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L'Iboga

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Anne
il y a 1 heure
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Botanique :


Charlotte Quaeybeur, autrice d'une Étude ethnopharmacologique des plantes utilisées dans les rituels chamaniques. (2024. Thèse de doctorat en pharmacie. Université de Lille) présente l'iboga :


L’iboga : Considérée comme la drogue anti-drogue, l’iboga fait partie de la famille des Apocynacées, son nom latin est Tabernanthe iboga Baill.

L’iboga est un petit arbre originaire des forêts tropicales de l’Afrique centrale et occidentale, atteignant 4 mètres de haut. Les feuilles sont opposées, simples et entières. Les fleurs blanc-jaunâtre rayées de rouge, groupées en corymbe (de 5 à 12) apparaissent sur la tige et donnent à maturité des baies rouge-orangé portées par un long pédoncule. Les racines sont pivotantes, l’écorce est brunâtre et le bois jaune pâle. La mastication de l’écorce amère provoque l’anesthésie de la langue. Il est cultivé en Côte d’Ivoire.

[...]

Toxicité : A faible dose, il est stimulant, à plus forte, il devient hallucinogène, induit des visions colorées en arc-en-ciel, un rêve sans perte de conscience, des sensations d’excitation, d’ivresse, des troubles mentaux alternant euphorie, anxiété et hallucinations. L’effet hallucinatoire maximal est obtenu environ 1 à 3 heures après ingestion. La séance se termine par une insomnie accompagnée d’un état léthargique. Parfois, des effets secondaires apparaissent : tremblements, besoin d’obscurité lié à une hypersensibilité à la lumière, vomissements, spasmes et douleurs musculaires.

A très forte dose, des convulsions surviennent, puis une paralysie pouvant conduire à un arrêt respiratoire. Les expériences menées sur cette plante, pourtant vendue sur internet, montrent qu’elle peut entrainer des accidents graves par surdosage.

La dose d’ibogaïne mortelle pour 50% des animaux est de 327 mg/kg par voie orale (chez le rat) et de 82 mg/kg par voie injectable. Si l’ibogaïne est utilisée en traitement chronique, elle détruit les cellules de Purkinje du cervelet à la dose de 100 mg/kg chez le rat, alors qu’une dose de 10 mg/kg/jour administrée chez la souris pendant 60 jours ne provoque aucune altération. Les femelles seraient donc moins atteintes que les mâles.


Partie utilisée : L’écorce de racine d’iboga est utilisée en poudre ou en décoction.


Composition chimique : La racine renferme une quinzaine d’alcaloïdes indoliques (5-6% dans l’écorce et 1-2% dans le bois) dont le principal est l’ibogaïne, accompagnée de tabernanthine et d’ibogamine.

L’écorce de la tige et les feuilles contiennent aussi des alcaloïdes à des teneurs plus faibles, respectivement 0,2 et 0,6%.

L’ibogaïne possède une structure proche de la sérotonine.


Pharmacologie : Les effets de l’ibogaïne sont complexes, car elle influence plusieurs aspects du système nerveux autonome, qui comprend deux systèmes clés : le système sympathique, régulé par l'adrénaline, et le système parasympathique, régulé par l'acétylcholine.

En 1905, Landrin a montré que les extraits d’iboga augmentaient l'effet hypertensif de l'adrénaline, suggérant ainsi que l’ibogaïne pourrait agir comme un sympathomimétique.

En 1942, Vincent et Sero ont émis l’hypothèse que l’ibogaïne augmente les niveaux d’acétylcholine en inhibant l’enzyme acétylcholinestérase, qui dégrade normalement cette substance.

Malgré ces découvertes, le mode d'action exact de l’ibogaïne reste encore mal compris. Ce que l'on sait, c'est que l’ibogaïne affecte plusieurs systèmes :

  • Récepteurs de la sérotonine : Elle agit comme un agoniste des récepteurs 5- HT2A et inhibe la recapture de la sérotonine, augmentant ainsi ses niveaux dans le cerveau.

  • Récepteurs NMDA : Elle agit comme un antagoniste des récepteurs NMDA (Nméthyl-D-aspartate) du glutamate, modifiant ainsi la transmission synaptique excitatrice.

  • Récepteurs opioïdes : Elle agit comme un agoniste des récepteurs opioïdes mu et kappa, influençant la douleur et le plaisir.

