention est celui de la triquetra ou du triskèle, attendu que c'est celui qui fut propre aux monnaies les plus ancien neLyant des légendes nationales en caractères lyciens. Celui qui voudrait considérer la triquetra lyrisme comme un symbole de promontoire, ainsi qu'on l'a fait pour la triquetra sicilienne, pourrait la rapporter aux trois principaux promontoires de la Lycie, c'est-à-dire à l'άκρα Τέλμισσίς, à l'άκρα Πατα prfk, et à ΙΊερά άκρα1. Mais les plus savants archéologues sont maintenant d'accord pour attribuer au sym-bole de la triquetra une signification plus générique et plus étendue, surtout depuis qu'on l'a observée, soit en totalité, soit en partie, placée, en guise d'enseigne, sur le bouclier de Minerve, sur plusieurs vases panathénaïques de Vulci, ainsi que sur beaucoup d'autres de diverses provenances. Eckhel, qui n'eut pas connaissance de ces monuments, fut conduit lui-même, par le seul examen des médailles, à conclure que, si l'on veut sur voir dans la triquetra un symbole de trois promontoires sur les monnaies de Sicile, il n'en saurait être ainsi des autres pays, tels que la Pamphylie et la Pisidie, où ce symbole peut et doit même avoir une autre signification. Or, il me semble qu'il y a de bonnes raisons pour rapporter la triskèle au mythe des Gorgones et de Persée, et peut-être encore à d'autres fables argiennes.

La triquetra même des médailles siciliennes semble avoir eu, dans l'origine, quelque rapport au mythe des Gorgones ; car les trois jambes humaine dont elle se compose ont parfois les talons ailés et, dans le centre où elles se réunissent, on voit quelquefois aussi le masque gorgonien ailé. Sur d'anciens monuments, Méduse a pareillement les talons ailés, et quelquefois on la voit tomber à terre, après que Persée lui a coupé la tête, avec le genou ployé d'une manière semblable à celle des trois jambes de la triquetra. Sur les deniers romains frappés en Sicile, au nom des consuls de l'an 705, Lentulus et Marcellus , la triquetra ayant une face de Gorgone paraît avoir les jambes et les pieds très-violemment tendus, comme indiquant une fuite rapide ou des douleurs spasmodiques. La même particularité semble indiquée aussi dans la triquetra des médailles de Syracuse des bons temps de l'art. Une triquetra semblable à celle de Sicile, avec la face de Gorgone au milieu, se voit grossièrement dessinée sur un monument punico-numidique dédié à Hamman ou Baal-Solaire, avec d'autres emblèmes relatifs à la végétation des plantes et à la fécondité des troupeaux. Gesenius rapporte ce monument au temps de Juba, et croit que la triquetra y est dérivée de celle de Sicile ; mais elle pourrait aussi se rapporter à la Gorgone considérée comme symbole du soleil ou du jour. Le mythe de Persée et des Gorgones est réputé d'origine assyrienne et phénicienne ; et, dans l'hypothèse que la triquetra se rattache à ce mythe, on aperçoit facilement par quelle raison ce symbole fut si répandu et si commun sur toute la côte méridionale de l'Asie Mineure, et s'étendit de la Lycie à toute la Cilicie.
