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La Couscouille

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • il y a 3 heures
  • 5 min de lecture



Autres noms :  Molopospermum pelopponesianicum - Angélique sauvage (à tort) - Brucol - Coscoll - Couscouil Fausse ciguë - Moloposperme à feuilles de ciguë - Moloposperme du Péloponnèse -




Botanique :


Marie Ange Llugany, autrice de "La coscollada" (In : Société mycologique et botanique de Catalogne Nord, ) nous présente la couscouille :


"Description de la plante : C’est une ombellifère vivace, glabre. Sa taille peut atteindre deux mètres de hauteur. La tige robuste, creuse, déploie de grandes feuilles tripennatiséquées. L’ombelle principale, hémisphérique, de trente à quarante rayons présente, dès juin, des fleurs blanchâtres. Un involucre de six à neuf bractées en couronne la base. Les fruits surmontés par deux styles étalés, sont comprimés par le côté, sillonnés et glabres. Les feuilles dégagent un parfum musqué lorsqu’on les froisse, un parfum qui rappelle celui des feuilles de figuier (« Ficus carica »)."




Toxicité :


François Couplan, auteur de Ce que les plantes ont à nous dire (Éditions Les Liens qui Libèrent, 2020) attire notre attention sur une méprise tragique :


"Certains ont eu de la chance…

En juin 2018, un homme décède dans les Pyrénées-Orientales pour s’être trompé dans sa cueillette. Lui et sa femme étaient partis en montagne récolter de la couscouille (coscoll en catalan), une Apiacée affublée du curieux nom scientifique de Molopospermum pelopponesianicum – qui ne la rend pas indigeste pour autant. Tradition locale, on la mange crue en salade pour son agréable saveur aromatique et sa texture croquante. Malheureusement, dans sa tendre jeunesse – moment où il faut la ramasser –, la couscouille ressemble à d’autres pousses végétales, notamment celles de l’aconit napel (Aconitum napellus), une plante séduisante qui, l’été venu, dresse en colonies dans les pâturages alpins ses hampes altières, coiffées de grandes fleurs bleues en forme de casque – on la surnomme d’ailleurs « casque de Jupiter ». Impossible alors de la confondre avec une autre. Mais au printemps, on peut s’y tromper, et en cueillir les pousses charnues et juteuses… emplies de sucs mortels. Toutes les parties de l’aconit renferment un alcaloïde, commodément nommé « aconitine », qui provoque une paralysie progressive des muscles et peut entraîner rapidement la mort par défaillance du cœur. La plante peut même s’avérer dangereuse par contact et il est arrivé que des promeneurs s’intoxiquent rien qu’en faisant des bouquets de ses fleurs… D’autres sont morts pour en avoir consommé les racines renflées, semblables à de petits navets : l’épithète napellus est un diminutif du latin napus, navet qui décrit la forme des parties souterraines. L’aconit napel est probablement la plante la plus toxique de notre flore."

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Usages traditionnels :


Isabelle Fourasté, auteur d'un "Rappel de la toxicité de quelques plantes." (In : Revue Française des Laboratoires, 2000, vol. 2000, no 323, p. 51-55) évoque les qualités culinaires de la couscouille :


"Les pousses de Molopospermum cicutarium, couscouil ou coscoll des Catalans, sont très prisées, crues, en salade."

Grégory Caze, auteur de "La vallée glaciaire du Laurenti 4ème jour : 14 juillet 2011" (In : Bulletin de la Société Botanique du Centre-Ouest - Nouvelle Série - Tome 43 - 2012, pp. 405-418) mentionne rapidement une liqueur faite à partir de la couscouille :


"Les éboulis et parois du contrebas des Rocs de Frontelis Nous atteignons ensuite, peu avant le verrou glaciaire, une zone d’éboulis que traverse le sentier que nous empruntons. Sur ces éboulis se développe un cortège plus ou moins saxicole, qui s’avère être plus opportuniste que véritablement caractéristique des communautés d’éboulis. Le « coscoll », appellation catalane du couscouil ou moloposperme du Péloponnèse (Molopospermum peloponnesiacum (L.) W. D. J. Koch, dont on fabrique une liqueur catalane appréciée), trouve ici des conditions favorables à son développement."