  • Acétylcholinestérase : Elle inhibe cette enzyme, ce qui augmente les niveaux d’acétylcholine, et agit également comme antagoniste des récepteurs nicotiniques.

  • Dopamine : Elle inhibe la recapture de la dopamine, augmentant ainsi sa disponibilité dans le cerveau.


La tabernanthine, un autre composant de l’iboga, agit comme un antagoniste calcique, influençant la conduction cardiaque


Effets : L’ingestion d’iboga provoque une réduction de l’activité locomotrice, un effet anxiolytique à faible dose (1 mg/kg) et anxiogène à dose plus forte (2,5 mg/kg) chez le rat.

Une augmentation de la pression artérielle et du rythme cardiaque est également soulignée. De plus, des tremblements et des convulsions en injection intracérébrale ou sous cutanée chez la souris sont constatés.

Il y a un effet anti-dépendance, en effet l’ibogaïne supprime l’auto administration de cocaïne chez des rats dépendants. Une seule injection réduit la prise de 40 à 60%. La diminution a aussi lieu pour la dépendance morphinique.

Des études suggèrent que l’administration permet chez ¼ des patients dépendants de se passer de drogues pendant 6 mois.


Indication : Un médicament à base d’extrait sec de racine d’iboga est apparu en 1939 sur le marché français sous le nom de Lambarène.

Il était prescrit contre l’asthénie, la dépression, la convalescence et les maladies infectieuses pour ses propriétés neurostimulantes.

Avant l’abandon de sa commercialisation à la fin des années 1960, les sportifs en feront usage si bien que la préparation pharmaceutique se retrouve classée parmi les produits dopants.


Réglementation : Malgré les travaux précliniques intéressants mais insuffisants montrant l’intérêt de l’iboga dans la dépendance aux drogues, l’ANSM interdit l’usage de cette plante ou de ses dérivés.

L’iboga a été interdit d’usage par la FDA (Food and Drug Administration) aux EtatsUnis en 1970. En France, l’iboga, l’ibogaïne et ses dérivés sont inscrits sur la liste des stupéfiants et sont prohibés. En effet l’iboga figure sur l’arrêté du 12 mars 2007 modifiant l’arrêté du 22 février 1990 qui fixe la liste des substances classées comme stupéfiants.

En 2006 deux drames se produisent :


  1. Un toxicomane décède au cours d’un stage de désintoxication organisé par une association en Ardèche.

  2. Un français meurt dans les mêmes conditions au Gabon.


C’est suite à cela que l’arrêté du ministre de la santé du 12 mars 2007 a interdit l’iboga, et le classe à la liste des stupéfiants.

[...]

L'essor du tourisme chamanique et la commercialisation de ces plantes ont également conduit à des dérives significatives. La demande croissante des plantes utilisées dans les rituels chamaniques a provoqué une surexploitation de ces ressources naturelles, menaçant la biodiversité et les écosystèmes locaux. De plus, la popularité grandissante de ces pratiques dans les cultures occidentales a entraîné une appropriation culturelle, où les traditions indigènes sont souvent simplifiées, dénaturées, et réduites à des produits de consommation spirituelle.

Par ailleurs, de nombreuses communautés autochtones ne bénéficient pas équitablement de l'exploitation commerciale de leurs savoirs traditionnels. Les bénéfices financiers générés par le tourisme chamanique et la vente de plantes psychoactives profitent souvent à des individus ou des entreprises extérieures, au détriment des populations locales qui sont les gardiennes de ces pratiques ancestrales

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Vertus médicinales :


Charlotte Quaeybeur, autrice d'une Étude ethnopharmacologique des plantes utilisées dans les rituels chamaniques. (2024. Thèse de doctorat en pharmacie. Université de Lille) présente les perspectives de la recherche actuelle médicale :


Les perspectives thérapeutiques : Les plantes chamaniques, telles que l'ayahuasca, l'iboga, le peyotl, et le San Pedro, sont aujourd'hui au centre d'un nombre croissant de recherches scientifiques explorant leurs potentiels thérapeutiques. Ces études s'intéressent notamment à leur capacité à traiter divers troubles, allant des dépendances à certaines substances à l'anxiété, en passant par la dépression et les maladies neurodégénératives. À travers ces investigations, un intérêt renouvelé pour ces plantes s'affirme, soulignant non seulement leur potentiel médical, mais aussi l'importance de respecter et d'intégrer leurs usages traditionnels dans les pratiques thérapeutiques modernes.