Mais, outre l'influence des premiers habitants qui y vinrent de l'Asie centrale par la voie de terre ferme, et celle des colons phéniciens, il y a celle des colonies argiennes qui y fondèrent un si grand nombre de villes. La triquetra sur les monnaies des villes fondées dans cette contrée par des colonies argiennes a le plus souvent une forme différente, c'est-à-dire consistant en trois lunes en croissants, réunies dans le centre par l'une de leurs deux extrémités ; mais cependant on voit clairement que cette triquetra dite argienne avait, dans l'origine, une signification identique et analogue à celle de la triquetra consistant en trois jambes humaines. On en a la preuve par des médailles de Lalassis où se trouve la triquetra sous ses deux formes. La triquetra argyenne se voit aussi sur les monnaies de Thèbe et de Birythis de la Troade, où M. Millingen est d'avais que ce symbole a rapport aux trois dynasties des Cicliciens qui habitèrent ce pays ; mais je croirais plutôt qu'il a ici la même signification que sur les monnaies d'Argos. Les monnaies de Mégare offrent pareillement le type de la triquetra consistant en trois lunes en croissants, eet parfois en quatre ou cinq lune ; ce qui me parut autrefois un symbole de ports de mer en demi-lune ; mais maintenant les découvertes dont j'ai parlé me rendent cette opinion douteuse. Néanmoins, il y a quelque chose d'analogue dans le symbole oriental du monogramme de Gaza, qu'on voit parfois joint avec des poissons, en sorte qu'il semblerait se rapporter à des sujets maritimes.
Le bouclier macédonien a quelquefois pour emblème une doule triquetra argienne, qui semble faire allusion à l'origine argienne des Caranides.
Ces symboles purent, avec le temps, recevoir différentes significations, ainsi qu'il arriva à la triquetra sicilienne qui, par la suite, parait avoir avoir signifié les trois promontoires cette île, in triscelo positœ, comme il est permis de l'inférer aussi de la jambe humaine employée comme symbole de péninsule ou promontoire sur les médailles de Buthrotum de l'Épire.
La triquetra sicilienne, étant quelquefois accompagnée de trois beaux épis alternant avec les trois jambes, reçoit par là aussi une signification de prospérité, soit eu égard au nombre ternaire, soit qu'elle fût considérée comme un signe salutaire ou un amulette contre le fascinus."
Selon Alexis Pichard, auteur de « When you said sea hag, did you mean like old woman hag or evil magic hag ? » : Imbrication du conte de fées et du (post) féminisme dans Charmed." (In : TV/Series, 2017, no 12) :
"Cette valeur structurale du chiffre 3 est immédiatement repérable dans Charmed à travers le trio de sœurs sorcières porteuses du pouvoir des trois. Leur symbole, la triquetra, répond au principe trinitaire avec un entrelacs de trois cercles symbolisant, selon l’interprétation wiccan et New Age adoptée par la série, la déesse triple néopaganiste. On retrouve notamment ce symbole sur la couverture du Livre des Ombres qui vient ainsi marquer l’unité des sœurs : à elles trois, elles incarnent la déesse triple. Nous pouvons en dernier lieu mentionner la fin de la série évoquée plus haut et le fait que chaque sœur a trois enfants…"
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Marion Fauqueur, autrice d'un mémoire de master intitulé Le rôle des images dans la conversion au christianisme de l’Irlande et des îles Britanniques durant le haut Moyen Âge (Université de Montréal, 2023) montre comment le christianisme réinvestit des symboles qui lui préexistent :
"La Croix de Papil (figure 1) est une sculpture écossaise des Shetlands, généralement datée d’entre les VIIe et IXe siècles, dont l’intérêt se trouve dans la simplicité avec laquelle elle juxtapose une iconographie explicitement chrétienne avec des éléments qui, au premier abord, ne semblent pas chrétiens. Il s’agit d’une pierre rectangulaire à bout arrondi, abimé sur sa partie haute, et qui présente plusieurs panneaux de bas-reliefs sur sa face. Le haut se

compose d’une croix pattée à bouts arrondis, enfermée dans un cercle qui s’allonge vers le bas par un manche. Ses quatre bras sont définis et séparés par des motifs à entrelacs en forme d’amande, dont l’ajout semble nécessaire à la formation de la croix et de ses bras pattés comme si, finalement, la croix ne peut apparaitre qu’à travers le tracé du cercle et de la présence de ces motifs celtiques. Sous le cercle, aux extrémités gauche et droite, se trouvent également deux écoinçons qui comportent chacun un motif noué, une triquetra, symbole que l’on retrouve autant dans l’art germanique que dans l’art celtique (1) et dont l’affiliation au chiffre 3 a permis sa réutilisation comme symbole de la Trinité chrétienne.
