L'Agalloche
- Anne

- 28 oct. 2021
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Dernière mise à jour : 20 janv.
Étymologie :
D'après Robert James auteur d'un Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, de chymie, de botanique (1746) :
Du latin scientifique agallochum issu, via le grec byzantin ἀγάλλοχον, agállokhon (« aloès »).
Alexandre de Théis, quant à lui, trouve l'origine de ce mot dans la langue arabe :
On lui a attribué pour étymologie le mot « ? », orner, embellir ; parce que l'on en fait aux Indes des torches qui répandent en brûlant un parfum exquis, et qui sont un grand objet de luxe en ce pays. Mais comme on le nomme en arabe (àghàloùdjy), c'est là qu'il faut chercher l'origine de ce mot. On l'y nomme aussi a'ùd âl bokhôr, bois de parfum.
Autres noms : Aquilaria - Arbre aveuglant - Bois d'agar - Bois d'aigle - Bois d'aloès - Bois d'argile - Bois de gélose - Bois de oud - Calambour - Calembac faux - Calembouc -
Aquilaria crassna - Bois d'agar - Bois-parfum -
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Botanique :
Selon le Wiktionnaire :
1. (Botanique) L'un des noms donnés au calambour, arbre des Indes (Aquilaria malaccensis) de la famille des Thyméléacées dont le bois est odoriférant et dont la résine est recherchée pour de multiples applications dans la pharmacopée..
Le bois d’agalloche est dur, perforé de quelques trous faits par des insectes, compacte, résineux, plus ou moins brun et d’autant plus estimé que cette couleur est plus foncée ; c'est alors qu’on le désigne sous le nom de Calambac. — (François Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, Dictionnaire universel de matière médicale et de thérapeutique générale, tome premier, J.-B. Baillière, Paris, 1829)
2. Botanique) Arbuste de la famille des Euphorbiacées (Excœcaria agallocha) croissant en Asie du Sud-est et en Australie et dont la résine est toxique, ce qui entraîne une cécité temporaire par contact avec la fumée produite par sa combustion.
C’était la même [odeur] que celle qu’il avait respirée dans la maison de Miriam Kirkstone, l’odeur douce et écœurante de l’agalloche fumée en cigarettes. — (James Oliver Curwood, Le Bout du fleuve, traduction de Louis Postif, Hachette, 1939, page 94.)
L’agalloche (Excœcaria agallocha de Linné) est un petit arbre dont toutes les parties, et surtout les jeunes rameaux, laissent écouler, quand on les entame, un suc laiteux, âcre et caustique. Il habite les Indes orientales, Ceylan, Malacca, les Moluques, etc. On le rencontre surtout dans les terrains marécageux, baignés alternativement par les eaux douces et les eaux salées qui se trouvent à l’embouchure des fleuves ; il y est cultivé pour soutenir les terrains en pente, notamment les berges des cours d’eau. L’agalloche s’appelle aussi arbre aveuglant ; ce nom, et son nom générique en latin, viennent de ce que, selon quelques voyageurs, des matelots abattant un arbre de cette espèce, reçurent en plein visage son suc laiteux, et perdirent la vue après avoir éprouvé d’atroces douleurs. — (Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle.)
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J. Leandri, auteur d'une "Contribution à l'élude des Thyméléacées d'Indochine". (In : Revue internationale de botanique appliquée et d'agriculture tropicale, 29ᵉ année, bulletin n°323-324, Septembre-octobre 1949. pp. 497-505) propose une description détaillée de l'arbre :
H. Lecomte a décrit en 1914 dans le Bulletin de la Société botanique de France, une espèce indochinoise de ce genre, l'Aquilaria crassna, déjà nommée de ce nom par Pierre dans son herbier, d'après son appellation indigène. Les spécimens connus provenaient du Cambodge, plus exactement de l'île de Phu-Quoc et des Monts Aral (province de Samrong Tong). Les nouveaux matériaux parvenus au Muséum montrent que cette espèce se rencontre aussi en Annam, dans la « division de Linh Tam » (Gio, n° 12, sans indication de collecteur) ; à Ca Na (province de Phanrang) (Poilane, 5 993) , et au Nord de Ninh-Hoa (province de Nhatrang) sur le versant Sud Est du massif de la Mère et l'Enfant (Poilane 6 400).