1- Effet anxiolytique et anti dépresseur : [...] L’iboga : L'ibogaïne, quant à elle, a montré un potentiel en tant qu'antidépresseur en inhibant la recapture de certains neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine, ce qui améliore l'humeur et diminue l'anxiété. Il a également été suggéré par une équipe de chercheurs Uruguayens que l'ibogaïne pourrait promouvoir la neuroplasticité, ce qui peut être bénéfique pour traiter certains troubles neurologiques et psychiatriques. En effet l’étude se base sur l’administration d’ibogaïne qui modifie l’expression de facteurs neurotrophiques : du GDNF et du BDNF dans les régions cérébrales impliquées dans les circuits dopaminergiques et mésolimbiques.

[...]

3- Effet anti-addictif : [...] L’iboga : Des études animales suggèrent que dans les 24 heures suivant l'ingestion de l'ibogaïne, les alcaloïdes produisent une atténuation significative des signes de sevrage des opioïdes chez différentes espèces animales. De plus, la substance réduit l'auto administration d'autres drogues telles que la cocaïne, l'amphétamine, la méthamphétamine, l'alcool et la nicotine.

Dans une étude clinique réalisée impliquant 33 participants ayant une dépendance aux opioïdes, les signes de sevrage ont été complètement résolus chez 29 des participants (88 %). Cependant, il ne s'agissait pas d'un essai clinique contrôlé.

Dans une autre étude de suivi, menée en 2004, les chercheurs ont constaté que 67 % des 21 participants ont cessé d'utiliser des médicaments opioïdes. Les autres (33 %) n'ont pas cessé l'utilisation de leurs drogues primaires ou secondaires d'abus, mais ont néanmoins diminué la quantité de consommation de drogues. La période moyenne globale sans drogue de tous les participants était de 21,8 mois mais la médiane cependant était de 6 mois.

L'ibogaïne pourrait aider à atténuer les symptômes de sevrage en agissant sur divers systèmes neurochimiques, y compris les récepteurs des opioïdes et les récepteurs de la sérotonine.

[...]

6- Autres potentiels : a- Intérêt de l’iboga dans les troubles de l'humeur et du comportement : L’'ibogaïne a été explorée pour son potentiel à traiter d'autres troubles psychiatriques, tels que le trouble obsessionnel-compulsif. Son action sur les récepteurs NMDA du glutamate et les voies de signalisation neuronale impliquées dans la plasticité cérébrale suggère des applications possibles pour d'autres troubles de l'humeur.

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Usages traditionnels :


Jean-Marie Pelt, auteur de Drogues et plantes magiques (Librairie Arthème Fayard, 1987) mentionne l'iboga :


"Du Gabon à l'Ethiopie


Ce que l'habitant des Andes attend de la coca, l’indigène du Gabon le trouve dans la mastication des racines jaunes d’Iboga. A faibles doses, les alcaloïdes contenus dans l'écorce de la racine, en particulier l’ibogaïne, sont stimulants : ils permettent une meilleure utilisation des ressources de l’organisme et augmentent la résistance à la fatigue et à l’effort. À doses plus élevées, Iboga provo- que de curieux effets : les initiés se mettent en transes et présentent des phénomènes proches de l’épilepsie ; puis ils sombrent dans une sorte d’inconscience et délivrent des messages considérés comme prophétiques.

Charlotte Quaeybeur, autrice d'une Étude ethnopharmacologique des plantes utilisées dans les rituels chamaniques. (2024. Thèse de doctorat en pharmacie. Université de Lille) expose les rituels pratiqués en Afirque :


 Tradition : Les Africains mâchent l’écorce de racine pour ses propriétés stimulantes sur le système nerveux et musculaire, leur permettant de parcourir de longues distances à pied ou en pirogue. Ils prennent l’iboga aussi comme tonique et pour diminuer les sensations de faim et de soif lors des chasses ou des guerres tribales. La décoction d’écorce de racines et de feuilles a aussi une réputation d’aphrodisiaque.

Au Congo, la racine est indiquée dans le traitement des maladies psychosomatiques, des conjonctivites et des infections urinaires. Les douleurs dentaires sont traitées en massant les gencives avec des feuilles chauffées. Le latex mélangé aux plantes du genre Strophanthus DC. (Apocynaceae) entre dans la préparation de poisons de flèche.

L’iboga a aussi été utilisée dans les années 1980 pour réduire les addictions aux drogues telles que les opiacés, la cocaïne, l’alcool, le tabac ou les psychostimulants.