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Finalement, malgré l’idée que les images aident principalement les illettrés, celles-ci apparaissent avoir autant d’importance chez les lettrés dans la pratique dévotionnelle. Il est possible que si les entrelacs pouvaient avoir autant d’influence sur un spectateur dans un manuscrit, ceuxci aient pu également en avoir sur un plus grand public lorsqu’utilisés sur des sculptures ou des peintures murales par exemple, et associés à d’autres types d’images figuratives. Leur fonction apotropaïque est d’ailleurs donnée : outre leur association à une dévotion chrétienne, leurs nœuds possédaient d’abord une fonction protectrice, notamment pour emprisonner les mauvais esprits ou les démons alors pris au piège par leur complexité (Kitzinger, 1993 ; Gell, 2009 : 104). La croix de Papil en possède entre les bras de la croix, les deux triquetras de part et d’autre de celle-ci et le petit motif à volutes entrelacés sur le bas de son manche, des motifs qui sont tous des formes de nœuds. D’ailleurs, on retrouve aussi l’utilisation d’entrelacs zoomorphiques à ces fins dans d’autres zones géographiques que l’Europe du Nord, à l’entrée de la grotte de la Nativité de Bethléem, ou encore à l’hypogée des Dunes de Poitiers (Kitzinger, 1993 : 6).
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Finalement, l’idée de « langage adaptatif » permet, dans un contexte de conversion religieuse, de trouver des zones communes de communication entre deux systèmes culturels, deux systèmes de pensée avec différentes compréhensions du monde. Visuellement, ce langage adaptatif pourrait s’exprimer à travers des images par la production et l’utilisation de formes figuratives ou abstraites locales, préexistantes à l’arrivée du christianisme chez les Celtes d’Irlande, les AngloSaxons ou les Pictes, et qui combinées à de nouveaux symboles chrétiens, pourrait permettre une assimilation et une compréhension plus fluide des nouveaux concepts introduits. Cela pouvait passer par la réutilisation d’anciens motifs affiliés à un mode de pensée pré-chrétien, comme la triquetra qui est devenu un symbole de la Trinité. Dans ces cas-ci, la continuité de la forme ne veut pas dire continuité du sens pour autant (Fromont, 2014 : 76). C’est ce qui permet à des traditions artistiques locales de se créer, tout en respectant la doctrine chrétienne. En Irlande et en GrandeBretagne, les motifs pouvaient prendre plusieurs sens ambigus, et ajouter des sens chrétiens pardessus n’a pas forcément annihilé les premiers, mais plutôt servi à modifier progressivement leur symbolisme dans les esprits, tout en conservant leur puissance et leur agentivité. L’ornement présent dans l’art germanique et celtique bien avant l’arrivée du christianisme, souvent formé d’entrelacs zoomorphes, possédait des propriétés agissantes. Cette portée agissante était également utilisée dans l’art chrétien (avec les icônes notamment) et cela explique probablement la vitesse et la facilité avec lesquelles les populations insulaires ont assimilé et se sont approprié cet art méditerranéen (Kitzinger, 1980 : 160). Ici, les formes visuelles ont un terrain commun préexistant qui permet une adaptation rapide, montrant l’importance de la familiarité pour les populations locales qui acceptent bien plus facilement de se convertir et de créer de nouvelles traditions artistiques. Pour cette raison, les images et les symboles ont joué un rôle fondamental dans la communication de cette vision religieuse. À la rencontre de ces deux cultures, se comprendre l’une et l’autre n’était pas seulement une question de comprendre ce que l’autre disait, mais aussi en comprendre le sens.