Lecomte a donné une description botanique fort complète de cette plante ; je crois cependant nécessaire de reproduire ici certaines observations faites par le collecteur Poilane, et qui ne font pas double emploi.
Les noms vernaculaires sont : en annamite, Câij gio ; en moi, Ca heo.
C'est un arbre de 10 à 25 m de haut, de 0 m 90 à 3 m de tour, trouvé en boutons au début d'avril. Le tronc est simple jusque vers 7 à 18 m de haut, droit, cylindrique; les jeunes feuilles sont vert tendre, les feuilles adultes vert foncé dessus, plus pâles dessous. Il est presque toujours sans fleurs ni fruits. Le bois fraîchement coupé a une odeur très caractéristique et forte. Le tronc est toujours lisse, l'écorce textile. Les indigènes connaissent ce caractère, car dans toutes les régions, le collecteur en a trouvé des troncs écorcés. L'écorce se reforme très bien sans laisser de cicatrice, et il est probable que les Moï exécutent cette opération plusieurs fois sur le même sujet.
C'est également sur cet arbre que l'on récolte le « Ky nam », substance utilisée en médecine indigène et très appréciée. Les Annamites s'en servent aussi comme bois odorant, et le brûlent comme parfum dans les cérémonies. Il entrerait aussi dans la pharmacopée chinoise. Il existe plusieurs qualités de ce ky nam : le blanc, le rouge et le noir, qui différeraient par le degré d'ancienneté. Bien que les arbres de cette espèce soient nombreux, cette matière est. très rare et chère : les chercheurs de ky nam invoquent tous leurs dieux pour qu'ils la leur fassent trouver, mais pour une seule trouvaille, ils doivent visiter beaucoup d'arbres. Cette substance se trouverait dans les troncs des Cây giô morts de vieillesse et décomposés, à l'intérieur et vers la base; une sorte de résine se concentrerait à certaines places seulement car le bois de cet arbre est blanc, tendre et léger, alors que les parties recherchées sont plus noires, dures, denses et odorantes.
Le bois doit bien résister aux insectes, et peut-être aux intempéries, car dans le Centre-Annam, il est exploité comme bois d'œuvre. Il pourrait peut-être aussi servir pour faire de la pâte à papier ou des allumettes si les pieds n'étaient pas si disséminés.
Les observations de Poilane montrent que les propriétés de l'Aquilaria crassna rappellent celles des A. agallocha et A. malaccensis, qui sont connus depuis longtemps pour fournir les bois odorants et résineux appelés « bois d'aigle » ou « bois d'aloès ». On sait que ces bois sont brûlés en Extrême-Orient dans les temples et les habitations, et qu'ils faisaient jadis partie d'un certain nombre de préparations thérapeutiques; le plus connu est fourni par l'A. malaccensis, qui n'est probablement pas autre chose que le Garo déjà cité par Rumphius au XVIIe siècle.
L'Aquilaria crassna se rencontre en forêt, sur sol rocheux, vers 8 à 900 m d'alt. Cet arbre est très répandu en Indochine, surtout dans le Centre-Annam, mais jamais en peuplement, et souvent dans des parties reculées. Les pieds sont disséminés dans la grande forêt.
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Vertus médicinales :
A. B., auteur discret de Les Vertus des plantes - 918 espèces (Tours, 1906) recense les propriétés thérapeutiques d'un grand nombre de plantes :
Bols d'aigle. Calambour. Vient en Cochinchine.
VERTUS : Brûlé, il parfume les appartements, préserve du mauvais air ; en infusion, il fait suer, ranime les esprits et fortifie.
Selon Pierre Julien, auteur d'une notice intitulée "Eclaircissements sur le bois d'aloès et le bois d'aigle : François Mouton, Le Bois merveilleux du Sud. Esquisse de la déesse chame Poh Yan Ino Nogar. Contribution à l'étude des remèdes du Sud-Indochinois, le bois d'aloès et le bois d'aigle." (In : Revue d'histoire de la pharmacie, 65ᵉ année, n°233, 1977. p. 151) :
Mouton (François) : Le Bois merveilleux du Sud. Esquisse de la déesse chame Poh Yan Ino Nogar. Contribution à l'étude des remèdes du Sud-Indochinois, le bois d'aloès et le bois d'aigle. Lyon, impr. E. Vitte, 1970, in-8°, paginé 14-54.