 Rites et coutumes : Le Bwiti est un rite initiatique pratiqué depuis des siècles par les populations Mitsogo et Apinzi du centre du Gabon. Ce rituel s’est étendu aux régions du sud et nord du pays et les Fangs l’ont propagé en Guinée équatoriale et au Cameroun.

Il s’agit d’un rituel de passage d’un jeune homme dans la vie d’adulte. Il est invité à retrouver symboliquement l’état d’avant la naissance. Il mastique la racine d’iboga sous la surveillance d’un ainé initié qui lui sert de « mère symbolique ». L’ingestion provoque des vomissements, il se vide symboliquement « y comprit du lait de sa mère ».

Purifié de la maladie et des blocages socio-psychologiques, l’adolescent renaît en adulte. Ce symbolisme de la mort et de la résurrection est présent dans le culte Bwiti, les adolescents sont maquillés de blanc rappelant la mort et de rouge, signe de vie.

Les effets hallucinogènes ont été décrits la première fois en 1903 par le français Guien, qui fut le témoin d’un rite initiatique dans l’ouest du Zaire. Il relate qu’après mastication des racines, l’initié en proie à une sorte de folie prononça des paroles que les anciens interprètent comme étant des prophéties dictées par l’esprit qui était entré en lui.

L’écorce de racine est réduite en poudre ou préparée en décoction. A plus faible dose, les tradipraticiens l’utilisent pour diagnostiquer la maladie et également pour soigner.

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Symbolisme :


Selon Stanislaw Świderski, aureur de "Les récits bibliques dans l'adaptation africaine." (In : Journal of religion in Africa, 1979, pp. 174-233) :


"L'iboga devient le synonyme du rameau d'olivier, le symbole de la paix et de l'alliance entre Dieu et l'homme, mais aussi d'nte vraie communion entre les deux.

[...]

Le christianisme a sublime la consommation de la chair humaine du Christ par la communion eucharistique, le Bouiti parallelement, a instaure la consommation de la chair de Bandjoku dans la communion par l'iboga. Ainsi les deux traditions religieuses perpetuent la vieille coutume primitive anthropophage du repas sacrificiel en 1'enveloppant dans une forme sublimée de repas de communion utilisant un substitut, (l'hostie, l'iboga)."

Henri Paumelle, dans "Toxicomanies et toxicopraxis : l’initiation et son manque" (In : Psychotropes – Vol. 10 n° 3-4, 2004) mentionne l'équivalence symbolique avec l'arbre biblique :


"L’iboga, dont il est parfois expliqué que c’est l’arbre de la connaissance mentionné dans la Bible, est une réactualisation du mystère des origines.

On est là dans un domaine sacré où l’être humain n’est pas différencié, contrairement à ce qui se passe dans les cultures de type occidental, du reste du monde, en des liens de famille. Les termes de plantes d’enseignement ou de plantes maîtresses sont souvent employés."

Dans "De l’incorporation du sens." (In : Cahiers de recherche sociologique, 2011, no 50, pp. 15-32) Marion Laval-Jeantet s'inerroge sur le sens de l'ngestion rituelle de l'iboga :


"Dans ce même champ ethnographique, nous avons plus tard éprouvé l’hybridation interespèces dans le cadre d’une initiation au Bwiti des Pygmées du Gabon. Dans ce rituel, le corps est artificiellement plongé dans le coma par un psychotrope très actif, l’iboga, permettant ce que les sorciers qualifient de décorporation de l’esprit, au cours de laquelle celui-ci est supposé fusionner avec des esprits de la nature. Le terme même de Bwiti vient de la langue Mitsogho : « Bo-hête », extraire le noyau de la gangue. En effet, sous l’emprise du Bois sacré, l’iboga, l’impétrant peut passer par un stade au cours duquel des esprits d’animaux forestiers vont le posséder. Le groupe initiatique va soigneusement mémoriser les entités animales qui seront apparues pendant le rituel, en quelque sorte «hébergées» par l’initié, et l’une ou plusieurs de ces entités deviendront naturellement son ou ses totems, le nom par lequel il sera désormais reconnu par ceux qui partagent la même tradition. [...]

