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  • Anne

La Ramberge




Étymologie :

  • MERCURIALE, subst. fém.

Étymol. et Hist. xiiie s. (Traité de médecine ds Romania t. 32, 1903, p. 84). Empr. au lat. mercurialis (herba) «herbe de Mercure».

  • RAMBERGE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1548 rubergue (Corresp. pol. d'O. de Selve, éd. Lefèvre Pontalis, p. 364 ds Barb. Infl., Tract 7, p. 22) ; 1549 roberge (Lettre de Henri II in Doc. hist. III, 599 ds Kemna 1901, p. 168) ; 1550 ramberge (Oraison du Chancelier de France, 7 oct., Registres du Parlement de Rouen, t. 2, p. 39 ds Jal). Empr., avec altér. et nasalisation (peut-être à cause de graph. interprétéesran- pour rau-) à l'angl. row-barge (ca 1513 ds NED) comp. de to row « ramer » et de barge empr. lui-même au fr. barge* (FEW t. 18, p. 107a).


Lire également la définition des noms mercuriale et ramberge afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Mercurialis annua ; Cagarella ; Caquenlit ; Chimou ; Chiole ; Chou de chien ; Fanousse ; Foirolle ; Herbe foireuse ; Lamberge ; Mercuriale annuelle ; Mercuriale de montagne ; Mercuriale sauvage ; Ortie bâtarde ; Ortie morte ; Rimberge ; Vignette ;

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Botanique :

Description de la plante selon Sylvie Serve :

La mercuriale annuelle.

 





















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Propriétés thérapeutiques :


Selon Benoît-Édouard Dutoit, auteur d'une thèse intitulée Histoire naturelle, médicale et pharmaceutique, de la famille des euphorbiacées. (Rignoux, imprimeur de la faculté de médecine de Paris, 1848) :


Mercurialis annua. Cette plante, désignée quelquefois sous le nom de foirolle, est extrêmement commune dans les jardins et endroits cultivés ; elle fleurit en juin ; son odeur est désagréable ; comme vireuse, sa saveur légèrement amère et salée. De tout temps, on l'a employée en médecine comme laxative. Hippocrate la faisait appliquer en cataplasme sur les parties génitales, pour provoquer la sortie de l'arrière-faix. Gouan faisait manger aux enfants qui avaient des vers une soupe préparée avec cette plante (Hort . monsp. , p . 377) ; " les paysans des environs de Ferrare emploient le même moyen pour se purger (Murray, App. méd., t. 4, p. 223 ) ; la cuisson enlève à cette plante son principe actif et la rend insipide ; aussi, en Allemagne, on la mange bouillie comme nous le faisons pour les épinard . On en fait aussi des cataplasmes émollients. L'analyse de cette plante a été faite par M. Feneuille, qui y a découvert un principe amer légèrement purgatif, du muqueux, de la chlorophylle, de l'albumine, une substance grasse, blanche, une huile volatile, de la gelée, du ligneux, divers sels. La mercuriale annuelle entre dans l'électuaire lénitif ; on en prépare un miel avec le suc. MM. Trousseau et Pidoux, dans leur Traité de thérapeutique, Mérat et Delens, dans leur Dictionnaire, prétendent que les pharmaciens y ajoutent une décoction de grabeaux de sené. Je ne crois pas que cette addition ait lieu. On en fait aussi un sirop connu sous les noms de mercuriale composé, de longue-vie ou de Calabre. Le mellite de mercuriale ne s'emploie pas à l'intérieur ; on l'administre en lavement à la dose de 60 à 100 grammes. La mercuriale a reçu le nom du dieu Mercure ; les Grecs la nommaient ..., herbe de Mercure.

