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  • Anne

L'Ergot de seigle





Étymologie :

  • ERGOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. I. Ca 1175 argoz « apophyse cornée située à l'arrière des pattes de certains animaux » (B. de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 11711) ; ca 1440 fig. dancer sur les ergos (Martial d'Auvergne, Amant rendu cordelier, éd. A. de Montaiglon, 1643). II. a) 1651 arboric. argot (Bonnefons, Le Jardinier françois, p. 27) ; b) 1676 agric. Sologne ergot (Lettre de M. Dodart de l'Académie Royalle des Sciences ds Fr. mod. t. 18, p. 235) ; 1721 (Trév.). Orig. obsc. (FEW t. 22, 2, p. 13 et t. 21, p. 120 pour II b), peut-être à rattacher à une racine pré-romane *arg- désignant des choses pointues (cf. Hubschmid ds Z. rom. Philol., t. 71, p. 243, note 1 et Thes. praerom. II, 161).


Lire également la définition du nom ergot pour pouvoir amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sphaeria entomorrhiza ; Clavaria secalina ; Sclerotium clavus ; Spermoedia clavus ; Sphaeria purpurea ; Sphacelia segetum ; Cordyceps purpurea ; Claviceps purpurea ; Claviceps entomorrhiza.

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Mycologie :


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Selon Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013),


"Provoquant des contractions de l'utérus, l'ergot de seigle a aussi été employé à des fins obstétricales, afin de déclencher l'accouchement avant terme, mais on usage était risqué, pour la mère comme pour l'enfant. Il a bien sûr aussi servi d'abortif clandestinement. Aujourd'hui, la dihydroergotamine, substance issue de l'ergot, est utilisée en médecine pour ses propriétés vaso-constrictives, par exemple contre les migraines.

Au milieu du XXe siècle, les études menées sur ce champignon aboutissent à la découverte du diéthylamide de l'acide lysergique, ou LSD. Ce composé est un puissant hallucinogène, qui est d'abord testé en psychiatrie et pour d'éventuelles applications militaires. Au début des années 1960, il devient un élément important de la culture "psychédélique" américaine, dans le mouvement hippie et chez les artistes. Certains le vantent alors comme permettant d'accéder à un "état modifié de conscience" et à une perception plus aiguë de soi-même et du monde. Mais, au-delà des effets recherchés, ivresse ou extase mystique, le LSD peut avoir de graves effets secondaires, au niveau du cerveau. Il est rapidement considéré comme une drogue dangereuse et est interdit partout dans le monde, selon la convention sur les substances psychotropes signées par les Nations unies en 1971."

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Historique :


D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013),


"Autrefois, d'étranges épidémies ravageaient certaines régions. Les personnes atteintes se plaignaient d'intenses douleurs semblables à des brûlures, accompagnées de convulsions et de visions terrifiantes. Ce mal était appelé "feu de SAint-Antoine", "feu sacré" ou "mal des ardents". Il aboutissait parfois à la gangrène des membres et à la mort.

Au XVIIe siècle, la "gangrène des Solognots" fit 7 000 à 8 000 morts ! En 1777, l'abbé Teissier démontra que ces troubles étaient dus à l'ergot de seigle (Claviceps), un champignon parasite qui se développe sur cette céréale. Les épidémies venaient de ce que des villages entiers consommaient le pain fait à partir de farine contaminée.

Du fait du comportement délirant des personnes atteintes, l'ergotisme expliquerait certaines accusations de sorcellerie ou de possession démoniaque : certains historiens ont attribué à l'ergot de seigle l'affaire des sorcières de Salem aux États-Unis. Dans ce petit port du Massachusetts, en 1692, huit jeunes filles sont accusées de sorcellerie. Elles tiennent des propos incohérents, parfois indécents, et sont victimes d'hallucinations. Vingt personnes seront alors pendues pour sorcellerie.

Au cours de l'été 1951, plusieurs centaines d'habitants de Pont-Saint-Esprit (Gard) présentent d'étranges symptômes : comportements aberrants, convulsions et hallucinations. On déplore sept morts. Certains médecins soupçonnent une intoxication par l'ergot de seigle, car toutes les personnes atteintes avaient acheté leur pain dans la même boulangerie. L'enquête montra alors que la farine utilisée était avariée et contaminée par l'ergot de seigle, mais ces résultats furent ensuite contestés. En 2009, un journaliste américain revient sur l'affaire et accuse la CIA d'avoir secrètement testé les effets du LSD, qui venait d'être découvert. L'affaire du "pain maudit" n'est peut-être pas terminée !"

Pour compléter ces informations, lire cet article trouvé sur un forum mycologique.

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