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  • Anne

L’Épurge




Étymologie :

  • ÉPURGE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Mil. xiiie s. espurge bot. (Glossaire de Glasgow, 157 bds T.-L.). Déverbal de l'a. fr. espurgier « nettoyer, purifier » (1re moitié du xiie s. ds T.-L.), du lat. class. expurgare « purger, nettoyer », v. expurger.

  • EUPHORBE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1256 eufourbe (A. de Sienne, Régime du Corps, p. 87, 19 ds T.-L.). Empr. au lat. impérial euphorbea, euphorbia « id. » du nom d'Euphorbus, médecin du roi de Mauritanie Juba (ier s. apr. J.-C.), d'apr. Pline (TLL).


Lire également des définitions de épurge et euphorbe pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Euphorbia Lathyris ; Catapuce ; Catherinette ; Chasse-puce ; Coque-levin ; Euphorbe épurge ; Girousèle ; Graine de purge ; Graine de trisse ; Herbe à la biche ; Herbe à la bosse ; Herbe à la faux ; Herbe à verrues ; Herbe pleureuse ; Josclo ; Lait à la purge ; Lait à l'épurge ; Lait au cocu ; Lait au diable ; Lait au loup ; Lait de couleuvre ; Lait de pie ; Lait de putain ; Lait de serpent, Lait de tonnerre ; Laiterolle ; Le grand titimale des maréchaux ; Létuchon ; Mal-aux-yeux ; Massiboul ; Petite catapuce ; Petite Éclaire ; Pisse-chien ; Réveille-matin ; Tire à bas ; Tire-fort ; Triette ; Trompe-tout.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


Sous cette rubrique de l'artillerie végétale, il convient d'évoquer aussi la grande épurge (Euphorbia lathyris). Cette mauvaise herbe de forte taille porte des capsules à trois lobes verdâtres renfermant les graines. De temps à autre, un de ces fruits éclate avec fracas et projette ses graines de tous côtés, aspergeant les meubles, les murs, etc., si d'aventure on a introduit cette plante dans sa maison. Que l'une de ces graines vous atteigne au visage et vous croirez avoir été piqué par un insecte, tant est grande la force d'éjection de ces minuscules semences à peine plus grosses que des têtes d'épingles.

D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :

"Une épurge est une grande plante toute raide, qui peut être aussi haute qu'un enfant de huit ans. Ses longues feuilles sont disposées autour de la tige comme des ailes de moulin. Quand on la coupe, il coule un latex blanc bleuté très irritant. Il vaut mieux ne pas se frotter les yeux après l'avoir touchée, ni la sucer, car le lait d'épurge pique et brûle la langue.


Pourquoi fait-elle ça ? L'épurge fabrique du latex pour se défendre. Les animaux ne peuvent pas la brouter tant elle leur brûle la bouche. Jamais une seule limace ne grignote ses feuilles. L'épurge empoisonne aussi les insectes qui voudraient la dévorer. De plus, son terrible latex durcit en séchant, ce qui leur colle les mandibules et les empêche de mastiquer !


La terreur des taupes ! L'épurge est une des rares plantes sauvages à être la bienvenue dans les jardins. Les jardiniers l'ont baptisée "la plante taupicide", car ils sont persuadés que son amertume éloigne des taupes qui voudraient s'approcher de leurs chers légumes."

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Quelques herbes sont assez puissantes pour briser les objets les plus durs à Menton, l'euphorbe mis sous une marmite en fait tomber le fond.

[...] Dans les Côtes-du-Nord, on risque de devenir aveugle si on se frotte les yeux après avoir manié de l'euphorbe.

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Symbolisme :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


EUPHORBE. — D’après Girard de Rialle, dans la cour de chaque maison Bodo (dans l’Inde) s’élève un sidj sacré, espèce d’euphorbe, qui est à la fois le dieu pénate et le dieu national auquel on offre des prières et auquel on sacrifie des porcs (cf. Tulasi, Basilic).

De l'épurge pour les loups : dans certaines régions, on prétendait que les loups mangeaient de l'épurge pour se défendre des piqûres de vipères.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Euphorbe épurge (Euphorbia lathyris) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Purification ; Protection

Parties toxiques : Toute la plante ; plus particulièrement le suc.