Importé de Chine, selon une tradition orale vietnamienne, le bois merveilleux du Sud, Ky Nam ou Trâm Huong, bois d'aloès ou bois d'aigle, est la création, selon une version chame, de la déesse Poh Yan Ino Nogar. Plante sacrée, rituelle et magique, c'est surtout une plante médicinale. Ce bois ne doit pas être confondu avec celui de santal ou celui d'agalloche. Il s'agit de l'Aquilaria Crassna Pierre, ex-Lecomte, Cây Trâm, arbre qui fournit du bois d'aloès, Ky Nam, ou du bois d'aigle, Trâm Huong, selon son degré de résinification. On emploie ces produits comme médication fébrifuge et anti-malarique, contre les coliques intestinales, dans la furonculose et les maladies de l'appareil digestif, comme anti-diurétique dans le traitement symptomatique du diabète insipide, dans l'asthme chronique. Les propriétés aromatiques du bois d'aloès sont utilisées au Cambodge dans la fabrication des baguettes d'encens. Mais l'Aquilaria Crassna Pierre ne semble pas avoir encore fait l'objet d'études chimiques et pharmacologiques approfondies.
Présenté au Centre Universitaire des Langues orientales vivantes, cet intéressant mémoire se termine par une bonne bibliographie.
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Usages traditionnels :
Selon A. B. Cunningham, auteur de Peuples, parc et plantes. Recommandations pour les zones à usages multiples et les alternatives de développement autour du parc national de Bwindi, Ouganda (© UNESCO, décembre 1996) :
Parmi les exemples d'une surexploitation due à un accroissement de la demande, on peut citer {...] la collecte massive d'Aquilaria crassna (Thymelaceae) en vue de son exportation à Hong Kong sous forme d'encens (Payapyipapong et al., 1988).
Symbolisme :
Jules Vidal dans des "Notes ethnobotaniques abrégées sur quelques plantes du Cambodge". (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 14, n°1-3, Janvier-février-mars 1967. pp. 21-66) mentionne :
Le même nom chan' s'applique à d'autres espèces ayant un bois odoriférant, en particulier à Aquilaria Crassna P. ex Lee. (chan' krasna) dont le bois sert à confectionner des fleurs artificielles pour décorer les cercueils lors des funérailles.
Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Agalloche a les caractéristiques suivantes :
On regroupe sous ce nom divers bois odorants d'Agalloche, d'aloès, d'aquilaire, arbres et arbustes originaires de l'Asie méridionale, de la Malaisie et de Bornéo. Tous ces bois sont résineux et aromatiques. L'Aquilaria agallocha de l'Inde produit le bois d'aigle ou calambac faux. L'Aquilaria malaccensis donne le bois d'aloès, très employé dans les rites de magie noire dits « voie de la main gauche ».
Genre : Féminin
Planète : Vénus
Élément : Eau
Pouvoirs : Amour - Spiritualité.
Utilisation magique : Quoique introuvables aujourd'hui, en tout cas dans les circuits normaux, les divers bois d'aloès et bois d'aigle ont été utilisés en magie pendant tant de siècles qu'il convient de les mentionner dans cet ouvrage : noblesse oblige !
En Egypte pharaonique, ces résineux étaient recherchés car ils attiraient la bonne fortune. L'herboriste peu scrupuleux qui vendait des ersatz était puni de la bastonnade.
Sous la Renaissance, les mages brûlaient du bois d'aloès pendant les séances de divination.
Les Thugs hindous, adorateurs de Kâli qui représente le principe de destruction et d'anéantissement, en respiraient la fumée avant daller commettre leurs meurtres rituels. Fakirs et yogis s'en servaient pour accroître leurs pouvoirs psychiques. Au début du XX e siècle, il se faisait encore un important commerce de ces « calambacs », vrais et faux.
Si vous parvenez à vous en procurer par des filières mystérieuses, utilisez les différents bois d'Agalloche ou d'aquilaire en mélange dans des « cocktails fortifiants » qui accroissent leur pouvoir.
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