Marie Ange Llugany, autrice de "La coscollada" (In : Société mycologique et botanique de Catalogne Nord, ) précise la valeur de la couscouille dans la culture catalane :


"Traditions du coscoll : Les Catalans récoltent les jeunes pousses pour les déguster, crues en salade. Après les avoir pelées, tronçonnées et fendues aux deux extrémités, ils les laissent tremper dans de l’eau fraîche jusqu’à ce qu’elles se recroquevillent, prenant ainsi une forme surprenante.

Elles se consomment également en confiture, à en croire M. Saisset « quin bon dinar ! vam tenir brou bufat, tripes, cols, coloms grassos i un gros plat de millassos, i confitura de coscoll » (Cat. Del Ross . 138)

La tradition orale vante les multiples vertus du coscoll… ce qui donne à la plante un caractère quasi mythique. Ses stations dans les escarpements rocailleux, les ravins, sont rarement révélées. Seule la toponymie de Cerdagne et de Capcir trahit leur présence : « roc cosconer », « correc kuskuner », « solana del kuskus »…

Les initiés, après une rude ascension vers la plante sacrée, ne récoltent que les tiges des « pieds mâles ». Ne serait–ce pas en vertu de ses propriétés revigorantes ? A notre connaissance, le molopospermum n’est pas une plante dioïque et cette distinction populaire relève plutôt d’une croyance que d’une observation objective de la plante. En fait, ce sont les tiges florales, plus tendres et charnues qui suscitent leur convoitise. Ils se doivent d’offrir à leurs parents et amis des bottes de douze brins.

La consommation du coscoll ne se réduit pas à un simple acte alimentaire. C’est une succession de gestes rituels, une résurgence, peut être, d’anciennes coutumes panthéistes.

Si la renommée du coscoll se limitait autrefois aux populations montagnardes, elle s’est étendue, avec l’exode rural, le développement des moyens de transports, aux zones urbaines de la plaine. On devrait s’inquiéter de l’évolution des stations récoltées intensivement par les hommes, broutées par les vaches et les isards. Heureusement le coscoll affectionne souvent les falaises inaccessibles..."

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Michel Litout, journaliste à l'Indépendant, consacre un article intitulé "Le coscoll, la plante sauvage qui se mérite" (publié le 25 mai 2023) à la célèbre plante catalane :


"Affublé du titre ronflant de « plante sacrée des Catalans », le coscoll pousse à partir de 1 000 mètres d’altitude dans des zones rocailleuses. Les amateurs sont actuellement en train de le rechercher pour le déguster en salade ou accommodé en confiture voire sous forme de liqueur.


Si vous partez en randonnée actuellement dans la montagne catalane, vous allez peut-être croiser des cueilleurs de coscoll. On détecte cette race particulière à leur façon de se déplacer dans les rocailles et à regarder à terre. Ils sont à la recherche de cette plante sauvage connue scientifiquement sous le nom Méloposperme de Péloponnèse ou plus communément Vernaculaire Angélique.

Depuis des lustres, les Catalans raffolent de cette plante consommée le plus souvent en salade. Elle est en pleine maturité en mai et juin. Le coscoll pousse entre 1 000 et 2 000 mètres d’altitude. Ce sont essentiellement les tiges qui sont consommées après avoir été nettoyées, fendues et laissées à tremper dans de l’eau glacée. A ceux qui se demandent pourquoi tant d’effort pour une simple salade, il suffit d’expliquer que dans les traditions catalanes, les vertus du coscoll sont très explicites : il provoquerait une cure de jouvence et surtout, il réveillerait les pulsions de jeunesse !

En 2019, le trésorier de la confrérie du coscoll avait dévoilé sa recette à l’Indépendant pour confectionner du vin rosé aromatisé au coscoll : « Prendre un peu plus de 50 cl de rosé « classique ». Y rajouter 15 morceaux de sucre que l’on prend la peine de bien diluer. Introduire une trentaine de petites rondelles de coscoll pelé (1 cm). Rajouter un demi-verre d’alcool de fruit et une pincée de cannelle. Laisser le tout infuser pendant un mois au moins ». Un nectar à déguster avec modération !

Méfiance par contre si vous décidez d’aller cueillir ce coscoll aux effets si bénéfiques. Il ne faut surtout pas le confondre avec l’Aconit napel qui est mortel. En 2018, cette erreur a été fatale à un septuagénaire d’Alénya dans les Pyrénées-Orientales. Pourtant il est simple de différencier les deux plantes. Les fleurs de l’aconit sont mauves et surtout sa tige n’est pas creuse."

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