Note : 1) L’« art » anglo-saxon se caractérise principalement par des objets métalliques avec une ornementation géométrique et zoomorphique, assez colorée. On différencie cet art animalier en deux styles (définis par Bernhard Salin), le « salin I » utilisé jusqu’au VIe siècle, puis le « salin II » qui présente un style zoomorphe avec plus d’entrelacs de ruban. L’« art » celtique irlandais se composait plutôt de motifs curvilignes, et utilisait aussi bien la sculpture que la métallurgie. La rencontre des deux a donné ce qu'on appelle communément « l’art hiberno-saxon », un mélange d’entrelacs et de motifs animaliers qui se sont vus adopter une tradition méditerranéenne après l’arrivée des missionnaires, avec l'utilisation de figures humaines.
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Symbolisme celte :
Daisy et Julie Bodin, autrices de Rituels d'éveil de la femme sacrée (© Éditions Eyrolles, 2021) proposent des rituels spécifiques qui nécessitent la compréhension de différents symboles :
"SYMBOLOGIE & RITUELS Les symboles sont, depuis des temps anciens, source de pouvoir, de vénération et également d’identification à l’univers et au monde qui nous entourent. Géométrie sacrée et symboles sacrés sont reliés à l’histoire du monde, à la religion et au mystère.
LA TRIQUETRA OU NŒUD DE LA TRINITÉ : Ce symbole celtique est dans l’histoire du paganisme un symbole des trois archétypes féminins : la mère, la vieille femme et la jeune fille. Il s’allie parfaitement avec le symbole de la Triple Lune, la Triple Déesse.
Selon les Celtes, toute création du monde se réalise par nombre de trois : trois phases lunaires, trois phases solaires, trois éléments (l’air, l’eau et la terre), trois étapes de vie…
La triquetra serait alors le symbole de l’unité, du pouvoir et de l’amour éternel. Elle se nomme aussi « nœud d’amour irlandais »."
Mariem Bouraoui, autrice d'un article intitulé "La Femme et le sacré entre signes et symboles de dualité" (In : Les Femmes et le sacré, 3e colloque en hommage à Maya Jribi, Université de Kairouan, janvier 2022) note l'usage toujours vivant de ce symbole en publicité :
"Cultures et Graphismes sacrés. Au fil des temps, toutes les civilisations ont développé leurs symboles sacrés pour communiquer entre eux ou avec le monde invisible, qui les entoure, ou encore pour accompagner leurs rituels religieux ou autres.
Il peut être surprenant de constater que de nombreux symboles se retrouvent au sein de cultures issues d’époques différentes, et n’ayant donc jamais eu aucun contact entre elles. Si certaines ressemblances peuvent facilement s’expliquer pour les signes représentant des éléments réels – comme la Lune, le Soleil, les plantes… il est tout aussi surprenant de constater que beaucoup de concepts abstraits coexistent aussi quasiment à l’identique dans plusieurs civilisations avec, très souvent, des sens équivalents.
A cet effet, nous remarquons dans ces différents symboles qui représentent la femme sacralisée dans les différentes cultures telles que la culture berbère où la femme est indiquée à travers le losange, la culture celtes où elle est traduite à travers la spirale, le triangle et le cercle entremêlés et nommé la « Triquetra », ou encore la culture carthaginoise par le cercle et le triangle qui illustrent la déesse « Tanit », ou la culture égyptienne par la croix gammée nommée « Ânkh ».
Toutes ces formes issues de différentes cultures se résument finalement à travers le triangle (ascension divine) et le cercle (univers sacré).
Plus encore, si ces formes, à la base géométriques, ont toujours été des moyens de communication symboliques réservés aux divinités et aux sacrés ; ils restent, tout même, encore d’actualité, dans le domaine de la communication visuelle, et notamment aux niveaux des identités graphiques à usage commercial ou autres, [...]
La triquetra : Symbole de la trinité celtique, ce nœud est considéré par ceux qui croient au paganisme comme un symbole de la Mère, de la vieille femme et de la jeune fille. Mais aussi celui de la terre, de l’eau et de l’air."
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