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Usages traditionnels :


Selon Joseph Roques, auteur de Phytographie médicale, histoire des substances héroïques et des poisons (Vol. 3. B. Cormon & Blanc, 1835) :


On trouve cette espèce de mercuriale dans les bois et dans les haies . Elle est également connue sous le nom de chou de chien , de mercuriale sauvage , de mercuriale de montagne. Quelques anciens auteurs , et notamment Gesner, l'ont placée au rang des légumes ; mais c'est une erreur grave, car, d'après Sloane et autres naturalistes, elle est , au contraire , très vénéneuse. Non seulement elle cause un assoupissement profond, de la céphalalgie , mais encore des anxiétés, de violents vomissements, des convulsions, etc. Les r mèdes les plus efficaces sont les vomitifs administrés promptement. Cette herbe a une odeur désagréable et une saveur un peu nauséeuse. En général on la trouve presque toujours entière ; ce qui prouve que les bestiaux la redoutent. Il paraît néanmoins que les chèvres la broutent impunément.

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Gérard Guillot dans un article intitulé "Mercuriale : un légume oublié peu recommandable !", publié sur son site Zoom-Nature, recense les usages anciens de la mercuriale :


Dans l’Antiquité, elle était surtout connue comme purgative dangereuse et on l’employait en tant que médicinale pour toutes sortes d’usages que nous ne développerons pas ici sachant que la plupart n’ont jamais été avérés depuis. Dans ces usages médicinaux on l’utilisait le plus souvent fraîche ou sèche non cuite. On savait aussi qu’elle était responsable d’intoxications collectives de vaches ou de moutons qui en avaient consommé : les animaux intoxiqués deviennent apathiques, ne se nourrissent plus, souffrent d’anémie et de diarrhée et présentent des lésions hépatiques et rénales. Dans mon Berry natal, je me souviens encore du conseil de ma mère qui nous envoyait ramasser de l’herbe dans le jardin pour nourrir les lapins en clapier : « surtout, ne ramassez pas de chimou ! » ; voilà ce qu’on appelle un terme de patois transparent ! Ces effets n’ont rien d’étonnant compte tenu de son appartenance à la famille des euphorbiacées qui regorge d’espèces très toxiques dont les euphorbes mais aussi les crotons ou le ricin.

Et pourtant, on sait qu’elle était consommée au Moyen-âge et cultivée comme légume vert cuit ce qui a amené à son introduction et sa naturalisation loin de son berceau originel méditerranéen. Un article récent de 2018 mentionne le cas d’une femme qui en avait consommé en « épinards sauvages cuits » suite à une confusion avec des chénopodes blancs (comestibles) : elle a montré des signes digestifs assez importants mais a guéri en une journée. Cuite, la mercuriale perd une partie de sa toxicité et de son âcreté et odeur repoussantes mais pour autant ses substances toxiques s’accumulent dans le corps si on consomme de manière répétée et agissent sur le tube digestif et les reins et la vessie. D’ailleurs les écrits du moyen-âge sont assez explicites sur son usage alimentaire : « on la met communément cuire avec chairs et donne l’en ce brouet à boire et vault pour lascher le ventre » ou bien « Sa décoction purge la cholère et superfluités, lâche le ventre, employée principalement en clystère ». Lâcher le ventre : autrement dit, elle servait plutôt de laxative à une époque où l’alimentation était peu équilibrée avec la consommation de viandes faisandées peu digestes ! Cet usage et ses effets vétérinaires transparaissent dans la multitude de ses noms populaires : foirole, herbe foireuse, chiole, caque-en-lit (voir le pissenlit !), cagarel et cagarelo (dérivés du verbe occitan bien connu caguer). On pense qu’elle a été consommée, récoltée puis sans doute cultivée dès le Néolithique suite à son rapprochement des installations humaines ; mais les appareils digestifs de nos lointains ancêtres devaient probablement être moins sensibles que les nôtres !

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Croyances populaires :

Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Le contact seul de la plante suffit parfois pour mettre fin à un état gênant, ou même pour chasser le mal. Dans le pays de Dol, un pied de lamberge (mercurialis annua) guérit l'estomac malade lorsqu'il est posé dessus, la racine en haut ; pendant l'opération une vieille se met en prière et au bout de trois jours le mal a disparu.




Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Mercuriale - Assoupissement - Léthargie.