Nous avons retranscrit dans Le Voyage en Iboga (2003-2004), sous forme artistique et écrite23, cette expérience hors normes au cours de laquelle des animaux nous sont apparus. Dans les faits, on ne peut toutefois pas parler de mutation, car si ces animaux se manifestent, ce n’est pas pour fusionner avec l’initié, mais plutôt pour révéler le caractère fondamental de l’initié au groupe chamaniste. Ces animaux ne sont pas censés apparaître au hasard. L’initié est supposé avoir la même nature qu’eux, leur appartenir. Ce sont des animaux tutélaires, qui ne font que nous révéler notre nature animale profonde.

Cette expérience-limite a le grand intérêt de nous faire entrevoir le continuum qui existerait entre nous et les forces de la nature, continuum dont Leibniz défendait l’existence. Et dans cette hypothèse, il est intéressant de constater que c’est une essence animale fondamentale qui vient définir la nature de nombreux initiés (ce n’est pas généralisé, certains ont une essence matérielle telle que le marteau, le couteau, etc. ou environnementale comme la mer…).

[...]

Quand il s’agit de la psychologie du corps, les processus les plus connus sont des processus d’extériorisation, en particulier par la peau. Ainsi le psychologue hongrois Imre Hermann fut un des premiers à s’interroger sur le rôle joué par la peau dans la construction psychique24. Il souligne que le fait de s’infliger des taillades et autres scarifications sur l’épiderme représente autant de tentatives de libérer une souffrance psychique, qualifiée d’intérieure par les patients, en l’extériorisant visiblement. Ce sont les prémices d’une réflexion sur la somatisation, qui comprend jusqu’aux constructions psychiques dans lesquelles la souffrance n’est pas projetée dans un organe, mais dans une construction imaginaire chargée de rendre cette souffrance périphérique.

Seulement que se passe-t-il quand la conscience est confrontée à un processus inverse, un processus d’intériorisation ? C’est déjà de ce processus qu’il est question dans la prise d’iboga. Sans ingestion de la plante sacrée, pas d’élargissement possible de la conscience. Il faut d’abord accepter cette intrusion pour atteindre une dimension au-delà de l’humanisme conventionnel. Nous sommes là devant une définition du post-humain intériorisé, il ne s’agit plus d’augmenter le corps grâce à des extensions technologiques, il ne s’agit pas d’une extra-corporéité, mais bien d’un corps dont les fonctions vont évoluer par une modification physiologique interne."

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Noëlle Brunelle et Dianga Mapangou, auteurs de "La fonction des discours dans les chants traditionnels gabonais : retour sur le concept d’efficacité symbolique." (Thèse de Linguistique. Université de Limoges, 2023) :consacrent une partie de leur recherche à l'iboga :


"La plante magique de l’iboga : Il est quasiment impossible de parler de la circoncision au Gabon et particulièrement chez le peuple Kota, sans faire mention des plantes et surtout de l’iboga.

Signalons que l’on peut regrouper les plantes utiles lors des pratiques rituelles en deux catégories par rapport à leurs fonctions dans la vie de l’homme, de leur utilisation et des personnes qui les administrent. Cela rejoint ce que pense Raponda – Walker lorsqu’il parle de la connaissance des nganga en disant que :


« si le nganga dispose d’un arsenal de plantes, dites « magiques « , il possède aussi une grande connaissance des propriétés pharmacodynamiques des végétaux. Nous avons connu tant en Oubangui qu’au Gabon, des vieux nganga à qui aucune plante médicinales n’était étrangère. »


Il est question des plantes magiques que seuls les nganga maîtrisent car ils sont une sorte d’intermédiaires entre le monde réel et le monde invisible.

Plante psychédélique, l’iboga est une plante particulière qui a même amené des chercheurs américains à mettre au point des brevets de désintoxication comme on peut le lire ici :


« c’est ainsi que l’Américain a mis au point quatre brevets de désintoxication radicale concernant l’alcool, le tabac, la cocaïne et d’autres drogues, grâce à l’injection d’une dose d’ibogaïne, un extrait d’iboga, dont l’action qui dure vingt heures a été comparée à vingt ans de psychanalyse. […], c’est bien dans une plantation de la vaste plaine d’Iguéla à omboué au Gabon, qu’à extrait des racines d’iboga et les a emmenées aux États-Unis d’Amérique. »


Selon Raponda Walker et Roger Sillans, la plante d’iboga est tout d’abord reconnue comme étant une plante sacrée pour les gabonais car c’est par elle que l’on procède à l’initiation. Elle est la plante que l’on utilise lors des séances d’initiation comme le Bwiti et lors de la circoncision. C’est une plante considérée comme connaissant l’homme et permettant de faire un travail en profondeur sur lui :