Toutes les Euphorbes (ou en connaît environ sept cents espèces) contiennent un latex blanc, noircissant à l'air; c'est ce suc laiteux qui est utilisé en magie naturelle. On l'incorpore à des huiles, des pommades. Mais c'est un produit virulent, très délicat à manier. Un exemple pour donner le ton: les pêcheurs méditerranéens se servaient autrefois des feuilles et des fruits des diverses Euphorbes pour étourdir les poissons


Utilisation rituelle : Des Euphorbes déposées pendant la nuit sur la fenêtre d'une jeune fille signifient qu'elle produit sur les garçons le même effet qu'une purge; le même bouquet mis sur la fenêtre d'une femme mariée, ou ayant une liaison, indique symboliquement qu'elle utilise une méthode de contraception rendue célèbre par les femmes de Sodome.

Les Chaldéens se servaient d'un rameau d'Épurge pour purifier la maison après la naissance d'un enfant.

Dans plusieurs régions du Moyen-Orient, les prêtres incorporaient le latex blanchâtre de ces plantes à des huiles saintes que l'on répandait sur les autels.

Les Tartares obligeaient leurs prisonniers de marque à se coucher sur une paillasse bourrée de ces Euphorbes; au matin, tout le village se tordait de rire devant l'état lamentable du malheureux.

Sainte Catherine de Gênes faisait pénitence en portant, à même la peau, une tige d'Epurge enroulée autour de la taille ; pendant la grande peste qui ravagea cette ville (1497-1500), elle exhorta les Génoises à l'imiter car, disait-elle, c'est parce que les femmes avaient été de grandes pêcheresses que Dieu leur envoyait ce fléau.

Si une fille prend plaisir à manier les Epurges, elle aimera l'amour pimenté de scènes et de coups.


Utilisation magique : Dans tout le bassin méditerranéen, les Euphorbes sont considérées comme des plantes protectrices, sans doute à cause de leurs propriétés venimeuses : démons, djinns et autres gobelins restent prudemment à distance.

En Sardaigne, beaucoup de femmes cultivent pieusement une Épurge dans leur jardin, ou même en pot dans la maison.

Dans toute l'Italie du Sud, on crache dans sa main et on délaye dans la salive une goutte de lait d'Euphorbe ; ce suc blanchâtre s'étend et produit des dessins variés de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ; on en tire des présages.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante très commune, dont les Chaldéens se servaient pour purifier une maison après la naissance d'un enfant, et qui contient un latex blanc que les prêtres de diverses régions du Moyen-Orient mêlaient aux huiles saintes destinées aux autels, est protectrice. Elle doit peut-être cette propriété à sa toxicité et au fait que son suc laiteux noircit à l'air, comme s'il absorbait les influences négatives. Dans les pays méditerranéens, on lui attribue le pouvoir d'éloigner les démons de toutes sortes et les djinns.

En France, le caractère vénéneux de l'euphorbe en fait parfois une plante maléfique : se frotter les yeux après l'avoir touchée peut rendre aveugle (Côtes-d'Armor) ; une jeune fille qui en tient en main se querellera avec son époux le jour de ses noces (environs de Valence). A Valenciennes, on interdit aux enfants de la toucher : cela attire le tonnerre. Signalons également ce préjugé original de la région de Menton : "L'euphorbe mis sous une marmite en fait tomber le fond" et la croyance anglo-saxonne voulant que la jeune fille qui aime manier cette plante "aimera l'amour pimenté de scènes t de coups".

Selon une recette du XVIIe siècle, faire trois fois le tour du feu de la Saint-Jean avec de l'euphorbe sur la tête et à la ceinture préserve des céphalées et des maux de rein pendant toute l'année. Le suc de la plante fait disparaître les taches de son du visage (Lot) et les verrues. En frotter le pénis fait prendre à celui-ci "des proportions fantastiques".

En France, notamment, dans l'Yonne et en Seine-et-Oise, comme en Italie du Sud, la plante servait de moyen de divination : "On met sur la main de la salive dans laquelle on délaye une goutte d'euphorbe. Cette goutte s'étend et produit des dessins variés et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. On en tire des présages".

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