Les mercuriales, dont les fleurs herbacées sont insignifiantes et qui croissent dans tous les lieux cultivés, sont dangereuses dans leur emploi. Cette plante est dédiée à Mercure qui, dit-on, en fit le premier essai sur Argus qu'il endormit au moyen d'un breuvage composé avec la mercuriale.

 

Sur le site Zoom Nature Gérard Guillot nous apprend que la mercuriale annuelle est un :


Symbole sexuel : Les pieds femelles seuls donnent donc des fruits : des capsules sèches formées de deux coques hérissées de poils raides de 2mm de diamètre et renfermant chacune une graine. A maturité, chaque coque éclate brusquement (voir l’exemple de l’euphorbe épurge qui fonctionne sur le même mode) et projette la graine de manière explosive (autochorie). La distance de projection dépend du poids de la graine et varie entre 1cm et 1,3m avec une moyenne de 40cm. Les graines qui atterrissent ainsi au sol possèdent un petit appendice (caroncule) riche en lipides et recherché par diverses espèces de fourmis. Elles prennent ces graines par la caroncule et l’emportent vers leur fourmilière sous terre ; à l’entrée de celle-ci, elles détachent la caroncule nutritive pour l’emporter dans la fourmilière et jettent la graine devant l’entrée. Cette manipulation semble lever la dormance des graines qui deviennent alors aptes à germer. Les graines sont ainsi déplacées par les fourmis (myrméchorie) après la première dispersion par explosion (on parle de diplochorie pour les deux processus réunis). En moyenne, à l’issue de ces deux types de déplacements, les graines s’écartent d’environ 5m de la plante mère, distance suffisante pour permettre la colonisation de terrains non encore occupés. Néanmoins, certaines espèces de fourmis dites moissonneuses (du genre Messor par exemple) gardent la graine pour l’emmener dans la fourmilière comme provisions : les graines sont alors perdues sauf si un animal démolit la fourmilière.

Dès l’Antiquité, on avait remarqué l’existence des deux types de pieds et on leur avait attribué les qualificatifs de mâle et femelle, non pas sur la base de leur rôle dans la reproduction de la plante alors non comprise, mais sur la base d’une ressemblance des fruits à deux coques poilues avec … des testicules ! Si bien que les pieds femelles pour le botaniste actuel furent dénommés mercurialis mascula, i.e. mercuriale … mâle et, par ricochet, les pieds mâles étaient les femelles de l’époque ! Selon le principe de la théorie des signatures, on avait donc attribué à la plante des propriétés en lien avec la reproduction … humaine. Pline chez les Romains et Dioscoride chez les Grecs affirmaient que la mercuriale mâle (telle que définie alors) en décoction facilitait la procréation de garçons et la femelle des filles ; pour autant, ils ne disaient pas lequel des deux conjoints devait boire la tisane ! O. de Serres au 16-17ème siècle poursuit dans la même voie : « Le jus de cette herbe fait perdre les verrues, aide à la conception, provoque les mois des femmes et les délivre de l’arrière-fais. »

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Mythologie :


Gérard Guillot termine son article intitulé "Mercuriale : un légume oublié peu recommandable !", publié sur son site Zoom-Nature, sur une interrogation concernant le nom de la plante :


Avant de quitter notre mercuriale, il reste à élucider l’origine de son nom (Mercurialis en latin), repris en anglais (Mercury) ou en italien (Mercorella). C’est ainsi que les Romains la nommaient ; auparavant les Grecs l’avaient baptisé l’herbe d’Hermès (Mercure étant la version romaine du dieu grec Hermès) ce qui a donné le nom moyenâgeux de hermubotane. Pour justifier cette étymologie, Pline arguait avec un raisonnement circulaire que c’était parce que le dieu Mercure avait découvert ses propriétés ! Certains auteurs pensent plutôt qu’il s’agirait d’un rapprochement avec le mercure, substance toxique, dont les effets se rapprocheraient de ceux de la mercuriale ?

 

Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" et (paru dans la Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016) confirme :


À Mercure revient la mercuriale.

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