« parmi les très nombreuses plantes utilisées dans les pratiques rituelles gabonaises, signalons d’abord l’iboga, la plante sacrée des gabonais, la plante d’initiation par excellence. C’est un arbuste de la famille des Apocynacées ( Tabernanthe iboga Baillon) découvert vers 1860 par l’explorateur griffon du Bellay, au cap Lopez ; il porte de petites fleurs blanches et des fruits jaunes d’or acuminés, ressemblant un peu à de minuscules cabosses de cacao. Il est assez répandu, jusqu’au bord de la mer, mais on le rencontre, aussi, dans les sous – bois du Nord du pays, dans la région du woleu- Ntem. Cependant, son lieu de prédilection c’est le pays des mitsogo, dans la région montagneuse et forestière, faisant suite à la lagune du Fernand – vaz. C’est là qu'on le récolte , ainsi qu’au bord de la mer, vers la lagune d’iguéla, mais les adeptes du Bwiti en cultivent aussi quelques pieds aux alentours de leurs cases. »


Ainsi, pour toute personne qui voudrait se faire initier à un des multiples rites que compte la culture gabonaise, la consommation de l’iboga est indispensable. Il existe des cas où une personne se sentant malade ou voyant que certains domaines de sa vie n’avancent pas comme il voudrait, il a souvent recours aux pratiques rituelles avec un tradipraticien qui l’initie dans le but de découvrir la cause de ses malheurs. Et cette cause aurait son origine dans le monde des esprits accessible par cette plante. En la consommant et accompagné de tout un rituel, le patient se trouve dans un état second et se met à halluciner.

Ces hallucinations ne seraient que les réponses à toutes nos questions. Il est donc important de les prendre en compte. Dans ce cas, elles ne sont ni un rêve, ni de l’imagination du patient qui peut voir par lui-même comment par exemple il a été empoisonné, comment le poison a été mis dans un verre de vin ou d’eau, voire même dans de la nourriture afin qu’il tombe malade et meurt par la suite. Ou même comment une tierce ou un sorcier est venu déposer un fétiche sur son terrain afin qu’il n’ait jamais de paix avec les membres de sa propre famille et même les voisins.

Le cas de la circoncision n’est pas en marge car aucune cérémonie n’est possible sans la consommation de l’iboga qui comme nous l’avons dit précédemment, met les jeunes candidats dans un état second. Le but étant double à savoir, permettre au candidat d’entrer en contact avec le monde des esprits et de voir plusieurs choses cachées au monde des vivants. Mais aussi de pouvoir supporter la douleur qui leur est affligée.

Ainsi, toutes les révélations qui en sortent ne sont possibles que grâce à l’action de l’iboga, une action très mystique accompagnée de pratiques bien précises pour le bon déroulement du travail.

Hormis cet aspect, il est reconnu à l’iboga un autre aspect qui est de permettre à soigner certaines maladies qui ont un rapport avec le psychisme par exemple les angoisses, les peurs, les inquiétudes, le mal être etc.

[...]

Ces rêves tout à fait personnel ont par ailleurs été révélés par certains qui en ont témoigné à Raponda-Walker :


« c’est pendant le temps d’assoupissement ou d’hébétude, qui suit l’absorption de l’iboga que le Bwiti se révèlerait aux bandji sous les formes les plus macabres. C’est-à-dire que l’iboga agissant sur les nerfs et le cerveau, cause aux bandji d’affreux cauchemars dans lesquels ils voient toute une série de spectres et de fantômes. Ce rêve étrange fait pousser, parfois, des cris d’effroi aux narcosés.

Pendant son sommeil, le néophyte voit venir à lui une apparition fantastique, un fantôme qui le prend par la main et le conduit, à travers mille détours, dans un immense village formé d’une seule et unique case n’ayant qu’une ouverture ou porte.

Le guide – fantôme l’ouvre et introduit l’aspirant dans une vaste salle où il voit passer rapidement sous ses yeux, une interminable file de morts maigres, décharnés, grimaçants et terribles, répandant une odeur infecte, et presque tous éclopés et estropiés.

À l’un il manque un œil à l’autre, une oreille ; un troisième n’a plus de nez ;celui-ci a un bras en moins, celui-là n’a qu’une jambe. Ajoutez à cela que leur ventre entr’ouvert à la suite de l’autopsie rituelle subie avant l’inhumation, laisse échapper leurs intestins. »

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